PAR LE R. P. DE RAVJGNAN
dit ioiaieur, et de l'indépendance absolue de l'idée humaine s>st pleinement produite et développée de nos jours dans la philosophie de liégel et dans les philosophies analogues. Mais que sont ces philosophies ? La subversion entière de toute réalité, et par suite de toute morale, de toute religipD,de tout ordre social. Et les peuples remués jusque dans leurs fondemens, toutes les bases intellectuelles et politiques ébranlées , ne signalent que trop dans un grand nombre les effets de l'abandon funeste où Ton a prétendu laisser le pouvoir régulateur des croyances et des doctrines religieuses. Aussi , Messieurs , faut-il hardiment prononcer que l'autorité catholique est le palladium vrai et le gardien sauveur de la liberté même de penser; car elle lui évite lafolUy ce qui est bien un grand service à lui rendre. C'est donc la raison elle-même qui accepte Tautorité catholique , qui Taccepte et Tembrasse .étroitement, parce qu'elle la voit évidemment acceptable et certaine.... L'Eglise seule au monde lui apparaît remplissant réellement les conditions de celte autorité nécessaire. Antique, pure, sainte, le front ceint des gloires des martyrs et du génie, l'Eglise poursuit jusqu'à nous sa marche majestueuse et calme, au milieu des oscillations et des tempêtes. Elle tient déroulées dans sa main les traditions sacrées de l'Evangile et de l'histoire, qui ont marqué du sceau de l'institution divine son origine et sa durée. L'Eglise parle aux yeux , à la conscience, au bon sens , au cœuri à Texpérience ; elle parle le langage des faits et des vérités définies qui rencontrent toujours dans les âmes sincères, avec le secours divin, un assentiment généreux et paisible. La raison, soutenue de la grâce, attache alors sûrement à la colonne de l'autorité les premiers anneaux de la chaîne; ses convictions les plus intimes s'unissent en Dieu même à la foi enseignée. L'homme, éclairé d'en haut, habite alors une grande lumière, loin du doute« loin des recherches et des anxiétés pénibles. Et c'est ainsi qu'à Tombre de l'autorité catholique et de la doctrine, la société s"" avance dans les voies régulières • de la science et de la civilisation, de la force et de la prospérité véritables.
2* Partie. Dans cette partie il s'agit de prouver que ce que la philosophie n'obtient pas de l'Église , elle n'a pas le droit de l'exiger. Or, il y a six choses que l'Église ne veut pas accorder à la philosophie.
!• L?L sanction de sa folle et déplorable prétention de tout recommencer et de tout créer de nouveau y le monde, la vérité, la religion, Dieu, l'homme, la société et la philosophie elle-même ; comme si rien n'avait été trouvé ni défini jusque-là, comme si l'humanité n'avait pas encore été enseignée.
2« La raison n'obtient pas de professer V indépendance absolue de
SIS GONFÊBKNGES M NÔTRS^DAIIE 0E PARIS,
IHÂée humaine, en sorte que, dans te domaine de l'intelligence, Dieu iHnt Tinférienr, et la raison le maître. Non ; il faut sayoir que Dieu r^ne, vérité souveraine , intelligence infinie, et qu'à tous ces titres il peut nous enseigner quand il lui plaît , et comme il lui plaît. Quoi I nous pouvons révéler notre âme à nos semblables en toute liberté, et Dieu ne le pourrait pas? La prétention serait étrange.
3*^ La raison n'obtient pas d'échapper sans cesse à la langue des faits, à des preuves immenses de tradition et d'histoire* Le paralogisme et Tabus ne sont pas un droit. Mais non; on veut rêvera loisir, se bercer dans des nuages, construire à priori un monde et un chris* tianisme aventureux et des systèmes sans fin, quand Dieu créateur et réparateur a bâti de ses mains l'univers catholique.
g Prétendre, poursuit Forateur , ne reconnaître d*autre voie ni d'autre guide en religion que la raison spéculative et l*abstraction vague, c>st se perdre comme la fumée dans les airs. Nous ne tarderons pas sans doute. Messieurs, à trouver des historiens qui traduisent de la sorte les faits de Charlemagne et de saint Louis en purs phénomènes de l*idée ou bien en météores aimosphëriques. Ne Foublions jamais ! Tâchons de vivre dans le monde positif et réel. Quand il s'agit donc d'une question de fait, la philosophie n'a pas le droit d'oublier l'histoire ou de la traduire en abstractions idéales.
4* La raison n'obtient pas non plus de retrancher le lien étroit et nécessaire entre la vérité et la vertu. C'est là le grand sophisme du jour. On prétend laisser la foi catholique et garder la morale; on se trompe , on ruine l'une et l'autre. Sans les dogmes , plus de base ni de sanction pour les préceptes. Ici l'éloquent orateur a payé un hommage bien mérité à la profonde et lumineuse dissertation du premier pasteur sur cette importante matière.
On l'a dit avec raison, s'écrie-t-il , une morale sans dogme est une justice sans tribunaux, une loi sans pouvoir ni sanction. Et tel est le grave enseignement qui, cette année, est descendu de la chaire pontificale. Vous ne sauriez trop relire, Messieurs, cette lettre pastorale qui a ouvert pour nous la sainte QuaranUiine. C'est une des plus fortes, des plus utiles et des plus éloquentes doctrines que vous puissiez étudier.
