THÉODICÉE CHRÉTIENNE
Ou compaittuon de la notion chrétienne de Dieu avec la notion rationaliste ,
P4R M. t/ABBÉ MAKEt.
Avant d'entrer dans l'analyse de TouTrage si remarqaable que vient de publier M. l'abbé Maret, nous croyons devoir faire connaître le jugement qu'en a porté Mgr l'archevêque de Paris; nous le faisons avec d'autant plus de plaisir que Mgr y signale en quelques mots les vices de totts les sytèmes que l'on cherche à répandre en ce moment en France, non seulement dans les ouvrages, mais encore dans les chaires officielles. Nous devons ajouter que le livre de M. l'abbé Maret est te recueil des leçons du cours quHl a professé à la Sorbonne pendant l'année 1843. Voici les paroles de Mgr qui étaient adressées aux ecclésiastiques qui forment dans son diocèse la Conférence centrale.
« Messieurs,
» Malgré les travaux que nous, impose radmmistration de notre diocèse, nous ne nous sommes jamais dissimulé que c'était pour nous un devoir de prémunir les fidèles , confiés à notre sollicitude, contre les pernicieuses erreurs de quelques systèmes philosophiques de notre époque.
» Ne pouvant les discuter en détail, nous nous proposons de signalef du moins leurs faux principes, la méthode erronée, employée pour les faire prévaloir, et leurs funestes conséquences.
» La nature d'une semblable discussion vous explique assez, messieurs, comment il ne nous a pas été possible d'y apporter jusqu'ici une suffisante liberté d'esprit Nous en étions néanmoins toujours préoccupé, lorsque M. l'abbé Maret a heureusement réalisé ce projet dans une partie de sa Thèodieée chrétienne. La nature mixte de la
122 THÊODICIë GHRtTIENHB,
discussion qui est à la foisphilo6opbiq«ie el tbéologiqae, nous rendait fort difficile une approbation proprement dite. Toutefois nous recommandons cet ouvrage à votre attention, et à celle de tous les honunes instruits. Il est supérieur, ce nous semble, à l'ouvrage du même auteur sur le Panthéisme^ que les catholiques et les.pjûlosqphes chrétiens ont accueilli avec tant de feveur. La Théodîcée vous intéressera surtout, inessieurs, conune étant un antidote précieux contre les systèmes socialiste, éclectique» et contre toutes^ les théories anti-chrétiennes du rationalisme moderne.
» Les rationalistes , au lieu de prendre pour point de départ des vérités évidentes, des axiomes consacrés par le bon sens de tons les peuples, posent pour fondemens de leurs systèmes, quelques propopositions vagues, par exemple, celle-ci : H n*y a qu'une substance dans le monde. Ces assertions, loin d'être des principes, c'est-à-dire des vérités premières, sont au contraire le résultat des vues les plus fausses de l'esprit et d'im égarement qui, avant toute discussitm, est aperçu par l'intelligence la moins exercée. Les déductions ne peuvent être plus vraies que les principes sur lesquels on les appuie. Estii. même possible de donner le nom de déductions à cette foule d'observations très contestables, è ces analogies historiques si incertaines» produites par des esprits présomptueux, dont les idées sont continuellement brisées, en sorte qu'au lieu de marcher à leur suite dans une route facile, on perd sans cesse leurs traces de vue ? On ne peut posséder une doctrine avec certitude, qu'autant que l'esprit peut y adhérer avec fermeté. Mais conmient adhérer à ce qui fuit ou s'évapore quand on veut le saisir? Image vraie et sensible de ces trompeuses théories dont les auteurs eux-mêmes sont si peu satisfaits , qu'ils les modifient ou les abandonnent avec une mobilité qui suppose une absence complète de conviction. À l'aide d'une semblable méthode , il n'est point d'erreur que le rationalisme ne soit capable de soutenir ; mais il lui suffirait d'avoir produit la plus fondamentale des erreurs, celle qui altère la notion de Dieu, pour assurer le triomphe de toutes les autres. Tout, ainsi que le dit avec raison M. l'abbé Maret , découle de cette notion : « Le droit et le devoir, » le bien et le mal , les espérances et les craintes , la consolation \ et le désespoir, la force et la faiblesse de l'homme, la religion,
PAR If. IfAABT. ISS
» la lâorale , la phikMophk , totit en rni mot dérive ûe Fidée phns ou • miù9 vriie q«e Toa se ferme de la DWinM. »
• PeniHHre , messieurs , qu'absorbés par ies fonctions de Totre nmiislère et aoeontomés k rencontrer des erreurs bien diflërentes parmi ceux qui tiennent tous révéler les secretÉ de leur conscience , y(m serez tentés de ne pas attribuer à de faux systèmes métaphysiques une action morale aussi effl'ayante. Ne nous y laissons pas tromper , messieurs ; c*est sans doute dans les mauvaises passions du cceor humain que prennent leur source la plupart des ^aremens qui trouUent l'existence de l'homme , et portent le désordre dans la so^ cîété; mais trop souvent aussi, ces passions, après avoir obscurci l'intelligence, lui font produire des erreurs puremrat métaphysiques, et celles-ci, une fois adoptées, justifient , fécondent , multiplient à rittfini les erreurs morales.
» n faudrait être bien étranger à rhistœre de la phSosophie , pour igncH'er l'influence exercée sur tout un siècle par une erreur ou une Térité philosophique , protégée par des génies assez puissans pour dominer leur sîède.
» Descartes n'a donné au sien une si heureuse impulsion, que parceqn'il a respecté les dogmes chrétiens , pendant qu*il appelât l'esprit humain à poursuivre avec une ardeur et une indépendance encore inconnues la solution de tons les problèmes placés en dehors des vérités révélées.
» Au contraire , Locke a jeté plas d'un philosophe dans le maté^ rialisme, en hésitant à afSrmer si Dieu pouvait ou ne pouvait pas communiquer à la matière fa faculté de penser. Ses disciples, à leur tonr , ont produit dies théories qui ont en sans doute quelques résultats favorables pour les sciences physiques et l'amélioration matérielle de l'homme , mais qui ont produit aussi sous le rapport religieux et nH>ral des maux incalculables pour la France et l'Europe.
