‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 81 sur 135 · DE L'ŒUVRE DE LA MISÉRICORDE · texte numérisé non relu

DE L'ŒUVRE DE LA MISÉRICORDE

Leltre de Mgr févéqae de Bayeux sur l'œuvre de Pierre Vinlras.

Bayeux, 9 Dovembre 1841.

• Messieurs et cbers coopérateurs^

• Des manascrits propagés furtivement dans notre diocèse nous avaient révélé inexistence d'une association religieuse , qui a son symbole, ses obser*: vaoces, ses emblèmes. Nous surveillions attentivement la marche et les pro* grès de cette société» lorsqu'un opuscule imprimé est venu subitement justiGer DOS craintes. Dans cet opuscule, déjà répandu avec profusion, on annonce des communications célestes,, on publie des miracles nombreux, et le but avoué de ces révâations et de ces miracles est de préparer les fidèles à un nouveau règne, au règne de l'Esprit saint, sous lequel l'Evangile sera mieux compris; de nouvelles lumières seront données à TEglise sur Tes vérités les plus imporlantes du Christianisme , des dogmes inconnus jusqu'alors seront proclamés comme autant d'articles de foi par l'organe d'un concile général , comme si TEglise pouvait jamais avoir d'autre règle de croyance que la tradition et l'ensaignement des siècles passés. Le chef de cette association, simple laïque, a choisi, parmi ses adeptes, des apôtres chargés de répandre ce qu'il nomme \OEuvre de la misertcord^; et, usurpant des pouvoirs qui ne sauraient appartenir qu'aux pontifes de TEglise, il leur donne une sorte de consécration par FimpositioD des mains et l'onction du 6awne de la Croix.

» Vous n'ignorez pas, nos chers coopérateurs, celte règle si sagement établie et sanctionnée par le saint concile de Trente, d'après laquelle aucun nou • veau miracle ne doit être publié dans un diocèse sans Tapprobation de l'évè* que de ce diocèse*. Or, comment pourrions-nous approuver de prétendus miracles arrivés dans Tombre ou dépourvus des caractères qui aimoiieentroo péraiiOD divine, des miracles qui seraient faits pour confirmer desdoctnoet manifestement erronées? A Dieu ne plaise que nous autorisions un apostolat laïque, formé pour réaliser l'œuvre de la régénération de t Eglise. [^ons avons pu jusqu'à présent garder le silence ; mais aujourd'hui ces hommes répandant leurs écrits arec une ardeur toujours croissante , les intérêts de la foi, dont le dépôt nous a été confié, nous font un devoir de nous élever contre ces nouveautés profanes et ces entreprises téméraires, avec toute l'autorité que nous donnent le caractère sacré de Tépiscopat et la mission divine dont nous sommes chargé.

» Cest pourquoi , après avoir entendu le rapport circonstancié et motive, d'un habile théologien , après un mûr examen de notre part, et de l'avis ona-

' Staluit sancta syuodus nulla admittenda esse nova miracula, nisi recognos-, eenle et approbante Ëpiscopo. Sess. 25.

nime de iio4r»e«QieUt oimpicMJioji^ qs^<^YOim^^ m'k^ ^^aouifiicfUions annonçanl VOEuvf^ de la miséricorde ' contient des principes contraires à l'enseignement et à la foi de TÉglise catholique ; que les réyélations et les miracles dont on veut se prévaloir ne sauraient Tenir de Diea; noos réprou' TOM et conAimBOBi rassoeiatîMi établie pour k pfppefatMMi de m féiélatiOM e( de ces priqeipef . »

Voici mainteitaiit lliistoire dHme famille Shimiiié» per cet iiopo»^

teur. Nous savons qu'elle n*est pas la seule et que !c nombre des di»^

pea est Irès-étQudu.

i^ibanal civil 4o la Seine {V* CSiambre), — Aufiencf

du %% nar» 1944,

(?réfid«w*4e M. de BeBeyioe},

Le^. disciples d'un aouyeau prophète, -^ E^tiisesjt visions, conununicationi avec les esprits célestes- ^ La SQCte de \OEiwre 4e la Miséricorde, — Demande . en interdiction.

