Deuxième effel de la morl de Jéave. — liée r«eliere
•e fendirent.
Le vendredi, 3 avril — A3 heures.
a La terre trembla et les rochers se fendirenl, dit S. Mat- » thieu 2. »
Le soleil témoignait sa douleur par la cessation de sa lumière, la terre devait aussi pleurer la mort de son Créateur, en poussant des cris à sa manière. Phlégon nous a déjà dit a qu'un » tremblement de terre était survenu et que plusieurs édifices » avaient été renversés à Nicée en Bithjnie ^. » Mais ce fut le rocher du Calvaire qui en ressentit la première atteinte. Cette fissure existe encore et tous les voyageurs en parlent. Nous allons citer un témoignage peu connu et qui mérite attention *.
« L'Evangélisteditqu'àla mort de Jésus-Christ la terre trem-
* Voir le dernier article au N* précédent d-dessui p. 3S5. '* S. Mat th. xxvii, 52.
3 Voir son texte ci-deuus p. 397.
« U a été d^à inséré dans les Annales, t. ii, p. 116 (l'* série).
33 aos après J.-C. LES ROCHERS SE rSNDENT. 4i5
bla et que les rocbers se fendirent. Le voyageur anglais Doubdan, qui a examiné avec beaucoup d'attention la fente du Calvaire, dit qu'elle a près d'un pied de largeur el qu'elle descend dans le rocher à une grande profondeur. On trouve, à ce sujet, dans un ouvrage du célèbre Addisson, une anecdote curieuse que nous allons rapporter textuellement.
« Un gentilhomme anglais homme trcs-eslimable, qui avait voyagé dans la Palestine^ m'a assuré que son compagnon de voyage, déiste plein d'esprit, cherchait, chemin faisant, à tourner en ridicule les récits que les prêtres catholiques leur faisaient sur les lieux sacrés. Ce fut dans ces dispositions qu'il alla visiter les fentes du rocher que Ton montre sur le mont Calvaire, comme l'effet du tremblement de terre arrivé à la mort de Jésus-Christ, et que l'on voit aujourd'hui renfermé dans le vaste dôme construit par 'l'empereur Constantin. Mais, lorsqu'il vint à examiner ces ouvertures avec l'exactitude et l'attention d'un naturaliste^ il (lit à son ami : « Je commence à » être chrétien. J'ai fait, continua-t-il, une longue étude de la ' physique et des mathématiques, je suis assuré que les rup- » tures du rocher n'ont pu être produites par un tremblement iD déterre ordinaire et naturel, un ébranlement pareil eût, à B la vérité, séparé les divers lits dont la masse est composée; x> mais c'eût été en suivant les veines qui les distinguent, et en B rompant leur liaison par les endroits les plus faibles. J'ai » observé qu'il en est ainsi dans les rochers que les trembler » ments de terre ont soulevés, et la raison ne nous appreud » rien qui n'y soit conforme. Ici, c'est tout autre chose; le roc D est partagé transversalement ; la rupture croise les veines ft d'une façon étrange et surnaturelle. Je vois donc clairement ]> et démonstrativement quec'est le.pur effet d'un miracle, » que ni l'art ni la nature ne pouvaient produire. C'est pouç- » quoi, ajouta-t-il, je rends grâces à Dieu de m'avoir conduit 9 ici, pour contempler ce monument de son merveilleux pou- » voir, monument qui met dans un si grand jour la Divinité )» de Jésus-Christ ^ »
Des voyageurs anglais, et des historiens très*instruits,
> Dtf (a ivlt^ton àwitxvMM^ traduit de l'anglais, 2* édif. t. ii, p. 120.
il 6 TRADITIONS BT SUP£aSXlî|01l§ ROUAINKS. 78& de Roin«*
Millar, Fleming, Maundrell, Scbarret et d'autres, attestent que le rocher du Calvaire n'est point fendu naturellement selon les veines de la pierre, mais d'une manière évidemment surnatu* relie, «c Si je voulais nier, dit S. Cyrille de Jérusalem, que » Jésus-Christ ait été crucifié, cette montagne de Golgotha, » sur laquelle nous sommes présentement assemblés, mè » l'apprendrait i. »
Que le Gotgotha ait été le tombeau d'Ackm, et que le sang du Christ ait pénétré jusqu'à lui nous avons cité ailleurs les textes et les légendes qui l'assurent^.