» L'erreur des matérialistes est une erreur prodigieusement destructive, puisqu'elle anéantit la liberté de l'homme , fait disparaître toute sanction de la loi naturdle , et rend cette loi elle-même hnpossible. Mais une erreur plus fondamentale encore, est celle qui remonte jusqu'à Dieu • m» son exîsbnaoe i le confond avec la natiue, ou le fait évanouir dans d'insaisissable^ abstractions.
124 THÉODICÊB CHBÊTIBirNB,
» L'athéisiBc exhumé de l'oubli par le jinf Spinosa et si victortea'* sèment réfaté par Timmorlel Féndoii* n'avait trovré ao 17* siède que de rares prosélytes , inconnus au peuple et méprisés par taus les grands penseurs de cette époque. Il reparut dans le siède suivaat au sein de l'Allemagne protestante, sous des formes nouvelles. Quelqu'habiles qu'aient été les disciples de Spinosa, ils n'ont pu surpasser leur maître qui ayait puisé ridée->mère de son système dans ks ténébreuses traditions de la Cabale , conforme sur ce point à plusieurs cidtes et à [dusieurs écoles de l'antiquité. Ficbte , Schdling et Hegel , sans être plus logiciens que ce mauvais sophiste , sont plus opposés, s'il est possible, à ces vérités premières qui forment le sens commun du genre humain.
»• Cependant , que ne peut une déplorable prévention ! Il s'est formé parmi nous plusieurs écoles qui , voyant le discrédit dams lequel commençaient à tomber le matérialisme et le sensualisme da 18* siècle, ont préféré les systèmes nébuleux d'un pays voisin à la philosophie chrétienne i que tant de beaux génies avment illustrée. Leurs chefs, accusés de confondre JDieu avec la nature» ont protesté contre l'accusation; mais ils n'ont pu en démontrer ht fausseté. Pour séparer leurs doctrines du panthéisme, les uns, après avoir posé les principes de cette erreur monstrueuse, ont repoussé aiiûtraircment les conséquences '; les autres , préconisant tour à tour Spinosa» Hegel , Descartes et Leibnitz , ont suivi les directions les plus contraires^, tout en persistant à soutenir qu'ils sont chrétiens et catholiques. Ces divers écrivains ont cela de dangereux, qu'en adoptant beaucoup d'expressions consacrées par le christianisme, ils lui sont réellement plus opposés que le déisme du 18* siècle, Ils n'ont pu, et ils ne peuvent conserver, comme celui-ci, les dogmes fondamentaux de toute morale; les- dogmes d'un Dieu créateur du monde, quil gouverne par sa Providence ; le dogme des peines et des récompenses d'une autre vie. Pour professer ces grandes vérités, ils sont contraints de renoncer à toutes les règles de la logique.
» Mais voici un danger plus sérieux encore : une de ces écoles,
' Voir la 19* leçon sur les écoles socialiste et humanitaire. • Voir la 20« leçon.
PàR M. MABET^ 125
YEdecdsme, puisqu'il faut l'appeler par son nom* après. avoir prodak l'anarchie intdlecluelle la plus déplorable, aspire à domîaer: toates les chaires de philosophie, et prétend, pour justifier celte domiBatÎDn, que son eBseignement e^Venseignèment même de VEtat. Nous fie discuterons point une telle prétention; nous nous bornerons à remarquer avec e[Ih)i.que, si elle était jamais admise, un jour viendrait, et il ne serait pas éloigné, où la France serait sans morsde publique. Il y a un lien nécessaire entre la notion de Dieu et les > r^les de la morale. Or, ï Eclectisme n'a pas encore déterminé, et il est impuissant à le faire jamais, une notion sur laquelle tous ses partisans sont en lutte , et que son fondateur a déjà présentée sous plusieurs formes contradictoires '.
» Mais, en attendant que l'expérience Tienne rendre tous les jours plus sensibles ces funestes résultats, ne Toit-on pas combien est absurde la prétention de ces docteurs, qui, n'ayant aucun principe arrêté, aucune doctrine fondamentale , réclament néanmoins un droit eiclosif d'exposer un enseignement qu'ils ont déjà tant changé , et qu'ils changeront probablement encore plus d'une fois , si Dieu leur accorde une longue vie ?
» Cette absurdité a de plus un caractère tyrannique auquel on a fait trop peu d'attention. Ceux qui la professent nous accusent d'être ik&Mennaisiens obstinés , des ennemis de la raison.
• Or, tout le monde sait que le clergé de France avait repoussé le système de M. de La Mennais, précisément à.cause de son opposition à la certitude rationnelle, constamment professée dans nos écoles; et tout le monde peut savoir que les Bossuet , les Fénelon , les Descartes ont raisonné , et que nous aussi nous raisonnons et discutons avec nos accusateurs, tandis qu'ils se bornent à dogmatiser et à protestef en faveur de leurs doctrines si justement accusées, preuve irrécusable que le rationalisme et la raison sont deux choses différentes.
» Ces réflexions rapides suffiront, messieurs, pour vous faire sentir avec quel intérêt vous devez accueillir la Théodicée chrétienne. Cet ouvrage, écrit avec clarté , avec précision et un talent remarqua-
* Voir la 90« leçon.
THÉODIGÊË CfiRÊÎIEilNE,
Me de style , est orte réponse savante et péremptoire aux divers s^^s-
ttoes qm ont produit une si effroyable oonfoskm dans les doctrines
phSosophiqties. Mais , ces doctrines devant à lear toor exercer une
grande inflnence for la littérature , sar ThistcHre , sur les sdenceB
morales , sur les 1ms elles-mêmes, on ne peut penser sans terreur an
sort réservé à une société qai serait condamnée à trouva les ténèbres
et la corruption dans toutes les voies ù(^ elle devrait trouver la lumière
et la vie. »
DENIS, archevêque de Paris.