« I! s'est trouré, en !8&0, un homme qui , tout dNm OMip» »'<<t » prétendu illuminé par des inspirations célestes. Cet bonune , dans » des états d'extase dont il a donné le çpectacle pendant des nuits » qu'il a appelées mystérieuses ^ a prétendu qu'il était en çommuni- » cation av^c la divinité ou avec se« organes. La Vieille et Jésus- » Cbriet loi apparjûssaiettt soij&d«« forum mortoUes. L'arcbangesaiat » aiieM B6 présentait à loi «oue b fiHuie d'an iimlbr4 vtoér^ » SfllDi Joiepfa m montrait eoue le costnme d'mi ouvrier , avec hb^ » règle à la main , ainst que le peint FÉcrîtare. Puis Pierre-MicM

* C'est un in-«°de4f, 1;2, imprimé clie«I,acquin, àPerfe. En>o|ci quelques extraits:

« Le monde, y dit-on* a vécu 9ous le règne de le craénle depuis Moïse jusqu*à Jésus-Christ; sous le règne delà g^rdce^ depuis Jésus^Christ jusqu'à nos jours ; et il va passer sous le règne de Vamour dans TCEuvre de la miséricorde.

» Règne du Père sous la Loi ; règne du Fils sous FEvangile ; règne du saint Esprit, sous TEvangile mieux compris, où le Paraclet enseignera toute vérité. .«

» Dans cette troisième période « le Seigneur choisit pour Organe Pierre- Michel, qu'il charge de recevoir ^ d'écrire et de répandre ses communications divines, au sujet de raHiance qu'il va renouveler avec les lionmies en le» régénérant par le Saint-Esprit. *

DE {.'cBuitBE m um^tmmj^E. 375

« eateodait 4e&i^r<4es suUiiness il redisait cm |>aroles««ieii t«( {iroa imçmt il éMdt pkmgé dans oa état d'ei^tase okîracaleiiae» »

« Teli^ étaieat les pardes pranoncéea le 2 juîD 1S(»3' devait b çbaaibre eriminelk de la Cour de cassation, par M. Tavocat^g^^ai Ddapal^ie \ dan» son [réquisitoire à Toccasiôn da pourvoi du non-* veau prophète Pierre-Michel Yintras, condamné, à cinq ans d'empri-* SQanement pour escroquerie et abus de confiauce \ J^a Cour do castttion a rejetéi noua l'avons dit, le pourvoi de Pierre-IVlicbel ; mais la coadamoation qu'il subit en ce moment n'a pas refroidi k «èle ar« deat de se^ djisci{des, et l'exjdtatipn d'esprit de deux d'entre m% avtti déterminé leur famille à provoqua aujourd'hui leur interdicti<m«

» U ri^port de M» Martel^ juge, fait connaître ^les faita suivans» eiopnmtés à la requête présentée par M. et MJ^^ Faguer et M. et ftf^ Bournier, pour demander l'interdictioa de M. et W^^ Émite JBour* nier,

» M. Faguer gère à Paris, dans la rue Ricbetieu, un établissement de parfumerie renommé. £a 1839, il a marié sa fille à M. JÈmiie fioqrnier , et il se l'est associé pour son commerce. M« Bouraier , d'abord associé, devait ensuite devenir seul gérant et propriétaire de rétaUigsemeat ; mais voici les circonstances qui sont .venues déranger l6s prévisMms du père de liamiUe^

>» Il y a quatre ans environ > qu'un nonuné Pieire^Michel Vintras ^ des environs de Gaen, prétendit {nrophétiser l'avenir , faire des mira^ Gles qui proavwaient sa m^ion divine , annoncer de grands châti* mens, et à leur suite le r^e de la Miséricorde et dû l'Esprit , dont les principaux agens au milieu des hommes s^raietU le manarfue fort cl le grand pon,tife.

» Cet homme avait beaucoup d'adeptes dans la Xouraine et dans le Uaine; ils ont pris le nom d'associés de ÏOEu^re de la Miséricorde ^ et portent pour insignes une petite croix blanche , sans Christ ; avec un ruban rose* Il portent aussi un ruban en l'honneur de l'Immaculée conception de la sainte Vierge.

' Voir la Gazette des trihunavuc du 3 juin 1843. 'C'est le 30 août 1842 que le steur Vintras a été condamné à 5 ans ifemprisonatment atà lOÛ tr. d'amende par la tisbimal conractionnel da Gaen.

a76 MICHEL \INTftA$ RÉVÉLATEUR

» M. Emile Bournier est devenu Turi des adeptes de la religion de Pierre-Michel Vintras, et, daris les premiers mois de 18/i3, à la suiie de conférences avec Tun des partisans de Pierre-Michel Vintras; il communiqua ses inspirations à sa femme et à son frère, qa'il détourna des études préparatoires auiEquelles il se livrait pour arriver à la profession de pharmacien.

