‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 96 sur 135 · SUR LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA TRINITÉ

» En etfet le dogme chrétien est la négation la plus expresse et la plus formelle de tous ces systèmes , qu*il aurait reproduits, selon le rationalisme. Pour qu'il y eût évolution , transformation , il faudrait qu'il y eût identité. £h bien ! au lieu de Tidentité, il y a opposition , négation , contradiction la plus absolue. Le christianisme a nié de la manière la plus expresse, et rejeté comme des erreurs moustrueuses, comme la source de tous les égaremens humains , et l'émanation et le dualisme , base de tous ces systèmes religieux et philosophiques. Par le dogme de la Trinité, il a placé la divinité hors de tout contact, de tout mélange avec le fini, le créé. L'unité divine étant participée par trois personnes consubstantielles et égales, le Verbe est essentiellement la connaissance que Dieu a de lui-même ; l'Ësprit-Saint est l'amour qui lie le père avec le fils, le fils avec le père. Aucune (race du créé, du fini ne se trouve dans ce sanctuaire ineffable de l'essence divine.

» Maintenant l'on peut juger combien sont fausser les bases des livres que l'on écrit aujourd'hui sur le génie, sur Thistoirc et la philosophie des religions. On y suppose que l'Idée religieuse est essentiellement la même dans tous les systèmes religieux , qui ne seraient que ses transformations successives. Sans doute, il existe partout des traces de la vérité; les religions Jes plus égarées en ont conservé des empreintes reconnaissables. Mais pour afiirmer l'unité et l'identité de l'idée religieuse chez tous les peuples , il faut effacer tous les monumens de l'antiquité, et méconnaître toutes les notions d'une vraie et bonne science '. »

Ainsi donc la vraie notion de la Trinité ne se trouve pas dans l'au^ cieu monde ; on la chercherait en vain dans les traditions orientales et dans les théories philosophiques de la Grèce. Cette conclusion renverse la base de toutes les explications rationalistes du christianisme. Si l'on veut remonter h l'origine de ce dogme , il faut iuterro ger nos Ecritures, expliquées et complétées par l'enseignement de la Synagogue et de l'Église. — Avant tout, signalons un fait important, l'initiation chrétienne , le baptême et la formule. On sait que Jésus-

« P. 237 eijqq.

sas ERBECBS DU AATIONAnSBlE

Christ institua ce sacrement de la r^énération lorsqu'il dit à ses disciples : « Allez , enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom » du Père, du Fils et du Saint-Esprit ■• » Ces paroles du Sauveur à ses apôtres sont devenues la formule du oaptême. Or, quel est le sens de cette formule? Le baptême est un acte de création nouvelle; c'est la création de Tbomme et du monde nouveau que Jésus-Cbrist est venu former. « Mais tout acte créateur est un acte essentiellement divin ; le baptême ne peut donc être conféré qu'au nom et par l'autorité du Dieu tout-puissant et créateur. Cependant , il est conféré au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit; il est donc nécessaire que ces trois principes existent dans l'unité divine, et que cette unité soit une trinité. Le dogme de la Trinité est donc contenu dans la première, dans la plus ancienne, la plus essentielle institution du christianisme'*. » Ajoutons que la formule du baptême n'est qu'un résumé de la doctrine évangélique. — Écoutons d'abord Jésus-Christ lui-même parlant de sa personne dans un entretien avec'Nicodême. « Dieu a 9 tellement aimé le monde qu'il a donné son fils unique, afin que qui- » conque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle ' » Ce fils unique est sorti du Père, et il est venu dans le monde ^; son père et lui sont une même chose *. Le Père est en lui , et il est dans le Père ^. Il est plus exprès encore lorsqu'un de ses disciples lui demande à voir son père : « Il y a si longtemsque je suis avec vous, et vous ne » me connaissez pas encore ? Philippe, celui qui me voit , voit aussi » mon père. Ne croyez-vous pas que je suis en mon père, et que moiî * père est en moi? Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moi-même ; » mais mon père, qui demeure en moi, fait les œuvres que je fais?. >* Dans ces passages Jésus-Christ nous apparaît se distinguant du Père, en tant que personne ; mais aussi il s'attribue avec hd une identité parfaite de substance et de nature.

