LE BOUDDHISME CHINOIS
la bouche d*uu lion de cristal de roche. Chaque fleuve fait sept fois le tour du lac et va ensuite se jeter dans la mer.
Sous la terre il y a une grande couche d*eau; sous cette grande couche d'eau il v a une couche de feu , sous cette couche de feu une couche d*air ou de vent, enfin au-dessous de cet air est une roue de diamant dans laquelle sont renfermées les reliques des Bouddhas qui ont paru dans les âges antérieurs. La mythologie bouddhiste donne la mesure précise de chacune de ces couches superposées.
Au-dessous de l'extrémité méridionale du couthient indien sont les huit grands enfers brûlans et les huit grands enfers glacés , ainsi que les seize petits enfers, qui sont placés aux portes de chacun des grands. On donne la description de tous ces enfers et des supplices que les méchans y endurent.
La mythologie bouddhiste parle aussi de sept montagnes d'or dont elle précise les dimensions avec sa rigueur habituelle. Ces montagnes, qui entourent le mont Sou-mérou^ renferment dans leurs cercles concentriques sept grandes mers, savoir : 1° Une mer salée , qui est renfermée dans une roue de diamant; 2** la mer de lait; 3" celle de crème, 4° celle de beurre, 5° celle d'hydromel, 6° la mer qui renferme les plantes d'heureux augure, et 7*» la mer de vin. Certains géographe» bouddhistes comptent dix chaînes de montagnes et dix mers. Parmi ces montagnes, il y en a une qu'ils appellent la mon* tagne des génies , parce que les génies et les immortels y font leur habitation ; une autre est le séjour des Nagas ou dragons ; une autre encore sert d'habitation aux immortels délivrés ; sur une autre demeurent les princes des Asouras, génies opposés aux dieux ; enfin au centre est le Sou-mérou^ séjour tles dieux • ou Dévas, Au reste, toutes les fables sont loin de s'accorder à décrire d'une manière uniforme ces régions imaginaires.
Le soleil est habité par un adorateur de Bouddha, à qui ses bonnes actions ont mérité de naître en ce lieu. Il habite un palais dont les murailles et les treillis sont ornés d'or , d'argent et de saphir. Cinq tourbillons de vent entraînent continuellement ce palais autour des quatre continens. La lune est un palais habité comme le soleil, et pa-
• Commentaires sur le Hoa-yan»king, Hy. ili, p. 8.
reillement entraîné dans un monvenrent circulaire àniatk dn A<nit Sou-mérou. Les 28 mansions lunaires sont disposée^dans l'espace avec la destination de protéger plas spécialement tertains êtres, certaines professions et certaines localités. Ainsi Tune* exerce son influence sur les oiseaux, une autre sur les^ religieux et les philosophes, nae autre sur les voleurs , une autre sur les rois et sur les princes , une antre sur les buffles, une autre sur les dragons, les serpens, etc. C'est Bouddha lui-même qui a révélé toute cette distribution à Brâhma, le seigneur du monde que nous habitons.
Gomme nous l'avons dit, le mont Sou-mérou est l'olympe du Bouddhisme; ses flancs sont de cristal, de saphir, d'or et d'ai^ent; il est partagé en plusieurs étages habités par des dévas, ou êtres divins de plusieurs degrés. Il donne naissance à un arbre mystérieux dont l'ombrage est favorable aux dieux, et dont les fruits leur servent de nourriture. A son quatrième étage commence la série des six cieux superposés, qui constituent ce qu'on nomme le monde des désirs, parce que tous les êtres qui l'habitent sont soumis également, quoique sous des formes diverses , aux effets de la concupiscence. Au !<' de ces six cieux , en commençant par en bas, habitent quatre dieux qui président aux k parties du monde ; le 2^ ciel est nommé le ciel des trente-trois, parce que Indra, le Jupiter indien, y fait son séjour avec 32 personnages parvenus comme lui , par leurs Vertus, de la condition humaine à celle de Dévas ou divinités ; le 3* ciel est appelé ciel de Varna , parce que le Dieu de ce nom y réside avec d'autres êtres semblables à lui. Dans le 4* ciel, appelé séjour de la joie, les cinq sens cessent d'exercer leur influence ; c'est là que les êtres purifiés, parvenus au degré qui précède immédiatement la perfection absolue , c'est-à-dire au grade de Bodhisattwa, viennent habiter, en attendant le moment de descendre sur la terre en qualité de Bouddha. Au 5* ciel, appelé ciel de la conversion , les désirs nés des cinq atomes, ou principes de sensation , sont convertis en plaisirs purement intellectuels. Au 6* enfin habite le seigneur {Iswara), qui aide à la conversion d^ autrui, aussi nommé le roi des génies de la mort. Tous les êtres deis quatre cieux supérieurs dont nous venons de parler résident non plus sur le mont Sou-mérou, mais au sein même de la matière étbérée. Dans la description de ces étages cél^teè on a re-
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marqué des différences entre les livres des Indous, des thîbétains, des Chinois et des Mongols ; mais il est inutile de tes signaler ici.