5«. TrolMl^me ^etfei de la mort de Jéaua. ^ I>e velle dm Temple est déefeilré da haai Ja«%a'eB teiui.
Le vendredis avril. — à 3 heures.
La religion juive^ propre à un seul peuple^ avait quelque chose d'obscur et d'énigmatique. « Tout s y pjBissait en figures, » comme dit S. Paul *. » Il y avait dans le Temple un endroit sacré, où le Grand Prêtre seul entrait, une fiûs par an, et qu'un grand rideau dérobait aux regards de tous. C'était le Saint desSâînls; c'est ce voHe qui se déchire alors en deux, découvrant aux regards de tous cet endroit secret.
Voici la description de ce voile, Jel que Moïse l'avait ordonné: '
« Tu feras Un voile lissu d'hyacinthe (bleu), de pourpre, )» d'écarlate teint deux fois, et de fin lin retors, ouvragé en » broderie, tissu avec une grande variété. Tu le suspendras à » 4 colonnes de bois de Setim lincorruptible), couvertes de 10 lames d'or^ et qui auront deâ chapiteaux d^or et des bases » d*argent, et ce voile sera attaché avec des anneaux ; tu le » placeras devant TArche du témoignage, et il séparera le h Saint des Saints et le Saint ^. »
i s. Cyrillas, Catéchèse xiii, n. 4 ; dans Pat. grec, t. 3^, p. 775; \o\xCaUe» IV, D. 10 et Cat. XI, n. I9.
» Voir Annales dé PhiloÈophiè, t. v, p. 85 (6« sérié). ' Hsc autem omnia in Ûguris cÔDtingebant illis (1 Cor. x, 11). *> Eaçode, xxvi, 31-33.
n tMB àprèï J.-G. LE IfOILB M IBMPEB B8T DÉCtlIttfr. 4l7
Josèphe le décrif ainsi :
« Le tabernft*cte était fermé par une pièci^ d'étoffe teinte de » différentes couleurs de byssus, de porrrpré, d'é^rlate et de B bleu céleste. La première pièce ou le premier voile avait » 10 coudées en lafrgeur et en hauteur, et if couvrait les co- *» lonnes, qui, terminant te Saini des Saints, mettaient derk» rière elles cet endroit, où il n'était permis qu'au Grand^Prélre • d^enirer, et enypéchaient que la vue n'y pût pénétrer *. i»
La manière cfy pénétrer -et les eétémonies qui s'y prati^ quaient étaient exposées en ces termes:
a Parle à Aaroft ton frère ; qu*il n*entre pas en tout temps » dans le Sanctuaire derrière le voile, devant le Propitiatoire » qui couvre rArche,depeur qtt'îl ne meure ; car J'apparaîtrai D dans une nuée sur l'Oracle...
» 11 offrira un veau pour le péché et un bélier pour Tholo- » causte... Le ?• mois et le tO« jour, vous affligerez vos firaes; » vous ne ferez aucune oeuvre^ ni riudigebt, ni l'étrafiger qui r> passe au milieu de vous. Or ce jour-là sera votre èxpvation » et votrOi^purt/Sca^ton, afin de vous laver die tous vos péchés, » devant le Seigneur. Et ce sera pour .vous une* loi perpé^ D tuelle de prier pour les enfants tl'fsraël^ et pour tous teurs p péchés, une fois l'an ^. »
On voit par ces détails quel immense changement s'opère dans les rapports de Dieu avec les hommes, à la ^ort ée Jésus. Le secret qui couvrait le plus intime de la religion antique est levé. Dans la nouvelle Eglise de Jésus tous les yeux peuvent voir le Tabernacle où Dieu est adoré; tous les peuples peuvent pénétrer dans les lieux les plus secrets du Temple. C'est une révolution, ou plutôt c*est une émancipation complète ; tous les hommes peuvent entrer là où le Grand-Prêtre ne pouvait entrer, sous peine de mort^ qu'une fois par an^ pour y offrir le sacrifice d'expiation.
Mais ce n'est pas là la grande révolution opérée par Jésus. Tous les sacrifices anciens d*animaux (et d'hommes en certains endroits) sont abolis. Par le sacrifice de son humanité
1 Josèphe. Ant. Juives, 1. m, 6, n. 4. Voir Guerre des Juifs, 1. v, c. 5, n. 5. •' Uvitique, xvi, 2, 3, 29, 30, 34.
418 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES^ 785 de Rome.
divine, il les remplace ious^ et de plus tous les péchés des peuples soDt effacés ; un sacrifice nouveau non sanglant est établi, et offert toujours et partout^; le pouvoir est donnée des hommes d'appliquer le pardon.