' Matthieu, zsvni, 19.

■ Théodicée chr., p. 244.

' Saint Jean, III, 16.

4 Ego exivi à Pâtre et veni in mundum. Saint Jean, vn, 28.

* Ego et Pater vatam samus. Uid.jn, 30.

6 Pater in me est et ego in Pâtre. Ibid., x, 38.

fil» hJk TMlflTÉé ' SM

Saint Jean, dans le premier chapitre de sm évangile, aous montre aussi un Verbe créateur du monde , coéternel à Dieu distinct de lui et cependant un avec lui. « Au commencement, était le Verbe, ei le » Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était dès le C(NBimen->' » cément en Dieu, et toutes choses ont été feites par lui *. »

Tel est le langage du Sauveur et de saint Jean, son disciple bienaimé. Saint Paul, dans ses Epttres^ donne à Jésus-Christ les noms de grand Dieu ', de Dieu sauveur ^ ; il nous le présente comme celui par qui le ciel , la terre l'homme et le monde ont été faits 4. Tous les antres écrivains sacrés tiennent le même langage ; et les quatre évan^ gélistesnous apprennent que Jésus-Christ fut condamné à mort, parce qu'il se disait âls de Dieu ; se faisant égal à Dieu\ Il est donc bien évident que le Nouveau-Testament nous révèle un Verbe distinct de Dieu, une parole substantielle, un second principe subsistant et agissant dans l'unité divine.

Il existe aussi un troisième principe à qui l'Écriture attribue le nom de Dieu , ses propriétés et ses opérations , l'origine et la procession divines : c'est l'Ësprit-Saint II porte le nom de Dieu : « Comment, » dit saint Pierre à Ananie, Satan a-t-il tenté votre cœur, jusqu'à vous » faire mentir au Saint-Esprit?... Ce n'est pas aux hommes que vous » avez menti, mais à Dieu ^. — Cet esprit réunit les propriétés divines : il pénètre toutes les profondeurs de Dieu ? ; il enseigne toute vérité ^ ; il est appelé la vertu du Très-Haut ». — 11 est la source des grâces '^ Il procède du Père, et il reçoit du Fils ; comme le Père, le Fils l'envoie ; il est autre que le Père ; il est autre que le Fils, alius parade^

' ââintJean, 1, 1,3,3.

* TU. n, 13.

* fftè. I, 2.

* Joan., ▼, 18.

6 ^ci. AposL, y, 3, 4.

7 / Cor. ii> 10 et seqq,

* Joan.jXvi>13.

9 Luc, I, 35.

*• / C0f,y zii, 4.

54d ERREURS DU RATIONALISME

tus*. — Daas divers passages de rÉcritare-Saiute , lès trois principes se trouvent réunis et mis en rappoil; écoutons le divin Sauveur s*adressant à ses disciples : « Lorsque le consolateur sera venu, cet » Esprit de vérité, qui procède du Père, et que je vous enverrai delà » part de mon Père, il rendra témoignage de moi.. /Et je prierai mon » Père, et il vous donnera un autre consolateur, l'esprit de vérité». » Ces paroles nous montrent les trois principes distingués entre eux, et cependant unis.

Ainsi parle le Nouveau-Testament sur Tunité et la Trinité divines ; il est impossible de n'être pas frappé de l'évidence et de la force de son enseignement.

Toutefois, ce dogme dont nous venons de constater ainsi l'origine, n'était pas sans aucune trace dans le passé, sans aucun germe préexis<^ tant dans les révélations antérieures. En rendant compte de l'ouvrage de M. Drach, nous exposerons la doctrine de l'Ancien-Testamentsur la Trinité. Elle n'est pas , il est vrai, aussi explicite, aussi claire que celle du Nouveau ; mais nous pouvons entrevoir une des raisons de cette économie. Lorsque Moïse sépara les Hébreux des autres peuples et leur donna une législation politique , civile et religieuse , l'humanité toute entière se précipitait d'ans le polythéisme ; un penchant violent entraînait les Juifs eux-mêmes vers cette erreur. Il fallait donc conserver, et partant rendre prédominant le dogme de l'unité divine. Toutefois, malgré cette prédominance, les livres sacrés et la tradition orale perpétuèrent, sous des expressions vagues et obscures , il est vrai , celui de la Trinité.

