‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 37 sur 135 · PAB PAYS DB FOU«-SANG · texte numérisé non relu

PAB PAYS DB FOU«-SANG

est pas moins In et consulté tous les jours; et ces récits merveilleux n'ont point fait nier Texistence des pays dont il paile.

Mais la Relation du Samanéen ffoeï-chin, sur le Fou-sang^ n'offre aucune de ces fables, et si elle place un arbre de ce nom en Amérique, elle le décrit comme un végétal à fruit rouge en forme de poire, arbuste dont les jeunes rejetons se mangent et dont Técorce se prépare comme du chanvre , et donne des toiles, des habits et même du papier; car les habitans de ce pays avaient déjà une écriture , dit cette Relation, et l'on a retrouvé, en effet en Amérique, des livres et une écriture au Mexique, et ailleurs.

Dans les livres chinois de botanique, ce nom de Fou-sang^ qu'on peut traduire par celui de mûrier secourahle^ utile ^ sens de Fou

Ia I est donné maintenant à la Ketmie y ou Hibiscus rosa sinensis^ plante venue -de Peise en Chine, nous apprend le P. Cibot, et qui y

a été greffée sur le mûrier.

Mais M. Klaproth serait porté à y voir, par quelque méprise , le mûrier à papier^ dont on fait aussi, en effet, des étoffes et des habits, tandis que d'autres pourraient y trouver le Metl ou Maguejr du Mexique, mais mal décrit; car cette plante donnait également des étoffes et un papier ; elle procurait une sorte de vin et des alimens, et élait éminemment utile.

Au vrai , ce nom Fou-sang exprime seulement le nom de V Orient extrême', car dans l'antique géographie hiéroglyphique , le Royaume centi^al se nommait , ainsi qu'on le fait encore en Chine , Tchong" hoaj ou Fieur du centre ^ du miZieii/ et les quatre contrées cardinales avaient le nom de Sse-fou , ou des quatre pays auxiliaires , comparés aux quatre pétales i»'incipales du Nélumbo , fleur mystique, fleur du milieu. Lotus sacré, type de l'antique Egypte ■ et de la terre par excellence.

L'Inde nous offre encore cette géographie symbolique ; et les anciennes cartes chinoises nomment Fou-yu les contrées du nord; Fou-nan, celles du sud; Fou-lin^ celles de l'ouest, c'est-à-dire, le Ta-tsiriy empire romain; et enfin, Fou-sang, celles de l'est; or, à l'est de la Chine, n'existe que l'Amérique, comme pays étendu, et

' Voir sur le Lotus sacré ^V^^ de VEgypte, Gramm. egypt, deCbaropol* et les Armàles, t. \ii, p. 343, 3* série.

110 l'âmêrique désignée

si le Japon' a eu aussi ce nom de Fou-sang, c*est qu*il est à l*est de la Chine ; mais il n'est pas le vrai pays de Fou-sangy dit l'Encyclopédie japonaise , qu'aurait dû consulter M. Klaprotb , s'appuyant à tort sur ce nom reconnu faux pour ce pays.

Le Bananier, arbre Pis-sang des Malais, aurait pu aussi être encore un de ces arbres Fou-sang , types de l'orient , aussi bien que la fleur du Nelumbo , ou lotus rose d'Egypte, d'où l'on voit sortir le jeune Horus, c'est-à-dire , où naît le soleil; tout cela , nous le répétons, n'est qu'une suite naturelle des symboles employés , dans la géographie antique et hiéroglyphique , encore trop peu étudiée.

La Relation traduite par M. de Guignes , met aussi beaucoup de Pou-tao , c'est-à-dire de raisins dans le pays de Fou-sang ; M. de Guignes avait traduit ces deux caractères séparément, et y avait vu des glayeuls Pou et des pêches Tao. M. Klaproth le rectifie avec raison ; mais , par une singulière distraction , il oublie que les forêts de l'Amérique du Nord abondaient en Vignes sauvages de plusieurs espèces, et que les Scandinaves^ y avaient placé, dans le nord-est, le pays de Fin-land, ou du vin. Il va donc jusqu'à nier Texislence delà Vigne en Amérique; et, s'appuyant surtout sur ce passage, il veut que le Fou-sang soit le Japon , où la vigne , dit -il, existait depuis longtems., bien qu'en Chine elle n'ait été apportée de l'Asie occidentale qu'en l'an 126 avant notre ère. On voit donc, ^core ainsi, combien sa réfutation de M. de Guignes, même lorsique ce dernier se trompe, était faible, et tout son Mémoire n'offireqne des argumens de la même force.

Quand le Samanéen dit que le fer manque au Fou-sang, nm qu'on y trouve du cuivre, et que l'or et l'argent n'y sont pas estimés , vu leur abondance sans doute , il ne fait que nous apprendre ce que Platon avait dit déjà de l'Atlantique , et ce que répètent toutes les relations de l'Amérique ; une rivière célèbre du nord de ce continent, porte encore le nom de Rivière mine de cuivre, et le cuivre est aussi très abondant dans le Pérou.