S. Paul constate admirablement cette révolution.
a Le Christ, Pontife des biens futurs, ayant paru, c'est par 1» un Tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'est pas de D main d'homme, c'est-à-dire qui n'est pas de cette création ; » ce n'est point avec le sang des veaux et des boucs, mais avec son propre sang, qu'il est entré, une fois, dans lé Saint du y> Saints, une Rédemption universelle étant trouvée... C'est » par là qu'il eslMéd iat^ur du Testament nouveau. En sorte T> que, la mort intervenant, pour la rédemption des prévarica- » lions qui existaient sous le premier Testament, ceux qui sont 9 appelés reçoivent Théritage éternel de la promesse^. »
La délivrance de riiom me de toute dette est encore plus énergiquement déclarée par les paroles suivantes :
« Le texte souscrit du décret qui était contre nous, qui D était notre condamnation, Jésus l'enleva du milieu du » monde, en le clouant sur la croix*. » *
Ainsi plus de voile cachant aux fidèles le grand sacrifice, plus d'initiations secrètes comme il y on avait dans les mystères des païens, toutes les obscurités sont supprimées, c'est le ciel, pour ainsi dire qui est ouvert. —Que nos Philosophes expliquent cette grande révolution humanitaire.
^. Josufl lironve qn^l e«l Dieu, en eommenf ani ««r la er«lK k réaiiaer la plus grande de ses prédlelians , eelle tie la conTersIon du monde .
Suite du vendredi 3 avril. .— A3 heure9.
La Nature, frappée d'épouvante, venait de rendre son témoignage à la divinité de Jésus.
Un témoignage plus grand et plus surprena ut encore va lui
1 Voir la preuve curieuse de l'ubiquité de ce sacri&ce dans Annales, t. XVI, p. 341 (5« série). ^ ,
''^ S. Paul, aux Hébreux, c. ix, U^ 12, 15.
3 Oeiens quod adversus nos erat chlrographum de^reti, quod erat contrarium nobii, et ipsum tulit de medio, afflgens illud cruel {ad Colou. ii, U).
33 ans après J.-C. LE GBIfTDRIOIlBTLBS SOLDATS CROIENT EN iÈSDS. 419
être rendu immédiatement. Jésus avait dit : « Quand je serai • élevé de terre, j'attirerai tout à moi* ; » sur Theure, cette parole commence à s'accomplir. Jésus, pendu à la croix^ attire à lui le cœur^ plus dur que les rochers^ de ces Romains féroces qui venaient de le flageller, et» Tœil sec, de le clouer à la croix.
On peut dire, que, dès ce moment, le Paganisme romain^ ce grand colosse^ fut entamé. La vie s'insinue dans ce cadavre, qui recommence à vivre. C'était pour cela que Jésus était venu et était mort.
Son œuvre s'accomplit. Ecoutons :
«Le Centurion qui se tenait en face de la croix, voyant ce B qui arrivait,' et entendant le cri que poussa le Seigneur en D expirant, glorifia Dieu en disant : a Vraiment, cet homme D était juste; vraiment, cet homme était ie Fils de Dieu! »
« Ceux qui étaient dé garde avec lui auprès de Jésus, à la D vue du tremblement de terre et de ce qui se passait, furent saisis de grande crainte et répétaient : « C'est vraiment le Fils » de Dieu !»
Voilà ce que dirent les soldats romains.
<i La foule de ceux qui étaient présents à ce spectacle, et A voyaient ce qui se passait, s'en allaient en frappant leur )) poitrine,
j> Tous ceux qui connaissiaient Jésus se tenaient au loin, lémoins de ces événements, avec eux plusieurs femmes parmi » lesquelles Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques (le Mineur) ù et de Joseph, et Salomé, mère des fils de Zébédée (Jacques K le Mageur et Jean), lesquelles en. Galilée l'avaient suivi et le » servaient, et de plus plusieurs autres, qui étaient montées » avec lui de Galilée à Jérusalem, et le servaient ». »
Quant à Marie, la sublime mère de Jésus, nous savons qu'elle n'était pas au loin comme les autres»femmes, mais au pied même de la croix, avec Jean le disciple bien-aimé.
1 Jean, xii, 12.
» MatUi. XXVII, 53-&6 ; Marc, xv, 39-41 ; Luc, x\ni, 47-49.