« Mais quoique Dieu voulût séparer le peuple élu de tous les autres peuples, il entrait dans ses desseins qu'il eût avec eux des communications qui pouvaient leur servir de moyen pour retrouver les traces des vérités primitives, oubliées parmi eux. Nous voyons sous le règne de Salomou un exemple très-curieux de ces communications : au troisième livre des Ilois ^ il est raconté que la sagesse de Salomon était trèssupérieure à la sagesse des Orientaux et des Égyptiens. On nomme ensuite les hommes sur lesquels l'emportait Salomon ; ce sont Éthan, Heman , Chalcol et Darda. On dit que Salomon était célèbre chez tous

• Joan.t XV, 26, xiy, 16. ' ' Joao. XV, 36; XIV, 16.

3 m Rois,\y,Z\.

SUR LA TRINITÉ. 3il

les peuples voisins » et que lés peuples et les rois lui envoyaient des députations , pour recevoir des instructions de sa boucbe. Les cornmuoications doctrinales de Salomon avec TÉgypte sont certaines; mais quels peuples faut-il entendre par ces Orientaux , qui.reçqrent aussi ses enseignemens? Il ne peut être question que des Assyriens» des Babyloniens et des populations qui s'étendaient vers Tlnde et la Chine. D'un autre coté , il est certain qut les Phéniciens alliés de Salomon, fondèrent une colonie sur les bords de la mer Rouge, peutêire vers le golfe Persique \

» Voilà des relations certaines des Juifs avec les plus anciras peuples du monde. Avant ces communications , il pouvait y en avoir eu d'autres; les livres de Job sont aussi anciens que ceux de Moïse, et Job appartient à la famille arabe.

» J'insiste sur ce point, pour montrer la possibilité de faire dériver des révélations patriarchale et mosaïque, les traces du Verbe et de la Trinité qui se trouvent dans les anciennes traditions orientales. I^s Pères ont pensé que les sages de l'antiquité at Platon ' tenaient des Hébreux les vérités qui se trouvent dans leurs écrits. Oïl croit avoir refuté cette opinion en disant que la Bible, n'ayant été traduite que tous lès Ptolémées, c'est-à-dire deux à trois siècles avant Jésus-Cbfist, ne pouvait être connue de Platon, qui vivait cinq siècles avant l'ère chrétienne. Mais on oublie qu'un échange d'idées s'était fait au tems de Salomon , c'est-à^-dire mille ans avant notre ère ; qu'il pouvait y avoir des communications bien antérieures, et que

* < On lira avec fruit Feicellente dissertation de Thomassin , dans son traité De la trinité, ch. xxiii,§4, 5, 6, 7. Si les critiques, qui traitent avec tant de mépris ropinion des Pères sur les communications qui ont eu lieu entre les Hébreux et les autres peuples, avaient lu ce chapitre de Thomassin, ils se seraient épargné bien des mauvais raisonnemens. •

' Cfr. S. Justinus, Apoi, 2 ; S. Clemens Alcxandrinus, Sfrom., \\h. v; Ëusehius> Prœpar, evanir,, lib. ii;S. Auguslinus, de Doclnnd chrîstianâ ,\\h. Il, cap. 28; Con/ess,, lib. vu, cap. 9; le P. Baltus, Défense des saints Pères accusés de ^platonisme y 1. iv, c. 24 et alilf passim\ Joan. Lami, De rectâ christianorum in eo quod mysterium divinœ Trinitatis att'tnel senlenled lib. m, cap. 1, 2, 5, 9t 10, lib. ii, depuis le chapitre 10 jusqu'à la fin du livre, m* SÉRIE. TOME IX. — N*» 53. 1844. 22

a^ ERREUiS tm RATIONALISME

toutes ces communications âTaient laissé leur em^inle dat» les traditions où Tint s'inspirer le génie de Platon. D'ailleurs, indépendamment de toute transmission hébraicpie, la révélation primitiTe suffirai seule pour expliquer les traditions sacrées des peuples '. »

