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ET LA RÉDACTION MOSAÏQUE DU PENTATEUQUB

Dans le récit du songe du Pharaon, Gen. xiu on lit tout d'abord deux mots égyptiens, lor (laro), pour nommer le Nil, et achou pour désigner Therbe qui croit au bord de <;e fleuve; puis, le caractère du songe est essentiellement égyptien, en ce qu'il nous montre la génisse comme le symbole de la terre ^, L'année abondante est donc naturellement désignée par les vaches grasses et Tannée stérile par les vaches maigres. La cif constance que les vaches montent du Nil est un trait tout aussi caractéristique de TEgypte^ puisque c'est uniquement de ce fleuve que dépend la fécondité du pays et qu'à cause de cela les Egyptiens Tadoraient comme un Dieu et même comme le dieu suprême : Deum esse fingunt Nilum Mgyptiiy et ex numinibus maximum ducunl '^.

Tout cela, on l'avouera, l'auteur ne pouvait le savoir avec cette précision symbolique qu'il le dit, s'il n'avait longuement séjourné dans le pays et cela dans des conditions favorables pour en étudier les mœurs et les croyances.

L'histoire de Joseph préseote une infinité d'autres traits de la science égyptienne de l'auteur. Nous aurons occasion d'y revenir quand nous traiterons de cette histoire; notons-en seulement ici deux ou trois. Au v. 5 ch. xuv, l'intendant de la maison de Joseph désigne la coupe que les fils de Jacob sontcensésavoir volée comme celle par laquelle prophétise son maître^. En efibt, la divination parla coupe faisait partie de la religion égyptienne ^, et Joseph devait l'exercer ou du moins faire semblant, puisque par sa haute position comme par son union avec la fille du grand-prêtre d'On, il faisait partie de la caste des prêtres.

Les Egyptiens considéraient la coupe comme le symbole du Nil ; chaque année on jetait dans les eaux de ce fleuve une coupe d*argent et une coupe d*or^ auream palerçim argenieamque mergunt ^ ; on appelait même le Nil la coupe de l'Egypte :

i Baehr ad Herod. ii, 41.

^ Hellodorus, Mthiopicomm, lib. ix, c« 9.

3 Cf. V. 15.

A lamblichas, de Mysteriis^ lU, 14.

^ Plin. iïtXor. naturalisa 1. viii, 71.

408 LE ittÔH^ HISTORIQUE

AlîecrBviTe tôv xotvàv ttjç AtY^^^trou xpatripa NeîXov *.

Âtnsi en «xerçant la divination par la coupe, on la prati- €(uait par le Nil, qui était le diesu universel, le. miroir de la iiateire, et cette pratique s'est conservée chez les riverains du fleuve, dansi la Haute-Egypte. Car, lorsque Norden voulut renAonter le Nil jusqu'à la seconde cataracte^ le chef arabe, Bairanai, s'y opposa en disant : Je sais quelles gens vous êtes: fui consulté ma coupe ^, etc.

An V. 2 cb. L, il est dit que Joseph ordonna à ses esclaves les médedns d^embaumer son père. Joseph avait donc beaucoup d'esclaves médecins. C'est en effet un trait caractéristique de l'Egypte ancienne que le nombre prodigieux de médecins. « Tout y est plein de médecins^, b dit Hérodote, Personne ne met en doute que ces pavoles. ne confirment celles de l'auteur en Pentateuque ; or, si elles les confirment, elles prouvent aussi que Moïse connaissait mieux la société égyptienne qu'Héifodote, puisqu^ki comme ailleurs il nous montre comment étaift composée la maison d'un Egyptien de rang.

Hérodote ne nous montre que l'état extérieur de la société égj])ttenne ; Môï^ nous introduit dans l'intérieur de la fah^ilte. 11 avait donc vécu dans cet intérieur.

C^est ainsi encore que l'auteur de la Genèse sait que les ^Égyptiens sont assis à table. Tous les monun>ents nous montrent en effet qu'tin Egypte on s'asseyait. En Orient on ne mangeait pas assi^, tiriais couché et appuyé (^^9^) «.

