‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 97 sur 135 · SUR I/A TRINITÉ · texte numérisé non relu

SUR I/A TRINITÉ

7 " Enfin, les tergiversations des unitaires et des rationalistes détruisent aussi leurs assertions. Voyez, en effet : d'abord ils ont reconnu que depuis le concile de ISicée renseignement actuel sur la Trinité est répandu dans toute l'Église. On leur a présenté des professions de foi antérieures à ce concile; alors ils se sont rejetés sur Justin le martyr : à les entendre, il est l'inventeur du dogme de la Trinité, il Ta pris dans Platon. A ces assertions on a opposé des textes qui établissent son existence dans TÉglise antérieurement à saint Justin. Qu'ont-ils fait? Us ont eu recours à je ne sais quelle Trinité inventée par les Ëbionites. Malheureusement les Pères apostoliques ont combattu ces hérétiques, et nous connaissons les argumens qu'ils employaient pour les réfuter. Force a donc été aux rationalistes de se raccrocher ailleurs. Ils ont alors crié bien haut quel'apôtre saint Jean et les autres écrivains sacrés ont puisé la connaissance de ce dogme dans Platon, ou au moins dans la doctrine cabbalistiqoc des Hébreux; ils ajoutent qu'ils ont attaché aux paroles du Christ leurs opinions préconçues. « Ainsi donc, dit le P. Perrone, ils reconnaissent l'existence du dogme de la Trinité dans l'Église depuis les apôtres jusqu'à saint Justin, depuis saint Justin jusqu'au concile de Nicée, depuis le synode de Nicée jusqu'à nos jours. Il reste maintenant à déterminer si les assertions des socinienset des rationalistes méritent plus de confiance que l'enseignement invariable de l'Église universelle, de toute l'antiquité sacrée ou profane, des apôtres et des évangélistes. Qu'ils soient juges eux-mêmes*. »

L'abbé V. D. CAUVIGNY.

* /6fci.,co\. 527. Nous saisissons ayec plaisir l'occasion de recommander à nos lecteurs ce savant ourrage du P. Perrone. Us y trouveront la réfutation de tous les systèmes anti-chrétiens qui nous viennent de T Angleterre et de rAIleuagne, etc. Nous n'avons guère fait que reproduire ses recherches dans la seconde partie de cet article.

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RATURA OaiENTAK.ES,

Par M. AvBL REMUSAT*.

Il a été rendu compte daag ce recueil d^s quatre Toluoies de Mélanges asiatiques que M. Rémusat avait fait imprioier en 1825 , 26 et 29. Les Mélanges pofibumes que nous annonçoos a'(mt pas moins d'importance pour l'histoire de la religion et de l'esprit ha* main; nous avons donc peo^é qu'il serait utile de les faire connaître à nos lecteurs par une analyse un peu étendue. Ils ^ composent de dix mémoires ; mais quatre surtout méritent notre attention : les deux premiers regardent le Bouddhisme, le troisième les fectes rtU$ieuse$ de l'Inde, le quatrième la philosophie chinoise.

t° Du Bouddhisme.

Un savant missionnaire, M. Bigandet, a entrepris de nous dévoiler le3 doctrines du Bouddhisme , tel qu'il est professé dans la presqu'île Malaise , et tous les hommes qui observent attentivement la direetioa dee études orientales auront dû sentir la haute importance de ce travail *. Il y a déjà plusieurs années , M. Ozanam nous avait initiés au système thibétain mongol ^v une analyse du livre deB. Bergmann'. M. Abel Rémusat va compléter ces recherches en nous montrant les caractères du Bouddhisme chinois. Cette triple source de documens nous mettra à portée d'apprécier d'une manière générale l'influence désastreuse exercée par cette vieille hérésie de la religion patriarcale, qui, survivant au Paganisme grec et romain , oppose encore une résistance opiniâtre à la propagande cathoUque. Nous verrons combiea

* 1 yol, in-8«> imp. roy., 1^9.

* Voir notre tome vin (3' série)^ p. 85 et 260.

* Voirnotre tome it(1«* sériejp. 273 et tomoT, p. 34 et 331.

elld a fÊ^knâimm^ ^Mf^ tes imBtieBs priaiid?e», et ccnobiea il m absurde de te ineltre m purallète avec b TéritaUe église âm elle s'efloFce ¥aiiiemeat de ooatrefaire les formes extérieures^

Daas mi livres saiats tout a ua but moral; le dogme n'a pas poi^ fin de satisfaire uue vaine curiosité , mais d'éclairer l'homme sur sa destinée et sur ses devoirs. Les livres pseudoHsacrés du Bouddhisme présentant sous ce rapport un aspect tout difiérent. On voit qu'ils ont été faits pour occuper les ima^^i^iions rêveuses et entbouâastes du haut Orient , comme les contes des Mille et une nuits ont été composés pour amuser les Arabes dans les loisirs du harem. C'est ce que démontrent les curieux détails dimnés par M. A. Rémusat sur la cosmographie mythologique contenue dans le Hoa-yan-king et dans ses commentaires. Voici les principaux traits de cette cosm(^ra{àie.