On ne s'est pas contenté de présenter le dogme de la Trinité comme le produit de l'élaboration successire des âges, on ajoitte que, iottant et incertain pendant les^remîers siècles de l'Église, il a été fixé seulement par les conciles de Nicée et de Gonstantinople. Pour renverser cette assertion, on peut, dit le P. Perrone*, invocpier 1*" la pratique de l'Église et sa conduite à l'égard des novateurs ; 2*" ses professions de foi ; 3*" les confessions des martyrs ; U"" les Hérétiques ; 5*" les Juift et les Païens; G"" les Pères; 7"* la tactique des Sociniens et des Rationalistes.

l*" Nous trouvons dans la pratique de l'Église et dans sa conduite à regard des novateurs, un témoignage invincible de la perpétuité de notre foi. Nous avons déjà parlé du baptême, saint Justin atteste que dès les premiers tans on le conférait, suivant l'enseign^nent du divin maître, « au nom du Père, Dieu maître et souverain de Tunivers, au A nom de Jésus-Christ, son fUs et notre sauveur, et au nom du Saint- » Esprit'.» Le rhythme du baptême n'était pas moins significatif que sa formule : on plongeait trois fois le Néophyte dans l'eau en invoquant les trois personnes divines ^. A côté de ces symboles nous pouvons citer l'ancienne doxologie comme un monument aussi positif de la doctrine de rÉglise : <^ Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit '. »

" Théod. chr,^^. 555 et seqq.

• PralecUoncs theoL, Traclalas de Itinilate, t. i^ coll. 518, édition de M. M igné.

* ÉîT* ôvofi.aToç 'yàp toO itarpoç t«v 5Xû)v xal ^s^worou Ôiou , xai tou ocd-r^po; 4(«>&v tvtffoù XptoToQ, jcai icveû{i.aTo; à^îcu to Iv tô fl^an Tore XouTpov TrcioûvTai. Justinus M. j^pol. n. 61 .

4 « Novissime mandans (Christu5«), ut linguerent in Patrem et Filiom et Spiritum lanctum, non in unum. Nam nec semel, sed ter, ad singola nomina H» sîngulas peraonas tinguimur. • TertulUanus, Âd. Pmxeam, cap. 26. Cfr. Guiileim. Beveregius in Aimot ad can, quinquagesimum aposL necnon iil 6od. eanonam êcclesiœ prinUt.^ lib. ii, c. 9.

' Cfïr. S. Basiiiuf, H. De tpiritu ianclo,t9p, 39. 11 dit avoir reçu dé saiot

Stm LA TRINITÉ. 32(3

£Ile etprime évidetâttieHt Tégalité et là distinction des personnes. — Dès les premiers siècles, des novateurs ont attaqué ce dogme ; aussitôt rÉglise les a chassés de son sein. Ainsi elle frappa d*ànaihème les £bionites et les Corinthiens qui, au premier siècle, nièrent la divinité du Fils ou du Christ; elle condamna Arlemon, Paul de Samosate ', Théodote le corroyeur, Noëtus, Sabellius, etc. \ Voilà un monument indubitable de la perpétuité de notre croyance ^

2"" Les professions de foi sont aussi un fait irrécusable. On connaît le symbole des apôtres ; on sait qu'il nous présente Dieu le père, Jésus-Christ son Fils unique et le Saint-Esprit comme trois personnes distinctes dans une seule et même substance divine. — Nous trouvons une autre profession de foi dans la lettre synodique adressée par les pères d'Alexandrie à Paul de Samosate ^ ils y proclament la divinité du ûls et le dogme de la Trinité ; cette doctrine, disent-ils , ils Tout reçue des saints Pères avec la mission de la défendre et de Fensei^

Grégoire de Néocésarée , surnommé le Thaumaturge, et de Firmilien, la doxologie exprimée par cette formule : Deo Palrt et Filio D. N, J. C. cum sancto Spirittt gloria et imperivan in scecula saculofwn, amen. Nous voyons par les Conslitalions apostoliques ,\. viii, cap. 12, 13, ^/a//^/ /^a/j/m^ que cette doxologie était usitée dans^'Êglise dès les deux premiers siècles; Cfr. ap. Cotelerium Scripta ss, Patrum, gui lemporibus apostolicis Jloruerwit, etc., t. i, p. 199 et seq., edit. Antyerpi»^ 1698; Joan. Bingham^ Origines sive antiq. eccles.^ vol. y, lib. xiii, c. 2, § 1 et seqq; il rapporte un grand nombre d'exemples de Tantiquité très reculée de cet usage universel parmi les chrétiens ; Cfr. S. Joan. Damascdans sa lettre à Jordan, /?<î hymno Trisagio^ no 6. On y trouvera des détails intéressans sur la doxologie reçue dans TEglise. ^/>. P. "Perrone^ u6isup,

