‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 59 sur 135 · ET DES LITRES DES CHUIOIS · texte numérisé non relu

ET DES LITRES DES CHUIOIS

OH dire qaeVJnuhis des égyptiens n*est qu*iuie copie ^du Fou'hi chinois. Les philosophes chinois se moquent de ceux qui s'imagineraient qu'il y ait jamais eu d'homme avec une tête de chien : le peuple grossier , disent*ils , peut seul se former une si extravagante idée. Ce caractère, selon eux, est tout symbolique; comme le chien a la sagacité et la fidélité en partage, lorsqu'on a feint que Fou^hi avait une tête de chien, on a voulu désigner son attachement à son maître qui est le Seigneur ou C/iang-ti , et sa sagacité ou sa sagesse à pénétrer dans les merveilles de la nature.

La seconde syllabe hi tf^ du nom Fou-hî est un composé des symboles qui représentent Vimmolation des victimes ^ et les Ghinoi? assurent que Fou-^hi fut le premier instituteur des sacrifices. Si FouhiîXAnubis sont les mêmes personnages, Anuhis. ^\zxiX reconnu par tous les savans pour le plus ancien Hermès ou Mercure , il faudrait dire que Fou-hi et le premier Hermès sont le même. Hermanubis ou Hermès anuhis fut regardé comme l'interprète des dieux ; les philosophes chinois prétendent que le Ciel ou le souverain empereur s'expliqua par la bouche de Fou-hi, et se servit de lui pour faire connaître ses volontés. Cet Hermès ou ce Mercure fut nommé Trismégiste , ce qui s'accorde merveilleusement avec l'épitHète de Tai-hào^ que les Chinois donnent à Fou-hi et qui signifie trois fois

grand, ( y^ tai, très grand, et ^ hao, grand; ce dernier caractère est composé des caractères fd parler, et /^ ciel ou dieu). Ce Mercure fut appelé ainsi parce qu'il fut grand roi , grand pontife et grand proidiète; Fou-hi eut ce surnom glorieux, selon les Chinois, parce qu'il couunandait à un grand empire , qu'il fut le souverain prêtre instituteur des sacrifices, et qu'il avait renfermé dans ses écrits les destinées de l'univers. Mercure trismégiste passa pour inventeur de toutes les sciences , de tous les arts et surtout des hiéroglyphes ; Iqp Chinois en disent autant de leur Fou-hi , et nous verrons plus bas que les symboles trouvés par Mercure , et qui se voient suc

' Voir Tanalyse de tous les caractères qui entrent dans le nom de Fou-hi dans notre t. xti, p. 135. On y soutient avec probabilité que Fou-hi est Jbel et non Enoch,

SM DÉ là bÔGTBINE

les Krf)âi9qbeii ég)rptieil9 ^ né semblent pas diSèrm des carftitères de Fott'hi qui se sont conserrés chez les Chinois.

Quelques sdvans pl*étendent que le Mercure nismêgiste n'est pas différent du saint patriarche Enoch , et lies annales chinoises semblent feToriser cette bonjectnre : 1* lé tems d'Enoch et ié temii de Fàtt" hi s'accordent; car on peut démontrer par les Chinois que Fou-hi a Técu avant le déluge ; 2<* dans la shite des premiers patriarches, Ertoch est le 7" : or on trouve dans les vieilles chroniques de là nation cbidaisé une suite de personnages célèbres , dont le chef ii*a rien avant lui, et le 7* après ce chef est Fou-hi ; 3« Enoch passa sur la terre S65 abs, après lesquels jl fut enlevé : or, selon la chronique, Fca-hi fut ravi au ciel après 365 ans; h"" Ammien Marcellin dit ' que selon les m^ nales égyptiennes, le premier Hermès grava 96,000 caractères sur dek pierres, dans des cavernes souterraines, parce qu'il savait que le dé-' luge devait arriver et qu'il voulait £adre passer II la postérité les an^ ciens rites , les cérémonies et les mystères de la religion : or les caractères chinois, inventés par Fou-hi^ sont environ 36,000.

Toutes ces ressemblances font conjecture!* que le Fou-hi des Obi^ nois, ou le Hermès des Égyptiens, était quelque patriarche qui vivait avant le déluge, et qui porta des noms diflférehs, selon les différentes nations; on ran>elait Mercure chez les Romains , Hermès chez iés Grecs, Adaris, Adris et Edris chez les Arabes, Ourlai ou Douvairm chez les Chaldéens, Tnaut chez les l^héniciens, Thoyt chez \eà Égyptiens, Toutatès chez les Gaulois; tontes ces nations parient soiitf ces différens noms d'un législateur d'une ti'ès-gruide antiquité qM fut le maître de l'ancien monde et l'auteur dé toute la littérature.

Quoi qu'il en sdit, il est certain que les hiéroglyphes ou les carac<* tères symboliques étaient la première ou la plus ancienne manière

* Nous croyons que Tauteur se trompe ici ; au moins nous n'avons p^ tr(m-> ver ce passage dans Ammien Marcellin. Voici le seul texte qui se rapporte à ce qui est dit ici : • Sunt syringes subterranei quidam et flexuosi recessui ,

> quos^ut fertùr, periti irituum vetustoruin adventàredilûvium prsscii^metueii-

> tesque ne cerimoniarum obliteraretur memoria^ penitùs operosis digestos • fodinis pèr locà diverse struxeriint : etexcisisparietibus^ volucrum feraruur

> qUe gênera iilulta sculpseruiit , et ahimàlium spécies innumeras înuliàs,

> quas hieroglyphicas litteras appeUàrunt, Latinis ignorabiles.X. vsu, c. 39.»