Terminons la série des faits que nous fournit la Genèêd de la science égyptienne de l'auteur, en faisant remarquer que Joseph conseille au Pharaon de prélever la 5* partie du produit âe l'Egypte '^; qu'il fatt la part de Benjabin 5 fois plus grande que les parts de ses fï'èk'es ^, qu'il lui donne 5 vêtements tan-

< Philoslrat. Vit. Apollon. Tyan, v, 26.

» Norden, Voyage d'Egypte et de Nubie, p. 229; io-fol.

s Hérodote, II, 8^

* Gen. xviii, 4 ; XLiii, 33.

*'ib. XLi, 34.

* ib. zLui, 34.

ET LA REDACTION tfQ^AlQUÇ DU PENTATEUQUE. 40d

dis qu'aux autres il n'en donne qu'un à chacun * ; enfin (ju'il présente 5 denses frères à Pharaon ^.

Pourquoi partout ce nombie 5? Il y a là assurément une l'aison que l'auteur ne dit pas, mais il devail la connaître. Nous la connaissons par Plutarque. Cet auteur nous dit q^e le nombre 5 était chez les Egyptiens un nombre sacrée en ce qu'il était le nombre des jours épactes (sicaYO{jL£vfç ajoutés) qqe les Eigyptiens célébraient comme étant les jours de la nativité des dieux ^.

Passons à VExode.

D'après le V. 5 ch. \\y la fille du Pharaon trouva Venfan^ sauvé (mosou M(ou(t9)(; Mosché) lorsqu'elle descendit pour se ba^ gner dans le fleuve. Voilà un irait qui, en le comparant à c§ qui est dit au v. 15 ch vu, que Pharaon sortait le matin pour aller auprès de l'eau, le Nil, nous permet de jettr un regar4 profond dans les mœurs religieuses des Egyptiens. On voit ainsi que le bain de la fille du Pharaon était un acte d'hom-mage au dieu Nil.

Il n'y a pas de doute, car, ainsi que Hengstenberg ^ l'a déjà remarqué, Jéhovah menace de frapper le fleuve au moment où le roi est sur le point de rendre ses hommages au dieu Nil : le moment ne pouvait être mieux choisi pour montrer au Pharaon la toute puissance de Jéhovah et l'ihanité du dieu qu'il allait adorer.

HétXHiote ^ nous dit que celui qui se noyait dans le Nil était enseveli par les mains des prêtres du fleuve et mis dans un tombeau sacré que personne, excepté ces prêtres, ne pouvait toucher. Son cadavre passait en quelque sorte à l'état de Dieu.

Ce renseignement achève de nous montrer le sens de l'ac*tîon de la fille du roi et de celle de son père. Si celui qui se noyait dans le Nil était considéré comme s'étant donné entiè-

i Crcn. XLv, 22.

a Ih. xLVii, 2.

s Plutarch. de Isid. et Osir. c. xiii.

^ Die Bilcher Mose's, p. 110.

* Llb. Il, 0. 90.

410 LE moïse historique

rement au dieu ; celui qui se lavait dans ses eaux de\ait nécessairement participer à cet acte de sacrifice dans la mesure de la soumission que le devoir religieux réclamait de tous.

11 ne vient pas dans Tidée de Tauteur deTExode d'expliquer cet acte ; il lui parait tout simple que ceux qui le liront sauront ce que cela veut dire, et c'est une preuve que les choses de l'Egypte lui étaient familières comme à un habitant du pays.

Au V. 2 ch. IV et ailleurs, nous voyons que Moïse porte un bâton. Ce détail qui paraît insignifiant devient une preuve historique des plus sûres quand on regarde les monuments '. Alors on voit que c'était une coutume nationale des Egyptiens. Mais ne portait pas un bâton qui voulait ; on ne le voit qu'aux personnes appartenant à la caste sacerdotale ou aux classes supérieures de la société ^. Preuve que -Moïse était un personnag;e en Egypte... et que l'auteur le savait ^.

Au ch. V, V. 7, Pharaon dit : « Vous, ne donnerez plus de « paille au peuple pour (aire des briques ^. » Eh bien, on a découvert que les briques de l'Egypte, fabriquées à une époque qui se rapporté à celle du séjour des Hébreux dans ce pays, contiennent une certaine quantité de paille hachée ^.

Comment Fauteur de l'Exode pouvait-il savoir ce détail de fabrication particulière aux briques d'Egypte, s'il n'avait vécu sur les lieux, s'il n'avait vu conjment la chose se faisait?