' V. une lettre d'Alexandre, éyêque d'Alexandrie , à Alexandre, évêque de Constant., dans Théodoret, ffist, eccles., lib. i, c. 3;Euseb., ffist, eceies,, Gl>. m, c. 27, 28; saint Jérôme, Profeg. in Matth. edit. Vallarsii, t. yii, p. 5. Cfr. Petau, De Trinit. praBf.,c. ii, § 1.

• Cfr. Petau, ihid,

' P. Perrone, ubi sup.

* V. Epist. S. Dionys. episc. Alexandrini Jdversus Paulum samosetanurk* Après avoir exposé la doctrine de TEglise sur la Trinité et sur la divinité du Verbe et du saint Esprit, il ajoute : Et sic eonfessi swnt etm (Verbum) santii Patrtt^ H àt eénfiterémat «é eftderefms nùbis tràdiéetunL (Biiiiûth. »</r-

ZUk ERREURS DU RATIONALISME

gner. Le premier synode d'Ântioche', assemblé contre Paul, saint Grégoire le Thaumaturge % etc., nous ont aussi laissé des professions de foi dans lesquelles nous retrouvons la croyance actuelle de l'Église sur la Trinité.

3*" Les confessions des martyrs. On sait qu'ils adressaient à Dieu des prières avant de consommer leur sacriûce. L'antiquité nous en a conservé un grand nombre; elles nous présentent d'une manière é\idente la foi à la Trinité. Nous nous bornerons à rappeler la prière de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, disciple de Tapôlre saint Jean et l'un des plus anciens martyrs : « Je vous loue, je vous bénis en tout, » Père céleste, par l'éternel Pontife, Jésus-Christ, votre fils chéri par » lequel et dans l'Ësprit-Saint, gloire vous soit rendue maintenant et y» dans les siècles à venir \» Que deviennent, en présence de cette promit Patrum, grsc. lat., t. i, p. 376;. Et dans les fragmens contre les Sabelliens, n» 3 : Ita scUicet divina Triwtas et sancta monarchiœ preedicalio intégra servaù:tur, Ap. Athanas. De décréta j n. 36> p. \, 0pp., t. \, p. u!3l , édil. Paris, 16C8, et Bibtioth, Patrum, Gallandi^ t. m, p. 540.

:naBp%<, €X ^laîoxîi; Otto tôv uoxAptfov âtrcaToXiov.... on ô ©eoç «^ewifiTo;, ei;.... TGV ^1 Y!ov •^'tvvTiTÔv , piovo^e^/Tj utov , siKo'va Tcû àcpàrou Otcu.... aoepiav jcal Xo-^cv XAÎ ^ûvotuiv 0100, irpb at(i»y(i)v ovra, où irpo^vcùffït, àXX' cùoîa xaî uiro<TT«a£t e*ôv, BegD uiov....Kat it«<yai a». xft6oXt/.at ex)cXri9iai <rju.s)(dvcuatv inu.Tv. Vollecl, coneil. Labbei, 1. 1, coll 844, édit. Paris, 1671.

* EÎ;y.ûfi&;, JI.ON&; èx ji.ovou , 080; t» ôecO.... Tio; àXxôivb; àXyi6ivoù warpô;, iopaio; iopaTOu, xat à(p6«pT&&; à^ôapTou... Kat ev TCVÊÙaa à-fiov.... eUwv tcO uUO , TcXsîou TsXil'a.... Tpiàc reXeia, ^o'Çyi xai àï^ioTTiTi, XAt ^aaiXeîa, av) wÊpi- ^o|i.£vy., ay,^ê àivaXXoTpi&ujAsvïi. V. saint Grégoire de Nysse, f^ie de saint Grégoiiv le T/taumûtuîge, p. 546, t. m Opp. édil. Mbrel, Paris, 1638. Il rapporte que Ton conservait dans FEglise de Néocésarée. et que Ton récitait tous les jours devant le peuple ce symbole écrit de la main de saint Grégoire le Thaumaturge — On peut joindre à ce symbole celui qui se trouve dans les Conslitutions apostoliques, I. vu, c. 41, ap. Cotelerium, loc. cit. -