Objet de la Théodicte chrétienne, — Considérations générales sur la théologie. Conséquences. — Histoire de la théologie* — Trois époques. — Leurs caraetèreÉ. — Dispositions du 19* siècle pour la théologie. -*- Méthode théoiqgique. — Son appiicatioD à la Théodieée. — Point de départ de la dé* monstration de Texistence de Dieu — Une des erreun du rationalisme absolu. — Réfutation.
« La question qui remue le plus profondément la pensée, dit M. Maret, et dont la solution ébranle ou consolide les bases du monde moral» est celle de Dieu. £n eSèt, tout découle de la notion de Diea. Le droit et le devoir ; le bien et le mal; les espérances et les craintes ; les consolations et le désespoir; la force et la faiblesse de rbomme; la religion, la morale, la philosopbie ; tout, en un mot.^érivje de l'idée plus ou moins pure, plus ou moins vraie que Ton se forme de la Divinité '. » Or, aujourd'hui des hommes baut placés lancent à chaque instant, parmi nous* des ouvrages dans lesquels cette notion de Dieu se trouve profondément altérée ; on nie son existence en le confondant avec la nature ; on le fait évanouir dans d'insaississables abstractions: en un mot» on arborre le Panthéisme, Il importe donc de dévoiler Terreur, de lui opposer le dogme catholique, de le présenter dans son ensemble et avec toutes ses preuves aux esprits qui cherchent la vérité, et qui la demandent en vain au Rationalisme. Tel est le but que se propose M; l'abbé Maret en publiant sa Théodicée chrétienne. Cet ouvrage est la reproduction du cours qu'il professe à la Sorbonne.
' Théodicée chrétienne, ou De Dieu, préface, p «.
PâB Ué HâUT. 121
Il cMmm6t'f«r qiieiqiies coitsidérafjoiis car la tfaéobgte m gëoé* rai. hàéteraiAe d'abord si&a objet, les coorces oïli dk pmat ses principes, les procédés i^'eUe emploie pour eonstiUier ime sdence spécÛe ; il montre enfin qnel est l'usage de la raison dans les qœstiona théologiqnes. Systématiser, développer, prouver et expliquer les véri* tés révélées, voUàson rtie. Les principes qu'il a posés le conduisent à ces deux conséquences : i* la théologie est une science, une science d'autorité et de raison ; 2° la théologie et la philosophie sont distinctes, mais ne doivent jamais être s^)arées. « La philosophie part de i'évidence et se renirarme dans son domaine : aussi est-elle absolument insuffisante, et ne correspond-^Ue nullement à tons les besoins de l'homme. La théologie, au contraire, part de la foî, s'élève progressivement à l'évidence, et embrasse dans sa sphère l'infini tout entier. Distinctes par leur objet, distinctes par leur méthode, la théologie et la ptilosopfaie ne peuvent cependant snbi^ster et fleurir Tune sans Fautre. D'un côté, l'insuffisance absolue de la philosophie ; de l'autre, la nécessité d'introduire dans le domaine tbéc^giqne la spéculation ratioaneDe, telles sont les bases solides de l'alliance de ces deux sciences nécessaires au monde. La rupture de cette alliance, la sépa-> ration violente de la philosophie et de la théologie est un attentat de lèse-famnanlté, fécond ai malheurs de tout genre. Vous voulez faire de la philosophie pure, dites-vous; vous voules procéder comme si Dieu n'avait f»as domié «le parole au monde, comme sll n'avait pas résolu Itti-'méine les grands problèmes de la destinée bmnaioe; vous TOUS placez dans la déplorable position des philosophes avant le chris* liaasme; eh faîenf vous serezpwn de votre égàrâiient on de votre témérité par la versatilité de vos doctrines, parl'inutîlité de vos effwts; vous serez réduits à exhumer du passé quelques vieux systèmes que l'huma* Di(6 a dié^à flétris dé sa réprobation. Nod , vous ne pouvez vous passer de b théologie. La théologie, je le reconnais de grand cœur, ne peut noà phs se passer de la philosophie; car alors elle ne correspondrai pas a tous les besoins de l'une. La théologie et la phiioso^te sont donc deQxsomrs qui ne peuvent vivre Tunesans l'autre, qui ont besoin de s'aider^ et, qni doivent mmrcher unies. Une ^ilosophie tfaéoiogiqne, une théologie philosophique, voilà ce qui convient au monde, surtout au inonde d'aujourd'hui. Quelle n'est pas la nécessité d'une science
1 28 THÊODICÊE CHRÊnBNNE,
ainsi conçue ! quel vide îmniense la théologie ne laisse-t-elle pas dans le monde livré aux stériles expériences des philosophes ratîona- Itstes ! Vous ne connaissez pas Dieu, vous ne connaissez pas rhmmne; TOUS hissez ces grands objets dans une vague indétermination, comme dans un ténébreux nuage, et vous voulez ensuite constituer une science de la sodété, une science de la nature, une science même de Tart ! et vous ne vous apercevez pas que la plupart de vos principes sont fautifs, que vous laissez derrière vous des lacunes béantes qui accusent Timpuissance de vos doctrines. Par vos procédés, on airhe à une science politique et économique qui matérkdîse la société, abaisse les âmes et les courages, engendre le despotisme ou i*anarchie; à une science de la nature- sans profondeur, sans lien, sans unité» sans vie ; à des théories de Tart qui ne sont que les rêves d'une imagination déréglée. C'est que toutes les sciences touchent à Dieu, à l'infiol, et que tant que Dieu n'est pas connu, l'ombre gigantesque de cet inconnu se projette sur la science et l'enveloppe de ses voiles. La théologie a des rapports nécessaires à toutes les sciences. Sans parler de ses résultats pour le perfectionnement moral de l'homme et l'accoisplissement de ses destinées les plus hantes, de ses destinées sumatarelies, elle peut exercer sur toutes vos facultés la plus heurense influence. Songez que c'est la théologie qui a inspiré le génie politiqee de Suger, conmie le génie poétique de Dante, comme le génie philosophique de Pascal et de Leibnitz. Les grands artistes du 15' et dn 16* siècle n'étaient-ils pas aussi théologiens? La théologie peut élever vos âmes, décupler vos talens, tremper vios caractères, et faire de vous des hommes utiles à la patrie. Tout homme aujourd'hui qui a du loisir et du courage doit donc désirer de s'initier à cette sdence divine '. •
M. Maret passe ensuite à l'bistoire de la théologie. Dans la théologie, dit-il, nous voyons deux objets bien distincts : des vérités données, révélées ; des dogmes contenus dans l'Écriture et dans la tiïdition, proposés par TÉgiise et souvent rigoureusement définis par elle. Cette partie est étemelle, invariable ; sur cette base absolument divine, s'élève le travail de la raison humaine qui s'empare des vérités
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révélées pour les exposer» les développer, les prouver et les expliquer. Il forioe le second o^jet dé la théologie. Celui-là est mobile et sert de fondement à Tbistoire de cette science. — Or, on peut la diviser en trois grandes époques : la première s'étendra jusqu'au 6« siècle ; la seconde embrassera tout le moyen-âge ; la troisième enfin comprendra les tems modernes.
