‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 110 sur 122 · I. La Construction du Temple · texte numérisé non relu

I. La Construction du Temple

L'Ecriture Sainte nous apprend que Salomon commença les travaux du temple dans la quatrième année de son règne, 480 ans après la sortie d'Egypte ; ce qui correspond à Tannée 1013 ou 1016 avant J.-O. David, qui avait rassemblé tous les matériaux et toutes les sommes nécessaires à la construction de l'édifice sacré, en avait aufisi désigné à s<m successeur, suivant l'indication de Dieu lui-même, le plan et l'emplacement sur lequel il devait s'élever. C'était l'aire à battre le blé d'Oman le Jébuséen, située sur le mont Morial à l'endroit où, d'après une tradition attestée par Josèphe et généralement reçue aujourd'hui, Abraham offrit Isaac en sacrifice à Jéhovah; au lieu même où, plus tard, David avait dressé un autel pour éloigner l'ange exterminateur.

C'est à tort que Dom Calmet et Bergier affirment, dans leurs Dictionnaires^ que le temple fut érigé sur le mont Sion. Le mont Sion est séparé du Moriah par la profonde vallée de Tyropoeon au dessus de laquelle Salomon a jeté un pont afin de relier le temple à la cité de David, le Moriah au Sion. On voit encore les arrachements de cet antique pont, à l'angle sud-ouest de l'enceinte 4^ la mosquée d'Omar.

Dom Calmet et Chateaubriand avaient déjà remarqué

qae le temple de Salomon était bâti Burnn plan égyptien. Les découvertes modernes de Tégyptologie ont confirmé cette assertion ; M. de Vogiié et M. de Saulcy l'ont démontré rîgourensement dans leurs beaux ouvrages sur le Temple de Jérmal&nhj et sur VArt Judaïqtie. Ceci s'accorde parfdtement avec les Livres 8aint8. Ils nous rapportent, en effet, qu'Hîram, roi de Tyr, envoya à ^Salomon, sur sa demande, des ouvriers phéniciens. La direction supérieure des travaux fut confiée à l'un d'eux, né d'un père tyrien et d'une mère juive. Le texte sacré, en faisant l'énumération de- tous les talents de cet homme, nous indique assez qu'il devait être un artiste consommé.

Bemarquons, en. passant, que les Francs-Maçons prétendent trouver dans ce savant architecte, nommé Adon-Hiram le fondateur de leur secte. Us disent même que Salomon fut un des premiers à s'y affilier. Quoi qu'il en soit de cette origine, on ne peut nier que les rites de la Maçonnerie font une allusion continuelle au temple de Salomon, aux ouvriers qui le bâtissaient, et à la mort de leur chef, l'infortuné Adon- Hiram, tiié par trois compagnons parce qu'il ne voulait pas leur révéler le mot de passe des Maîtres. Du reste l'origine orientale de la Pranc-ltfaçonnerie est attestée par plusieurs de ses cérémonies qui la rattachent aux traditions asiatiques, et par beaucoup de symboles et de mots hébreux dont elle fait usage. Ainsi, par exemple, le mot sacré du Maître parfait est Adonaîj >nj(, Seigneur, l'un des noms de Dieu. Le mot de passe du premier grade 'est Tvbalcaîn, La Bible nous apprend que ce fut Tubalcaïn, arrière-petit-fils de Caïn, qui se montra le premier habile dans l'art de travailler les métaux ^ Le mot de passe du 2"^ grade est Schibboleth, épi. C'est précisément le nom que les hommes de Galaad avaiefit choisi pour reconnaître ceux d'Ephraïm qu'ils venaient de vaincre. Lorsque ces malheureux fugitifs demandaient la permission de traverser les gués du Jourdain, les Qalaadites leur ordonnaient de

> GenèSfi, iv, 22.

