SUR LA TRINITÉ. SS
eoode hypostase ; car, saivant Proclns, dans chaque snbdhrision , Il faut considérer le fini, l'infini et Tanion du fini et de Tinfini '. La Iroif^èffie bypostase principalleest Tâme en tant que divine et imparticipuble, ipilSexToç ; mais elle n'est elle-même que le premier terme d'une série dans laquelle on rencontre l'âme du monde, plus bas les âmes des astres, plus bas encore ceUes des hommes et des animaux*. M
S'il faut en croire les Néoplatoniciens, toutes ces théories contradictoires se trouyaient dans Platon. Pour les justifier, on torturait ses écrits. Ses nouveaux disciples présentaient comme une personnification, comme une hypostase divine, ou du moins comme une subdivifflon d'hypostase , chaque attribut , chaque opération du Dieu suprême, si^alés par leur maître. On sait quel était le but de tous ces efforts : les philosophes païens voulaient opposer à la Trinité chrétienne une trinité philosophique et platonique qu'on jugeait supérieure. — Les pères de l'Église , il est vrai , signalèrent aussi à la inéme époque, certains rapports entre les théories platoniciennes et la doctrine chrétienne. Ainsi, saint Justin et saint Augustin trouvaient dans Platon des traces des deux premières personnes de la trinité, et Théodoret * y reconnaissait volontiers une ébauche de la troisième personne elle-même. Mais remarquons combien leur point de vue différsôt de celui des philosophes païens : tous ne voyaient dans les écrits du disciple de Socrate qu'une réminiscence de la révélation primitive, qu'un faible écoulement de la vérité manifestée clairement par le christianisme.
Après ce coup d'oeil jeté sur les interprétations si diverses de là doctrine de Platon, nous n'entrerons pas dans la discussion des textes apportés par les Néoplatoniciens à l'appui de leurs assertions * ; nous
' Theçi. suiv. PfaL, l m, c.9,iUn. 13, 14 ; /«r le Parm,» t. yi, p. 64.
» Élem. de theol., prop. 184, 185 ;fM' le Parm,,U iv, p. 172. Ap. M.H. Martin, Études sur le Timée de Platon, t. ii, note 29, p. 53-54.
3 Thérapeut„\' n» œuv.,X. ii. p. 496.
* MM. Bonnetty et Séguier-Saint-Brisson ont consacré deux articles & l'eiamen de ces textes. Voir Jnnal, de philos, chr,, 3» série, t. ii, p. 93 et 437.
336 ERREURS nu RATIONALISME
nous bornoroDs à quelques remarques portant siir l'«nsHnble de son système.
Dans ce système, deux points sont certains : k nécessité de la matière incréée, et Tinfériorité de l'âme du monde au Dieu suprême. Un troisième point parait très-probable : Platon reconnaît aux idées une existence absolue, indépendante de Dieu ; elles lui servent de modèle dans son action organisatrice du monde ■ Or, a avec ces trois principes , toute vraie trlnité , et même toute vraie notion du verbe sont mpossibles.
» D'abord le principe de Téternité de la matière introduit dans les doctrines de Platon un véritable Dualisme incompatible avec la Trinité. Ensuite , si les idées sont distinctes de Dieu, la raison divine n'ayant plus sou objet en elle-même , n'est plus la raison parfaite et infinie : elle ne peut être le Xo^oç véritablement divin.
» Mais, à la faveur d'une supposition gratuite, et contredite par des textes nombreux , admettrait-^n que Platon a placé les idées dans la raison divine, on ne prouverait jamais qu'il ait distingué cette raison divine de la divinité elle-même; on ne prouverait jamais qu'il en ait
fait une hypostase, une personne Enfin, aurait-on établi qu'il a
reconnu la personnalité du verbe , son verbe ne serait jamais que le modèle idéal du monde ; son verbe ne Représenterait que le monde , et ne se détacherait pas de la chose créée. Ce verbe platonique ne serait pas celui que le christianisme adore.
» Mais pour reconnaître la Trinité dans Platon , il ne sufiBrait pas de constater dans ses doctrines une certaine notion de la seconde personne, il faudrait aussi y trouver la troisième. Or, ceci est impossible. S'il est dans Platon un point de doctrine clair, c'est la création de l'âme du monde par le Dieu suprême , qui reste toujours supérieur à cet agent secondaire et subordonné; et là où l'égalité manque, il n'y a pas de Trinité.
» Telles sont les sources prétendues assignées par )e rationalisme au dogme chrétien. Il ne faut que la notion la plus légère de la Trinité pour apprécier l'inicrvalle immense qui la sépare de tous les systèmes exposés.
» Tvr
Nou« croyons l'avoir prouvé dans le 2* art., voir ci-dessus p. 213-17.