Cda posé, le professeur nous initie au secret des tems apostoliques. L'ceuvre que le christianisme accomplissait au 1*' siècle était de préparer un monde nouveau, en jetant bien profonde la base sur laquelle il devait s'élever. Cette base était la foi. De là le caractère de cette époque d'origine et de formation. Ce l""" siècle fut et devait être beaucoup plus pratique que spéculatif, beaucoup plus à l'actbn qu'à la parole. La doctrine se perpétuait par la tradition orale et vivante. Demandait-on des preuves de la foi ? Les témoins de la vie, de la mort, de la résurrection de THomme-Dieu disaient : Voilà ce que nous avons vu. S'élevait-il quelques discussions parmi les premiers fidèles? Un mot sorti de la bouche d'un apôtre ou d'un premier disciple les termiualL Enfin le renouvellement que la foi opérait dans rhonune,'lcs vertus inconnues qu'elle enfantait, la justifiaient à tous les yeux.
A côté des apôtres et continuant leur mission divine , s'élève la glorieuse phalange des martyrs et des premiers pasteurs de l'église. Quel spectacle magnifique présentent ces confesseurs de la foi paraissant devant les proconsuls et les empereurs, et les confondant par la sagesse de leurs réponses! Comme leurs interrogatoires, leurs lettres , leur langage font ressortir la vérité des faits évangéiiques ! Tout le 1'' siècle s'y révèle, la foi y est vivante et palpitante avec tous ses caractères. Elle contient déjà en germe toute la science des choses divines que le génie des Augustin, des Thomas d'Aqum, des Bossuct développera plus tard. Sous ces influences, le monde s'ébranle; il se sent animé par un esprit nouveau , et les petits et les grands , les savans et les ignorans entrent en foule dans le sein de l'Église. ^ Puis, voilà que des chrétiens, qui avaient été des philosophes, se lèvent pour défendre la nouvelle doctrine méconnue , catomoiée. Ce n*cst pas assez pour eux de repousser le mensonge : ils attaquent le paganisme et la philosophie devant le sénat, adressent leurs apologies aux protecteurs tout-puissans des cultes établis , et, tandis que tout
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tremMe, ils tiennent un langage plein d'ime noble indépendamce : la cause de la vérité, de la jnstice, de la liberté trouve des vengears intrépides dans Alhénagore et Justin. — Mais le Christianisme n'ayait pas seolement pour ennemis les païens et les philosophes; il loi faflot ans» combattre le judaïsme et Thérésie. Au milieu de ces luttes sans cesse renaissantes qui se terminaient toujours par le martyre on par des apologies savantes, on vît surgir Fécole d'Alexandrie. On sait quel éclat fifent rejaillir sur elle saint Pantbène, Clément et Origène; on connaît la grandeur et l'importance des travaux de ce dernier. Avec lui la controverse reçut de nouveaux développemens; il essaya une systématisation complète de la doctrine , et la philosophie tbéotogique prit naissance. Et puis quelle largeur dans la méthode d'enseignement adoptée par cette école : elle embrassait une encyclopédie de toutes les connaissances alors existantes , et les ramenait toutes ï leur centre, qui est Dieu. Si l'on vent juger de sa puissance, que Ton songe que l'école d'Origëne ne se bornait pas à former des savans, mais qu'elle fut appelée une pépinière de martyrs.
Un demi-siècle après sa mort, Constantin pacifiait l'Église. La théologie va tout animer, tout inspirer, tout féconder. Les noms des grands hommes qni furent l'ornement de l'Église au 4* et au 5" siède sont dans tontes les bouches, et on ne peut les prononcer sans se ' représenter l'image du génie et de la vertu ia plus pure. L'Orient avait Âthanase, Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Ghrysoslome, etc. L'Occident se glorifiait de Jérôme» d'Ambroise, d'Augustin, de Paulin de Nôle, de Léon-le-Grand. A côté de ces grands hommes, on en voit d'autres doués de tous les talens de l'esprit et des charmes de la sainteté. La théologie s'enrichit de leurs travaux , et la nécessité de réfuter les hérésies qui déchirèrent tflors l'Église, donna à la partie dogmatique surtout des proportions grandes et magoiûqncs. Ainsi , saint Athanase développa le dogme de la Trinité avec une invincible logique; saint Augustin, celui de la création, et tous les Pères à la fois expliquèrent celui de l'Incarnation. Ajoutez que ecs ^ands hfmimes étaient tous les bienfaiteurs des peuples, les avocats nés,' les protecteurs des pauvres, des Mbles et des petits.
« Que le Christiansme me parait beau , s'écrie M. Maret , quand je le vois à cette époque, édairant, consolant, prot^ant rbumanité!