■ Àià TOÛTO xai Kspl 7;avTCdv oi aîvw, ai sùXc^û ^ aï ^o$a|[(a, ^là tou atciivCcu iu^^i^ità^ inaoû XptffTcD tgu à.'^v.TctiXvi aou nai^oc * ^i^ ou oot oùv otùrw ïv IIveujAan à^iw ^oÇ«, xat viîv,x«l etç roùç ftiXXovr«< atûvftç, à{xiQV. ApudEuieb. ffiii.

SUR LA TRIISITÉ. S/|5

fession de foi les métaphores et le platonisme des unitaires et des rationalistes?

/(° Nous pouvons invoquer aussi le témoignage des ennemis les plus acharnés de TÉglise, des hérétiques. Les uns ont conservé intact son enseignement sur la Trinité ; d'autres Tout attaqué. Â la première classe appartiennent les nazaréens, les docètes, les phantasiastes et plusieurs sectes de gnostiques. Or, saint Justin, saint Jérôme, saint Augustin attestent que les nazaréens reconnaissaient la divinité du fils '. Un des membres de cette secte % Fauteur des /Jomélies publiées sous le nom de Clément.de Rome, enseigne que Ton doit rendre à la sainte Trinité un seul et même culte : « Louange soit au Père, au » Fils et au Saint-Esprit dans tous les siècles ^ » ; il ajoute que Ton confère le baptême au nom des trois personnes divines K — D*un autre côté, saint Irénée % saint Clément d'Alexandrie*, TertuUien ?, Origène^, P'amphile dans son apologie d'Origène^, etc., nous apprennent que les docètes, les phantasiastes et d'autres sectes de gnostiques ne niaient pas la divinité du Christ ; ils lui refusaient seulement la nature humaine qu'ils croyaient indigne de Dieu ; ils reconnaissaient donc en Dieu une personne autre que le Père. De plus, ils admettaient la Trinité ; les unitaires eux-mêmes l'avouent. D'ailleurs nous savons que Praxéas et ses sectateui^s accusaient les Catholiques de tomber dans le trithéisme^ parce qu'ils adoraient trois personnes distinctes *". A ces reproches TertuUien, interprète de l'enseignement

eeeies,, 1. iv^ c. 15. Cfr. Maran^ Divinité de N, 5. J.-C, lib. ii, c. 4 ; et Ruinartj j4cta mariytum sincera, p. 43, édit. Amstelod., 1713.

* V. P. Perrone^ op. ciL^ 1. 1, col. 521.

* Cfr. Maran.» ubi sup, tWh, iii cap. 7, § 4.

' Hom. iiî, c. 72. 2ou -^dp tan ^ôÇa aîwvioç , u|i.voç warpi xai utw xai àr(\^ ?n>eu[i.aTi et; tcuc aujAirayTAç aiôvaç, a{i.iiv. Apud Cotelerium, loc. cit.

* Jbid. V. aussi la dissertation de BeverWge De Irinâ immersiane.

* ^dv. Ifœres.j 1. m, c. 17.18, édit. de Massuet. ^ Pœda^,,\, lU c. 8.

'^ j4dV' Marcionem,

* In Jofin,, t. IV, p. lf>5, édil. Delame, Paris, 1759. ^ Bibliath. Patrum, Gallandi, t. iv, p. 23 etseqq.