ÀQ'dessns des six cieax du monde des désirs commence une seconde série de deux superposés qui constitue le monde des formés ou des couleurs , ainsi nommé , parce que les êtres qui y habitent, bien que supérieurs en pureté à ceux dont nous venons de parler , sont encore soumis à Tune des conditions de ^existence matérielle , la forme on la couleur. On compte 18 degrés d'étages superposés dans ce monde des formes ; et les êtres qui les habitent se distinguent par des degrés correspondans de perfection morale et intellectuelle. On arrive à ces degrés de perfection par quatre procédés de cofntemplation. A la première contemplation appartiennent les Brahmas, les ministres de Brahma, le grand Brahma roi, etc.
Quand on a dépassé le mondé des formes on trouve le monde sans formes^ composé de quatre cieux superposés, dont les habitans se distinguent par des attributs encore plus relevés. Ceux du l""' habitent Téther; ceux du 2^ résident dans la connaissance ; ceux du 3"" vivent dans Tanéanlissement, et ceux du /i*", au-dessus duquel il n*y a rien, également exempts des conditions de la connaissance localisée et de Tanéantissement, qui n'admet pas de localité, sont désignés par une expression souscrite qui signifie littéralement : ni pensans ni non-pensans^.
Comme on le voit, dans cette échelle de mondes superposés, la matière corrompue est au bas; le néant, ou l'être indéterminé, l'absolu de la philosophie allemande, est au sommet. Â partir de Tenfer, qui est le point le plus bas , on trouve , en montant toujours , l'âme pensante, enchaînée pur les sensations, les passions et les désirs ; puis l'âme purifiée, n'ayant plus de la matière que la forme on la couleur; pnis la pensée réduite à l'éther ou à l'espace pur , puis la pensée a'ayant pour snbstratum que la connaissance ; pnis enfin la pensée kidéterminée.
Après avoir ti'acé rapidement le plan de l'univers, revenons un peu sur les habitans qui peuplent ses diverses parties. On les partage d'oreÊk six voies^ qui eomprennent : 1 "* Les Dévai ou dieux ; ces
' Abél Rémufili Mélanges posthumes de UUératwre onenialet p. 91.
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dieux, bieu que doués d*uQe grande puissance , de facultés surnaturelles et d'une longévité extraordinaire , sont encore soumis aux vicissitudes de ia naissance et de la mort et exposés à perdre leurs avantages par le péché ; ils habitent le mont Sou-méix)u et les divers étages célestes qui y sont superposés ; 2° les hommes ; 3** les J sauras ou génies qu'on partage en plusieurs classes ; ils vivent au bord de ia mer ou au fond de l'Océan ou dans les escarpemens du Sou-mérou ; h"" les Prciâlis ou démons faméliques qui endurent pendant des périodes immenses tous les tourmens de la soif et de la faim ; ils habitent au fond de la mer , parmi les hommes dans les forêts , sous la forme humaine ou sous celle d'animaux ; S"" les brutes ; e** les babitans des enfers. Los quatre dernières classes sont ce qu'on nomme les quatre conditions mmivaises, A ces six classes d'êtres il faut join- ^ dre les Nagas ou dragons, qui ont une existence équivoque entre les bons et les mauvais génies; les GaroiuVaSy oiseaux merveilleux; les Kinnaras et beaucoup d'autres êtres plus ou moins parfaits qui sont comme tous les précédens soumis à une métempsycose ascendante ou descendante, suivant leur mérite ou leur démérite.
Nous ne parlons pas ici des gradations morales et intellectuelles par lesquelles on passe pour devenir successivement Schravaka ou auditeur de Bouddha , Pratjcka-bouddha, BodJiisatwa , et enfin Bouddha, Pour arriver à ce dernier degré de la perfection, c'est-àdire à l'état de Bouddha, il faut avoir réussi à s'afli*anchir des Conditions d'existence auxquelles restent soumis tous ceux qui habitent l'enceinte des trois mondes. Il faut s'être élevé à l'état absolu et dégagé de tout mode, de tout rapport quelconque.
L'ensemble des trois mondes que nous venons de décrire constitue un univers. L'univers que nous habitons se nomme SavalokadhatQu^ c'est-à-dire le séjour ou le monde de patience , parce que tous les êtres qnt y vivent sont soumis aux épreuves de la transmigration et à toutes les vicissitudes qui en sont la conséquence. Par delà les limites de cet univers l'imagination des Bouddhistes a semé dans l'espace une multitude infinie d'autres univers qui ne sont pas décrits avec moins de détail que le nôtre. Toutefois les combinaisons fantastiques que nous allons résumer ne paraissent pas avoir été inventées