PAR ■» MARST* 4M
«H milieii d'une chrilisatioii corrompne et décréfnte , ao milieu des rames d'un monde , il fait naitre une science nouvelle , un art nou^^ veau; il développe les plus nobles caractères, les plus magnifiques vertus. Il aurait sauTé la vieille société, si elle avait voulu se laisser pleinement transformer par lui; les Barbares auraient été repoussés et convertis; la marche de la chilisation n'aurait pas été interrompue. Mais ce despotisme brutal qui, depuis quatre siècles , pesait sur le monde, ne voulut pas abandonner ses traditions d'orgueil, d*é« goîsme et de violence. Il y avait au fond des moeurs publiques un paganisme secret qui résistait à l'action régénératrice du Christia'^ aisme. Cette société était condamnée; elle devait périr, et la civilisation chrétienne, qui venait de jeter un éclat si pur et si beau pendant le k^ et le 5* siède, devait s'effacer et disparaître avec elle, pour renaître ensuite et poursuivre ses destinées '. »
Le professeur signale une oeuvre dans laquelle cette époque célèbre vient se résumer et se concentrer tout entière : c'est la Cité de Dieu de saint Augustin. L'ensemble du développement de l'humanité est embrassé dans cet ouvrage; la loi qui préside à ses destinées y est posée ; on y voit décrite la lutte éternelle de la vérité et de Toreur, du bien et du mal. « Deux amours, dit saint Augustin, ont > bâti deux cités : l'amour de soi-même , poussé jusqu'au mépris de » Dieu, a élevé la cité de la terre; l'amour de Dieu, poussé jusqu'au * mépris de soi-même, a été l'architecte de la cité céleste. » Ainsi le saint docteur a fondé la philosophie de l'histoire : elle ne pouvait naître en dehors du Christianisme. Un jour Bossuet reprendra l'œuvre de l'é^êque d'Hippone et la marquera du sceau de son génie. — Toutefois, comme le remarque M. Maret, malgré cette vaste synthèse, les grands siècles théologiques que nous venons de parcourir, n'élevèrent pas un système scientifique qui embrassât dans son ensemble Dieu , l'homme et le monde. Pour le trouver, il faut attendre le moyenne; il faut attendre saint Thomas.
Tandis que saint Augustin rendait à Dieu sa belle âme, les Vandales tenaient assiégée sa ville épiscopale, et déjà le torrent dévastateur de la barbarie avait commencé k répandre sur le monde des
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calamités sans nombre. La science théologique ne sorvécut pas à ce vaste naufrage qui engloutit les arts , les lettres , la civilisation tout entière. Cependant les études ne furent pas entièrement abandonnées, la succession des écoles ne fut pas interrompue, et la théologie tout-à-fait négligée. On Tétudiait dans TÉcriture et dans les Pères. Il y avait, il est vrai, peu d'invention » peu de philosophie; les écrits de Bède, de Raban, etc. , nous montrent que Ton se bornait à copier, à compiler^ à abréger les anciens. Cependant, malgré la pénurie du génie créateur et inventif, on trouve dans cette époque des essais de systématisation plus complets que ceux des Pères. Âa milieu du V siècle, un évêque de Sarragosse, nommé Tayon, et quelque tems après, saint Jean de Damas, au sein de TÉglise grecque, dressèrent chacun un corps ou somme de théologie , divisés l'un en quatre liyrcs, et l'autre en cinq.
Mais avec le 11*' siècle, des destinées nouvelles commencent pour la science sacrée. Les études furent reprises avec ardeur. Ou sait le zl4e avec lequel la célèbre école de Tabbaye du Bec cultiva alors la philosophie chrétienne , sous la direction de Laufranc , et surtout de saint Anselme. Dans ses hautes spéculations, ce dernier continuait saint Augustin et précédait Descaries. — La scolastique avait pris naissance , et l'on vit bientôt paraître les trois grandes écoles philosophiques du moyen-âge, le nominalisme , le réalisme et le concepuialismé. Ou ne tarda pas à appliquer ces systèmes à la théologie , et dès-lors le point de départ de la science se trouva changé. Elle ne demanda plus à la révélation son principe, mais elle le chercha dans un ordre logique, dans une sorte d'expérience et d'observation, dans la conscience. Telle est la grande innovation du 11'' siècle^ L'Église laissa la philosophie marcher dans cette voie , l'avertissant seulement qu'il y avait une barrière qu'elle devait respecter : cette barrière est le dogme révélé dont elle est la dépositaire. Aussi quand Roscelin, Abailard, Guillaume de Champeaux, Amaury de Chartres, se présentèrent avec des systèmes qui l'attaquaient, elle s'opposa fortement h ces hardis novateurs. Mais, tout en proscrivant sévèrement les erreurs enfantées par la philosophie sortie de la dialecliqup d'Aristote, elle se montra trop facile peut-être envers elle,en adoptant pleinement sa métiiodo. Pierre Lombard l'appliqua avec succès à la théologie ; mais ce fut
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saint Thomas qui la porta à son apogée. Ce poissant génie» qui mourut à Tâge de k9 ans, laissant après lui 17 Tolumes in-folio, embrassa dans sa Somme Dieu , l'homme et la nature, avec leurs rapports les plus profonds et les plus mystérieux. Son plan est celui même de Tunivers. « D'abord il s'élève à Dieu et nous présente la natufê di- TÎhe dans son essence, dans ses perfections , dans sa vie incommunicable. Nous voyons ensuite la création sortant de Dieu , marquée de son sceau, le , reproduisant en quelque sorte. Dans cette création , nous traversons le monde angéliquë et le monde matériel pour arriver à l'homme. Saint Thomas l'étudié dans ses deux natures et dans sa destinée. La destinée humaine , la fin de l'homme lui découvre sa loi. De la loi de Thomme se déduisent tous les devoirs , toutes les vertus , la constitution de la famille et de la société. Mais à coté de la loi de justice et d'amour se trouve l'égoïsme qui engendre le péché, le vice , le mal. Cette filiation hideuse de Tégoîsme est décrite par le saint docteur avec une analyse «pii en découvre jusqu'aux fibres les plus cachées. Il faut un moyen à l'homme pour se guérir, se justifier et atteindre à sa fin; alors saint Thomas raconte les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption en eux-mêmes et dans toutes leurs conséquences. Il voulait terminer son livre en éclairant par la lumière de sa haute contemplation tous les mystères delà vie future ■ ». Yoilà la synthèse la plus majestueuse que l'on connaisse. Ni l'antiquité, ni les tems modernes n'ont rien à opposer à la Somm,e de saint Thomas. Après sa mort et celle de ses plus illustres successeurs, Duns Scot et Durand de Saint - Pourcain , la scolastique dégénéra ; et Occam^ , eu renouvelant le Nominalisme , acheva de jeter la confusion dans les écoles.