'« « DuM et trei jam jactitant h noMs (cathoKcis) pr»dicarl, se verà unius

346 ERREURS nu RATI0MAU6ME

de rï^llse, répondait : « Ik sont trois, non pas en essenee, iiiai# eft » degré ; non pas en substance, mais en forme ; non pas en pmssMiee, » mais ea espèce ; tons trois ayant une seule et même substance, use » seule et même nature, une seule et même puissance, parce qu'A n'y » a qu'un seul Dieu duquel procèdent ces degrés, ces formes^ ces es- » pèces sous le nom de Père, de Fils et de Saint-Esprit ^ »

D'autres h^étiques, les Ébionites, les Corinthiens, Théodoté le corroyeur, les Carpocratiens, Paul de Samosate, etc., ont essayé d'altérer et de corrompre la doctrine de l'Église sur ce- point ; leurs efforts multipliés sont encore un monument de notre foi, car, sans doute, ils ne luttaient pas contre un fantôme ; ils attaquaient, ils voulaient renverser un dogme. Ce dogme devait donc exister ; il devait même avoir jeté dans les esprits des racines profondes : on sait, en effet, que tous leurs coups ne purent l'ébranler ; ils sont morts à la

peine Et puis on ne leur abandonna pas le champ de bataille ;

l'ancienne doctrine trouva des défenseurs intrépides; les Pères descendirent dans la lice. Et quelles armes employèrent-ils contre les nova^teurs? Ils leur opposèrent la tradition constante, le consentwnent unanime de toutes les Églises....; Voilà comment les hérésies qui ont agité le monde pendant les trois premiers siècles détruisent les asser^ tiens des rationalistes.

5» Les Juifs et les Païens. Si Ton veut parcourir les ouvrages de saint Justin, d'Origène, d'Arnobe, de saint Cyprien, de Tertullien, de Lactance, etc. , on pourra facilement se convaincre que le dogme de la Trinité fut, dès les premiers tems, un des objets principaux de la controverse entre les Chrétiens , les Juifs et les Païens. — L'auteur du dialogue intitulé Philopairis, qui a écrit sous le règne de Trajan, au commencement du second siècle, nous donne aussi une preuve frappante de la croyance des Chrétiens à cette éfioque. Il met sur la

Dei cultures praesumunt; quasi non et unitai, etc. » TertuUianus, Jdv. Pmxe ;m , c. ni, p. 345, édit. de Pamelius. T. ii, c. 158, éd. de Migne.

Très autem non statu > sed gradu : née substantiâ, sed fonnâ: nec potestate, sed specie : unius autem substantiœ, et qnius status^ et unius potestatis : quia unus Deus> ex quo et gradus isli çt formai et species > in nomine Patris et Filii et Spiritûs sancU deputantur. I6i4„ c. ii» p, Wi c. 167, Mi^ae.

MJR U TUMITÉ. 361

sQine nu cerUia Critias ; ce personnage jore par les différens dieux des Paiéns; mais un autre, Tri^pbon, lui dit : « Jure-p^^ par 1^ ï>\m » du ciel, {prand, immortel, par le Fils du P^e, par TËsprit qui pro? » cède du Père, un en trois, et trois m un ; c'est le ¥rai Jupiter et le » vrai Dieiji *. » Or, ne voyons-nous pas dans ces parole^ la distinction des personnes subsistantes dans une même essence divine 7 II fallait, dit J^ergier, que la croyance des Chrétiens fût déjà U^ connu^^ pour qu'un païen pût l'exprimer ainsi \

6° Le témoignage des saints Pères. S'il faut en croire les unitaire^ et les rationalistes, saint Justin imbu des doctrines de Platon, a le premier importé dans l'Église cette trinité de personnes. « Pour dévoiler, dit le P. Perrone, Timpudence de leurs mensonges, il nous suffit d'interroger les Pères et les écrivains qui Tout précédé, f sjiè" cle. L'auteur de la lettre attribuée à saint Barnabe est antérieur h saint Justin ; or, il appelle le Christ le Seigneur de Vunis^ers ; c^esi à lui queDieuaditavant la formation du monde : faisons Vhomme^ elc,^, -«- Dieu n*est pas venu appeler les hommes diaprés leurs mérites , mais ceux pour lesquels il aidait prépare le Saint-Esprit *, Voilà trois personnes : le Père qui dit à son Fils faisons^ et le Fils ^ui ap^

Yîov iraT^MC, 'TrveDp.a sx izolt^oç è>C7ropeuopi.svov, Êv èx Tptcâv, xal i^ Ivoc rçict , TaoT« vop.iÇs Z-îiva, tov^* r^cu ôsov.

(Lucien, t. xi, d. 12, p. 232, Lipsis, 1831 ).

HHar^Tï rapporte d autres témoignages des Juifs et des païens. V. op. cit., lib. II. c. 2.