» Cependant les affaires commerciales étaient à Fabandon. M. Fagaer s'-aiarma avec raison , et demanda à reprendre rétablissement qu'il avait en société avec son gendre. On put croire ' un mioment que la mlsou de 1\1. Boiirnier n*était pas complètement altérée et qnll comprenait ses devoirs de père de famille : il allais Tours pour s'occuper sérieusement de procurera son beau-père des garanties en demandant de l'argent à sa famille. Mais M. Emile Bémmier , au lien de revenir directement à Paris, passa par Caen , revit .Pierre Michel Vintras, qu'il connaissait déjà. C'est dans ce voyage que l'hallucinatioa devint complète. M. Emile Bournier déclara qu'il voulait quitter son commerce et se livrer tout entier à la mission de propager la nouvelle doctrine. Dès lors il refusa obstinément de s'occuper des affaires de sou commerce. Il donna sa procuration à un tiei^, et se retira avec sa femme dans Vtï(i Saint-Louis. Puis il partit pour Bruxelles avec sa femme et son frère, aûn d'aller recevoir les inslraedohs et l'imposit;ion des mains d'un Polonais nommé André Towmnski; et qiie Ton désigne som les noms de grand-maître ttàe saint Homme. M.' et M*"® Bournier, aprèr. être restés dix jours à Bruxelles, ont été faire à Waterloo un pèlerinage' et prier Dieu pour Napoléon , d'après les ordres d'André Towianski.

» Depuis lors, M. Bournier, âgé de 28 ans,-déjà père de trois enfans, et n'ayant que 60,000 francs de capital , n'a d'autre' occupation que de recevoir les inspirations de l'Esprit, en compagnie de ses fières en doctrine, et de chercher à faire dés prosélytes. ^

- » Il n'est pas inutile, pour faire connaître Tétat* ment aide M. et M""" Bournier, de dire quelle est la doolriiie de cettie secte nouvelle d'inspirés qui se croient mission divine pour annoncer au monde une régénération prochaine.

» Dans celte secte nouvelle, la loi suprême ,; cfc^st V inspiration, que chacun reçviiindmduellementj et dont Uést seul jugeJ

DE L'CëUVBE D£ JLâ MISÉRICORDE. 277

» Pi«rre*Michel Yintras enseigne que rhoinme,outrc| son corps et sm âme, a on esprit distinct de Fâme ; que les esprits sont des anges déchas qui sont envoyés dans des corps terrestres en expiation des faates qu'ib ont commises dans le ciel. Pierre-Michel révèle à chacun le Bom que Tesprit qu'il a en lui portait dans le ciel , et il prétend qu'il a des communications directes avec saint Joseph , avec un archange et avec la sainte Yierge.

» Un schisme n'a pas tardé à naître au sein de la nouvelle religion t il parait que, parnù les inspirés et les adeptes de VŒuure de la Miséricorde^ beaucoup inclinent à regarder Pierre^^Michel comme ins-^ pire du démon. Ils se rallient au drapeau du Polonais jindré To^ -wianski, qui , k l'en croire » a maintenant en Ipi l'esprit de Napoléon^ qui n'est mort loin de la France, à Sainte-Hélène, que pour^ expier le tort d'avoû* manqué à la divine mission qu'il avait ré^e de régénérer le monde selon les idées de VOEui^re de ta'MÏiérieôf^e ' et de V amour, André ïowianski s'est chargé , lui , d'accomplir cette mission, et c'est dans ce but qu'il est allé à Rome faire sanctionner sa mission par le pape, qui ne peut refuser de reconnaître en lui Renvoyé de Dieu.

» C'est sous l'empire de ces idées que se trouvent aujourd'hui M. et M"''' Boumier. Ils se croient plus inspirés encore depuis qu'une ré- . Télatiou de Pierre-Michel Yintras leur a appris quels étaient autrefois leurs noms d'anges dans le ciel. M. Emile Boumier ne se sent pas de joie depuis qu'il sait qu'il s'appelait Nadhaîl, et M*"® Bournier est dans des extases célestes aujourd'hui qu'elle se souvient, d'après Pierre-Michel Yintras, d'avoir eu le doux nom â!Ezraël.

a C'est ainsi que M. et M*"*" Bournier ont été conduits à se séquestrer de toute leur famille, et que leur aberration d'esprit a été poussée au point de nécessiter une demande en interdiction.

» M. Faguer et M. Boumier ont donc présenté requête à fin d'interdiction contre M. et M"""" Bournier. Par suite, un conseil de famille, convoqué spécialement , a été d'avis qu'il y avait lieu de provoquer l'interdiction. Cet avis a été communiqué aux époux Bournier, et ils ont été dtés à comparaître , le l"" février 1844 , dans la chambre du conseil, pour y subir un interrogatoire. Les époux Bournier ne se sont {>a3 présentés, et ils ont formé oppodtion au jugement de la chambre

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