Alors parut la réforme. Ses attaques aveugles et passionnées développèrent au sein de 1' glise une science vaste et profonde ; ce fut Tépoque de Suarez, de Duperron, de Baronius et de Bellarmin. Bacon et Descartes accomplirent ensuite une nouvelle révolution dans les idées; cependant, malgré le mouvement imprimé à la pensée , il n'y eut pas scission entre la théologie et la philosophie cartésienne ; on peut seulement reprocher à celle-ci d'avoir préparé les
m* SÉRIE. TOME IX. — N^" 50. iifkk. 9
iM thAoukée cmtTiiNw^
voi»à€eae0Ci8sioB, malgré les eiorls de Bonoet, FéMln, Mittebrsttche, pour ks conciiter Tase et Tautr»» Enfin i» i , dans ki tiODi ttodernest proclamé le divorce de la Uiéolagie el de la pfailmofbâ» comme la conqpête la plus gjoiieiiae de Teaprit li«Biam;li tbéol^gîe a été fdégnée dans le domaine purement fiacerdotai« et b |iliiio80|ihie «st allée diercber aea principes dans Tbomme , dans (a aflDs «n dans la nûson. On connaît les tristes résoltats de celte rap^ tore ; nn aait quel est anjoord'iiai l'époisement de l'esprit phiksophifoe • et cmMÊ^ tt/t grand 4'afiaissement où est tombée la penséo après AYoir goM de iniit» les erreors et de tons iea afstèflws> sm pouvoir «'«rêier à anouL
Four nonîr de cet état ^ il fiint une alliance nouvelle de la sdenoe et de la Idl Or , tout parait annoncer, dit M. Marel, ime renaisMee tiléolQgîqve,. Les esprits semUent fatigués du scepticisme et du pro* greasisme. Détrompés des illusions d'une fausse science , ils accoeâ» lent avec plus d'empressement les idées et les sentimens religieui , et lorsque des doctrines élevées et généreuses leor sont présentées, ils se passionnent pour eye& L'élite de la jeunesse revient à la loi et lui demande la solidion des grands proUèmesde la destinée humuoe. Ce n'est pas toutefois que le christianisme soit à la fin de aes combats; nout le rationaliuro n'a pas encore épuisé contre lui tousses traits ; une controverse aux proportion gigantesques se prépare pour un avenir qm n'est pas très Soigné. Mais , la vérité devant triom- |Aer en6n, te professeur regarde le 19* lôMe comme Taurore d'une grande époque théologique.
Il passe eosijdte à l'exposition de la métihode qu'il suivra dans son enseignement Or, comme elle doit résulter de la nature même de la théologie qui est une science d'autorité et de raison , cette méthode est une m^MMie historique et philosophique. --L'objet de la première sera de ch^cher et d'établir l'origine et les développemens des dogmes. Le rationalisme contemporain les regarde comme un simple produit des facultés humaines ; si nous l'en croyons , ils se sont tiaborés dttas le laps des tems et parés des dépouilles de l'antique Orient et de la ^éculMioa hellénique. La méthode instorique devra réfuter ces théories mensongères et faire ressortir l'origine divine des dogmes. Puis , comme les hérésies ont opposé des obstacles à leurs
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défetoppemeiis, dk étudiera la nature et leB effets de celles-ci» hkfs le dogme ai^parakra avec tous «es graad$ caractères d'unité , de perpétuité» d'ioimutaUlité. Or, la pensée humaine imprime sur tous ses produits le triple cachet de la variété, de la mobilité et de la mniabilités iliîMidradonc reconnaître que cette admiraUe suite de la férité catholique n*est pas TceuTre de Tbomme. Voilà pour la méthode historique*
Quant à la sa^hode philosophique, elle cherch^a dans le dogme li Téritàhle eiplicatioo de Dieu , de i'hoomie et du monde ; elle s'attictom è le présenter comme la plus haute et la plus complète des phiiosophies. Me rencontrera d*abord les mystères , et elle montrera que tout incompréhensibles qu'ils sont , ils ne répugnent pas à la pensée humaiiie ; elle les étudiera dans toute leur étendue pour se pénétrer de Tidée qu'ils recèlent dans leur profondeur; et elle fera ressortir ainsi leurs rapports avec la nature humaine , les sciences et rhisteire» Enfin , elle soumettra à un examen sérieux et approfondi les doctrines qui disputent aujourd'hui au christianisme l'empire des inteHigences. Pour dévoiler l'erreur, il lui suffira souvent de mettre ces théories en pandlèle avec les dogmes et la philosophie de la révélation.
Après avoir ainsi déterminé la méthode qu'il se propose de suivre , M. Maret l'applique à la théodicée. — Si l'on veut, dit-il, arriver à «me connaissance de Dieu aussi complète que le comportent nos facultés dans leur état présent, il faut interroger la consdence formée pa»* le christianisme. Avant l'apparition de la rdigion chrétienne , la spéculation philosophique s'était élevée « il est vrai, par ses propres forces et à l'aide de traditions plas ou moins pures , à une certaine conception de l'unité « de la simplicité , de la perfection de la nature 4ime ; mais cette conception était incomplète et mêlée de graves erreurs. Que la raison laissée à elle-même ne dépasse pas dans cette coanaisssoice c^taines limites , les faits sont là pour i'attesten II a donc été nécessaire que le christiani^ue vînt éclairer le monde pour renverser cette barrière, qui arrêtait l'écrit humain dans la première d$ toutes les sciences. Or , il croit À un Dieu unique , étemel, sim^ , infini , libre créateur et conservateur du «londe dont il est ^stioct m^m ne uou» nrrêterons pas à énumérer les preuves de
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Texistence de cet Être-Suprême : tout le monde les connaît* Mais nous croyons devoir signaler une erreur aujourd'hui très répandue dans un grand nombre d'ouvrages savans ou qui veulent Fétre. On sait que le rationalisme absolu confond Tinfini avec le monde et détruit par là la personnalité divine. Pour renverser ce système, M. Maret prend son point de départ dans Tétude de la conscience développée par le christianisme. Laissons-le parler : « Les deux premiers élémens que cette étude nous révèle , se résument dans Tid^e du moi et dans Fidée du monde... Or, relativité, multiplicité, variabilité, contingence, bornes, tels sont les caractères généraux et du moi et du monde ; et tous ces caractères sont exprimés par un seul
mot, le fini.