• Dicl. de théoL^ art. Trinité,

^ Dominum orbis terrarucn (Christum vocat), cui dicit Deus ante constitutionenii mundi: faciamiis hommem^ etc.^ c. 5. Cfr. G. ^uWe y Defensio Jidei Nicœnœ , sect. i, c. 2, % 2, yol. in-fol. Lond. 1703, avec les annotations de J. Ernest Grabe^ on y trouve plusieurs autres textes tirés de la inême lettre en feyeur de notre doctrine.

^ G. 19. Dans quelques parties de eette lettre le texte original manque, H ne reste que la yersion greeque. Voici le passage que nous indiquons -: &n ^>>0(''

^|8 FRftEinS \)V flATlO^'AtlSME

pél/â taux pour hiquels H a prëpnré le Sàint-Esptit Ccs |)er5onncs sont consnbstantitîH^s ; ff donne, en effet, ati fils le nom de Seignedr cm de Dieu subsistant dans le sein da père, il dit que le Saint-Esprit est préparé on envoyé par le fils. • — Hermas, antérieur aussi à saint Justin, nous enseigne que le fils de Dieu est plus ancien que toute créature ; puis il parle du Saint-Esprit : « Ceux qui ont cru à Dieu par son Fils, se sont revêtus de cet Esprit '. » — Saint Clément de Rome: « Dieu et N, S, /.-C y et le Saint-Esprit, vivent* ; heureux Celui qui connaît le don du Père par la procession du Saint- Es^ prit ^ Dans sa première lettre aux Corinthiens, c. 2, il rappelle encore la passion de Jésus-Christ et l'effusion du Saint-Esprit • 2* siècle. Saint Polycarpe a précédé saint Justin. Nous Tavons vu proclamer le dogme de la Trinité avant de recevoir la couronne du martyre. — Saint Ignace s'exprime ainsi dans sa lettre aux Magnésiens : (' Efforcez-vous de vous confirmer dans les enseignemens du

» Seigneur et des apôtres dans le Fils, le Père et le Saint-Esprit *.

» Soyez soumis à Févêque et à vous entre vous, comme Jésus-Christ » Ta été à son père, selon la chair (en tant qu'homme), et comme les » apôtres l'ont été au Christ, au Père et au Saint-Esprit*. » — Noos lisons dans les actes du martyre de saint Ignace les paroles suivantes : M II (saint Ignace) à terminé sa course dans le Christ Jésus N. S. , » par lequel et avec lequel gloire soit au Père et au Saint-Esprit dans » tous les siècles ^ » Comment exprimer d'une manière plus claire le dogme de la sainte Trinité ? ?

' L. iii^ simiL IX, c. 13 et ]3, Bibliolh. Pat, min, GaUandi> t. i.

• Z-p ô ©80Ç, xal ô xupiGÇ tr^acu; Xpiorôç, xat ?ô irveup.a to à^tcv. S. Basil, lib. De spiritusanclOsH, xxix, n. 72, p. 61 , t.îii, opp. cdit. Maurin.

^ Moucolptc; dvYip ô '^ivcdaxcdv ttiv tou itarpô; 5oaiv ^i' ixirops6asu>; toO wava-yicu •nvsOjxaToç, Biblloth. Palrum Gallandi, 1. 1, p. 44.

* 27îcuJàîIeT8 CUV Psêaiwôxvai h toZ; ^o'y(Ji'aaiv tgu Kupîou > xai tôv àffcorc- Xcdv...» Sv uîû^ xat raTpl xal ev nveup.aT(. Cap. 13.

' Ihid, tffOTflt'YflTs Tw 67ri<i)co7rw , xal àXXTiXciç, w; tr^ooSc Xpiaro; t» narsl xaTft «apKKj x%t Cl anoGTcXciTb» Xptarû xoù tû Trarpi^xal tû irveûfAOïTi.

^ Cap. 7. TcXetwcravTi ^pojxov cv XpiorS» Iyiooû tû xupto lopôy ^C ou )c«i at6* eu TÛ iraTpi "h ^6%% yoX to Kparoç aùv tû àr^ta irvtuuoiTi sic aîûvoic. ÀffciQv.

-' Prœlect, theoL, De irinitate', col. 525.

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