436 ARGBÉOLOGIE BIBLIQUE.

dire le mot ScMhboUth nbàef. Us répondaient Sibbolethy en prononçant la lettre ^ schifiy comme le D samechj qui est notre Sy an lieu de le prononcer comme sch ; et alors tandis qu'ils passaient le Jourdain, Jephté les faisait passer au fil de répée ^ Pour le 4* grade, le mot de passe est le Mont-LibarL Le signe du Maître s'appeUe encore aujourd'hui le signe dT/iarretiTy parce qu'il rappelle celui qui fut cause du meurtre d'Adon-Hiram. L'homme qui parvient an 30* grade, auquel le secret philosophique de la secte est révélé, se nomme le Clievalier KadoscK Or Kadoach est littéralement le mot cnip Sainty en hébreu. On sait d'ailleurs les rapporta intimes qui ont existé entre la Franc-Maçonnerie et l'Ordre des Templiers, fondé en 1118, sur l'emplacement du temple de Salomon, et qui a été probablement la source de cette société secrète. Une des quatre divisions principales des Francs- Maçons, en France et à New- York, porte le nom d'Association des Templiers \ et Barruel soutient que les affiliés s'engagent à venger la mort de Jacques de Molaj, le Ghrand- Maître des chevaliers du Temple. Ceci nous ramène an temple de Jérusalem.

L'archéologie a constaté que les Phéniciens ont été des imitateurs habiles plutôt que des compositeurs, que l'art phénicien n'a jamais eu une originalité qui lui fui propre, mais qull s'est laissé constamment influencer par les grandes écoles de l'Egypte et de l'Assyrie, suivant la situation politique de la Phénicie. Comme à l'époque de Salomon l'Egypte étendait encore sa suprématie sur cette contrée, le caractère égyptien devait dominer dans l'art phénicien. Les ouvriers de Tyr n'ont donc pu manquer de laisser sur le temple de Jérusalem l'empreinte de leur art semi-phénicien, semi-égyptien, modifié par rinfluence spéciale de la loi religieuse judaïque- Or, cette loi prohibant toute représentation des êtres animés, il devait en résulter un genre d'ornementation particulier, emprunté soit au règne végétal, soit à la combinaison pure et simple de la ligne droite et des lignes courbes. Cet art hybride qui n*était ni complètement phénicien, ni complètement égyptien,

^ Jugesy xji, S.

mais qui conservait des traces palpables de sa doable parenté, avec le caractère d'une certaine originalité, et que l'on peut nommer à bon droit VArt Jvdaîque^ c'est lui précisément que nous reconnaîtrons dans le monument Salomonien par l'étude que nous allons en faire.

Le sommet du mont Moriah^ situé dans la partie orientale de Jérusalem, au bord de la vallée de Josaphat, était étroit et entouré de pentes rapides; on ne put asseoir sur son plateau naturel que le temple proprement dit et l'autel, des holocaustes. Pour donner aux parvis un développement suffisant, il fallut entourer la pointe de la colline de remblais soutenus par des murailles.

Comme la Palestine ne produit pas beaucoup d'arbres, 8alom«n pria Hiram, roi de Tyr, de lui faire couper et tailler, sur le mont Liban, des bois de cèdre et de pin, par ses habiles charpentiers sidoniens auxquels se joindraient des ouvriers hébteux. Sa deihande fut gracieusement accueillie, Hiram se chargea même de faire disposer le bois en radeaux, et de l'expédier par mer à Joppé ^aujourd'hui Jaffa, qui est le port de Jérusalem),

En 1861, j'ai pu contempler sur les sommets pittoresques du Liban, près du village d'jGrfen, les restes de cette forêt si renommée, qui a fourni le bois du sanctuaire de Jéhovah. Ces patriarches du règne végétal, ces contemporains des âges bibliques, échappés aux ravages des siècles et des hommes, se comptent facilement aujourd'hui; ils ne sont plus que douze seulement; mais leurs dimensions sont colossales : deux d'entre eux ont 40 pieds de circonférence. Leurs branches, en s'éteudant horizontalement, couvrent une portion considérable de terrain; j'ai mesuré 58 pas de l'extrémité d'une de ces branches à l'extrémité de la branche qui lui était opposée. Leur hauteur est de 60 pieds environ. Un naturaliste distingué, Ruasegger^ a dit en parlant de ces arbres : a Que Ji> ces troncs comptent quelques milliers d'années, je l'admet- D trais aussi moi-même, surtout en considérant leur grandeur, D leur épaisseur, le sol pierreux et l'exposition élevée où ils se » trouvent *. J> Outre ces cèdres vingt fois séculaires, il y en

^ Voyage en Europe, en Asie et en Afrique, t. ni, p. 71&.