ET DES ià^HA hu àkïmis. ioi

àmn^ 0M riAVëBtidï des teitits. Lés caractères alphabétiques sont seulement des s^es arbitraires pour exprimer des sons arbitraires^ qUi n'oàl qu^uii Hipport arbitraire à nos idées; dans cette ma* dièrè d^écrire ; tbat ^t Teftst de cônVention et de choix ; mais dans le iaogage hiérogiypbiqtiie, tbaque caractère est un tableau raccobrei qoi rAprésénte les choses au naturel; il y a un rapport entHsleè signes et la chose signifiée comme entre un portrait et son original ; c'est ix>ur cela que les Chinois disent « que Fou^hi leta les yeut

• Ters te ciel ^ puis il les abaissa sur là terre ; qti*il fixa sIbs regarda « sur tous les êtres; qu'H en péhétra les propriétés, et qti'il en Wtleft » rapports secrets avec les attributs et leà desseins de lettr auteur ; > qu'il exprima les uns par les autres , et que ce sont ces divers rap-»

* forts qu'il renferma et YOiia sous ces hiéroglyphes '. » PldÈieurs anteiri^ anciens confirment ce sentiment \ Manéthon i

dans une lettre qu'il écritità Philadeîpke et qui a été conseryée pÂr Eweébe^ appdle ces hiéroglyphes des signes sacrés * : Philôn ^ Am» mien MarceUin , Gnmeille Tatitts Liienih^ Apulée les appellent de dé mêméi Origènt ^ et saint Clément d* ji lexAndfie < disent que ces caractères renfermaient la théologie mystique des Égyptiens » parce que, sous des énigmes et des symboles, ces caractères dénotaient les dogmes et les mystères de la plus profonde théologie : les prêtres les plus savans en étaient dépositaires. Sanchoniaton chez Eusèhe ^ assUi% ^é faàût atait eist^rimé pak" ces lettres Ib ciel et les visages dés àt^s dieiik; pàrnil eëi èéHvaihs célèbres, plusieurs clisént que ces lettre hiéroglyphiques étaient des figures d'hommes , d'animaux et de diverses parties de la nature , qu'on regardait cbmme des emblèmes ou des images des attributs de la divinité et des qualités des

^ Paàsdgé ëiti-ait de TY-king, t. n, t^; hn, iSdit. latttie. L6 letié et la trad. fVàhç. )»iît été donhés par ftî. Pfttitiiiër) p» 4^ de soii Essai sur Vorigine et la formation similaire des écritures figuratives chinoise et égyptienne.

Paris, 1842. . *

' Voir sur ces signes sacrés et leur inventeur le passage qui se trouve dans le Syncelle^ Chronographie, p. 40.

' Contre CelsCy L m. Ci 4* Démonst, ^ang, de Migne , t. U p« 140.

* Stramates, I. v, C. 4.

^ Prtp. e'vang., h ij eh. 9^ p. 31 et 1. ii, eh. 1, p. 46.

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esprils; Tintisible et rimmatéricl étaient représentés par des choses visibles et corporelles.

Ces signes sacrés et ces biérogly^es forent gravés sur des colonnes de pierre et de métaux; c*est pourquoi on les appelait hiéroglyphes ou saintes gravures , et le nom de ki p^ qu'on donne aux caractères chinois signifie la même chose. On en voit plusieurs de ces hiéroglyphes sur la fameuse Tabh Isiaque et sur les obélisques égyptiens conservés jusque aujourd'hui '. Les caractères chinois étaient originairement les mêmes, mais depuis quelques siècles on les a abrégés pour la plus grande facilité en écrivant.

Quand le second Hermès inventa les lettres de Talphabet , on traduisit ces signes sacrés en style vulgaire; mais cette traduction ne pouvait être que très-imparfaite , une traduction exacte n*y a point de lieu , on ne pouvait y réussir que par des circonlocutions et des paraphrases ; c*est ainsi que les sens primitifs et mystérieux échappèrent souvent aux traducteurs , ils leur substituaient des sens vulgaires profanes, déguisés par Timagination ou par Tignorance.

J*en donnerai quelques exemples tirés des hiéroglyphes chinois ; le

mot Kieou Jx (figuré en antique f±\ ») qui signifie une montagne est désigné par un symbole qui représente une terre élevée qui s'étend en plaine toujours éclairée par le soleil, sur laquelle on voit

deux personnes dans un jardin délicieux. Le mot F ^y^ qui signifie des habits , est exprimé par un symbole qui représente un sergent

qui couvre deux personnes d'un voile. Le mot Hoan AJ (ûg^

en antique u | ) qui dans l'usage vulgaire signifie tromperie on fourberie^ est représenté par un fruit à la bouche de quelqu^un

présenté par une couleuvre. Le mot Tchuen Jfj qui signifie barque, est exprimé par un symbole qui représente huit personnes dans

• Voir dans le t. i, des Mémoires concernant Us Chinois » les plan. Yi» ▼II, viii et IX, ayant pour liffe : Caractères chinois et hietoglyphes ésypHe^ qui se t^ssewb!ent, et fesant partie du mémoire du P. Ko ( P. Cibot ) sur Tantiquité des Chinois. — Voir en outre le curieux travail de M. Paulbier, Essai sur t origine tt (a formation similaire des e'critwes figumlives chinoise et egyptieniK. Chex Didot 181?.

* Nous ne donnons que deux formes antiques^ parce que ce sont celles qui

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