» Mais il y a dans la conscience et dans la raison un autre élément; Quand j'énumérais les caractères du fini , quand je nommais le relatif, le multiple, le variable, le contingent, le temporel, n'y avait-il pas dans vos consciences une grande voix, écho du monde divin , qui nommait en même tems ce qui est opposé à ces caractères, l'absolu , le un , le nécessaire , l'éternel , l'immuable , l'infini ? Pourriez -vous concevoir les premiers termes sans les seconds? ces termes ne s'appellent-ils pas? est-il donné à l'esprit humain de les
séparer?
» Ainsi , au-dessus , infiniment au-dessus de l'idée du fini , nous trouvons dans la conscience la grande idée de l'infini. . . Ces deux idées nous accompagnant sans cesse ; nous les retrouvons dans toutes nos perceptions; elles font partie intégrante de toutes nos pensées, de tous nos raisonnemens ; nous ne pouvons ni les effacer, ni les
oublier*
I) Mais n'existe-t-il aucun rapport entre ces idées? n'exisle-t-il aucun rapport entre le fini et l'infini? Gomme je ne puis concevoir le fini tout seul, comme je ne puis trouver dans le fini sa raison d'être , je suis forcé par la constitution de ma nature à rapporter le fini à l'infini, à considérer l'infini comme la cause et la raison du fini. U y a donc entre l'un et l'autre le rapport qui existe entre la cause et l'effet Mais comme l'infini se suffit, puisqu'il est infini; comme il doit trouver en lui-même tout le complément de son être , je conçois clairement que l'infini est la cause libre , infiniment libre du fini Si
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l'îAÛni était nécessité daas la production du fini , il ne se sufiirait plus à lui-même; il manquerait quelque chose à sa perfection; il ne serait plus infini. J'arrive donc à l'infini cause , et cause libre du fiui.
,. » Avec ces impérissables idées , avec ces rapports nécessaires, me sont données les existences. Ces idées , ces rapports correspondent à des réalités. Je ne puis douter de la réalité du moi , de la réalité du monde ; je ne puis douter de la réalité du fini et de celle de Tinfini. Kant a beau me dire que ces idées purement relatives à ma manière d'être, purement r^ulatrices de ma raison , ne m -apprennent rien des choses ; la nature est plus puissante que Kant , et la raison comprend Terreur de son système. Car enfin , y a*t-il quelque chose de personnel dans ces idées, dans ces rapports ? puis-je me dépouiller de ces idées, puis-je intervertir ces rapports? Ce sont des lois que je n'ai pas faites , qui dominent ma raison et toutes les raisons. Elles sont donc l'expression de la nature des choses; elles correspondent donc à des réalités. D'ailleurs , m'est-il donné de douter véritablement de la réalité de mon moi , de la réalité du monde , de la réalité du uni ? £t si Je ne puis douter de la réalité du fini , celle de l'infini, qui seul explique et fait comprendre le fini , peut-elle être plus douteuse? Ces réalités se supposent et se soutiennent; qu'une seule vous échappe, l'autre fuit aussitôt. Il faut donc les reconnaître ou tomber dans les contradictions palpaples du scepticisme universel.
» Je m'élève maintenant vers cet infini qui vient de se révéler à ma raison et à mon cœur. Que me représente cette grande idée? Elle me représente une unité , une simplicité pai-faites , réunissant toutes les perfections dans un degré sans limites. Je*découvre dans cette unité absolue, dans cette unité féconde , un abîme d'être sans fond et sans rives, Tocéan infini de la vie. Toutes les perfections que je trouve répandues dans le monde existent à un degré sans limites dans l'iuûni; tout ce qu'il y a de bon dans les créatures se retrouve dans leur cause, pâles reflets de l'éternelle lumière , faibles écoulemens de cette mer immense de l'être , les créatures reproduisent quelques traits de l'éternelle beauté, de hi perfection souveraine. Or, comme je trouve dans le monde des êtres intelligens , sages , bons et libres, je puis affirmer que l'infini est intelligent et souverainement
13S THÊODICÊC GiniÊttBlVNE,
intelligent; sage, bon et sonverainement bon; fibre et sonTeninement libre ; et paisc[a'il possède tonte perfection, ]e pœs affirmer qu'il se suffit plainement à lui-même. Ici j'arrive à l'idée d*nn infini personnel, d'une personnalité infinie ; j'arrive à l'idée d'un Dîw personnel , cause libre du monde , et par conséquent distincte dn monde ; et j'y arrive par la voie d*une dédoctioa rigoureuse ; )e ne fais que développer l'idée même de l'infini; je tire le mène du même : ce procédé est rigoureut *. »
Mais, dira-t-on peut-être avec Hegel, ces deux termes infini et fini peuvent se réduire l'un dans l'autre , se confondre dans imc identité commune. Alors, loin de représenter deux existences distinctes , ib n'en représentent qu'une seule. Examinons cette hypothèse.