YI'' SÉRIE. TOME IX. — N"" 54; 1875. (88'vo{. d$coU.) 28

a d'autres évidemme» ^ beaucouç plus jeuqes et d'une grosseur ordinaire; le tout forme un, bois d'à peu près 36Q arbres.

Pendant qu'on trayaillait les bois de construction sur le mont Liban, on extrayait et on taillait les pierres dans d'autres ateliers ; car les matériaux devaient arriver tout préparés sur l'emplacement du temple, où l'on n'entendait résonner ni le marteau, ni la hache, ni aucun autre outil de fer^ Salomon, en faisant une levée extraordinaire dans tout Israël, avait mis àtia disposition de ses architectes des ma^es innombrables d'ouvriers pour mettre en œuvre les matériaux, et pour mener très-rapidement à bonne rin sa gigantesque entreprise.

Les fondations furent composées de pierres énormes, bien taillées et de grand prix, et elles furent poussées profondément au-dessous du sol.

L'édifice sacré était bâti sur le modèle du ' Tabernacle ou temple portatif construit par Moïse, mais dans des dimensions doubles, n. comprenait le temple proprement dit, et deux cours ou parvis.

Le temple proprement dit, nommé en hébreu Meioal fe? se composait de trois parties placées à la suite l'une de l'autre : V le Vestibule, Oulam D^K ; 2° le Sainty Kodesch^ l^Tj? ; 3° le Saint des Saints. Kodesch Hahodaschiin^ XOl^'^êlç^ ^Û^ appelé ^ussi Débir, (l'Oracle).

L'Ecriture Sainte nous donne les dimensions, du temple : elles sont comptées dans ceuvre^ c'est-à-dire à l'intérieur des murs. (L'unité est la coudée royale hébraïque de 525 millimètres, comme la coudée égyptienne).

En voici le tableau :

COUD. XiT.

Loïignetir du vestibule, parallèlement

h l'axe

du

temple

Largeqr du vestibule.

Hauteur du, vestibule.

6Q = 3l,Sî»

Longueur du Saint.

Largeur du Saint.

ntiuteur du Saint.

Longueur du Saint des Saints.

ÎO ==» 10,50

Mil Ko25,vi, 7.

Largeur du Saint des Saints. 20 » t0,50

Hauteur du Saint des Saints. 20 » 10,5')

La longueur du .temple à Tîntérieur, c'est-à-dire du Saint et du Saint des Saints, était de 60 coudées -=31 mètres 50 = 96 pieds.

La longueur totale du temple, sans les chambres latérales, c'est-à-dire du vestibule, du Saint et du Saint des Saints, à l'intérieur, (épaisseur des murs des portes comprise) était de 85 c. = 44 m. 625 = 137 pieds.

La largeur totale du temple, dans les mêmes conditions, était de 20 c. = 10 m. 50 = 32 pieds.

La longueur totale du temple complet, à l'extérieur, c'està-dire en comprenant les chambres qui l'entouraient et l'épaisseur des murailles, était de 100 c. = 52 m. 50 = 161 pieds.

La largeur totale du temple, dans les mêmes conditions, était de 50 c. == 26 m. 25 = 80 pieds.

Nous avons vu plus haut que le temple de Salomon était construit sur le même plan que les temples païens de l'Egypte ; ce que nous venons de dire confirme cette assertion. Il avait, comme eux, un vestibule, que l'on nommait pylône ou pronaosj plaqué contre l'entrée du naos (nef) à l'extrémité duquel se trouvait le sanctuaire renfermant l'image de la Divinité ; il avait aussi, comme eux, une ceinture <Je chambres latérales. La hauteur du vestibule est le double de celle du Saint, le triple de celle du Saint des Saints, et les chambres latérales suivent la même règle. Cette décroissance successive des hauteurs était un principe constant de l'architecture sacrée dans la vallée du Nil. Si l'on compare la disposition générale de l'édifice judaïque avec celle des temples plus anciens qui se voient encore à Thèbes, par exemple, à celui de Louqsor, ou à celui de Khons (Kamak), on sera surpris de la presque identité des deux plans.

