PAB PAYS DE FOU-SANG
à l'orient de la Chine et à Vesi du pays de Ta-han , ou du Kamtchatka , il est évident qu'il donne, du sud au nord , une très vaste étendue à ce pays de, Fou-sang ^ puisque le Kamlc|iatka » même dans sa partie la plus australe , est très loin , au nord-est » de la Chine, en ne la prenant même que dans le nord , et encore plus loin du fleuve Kiang : il parle donc ici, non pas d*une île, même aussi grande que le Japon , mais d'un continent très étendu » tel que l'Amérique du Nord.
Aussi, quand nous avons communiqués Mémoire de M. de Guignes et la prétendue Réfutation de M. Klaproth , au célèbre navigateur M. Dumont-d'Urville , dont la science déplore encore la perte fatale, ce savant qui , avant son dernier voyage , avait commencé par nos conseils l'étude des livres de géographie conservés en Chine , n'a-t-il pu s'empêcher de sourire de pitié en voyant que, par un véritable tour de force , de ce vaste continent M. Klaproth avait essayé de faire une simple contrée du Japon , pays qui , sous son nom véritable, est lui-même indiqué dans un autre passage des Grandes annales cité par M. de Guignes, et où l'on décrit la route qui, de la Corée, menait par mer au pays de Ta-han, On touchait pour y aller an pays de Ouo ou du Japon qui, dès lors , était déjà connu des Chinois dans toutes ses parties. On abordait au nord le pays de fFen-tchin (île Saghalien) , puis , cinglant ai l'est, on arrivait au Ta-han ou au Kamtchatka^ ailleurs nommé Liecu-kouei.
Un pays assez vaste pour être à la fois à l'orient de la Chine centrale et du Kamtchatka , ne peut évidenmient être que l'Amérique du Nord ; ce que n'avait pas dit M. de Guignes, mais ce qu'il devait sentir, et la distance même à laquelle on place le Fou-sang du pays de Ta-han ou du Kamtchatka, dans la Relation du samanéen , achève de le démontrer.
H évalue, en effet, à 20 mille lys cette distance vers l'est du Tahan au Fou-sang; et, comme les lys ont souvent varié en Chine, M. Klaproth essaie , en les supposant fort petits, de n^rriver ainsi qu'au Japon!! Mais comme la direction à l'est le gêne encore et le ferait tomber dans l'Océan , en admettant , comme il le fait , que le ta-han n'est autre que l'île de Saghalien, il change , sans plus de façon , cette dhrection , et la porte vers le sud ; de sorte que , de sup-
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position en supposition , il arrive à conclure que la partie sud-est du Japon était cette contrée du Fou-sang , alors nouvelle encore, suppose-t-il , pour les Chittois.
Mais le P. Gaubîl , qu'il invoquait ailleurs , pouvait même le détromper à cet égard et lui donner la valeur réelle de ces Ij^s.
Dans son Histoire de la dynastie des Tang, qui a régné peu de tems après Tépoque où les Grandes annales ont transcrit ces Relations duTa-hanetànFou-sang^ïi dit: î^que Ton compte 15,000 lys entre la » Perse et la ville de Sy-ngan-fou^ » alors capitale de la Chine ; la Perse étant en ces livres désignée sous le nom de royaume à^Fo-sse^ et sa capitale devant être vers Passa- garde et Schiras ou Persépolis.
Or, vers le nord-est, les géographes de la dynastie ïang, comptent aussi 15,000 lys^ pour la distance de Sy-ngan-fou, au pays àtLieouhouey • (le même que le pays de Ta-^han selon M. Klaprolh ), pays entouré par la mer de trois côtés, et qui est reconnu parle P. Gaubil, avons nous dit, pour correspondre au Kamtchatka.
Si donc, sur un globe terrestre, on prend une ouverture de compas, entre la capitale Sy-ngan-fou, celle de la Chine alors, et Schiras ou Persépolis, capitale du Po-sse ou de la Perse , et qu'on reporte, à partir de Sy-ngan-fou , cette distance vers le nord-est , on doit atteindre la partie sud du pays de Kamtchatka, et c'est ce qui a lieU; en effet, avec une grande exactitude.
La valeur des lys est donc fixée, en grand, pour cette époque; de sorte que le tiers de cette ouverture représentera 5,000 lys, et qu'en les joignant aux 15,000 lys qui forment l'ouverture entière, on obtiendra d'une manière exacte, la distance de 20,000 lys, que la relation du Samanéen aflBrme exister à Test, entre le pays de Ta-han et celui de Fou-sang^ d'où il venait d'arriver.
A partir de la pointe sud du Kamtchatka, qui répond à ce pays de Lieou'kouef ou de Ta-han^ portant alors vers Vest, sur le globe en question, l'ouverture de compas de 20,000 lys^ on devra donc, si le Fou-sang est l'Amérique, atteindre au moins la côte ouest de ce nouveau continent, côte qui dès longtems abordée par les Asiatiques, a été, par une sorte de fatalité, la dernière explorée par les Européens.
* Mémoires concemanl les Chinois t t. xv, p. 450. ' If)., l. XV, p. 453.