« J'affirme donc que le contingent et le nécessaire, le temporel et l'étemel, la multiplicité et l'unité, le limité et l'illimité sont une seule et même existence, un seul et même être. Mais quel est le sens, Il portée des affirmations que je viens de poser ? Dans ces affirmations, je dis que le nécessaire, l'éternel et le un deviennent te contingent, le temporel , le multiple ; et réciproquement. Mais qu'est-ce à dire, sinon que le nécessaire, l'étemel et le un cesse d'être nécessaire, on, éternel ; que le contingent , le temporel et le multiple cesse d'être contingent, temporel et multiple. Ainsi je nie alternativement chacnn de ces termes, et je les détruis les uns par les autres : que me restet-il alors? Quel résidu dans mes mains? Rien, absdnmeiit nea, J'» réussi k faire le vide, je suis arrivé au néant Oui, dire que l'infini devient fini, c'est détruire, c'est nier l'infini; dire que le fini devient infini, c'est détruire, c'est nier le fini.
» Ces deux termes ne peuvent donc passe réduire l'un dans l'antre; ils subsistent donc dans leur éternel antagonisme. Et comme ces idées nous représentent des existences et des existraces distinctes, Dieu est donc essentiellement et nécessairement distinct dn monde, en dehors, au dessus, infiniment au-4essus du monde. LldentîficatioD de Dieu avec le monde mène l'esprit à des contradictim», à des absurdités palpables ; le même cesse d'être le même; le néant et l'être sont identiques. Le principe de contradiction s'applique donc ici
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dns iMite sa ripittir et k démowtratkiii ralknMBt ne pmâ «Itr ptekia'. »
€0 ii*c8t paa tout rpiiis<|«e.Fid«atifiealioii dte rinfini ti du tôt dft» une mêii^ snbstiDee Gandiût logiqii^iiiQOt aii néiAt «bfiohi» eooK ment esptiffu^ k formaticiii de runifert^ comiBenl 1a tirer à» Qéantl H^l noua dit^ il est vrai , qu'il y a bu iBÎtiea entre l'être et le néant» le devenir. *^r Mais quoi I pour devenir^ ae fai^t^ paa être àt^t Ne fant^il pas quelque chose qui persiste au aailiea de teutee les traoslormatiosa ? £h bien! ce quelque chose, qu*est-«U ? Si eW le néant, noi» retombons dans toutes lea absurdités du système; s| o'esl Têtre, c'est Fêtre in&ii ; car par quoi seraît*ii borné? Alors to«C le système croule par sa base*. »
Hegel et sou école disent enfin que la personnalité est une borne en Dieu. — « Vaine objection ! le moi divin équivalant à l'infini , comment serait-il une borne en Dieu ? Le non-moi en Dieu , c'est le monde, c'est le fini ; c'est l'être que Dieu crée avec une infinie liberté; c'est l'être que Dieu crée sans rien perdre , sans rien communiquer même de son infinie perfection. Le non-moi divin n'est donc pas une borne pour Dieu , et la réalité, du fini n'appauvrit nullement la richesse infinie de l'Être suprême. Les vaines difiScultés qu'on voulait nous opposer s'évanouissent ; l'infini et le fini restent à jamais irréductibles l'un dans l'autre ; Dieu est à jamais distinct du monde ^ »
Ainsi , un infini personnel , libre créateur du monde avec lequel il est impossible de le confondre, tels sont les résultas que nous avons obtenus par le raisonnement. Nou& avon& donc trouvé , ajoute l'éloquent professeur , le Dieu que la conscience humaine adore, le Dieu que le Christanisme nous révèle. Oui , la parole de la foi est la plus profonde des sciences. Il est bon de voir disparaître à sa lumière ces nuages dont l'orgueil voudrait obscurcir l'éclatant soleil qui luit dans nos âmes.
Mais , en démontrant ainsi par le raisonnement l'enseignement de la conscience et du christianisme , nous avons écarté une question
l/iO
TIlÉOmCÉE CHRÉTIENNE.
importante : quelle est , par rapport à la connaissance de Dieu , la puissance de la raison humaine abandonnée à elle même? Pour la déterminer, il faut consulter lès faits , et d'abord sortir des tems chrétiens. Car , si la religion de J.-G. a réellement agrandi la notion de Dieu, ou du moins si elle a rétabli dans la conscience des idées effacées , cette notion , ces idées , une fois entrées dans son domaine, agissent toujours sur les esprits mêmes qui nient le christianisme et sa divinité. Nous nous placerons donc au sein de l'antiquité païenne; alors se présenteront à nous deux noms immortels , symboles du ^énie et de l'inspiration , Platon et Aristote. Nous interrogerons leur théodicée ; nous aurons ainsi toute leur valeur, toute la portée de la raison en dehors du christianisme.
L'abbé V.D.CAUVIGN Y.
poUmtqur €atl)oli(tnf.
APPELÉS PISÉYSTES'.
Réflexions préliminaires.
Rien n est mposant, rien ne donne à réfléchir comme de suivre la marche et la transformation des idées de Thomme , surtout lorsque ces idées achèvent leur orbite et s*arrêtent enfin dans leur révolution, pour ne plus se réaliser par des faits, mais pour rentrer à T état d'abstraction d'où elles furent tirées jadis. L'intérêt redouble quand elies contiennent^ comme il arrive souvent, quelque élément mauvais et désorganisateur. Le siècle actuel a déjà vu beaucoup de grandes choses en ce genre , et il est â croire qu'il en verra encore , ce siècle qui , parce qu'on devra dire à son sujet , lassera le burin de l* histoire. On a voulu creuser jusqu'aux dernières assises sociales; tant le fait aujourd'hui succède vite à l'idée! On a tout ébranlé, tout remué , et l'on sent encore le sol osciller sous les pas. La pensée humaine a eu l'envie de mesurer son domaine; mais elle a enclavé , dans son chimérique empire , des régions dont elle n'aurait jamais dû franchir les bornes : il n'est pas de mauvais lieu où elle n'ait reposé son vol , essayé de réaliser ses folles et fatales imagina-
' Noos espérons dans un de nos prochains cahiers dire quelques mots de l'eut de réglise anglicane et dii mouvement qui s'y opère dans ce moment. Mais nous avons cru devoir auparavant faire connaître à nos lecteurs comment ce même mouvement est jugé à Rome par un anglais, Mgr Baggs, recteur du collège anglais, et aujourd'hui évéque de Pella et vicaire apostolique du district occidental de l'Angleterre. Cet article est extrait du n*' 43,