5" La raison n'obtient pas la liberté dHrnf enter un progrès du dogme et de la morale religieuse;
La vérité est immuable comme Dieu même, son auteur et son type. On }
fM LE ». P. DE HAYlGIfAN. 349
0iMi est Tefio, Messieurs, «u secours de rincertitiide et de la mebiiilé liuiû»iBe. II a placé au milieu d'un horizon infini un centre immobile, Pautorité, et fan* torité révélée. Nul progrés ne peut la changer. Avee ces religions progressiveê de Phumanité^ de Tidée, du socialisme, et je ne sais quelle autre encore» s^il fallait, pour avancer , changer à la manière dont les choses humaines, dit* on, progressent ici bas, grand Dieu ! ce serait faire descendre trop bas et l'homme et son auteur ; l'homme, dont le besoin religieui serait alors le jouet légitime de toutes les influences et de toutes les rêveries passagères; Dieu, dont la connaissance , le culte, les lois , les éternelles prévisions seraient ainsi subordonnées aui variations des âges , aui chances des opinions , aux luttes et aux caprices des partis et des révolutions humaines.
Et si, par Ir progrès, on entend, comme il semble, une divinité qui se transforme fatalement et sans fin elle-même, et qu'on ne craint pas de nommer, à la vue d'une aberration si triste, d'une méconnaissance si profonde de rhumanité, je n'ai plus le courage de rien dire; je ne sais que m^affliger eu silence. Non, non, ce progrès n'est pas un droit; il n'est qu'une parole violente, jetée contre l'Eglise, sans signification et sans fondement. Le progrès, Messieurs, est tout entier dans le retour à une foi immuable qui ramène sans cesse les esprits au foyer divin dé toutes les lumières.
6^ Enfin la raison n'obtient pas le droit à une indifférence totale, une égalité absolue de toute doctrine, de toute croj^ance et de toute Église. Elle ne Tobtient pas parce que ce serait légitimer les plus monstrueuses contradictions, approuver les plus funestes conséquences , ce que Torateur développe en ces termes :
Toutes les religions et tous les cultes . dites-vous, sont indifférens pour la conscience et pour le bonheur des peuples. Cette indifférence philosophique est même le grand trophée conquis par l'esprit moderne. 11 en est ainsi, ditesvous! Alors, oui et non, aflirmalion et négation, schisme et unité, déisme et foi, panthéisme et christianisme, même l'athéisme, tout est uni, associé, confondu, également vrai, également sain, pur et bon. Telle est la logique d'une tolérance fausse et cruelle dont on fait si grand bruit. Plus donc de foi exclusive ; à la bonne heure ! Quoi que l'on puisse penser ou dire, c'est toujours une même religion, une même Eglise où tous les esprits sont réunis, fort étonnés, sans doute, de se trouver ensemble. Mais on ne voit pas que c'est là se former un Dieu pire que ceux du polythéisme. Dans.le délire païen, toutes les folies, tous les crimes étaient du moins partagés entre la foule des dieux et attribués à chacun dans des degrés divers d'infamie; ici, le perfectionnement nouveau confondrait et réunirait dans un seul et même degré d'approbation et d'égalité divine toutes les contradictions, toutes les erreurs, toutes les va-
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rlations, loiilcs les ignominies, c'esl-à-dirc tout ce qu'il plairait &u\ honimog d'appeler religion et culte.
Messieurs, il faut plaindre c<îux qui défendent avec tant d'ardeur un principe si fécond en déplorables conséquences. La vérité est une; cssentieUement une, comme Dieu est un ; elle est éternellement inconciliable avec le faux qiii est son contraire. Vous ne voulez plus d'autorité, plus d*unilé de foi et d'Eglise. Qu'avez-vous ? Vous repoussez ces dogmes intolérans; ils attentent à la liberté de la philosophie et de la science. Us arrêtent le développement de la civilisation et de Tamour vrai entre les hommes. Alors, il n'y a plus de liberté, de science, de vertu ni d'amour, que là où ne se trouve plus la vérité, où même elle devient impossible; oui, la vérité est impossible dans l'égalité prétendue de toutes les croyances et de tous les dogmes aux yeux de la conscience humaine.
Au contraire, Funité catholique de fol et d'Eglise est le lien parfait de la société et de la charité de tous les hommes. Ceux qni croient, on les tient étroitement embrassés; ceux qui s'égarent, on les cherche; le zèle, amour véritable, les appelle, les attire par tous les efforts. Et telle est la raison même de la lutte soutenue avec constance par l'Eglise contre les séparations et les erreurs : elle mène et dirige ainsi avec force sa barque de salut parmi les naufrages et les tempêtes, afin d'arracher à la mort les victimes ballottées çà et là au gré de tous les vens.
Après avoir exposé avec cette lucidité et cette exactitude les devoirs et les droits de la raison, Forateur s'adressant à Tesprit et au cœur de ses auditeurs les presse avec une ardente sollicitude de s'attacher à cette mère des hommes que nous appelons TÉglise.
Messieurs, pourquoi donc ne pas monter sur la barque du salut? Pourquoi ne pas se jeter, enfant soumis, dans les bra^ de l'Eglise? Par l'assistance et la mission divine, elle a conquis tous les mondes nouveaux de la science et de la pensée; elle a dissipé un jour les ténèbres de l'erreur , comme le vent chasse devant lui les nuages ; elle a présenté à Thomme, à côté des merveilles sublimes de la puissance et de la sagesse infinie, tout ce qui pouvait éclairer, relever la raison humaine et la satisfaire, en réglant le cœur, en calmant la conscience. Elle plaça des bornes salutaires, creusa un port tranquille pour le départ et le retour de l'intelligence, tout en laissant libre et ouvert aux investigations du génie le vaste océan des connaissances. Elle traça néanmoins la voie, imposa la loi de vie, et n'interdit aux hommes que le crime et le malheur. Telle apparaît dans la réalité l'autorité catholique. La philosophie qui la blasphème, la méconnaît. Qu'elle règne à jamais dans vos esprits et vos cœurs, cette autorité tutélaire! qu'elle veille sur les jours comptés de votre pèlerinage; qu'elle soit