On a découvert, il y a déjà un grand nombre d'années, dans un tombeau àThèbes, un tableau qui semble être fait d'après les données des ch. i et v de l'Exode «• Il représente les Hébreux fabriquant des briques.

Les Hébreux, dans ce tableau, sont si parfaitement caractérisés qu'il est impossible de les méconnaître. L'expression intelligente de leurs physionomies juives, leur barbe et la couleur de leur peau les distinguent à première vue des

* WilkiDSOD, Manners and Customt of the am, Egypt. ui, 386 aq. et lat dessins du Supplément passim. Voir aussi les monuments au Louvre.

s» Cf. Exod. VII, 12.

s Cf. Exod. XI, 3.

4 Cf. le TatcKar, coL 1279.

» Rosellini, Jfonum. eivili deU'Egitto, etc. u, 2S9.

* Rosellini, Monum. civil, n, pi. xliz.

ET LA RÉDACTION mosaïque DU PENTATEUQUE. 41 i

Egyptiens qui les inspectent le bâton dans la main. Que ce ta-bleau se trouve dans un tombeau à Thèbes, cela ne doit pas éicfnner : TËgypte formait, habituellement, un seul royaume et le personnage auquel le tableau ^est consacré était, d'après RoselUni * , le directeur général des travaux publics du royaume- Le lieu de la: découverte contribue du reste à faire ressortir la vérité historique de ce passage de TExode : « Le ? peuple se répandit dans tout le pays d'Egypte^ ts^im yi» ^, y> pour ramasser- du chaume en place de paille *. »

On ne peut plus douter d'après cela que les Hébreux ne remontèrent jusqu'à Thèbes. Qu'ils y firent ou non des briques, cela importe peu ; ce qui importe c'est de constater que les paroles de l'auteur de TExode trouvent un témoin in corruptible dans une tombe contemporaine.

Une preuve singulièrement frappante que les connaissances égyptiennes de cet auteur s'étendaient jusqu*aux plus petites choses est celle du v. 19 eh. vu. 11 y est dit qu'il y aura du sang dans tout le pays d'Egypte ainsi que dans les bois et les pierres, P^^ïï^?^ D^spaî. Voilà qui est énigmatiqufe à force de laconisme ; mais il est évident aussi que pour Tautêur la chose était si claire et si simple que le pensée qu'il pourrait n'être pas compris par ses lecteurs ne lui vient même pas. Il est compris^ en efTet^ par ceux qui connaissent les choses du Midi, qui savent que dans ces pays on a des vases pour rafraîchir l'eau. En Egypte, où Teau du Nil est tort trouble au moment de la grande crue, des vases de bois ou de pierre servent pour la clarifier ^. On voit que c'est un détail de ménage.

Au V. 22 ch. VHi, Moïse répond au Pharaon qui lui dit : « Sacrifiez à votre Dieu dans le pays : » a Cela n'est pas pos- ^ sible, car nous sacrifions à Jéhovah notre Dieu l'horreur (na?^n) des Egyptiens. Si nous sacrifions devant les yeux des

' ^ Voy. l'oQvr. cit. lUustrazione di unapittura egiziana rappresentante gliEbrei ehe fabbricano i mattoni, p. 254. Arlicle traduit et Inséré avec la planche dans les Annales, t. v, p. 450 (3* série).

2 Exod. V, 12.

s Ricb. Pockocke, Voyckges, t. ii, p. 121, trad. 1772.

Ht LB MOCSS HI»TMIQUE,

Egyptiens ce qui leur est une horreur, est-ce qu'ils ne nous lapideront pas? » Ce passage, éclairé par ce quo nous disent Hérodote et d'autres ^ du soin méticuleux que mettaient les Egyptiens à constater la pureté des animaux destinés au sacrifice et comment la 'peine de mort, davaxoc ii K:i\[i.ir\, attendait celui qui sacrifiait un animal, qui n'avait pas tous les signes de pureté requis, nous révèle une fois de plus la parfaite coniiaissanee qu^ l'auteur avait des choses religieuses de l'Egypte^ Les Sacrifices des Israélites devaient être en effet une horreur aux Egyptiens, parce qu'ils se faisaient en dehors des prescriptions de pureté de la religion du pays ; et, en les faisant à la vue des habitants, les Hébreux couraient certainement risque d'éveiller le fanatisme d'un peuple qui, encore au temps de la domination romaine et malgré la terreur qu'inspirait le nom'iju peuple-roi^ massacrait un . soldat romain, parce qu'il avait tué un cbat quoiqu'il l'eût fait par mégarde ^.

