‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 90 sur 135 · PAR LE R. P. DE RAVIGNAN · texte numérisé non relu

PAR LE R. P. DE RAVIGNAN

toujours pour vous le repos et Fabri dans les orages ! Messieurs^ je coDuais vos cœurs, je sais les troubles de vos âmes ; vous me les avez souvent confiés. Entrez au port que TEglise vous ouvre : vous y trouverez la paix et le bonheur.

Dans sdi U'' conférence, le P. de Ravignan se propose de traiter l'importante question, celle de savoir si V autorité de V Eglise en matière de foi est certaine pour la raison. Il est visible que de cette question en effet dépend toute la conduite ultérieure de Thomme. Or, pour arriver à la solution de ce problème, l'orateur établit les points suivants :

Il y a une triple voie par laquelle une vérité acquiert la certitude rationnelle ; c'est le triple procédé historique, scientifique et métaphysique. L*histoire procède par voie de témoignage ; la science par des théories ou des lois que fonde une puissante observation des faits ; la métaphysique par des fai> sonnemens tirés de Tessence même des choses.

Si par celte triple voie Tautorilé de TEglise est démontrée souverainement raisonnable et certaine, il n*y a aucun motif de s'y soustraire, pour s'en aller encore errant dans les régions du doute. Cest donc, Messieurs, une étude profonde et sérieuse, quoique rapide, que je vous propose en ce moment: L'infaillibilité de TEglise, démontrée à la raison par le procédé historique, scienlifiqiu et métaphysique. Puissions- nous être ainsi de plus en plus affermis dans la foi de ce divin pouvoir .'

Pour établir le 1^' point l'orateur ne présente qu'un seul témoignage , celui que l'Église se rend à elle-même en se déclarant infaillible. Il en fait sentir toute la valeur , et surtout ce qui la distingue des autres religions quand elles parlent d'elles-mêmes. '

Le voilà, dit-il. Messieurs, ce seul et grand témoignage qui se prouve réellement lui-même par tous les caractères glorieux qui raccompagnent. Quand la raison attentive contemple ce spectacle frappant d'une société dont la nature constitutive est Tuniversalitc, dont le fondement est un. fait attesté d'in- Êiitlibilité divine, dont la langue est Tunité, alors on doit sentir profondément en son cœur ou le bonheur ou le besoin d'être catholique. Mais on compr^d aussi que rien ici bas ne saurait entrer en comparaison avec le témoignage de TEglise.

A proprement parler, Messieurs, TEglise catholique est la seule au monde qui s^affirme comme ayant par le fait diviu une autorité hiérarchique infaillible. Loin d'elle, ce sera surtout l'individualisme qui s'affirmera lui-même, et se condamnera par cela seul.

Sa2 CONFÉRENCES DB mTRE-DÂMX BB PARIS,

De plus, TEgHse tffirnie it atteste un fait Les «utrei religions , tôujimn sujettes à rîDcertitttde et è Tarbi traire , énoncent des opinions. Quel fait propre et spécial attestent le protestantisme et le schisme grec comme tels? Aucun. Et ce qu'ils prétendent garder d'un christianisme premier ne leur appartient pas; ils sont d'hier. Le mahoméiisme et le bouddhisme ne sont pas non plus des religions de faits et de témoignages. Le bouddhisme u'a qu'une terminologie sans la moindre histoire attestée d'action divine. Le mahoméiisme se réduit k un naturalisme brutal. La mission de son prophète n'a d'autre témoin que lui-même et son livre, son livre qui raconte quelques merveilles du genre de celle-ci : • Un jour la lune descendit dans la poche de Mahomet. * Ici, point de témoignage, d'histoire ,ni de faits divins au sens dans lequel le témoignage de l'Eglise est complètement historique ; vous l'avez vu.