Cosmographie.

Les fables bouddbiipes portent un caractère d'exagératicoi qui contraste singulièrement avec les habitudes de Tesprit occidental Les dieux, les génies, les hommes giorifiés pour leurs vertus ne so^t pas groupés par centaines et par milliers, mais par millions et par milliards ; les distances qui séparent les parties de Tunivers, la durée assignée à l'exist^ce des êtres qui les habitent, les périodes que par^ courent pour sef(wmer, subsister et se détruire tous les mondes qui. sont soumis à riafluenee de la destinée, toutes ees déterminations arn bitraires présentent ce singulier caractère avec une apparence (le pré** cision doublem^t trompeuse^ Les nombres ordinaires n^ |J9$^du{ pas à les exprimer, il en a fallu créer d'autres dont la série ascendante pût satisfaire à ces supputations fantastiques. Ainsi les Mantchous et les Japonais y qui ont importé de la Chine chez eux l'emploi de ces sortes de nombres, se plaisent à compter par quatriiiions, quintillioos, décuples quintillions , etc. , et ils donnent à ces nombres les noms poétiques de sable du Gange^ nombre inimaginable,' nombre infini. Les Thibétains et les Singalais, plus hyperboliques encore , ont te* cours i l'unité suivie de 60 z^os, ce qui fait dix novemdécillions. Quelque énormes que soient ces nombres , ils ont été loin de suffire aux besoins toujours croissans d'une imagination exaltée, et l'on en a inventé d'autres qui dépassent tout ce que l'usage des oembinaisons

352 MÊLANTES POSTH. D'A. RÉMUSAT,

arithmétiques a pu rendre nécessaire en Occident. Daiis un système de numération révélé par Bouddha, on multiplie par eux-mêmes les nombres les plus énormes , jusqu'à ce qu*on arrive à un nombre qu'on appelle indiciblement indicible^ et qui ne pourrait être exprimé que par l'unité suivie de 4,/i56,/i48 zéros •. En typographie ordinaire cela formerait une ligne de chiffres de près de 4^,000 pieds de longueur. Or. ce nombre est encore surpassé par celui qu'on emploie en certaines circonstances , notamment dans la cosmographie mythologique , et qui n'est point évalué : son nom désigne le nombre des atomes contenus dans le mont Sou-mérou^ ou la montagne céleste. Le principal but que les Bouddhistes ont eu en accumulant ces nombres est de soutenir leur imagination dans la contemplation de l'infini en étendue et en durée.

S 1er De rétendue de l'univers, ou du monde considéré dans Fespace.

La terre habitable, suivant les Bouddhistes, est divisée en h grands continens , flanqués chacun de deux îles plus petites ; le tout est disposé symétriquement autour de la montagne céleste ou du mont Soumérou, Dans le continent oriental la stature des habitans est de 8 coudées, chacune de 18 pouces; ces géans vivent 250 ans. Dans le continent occidental, les hommes ont 16 coudées de haut et vivent 500 ans. Les habitans du nord ont 32 coudées ; leur vie s'étend à 1,000 ans. Le continent du midi, qui comprend l'Inde, est le seul dont les Bouddhistes aient une idée un peu positive. Dans ce continent régnent le roi des chevaux , qui paraît être le prince des nomades du nord ou des Tartares; le roi des hommes ou l'empereur de la Chine ; le roi des éléphans ou le grand Radja des Indes ; \s roi des trésors ou le souverain de la Perse. Ce continent est arrosé par quatre fleuves : le Gange à l'Orient , le Sindhou au midi, VOxus à l'ouest et le Sihon au nord. Ces quatre fleuves sortent d'un lac carré, dont les quatre faces sont remarquables par un animal et une matière qui leur sont particulières. L'orifice du Gange est la bouche d'un bœuf d'ai^ent, celui du Sindou est la bouche d'un éléphant d'or, celui de l'Oxus est la bouche d'un cheval de saphir ,;et celui du Sihon est

* Hao-yan-king cité dans le Sah^lsan^^/aka^sou, !ly. xliii, p. 15.

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