Dans les temps de famine, les Egyptiens se mangeaient plutôt entre eux que de manger un animal sacré.

On lit au ch. ix, v. 31, 32, à l'occasion de la septième plaie, la grêle : d Le lin et l'orge furent abattus, car l'orge était en » épis et le lin était en tuyaux ; le froment et l'épeautre ne p furent point abattus, car ils sont tardifs. » Ces remarques nous disent que l'auteur connaissait parfaitement les condi* tiens de l'agriculture du pays dont il parle.

(c En Egypte, dit Pline ^5 on moissonne l'orge six mois après • les semailles, et le blé au septième mois. » (cl^ maturité de » i\)rge, dit Sonnini ^, précède d'un mois celle du blé. »

La même chose est attestée par nombre de voyageurs quant au temps de maturité du lin et de l'épeautre, ainsi que le prouvent les témoignages recueillis par Hartmann^

^ Hérod. 11, 38 ; Porp^yr. de Abstinentia ab esu ammaltum, I. iv^e. 7.

3 DIod. Sicul. I, 83, ^^4. Voy. auesi Herod. ii, 65 ; Plat, de Indu et Otir, c. 73. Javénaj, Sat. xv, 78-81 ; Illum,. totum corrosis ossibus edit victrig turba.. cadavere crudo. « Le malhetireax avait mangé de (pielque animal sacré, voilà pourquoi il fut mangé à son tour et tout cru encore.

3 Hist. nat. I. xviii, c. 10.

* Voyage dans la Haute et Basse Egyp^y 11, 261.

^ Joh. Melch. Hartmann, Dos PasehaUk Mgypten, p. 209.

KT LA RtDACtKm «OlSAlQUfe M PIlNtÂTKtJQVB. 41 )

Nous pourrions continuer celte démonstration pour tout rKxode et les trois livres qui le sqiTeat j le résultat serait partent Identique. Dans chaque fait que nous avons cité se révèle le long séjour que l'auteur du Penlateuque a fait en Egypte, et seul il explique, pour pei^ qu^oa veuille se reporter à cette époque reculée et à la constitution sociale et politique qui régiâ&'Ut Tgtat égyptien alors et bea/ticoup pl«s tard eq^ooe, la connaissance exacte et détaillée que Tauteur avait des choses de TEgypte. Tout le code religieux qu'il institua et promulgua pour les Hébreux porte Tempreinte de cette science égyptienncj la plus profonde et la plus complète q^ie jamais ua étranger ait possédée. Nous y reviendrons naturellement quand nous traiterons des livres du Pentateuque qui renferment la législation mosaïque. Pour le moment» ce que nous voulions prouver Test suffisamment : l'auteur du Pentateuque connaissait TEgypte comme on connaît son propre pays. — Nous pouvons donc passer à la dernière partie de notre démonstration touchant la personnalité de l'auteur du Pentateuque, à savoir que celai qui l'écrivit est Moïse, ce même Moïse qui naquit sous Ramsès Miamoun et qui fit sortir les Hébreux d*Egypte sous le fils et successeur de ce Pharaon conquérant.

Il y a deux passages dans le Penlateuque qui prouvent pér remptoirement que Moïse est i'auteur du Pentateuque,» de tout le Pentateuque; le premier se trouve dans VExod^^ l'autre, dans le Deutéronome ^

G. SCHOBBBL.

■ Les Annales ont déjà publié les dissertations de M. Scbœbel sur YExoi^ et le Deutéronome dans leurs tomes xx (5« séiie), i (6« série), et xiii (5® séiîb) ; dissertations qui ont été publiées à part et que Ton trouve chez Mâf<« sonneuve, libraire. '

4i4 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 185 de Rome

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QUELQUES DOCUMENTS HISTORIQUES

SUB LA RELIOIOH DES ROBIAIirS

ET SUR LA CONNAISSANCE

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