Il nous apprend , en outre , que les habitans du Fou-sang nourrissent des troupeaux de cerfs et font du fromage du lait des biches^ et, dans les Encyclopédies chinoises et japonaises , comme aussi dans le Pian-y-tien, si l'on donne la figure d'un habitant du Fou-sang,

PAR PAYS DE rOU-SAKG. 111

m le dessine, en effet, occnpé à traire une Ucfae, à petites taches rondes^ c'est même là, dans les deux encyclopédies , ce qui forme la caract^^que de cette contrée du Fou-sang. Déjà Phîlostrate, dans la Fie d* Apollonius, arait cité, dans Pinde, des peuples Boornssant des biches pour leur lait, et la chose n'est pas assez commane pour ne pas être remarquée ; mais ces troupeaux de biches ont aussi été retrouvés en Amérique de nos jours ; car Talmont de Bomare , article Cerf\ dit : « Les Américains ont des troupeaux de » cerfs et de biches , errans le jour dans les bois et le soir rentrant » dans leurs étaMes. Plusieurs peuples d'Amérique , n'ayant point » d'autre lait , ajoute-t-il , que celui qu'ils tirent de leurs biches, et » dont ils font aussi du fromage. »

Il semble donc, qu'il traduit par ces mots, ce que disait en 499 de notre ère, Hoéî-chin , sur les peuples du Fou-sang, Et si nous avons signalé aussi cet usage dans Tlnde antique , nous ne l'avons pas fait sans dessein , car ce même Samanéen aflSrme que la religion de Bouddha , religion indienne , avait , dès l'an 458 de notre ère , été portée dans le pays de Fou-sang , par cinq religieux du Ky j)ui^ ou de la Gophéne, contrée indienne ; il dit que les peuples convertis dès lors par eux , n'avaient ni armes ni troupes, et ( à l'instar des Argippéens, dont parle Hérodote) qu'ils ne faisaient point la guerre ; il ajoute enfin qu'ils avaient une écriture , et le cuke des images, c'està-dire qu'ils étaient de vrais Bouddhistes.

Ce qu'il dit des bœufs à . longues cornes , portant de lourds fardeaux sur la tête , de chars attelés de bœufs, de chevaux et de cerfs, offre seulement , ce semble , quelque difficulté ; mais les bœufs à crinières et à têtes énormes , de l'Amérique du nord , ont pu donner Beu à ce rapport inexact , et l'on a pu , bien qu'à tort , mais pour

éviter de les décrire, donner le nom chinois Ma ^ , qui s'applique aux chevaux, aux ânes , aux chameaux, et qui forme la clef des quadrupèdes utiles de cette nature, aux Llama et Alpacas déjà domptés peut-être dans l'Amérique du Sud, comprise aussi dans le Fou-sang. Il serait possible, d'ailleurs, que des chevaux, à cette époque, eussent été introduits déjà dans l'Amérique du nord-ouest , à peine connue de nos jours, et où l'on cite des peuplades qui s'en servent; et l'on a pu aussi y voir des attelages de Rennes du Kamtchatka.

112 L*A|IÊBIQ0B DÉSIGNÉE

II est vrai qu*on sappose que ces chevaux sont issus de ceux pipenés au Mexique par les Espagnols ; mais la chose n*est pas démontrée; et en supposant ceux-ci d'origine européenne, une épidémie, une guerre destructive auraient pu , depuis le 5* siècle, détruire les^cbe^ vaux domestiques, amenés au Fou-sang^ par les Tartaresetles boiiddbistes de l'Asie.

Ce peuple du Fou^sang n'avait encore alors , que des cabanes ea planches , et des villages , comme on en a trouvé vers la Golomhia, et au nord-ouest de la Californie; et pour obtenir une épouse , les jeunes gens du pays devaient scrvir^leur fiancée,. pendant une année entière. Or (dans la Collection de Théi^enot) c'est précisément ce que dit Palafox de son indien de l'Amérique , indien dont il décrit les mœurs; et c'est ce qui existe aussi dans les contrées extrêmes du nord-est de l'Asie , contrées d'où on passait en Amérique , avons-nous dit.

D'autres détails de mœurs semblent empruntés à la civilisation chinoise, et spécialement le Cycle de 10 années, ou peut-être même de 60 ans ', cycle portant les noms chinois des 10 kans^ et servant à marquer les couleurs successives des habits du roi, couleur qu'on devait changer tous les 2 ans, ainsi que le prescrit pour l'empereur, en Chine, le chap. yue-Ung du Lj^-k^t ou livre]sacré des Rites.

Mais ces cycles prétendus chinois , et qui ont donné les alphabets des peuples les plus anciens en Syrie , en Phénicie et dans l'Inde, comme dans la^Grèce, ainsi que nous l'avons démontré ailleurs*, ont. pu être apportés au Fou-sang , aussi bien de l'Asie centrale ou de l'Inde que de la Chine, et ils n'ont jamais, été inconnus aux bouddhistes ou samanéens.

Nous pourrions aussi discuter le son des noms donnés au roi et aux grands du pays de Fou-sang^; mais ces discussions nous entraî-

' M. de Hun)boldt> en effet, a signalé chez les Muyscas da Plateau de Bogota en Amérique, Tusage du cycle de 60 ans et des institutions analogues à celles du Bouddhisme du Japon.

* Voir notre essai sur l'origine unique et hiéroglyphiques des chiffres et des lettres. Paris, 18?r>, chez Treuttel et Wurtz, et dans les Annales, i. x» p. 8, Tarticle Origine japonaise des Muyscas, où se trouvent les figures de ces cycleSfP. 109.

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lies d'Amériq

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