Hors de i'Ëgiise, rien n'est universel, pas plus qu'historiquement divin. L'Eglise a seule en propriété ce principe de catho'icité ou d'universalité qui parle et qui s'affirme en se prouvant dans son témoignage. Messieurs, tout ce que les hommes peuvent produire, entendez-le, ce sont des religions nationales, et la chose est assez facile avec l'égoïsme, le pouvoir et les fassions. Dieu seul a pu contre les intérêts , les passions et la puissance concevoir et établir le droit et le fait de l'universalité ; cette force et cette nature d'une foi qui ne se renferme dans l'enceinte d'aucune limite de lieu ni de tems,mais appelle à soi tous les hommes. La nationalité en religion est une injure cruelle . et une évidente erreur. Car il n'y a devant Dieu ni Juif, ni Gentil, ni Barbare, ni nation ; en Dieu,- tous les hommes sont un , et la religion doit être une et universelle comme Dieu et ta vérité. Excepté le catholicisme, dont le nom seul est une preuve, toute religion est restreinte, égoïste, nationale; elle exclut réellement et proscrit le principe de la grande fraternité humaine et religieuse ; elle est donc une erreur. Voyez cependant l'injustice. On dit: • L'Ë- * glise catholique est exclusive et barbare- » Messieurs^ elle est seule anirerselle; seule, elle appelle dans le sein même de l'unité tous les hommes, et les convie au banquet divin de la vérité.

L'orateur prouve ensuite le 2* points c'est-à- dire que rinfaillibllité de Téglise est appuyée sur une certitude scientifique , en fesant voîr que cette infaillibilité seule explique Fhistoire de rhumanité, qui sans elle serait une énigme sans solution.

Si l'Eglise a menti, c'est-à-dire si elle n'est pas infaillible quand elle Taffirme, tout est inexplicable dans le monde, tout : le catholicisme entier ii*est alors qu'une imposture. Si l'Eglise n'est pas infaillible, pourquoi les philosophes ont-ils quitté pour elle l'école du divin Platon, les douceurs de la vie et las attraits de l'erreur païenne? Pourquoi tant de combats, tant de victoires.

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tant ée couronnes? Pourquoi eniin la conversion de Tuniverf? Si i*aiitorité de TEglise n'ej»t point divine et in faillible ^ d'où vient que les premiers conciles tenus en Orient font loi partout ? Comment y aH-il des hérésies ? par quel ha^ sard celles-ei frappées d'anathème vont-elles s'affaiblissant, se divisant, pour mourir et disparaître? Si une autorité yériUblement divine ne veille au dépôt de la foi, qu*on nous explique comment TEglise catholique dure encore, malgré la coalition de tous les intérêts et de toutes les passions.

L'unité de foi dans une société dont Funivers est la patrie et la demeure. Il j a là, Messieurs, un fait, un phénomène qui> à lui seul, suffirait pour tout prouver. Il est trop évidenunent surnaturel et surhumain. Une autorité est di* vine quand elle conserve Funité véritable de croyance parmi tant de nations diverses et dans tout le ^ours des siècles. Ce fait n'appartient qu'à l'autorité catholique; il est inexplicable à jamais sans elle. Que si ailleurs on parait s'entendre quelquefois, mais dans des bornes, dans un tems et un nombre restreints, ou en examinant de près on trouvera qu'il n'y a pas de foi ni de doctrine proprement dite > comme dans les religions de l'Inde et dans les malheureux démembremens du schisme Slave , où un fatalisme sensuel a courbé et abruti les âmes comme dans l'Islamisme. Quant au rationalisme protestant» il est la division même en principe et le côté faible de l'intelligence livré à tous les écarts.

L'Eglise possède une infaillible autorité, centre et foyer des croyances chrétiennes; les faits s'accordent et s'expliquent, et les lois d'une étonnante gravitation intellectuelle sont ainsi connues. Oui, avec l'autorité infaillible et di« vÎBe, le eatholtcisme n'est pas une imposture , la philosophie est amenée à la foit le monde renouvelé, le martyre raisonnable, les conciles obéis, les hérésies abattues, la durée de ll^glise invincible^ son unité indissoluble, la science et la civilisation fécondées, la morale assurée, la paix des consciences profonde et certaine , tous le» fruits de sanctification et de salut versés abondamment sur les peuples.

Qu'il n'y ait plus d'autorité catholique et infaillible dans la foi, le monde est un chaos, le christianisme un mensonge, l'héroïsme une folie, lacivilifia^ Uon une erreur ou un hasard, l'Eglise, sa durée, son unité des phénomènes contre nature et contre toute raison.

Le procédé scientifique est certain; il faut conclure : L'Eglise est infaillible; «ar c'est le seul système qui explique les faits.

Enfin, qaant au 3^ points c'est-à-dire que rinfaillibilité deTÉglise est prouvée par la certitude rationnelle ou métaphysique , Torateor rétablit par les trois considérations suivantes :

lo L'humanité doit être enseignée) im» qveî les peuples errans seraient

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