<L Seulement dans le temple de Salomon, dit M. Y. de SomI- ]> eyy les rapports des dimensions sont tous exprimés par :d des fractions simples, comme demie, tiers, quart, etc., tail- ]> dis qu'il n'en est pas rigoureusement de même dans le tem- ]> pie de Khoîîs. L'architecte de Salomon, tout eïi apparte-

D uant à l'école égyptieimç, a donc introduit dans ses plans D une noble et imposante simplicité, que les monuments D égyptiens, immédiatement comparables, ne nous présentent » pas. Ce plan, nous avons vu que David l'avait transmis à D son fils, en lui attribuant une origine divine. Il est certain » que la parfaite harmonie de ses proportions ne laisse abso- 3) lument rien à désirera »

Au sujet des mêmes mesures architeotoniques, M. de Vogué fait aussi une savante observation :

« Il me suffit, dit-il , d'avoir constaté que les éléments y> principaux du temple de Jérusalem étaient soumis à une TD règle harmonique ; que leurs dimensions et leurs fonctions y> étaient déterminées suivant les rapports de certaines lignes j) et de certains nombres auxq^uels toute l'antiquité a attaché » une signification mystique. Les coïncidences que nous » avons signalées sont trop frappantes et trop nombreuses » pour être l'effet du hasard. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire, 7> pour les expliquer, de supposer chez les architectes du » temple une intention symbolique. Qu'en Egypte, à l'époque D de la construction des pyramides et de la naissance de l'art^ » une recherche philosophique ait présidé au choix de telle j> forme ou de telle autre, cela n'est pas doutei^x ; mais, par y> la suite des temps, l'esprit a dû disparaître sous la formule, y> et le mysticisme sous la géométrie. Des combinaisons înspi- » rées par les croyances religieuses, ou par Tobservation des :^ lois de la nature, ont pu se transmettre par l'enseignement D de l'école ou l'initiation, comme de simples procédés graii> phiques, en perdant leur sens primitif; elles se sont transi> mises même chez des peuples de croyances et de mœ jrs ]> différentes, et ont fait la base de toutes les conceptions » architecturales. Ce rôle de la géométrie symbolique , ou D positive, en architecture est incontestable ; il est intéressant j> d'en avoir constaté, à Jérusalem, une des plus curieuses j> applications ^. J>

Une troisième remarque nous est suggérée par le tableau

HisLde l'ÀHjûdAÎque, p. 194.

Le Temple de Jérusalem, p. 31.

LE TEMPLE DB SALOMON. 44i

des mesures ci-dessus^ c'est que le temple de Salomon ne se distinguait point par des proportions extraordinaires. On en est frappé quand on le compare à nos belles cathédrales. Il n'avait que 52 m. 50 de longueur, sur 26 m. 25 de largeur, et 15 m. 75 de hauteur à l'intérieur. Notre-Dame de Paris, par exemple, a 130 m. de long, 46 m. 60 de large, et 34 m. 60 de haut sous voûte. Notre étonnement cessera si nous réfléchissons que les Juifs, comme les païens, ne faisaient pas de leur temple le même usage que nous faisons de nos églises. Il n'y avait chez eux que les ministres du culte qui entrassent dans le temple proprement dit, et seulement dans certaines circonstances déterminées. Les cérémonies liturgiques étaient célébrées à l'extérieur, dans les parvis où se tenait la masse des adorateurs, et qui faisaient aussi partie de l'édiflce sacré. Le temple de la Judée, ainsi que ceux de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, n'avaient donc pas besoin de dimensions colossales comme nos cathédrales qui doivent posséder une très-vaste enceinte, pour que de longues processions puissent s'y développer en présence de plusieurs milliers de fidèles.

//. L'intérieur du Temple,

Pénétrons maintenant dans la Maison do Jéhovah.

Placée de l'est à l'ouest dans le sens de sa longueur, elle était précédée d'un portique sur lequel nous n'avons que des documents incomplets, mais qui occupait, pour le , moins, toute la largeur de la façade du temple, c'est-à-dire 50 c. = 26 m. 25, = 80 p., et s'élevait à 60 c, = 31 m. 50, = 96 p. Ce vestibule, regardant Torient, avait une porte toujours ouverte dont le linteau était soutenu par 2 colonnes d'airain d'un diamètre de 4 coudées = 2 m. 10, et d'une hauteur de 18 coudées ^ 9 m. 45, ou 4 diamètres 1/2. M. de Yogiié remarque que cette proportion était tout-à-fait égyptienne, et qu'on la retrouve particulièrement dans le temple de Khonsy à Thèbes. Le chapiteau de ces colonnes, haut de 5 coudées Il 2 01. 625 avait la forme i^unejleur de lis épanouie dont la partie inférieure, renflée, était couverte d'un ornement

442 ABGHÉOLOGIE BIBLIQUB.

semblable aux mailles d'un réseau^ et bordé par deux rangées de grenades.

On s'aperçoit facilement que ces colonnes, flanquées de chaque côté de l'entrée du vestibule, rappell^it les obélisques qui se dressent devant la porte des principaux sanctuaires de l'Egypte, et dont l'un des plus beaux, celui de Louqsor, orne la place de la Concorde, à Paris ^

Comme ces obélisques, les deux colonnes du portique juif étaient symboliques. L'une fut nommée lakin, p?^ , l'autre BoaZy T^îî (La Vulgate lit JBooz), Les Septante ont traduit ces noms : le premier, par Karopôd^Tiç, Directw ; le second, par IffX'^Çj Fortitudo ^,

Ces deux mots Iakin et Boaz forment en hébreu cette phrase : cl lia établi par la fœ^ce, » Cela signifie sans doute la puissance créatrice du Très-Haut.

Le vestibule était couvert de dorures à l'intérieur. , Mais avançons. Une porte en bois doré, à deux battants, s'ouvre devant nous. Franchissons-la. Nous sommes dans la première partie du temple que l'on nomme le Sainty et dont l'entrée est interdite à tous ceux qui ne sont pas prêtres. Quelle splendeur !.. Quelle magnificence !.. Les belles pierres, si bien polies, qui composent les murs de tout l'édifice sont entièrement cachées par une boiserie de cèdre, plaquée de feuilles d'or. Ces lambris sont ornés de sculptures en relief représentant des chérubins , des palmiers , des fleurs, et d'autres dessins variés. Où poserons^nous les pieds? Le parquet, aussi bien que le plafond, est revêtu d'un or étîncelant ^ I

L'ameublement de cette salle est digne de sa ricb« déocH^ation. Dix tables et dix chandeliers d'or sont rangés le long des murailles. Au fond, c'est-à-dire devant l'entrée diu Saint des Saints, nous voyons VAûtel des Parfums^ en boia de cèdre garni de lames d'or. A sa droite, c'est la TchU â!cr chargée

' il avaU été placé jadis «levant ■« temple de Tkébes |Mir Raoïfiôa Jl, Sesostria, ce Pharaon qui éleva MoUe à sa cour.

* il "Parai, m, 17.

^ Le lexlé sacré l'a dit : « 11 n'y avait ried dalis le tctnple qui ne tût cou« vert tl'or. » (111 K^is, vi, 52).

des doiize pains de proposition offerts au Seigneur; à sa gauche, c'est le Chandelier â^or à sept branches.

M. de Saulcy dit à ce sujet : « Le fait de cet accouplement

D deux j)ar deux des six branches extérieures du chandelier

» sacre prouve jusqu'à l'évidence que ce chandelier avait ses

» six branches rangées circulairement autour du fiit, et non

y> comprises dans un seul et même plan, ainsi que l'on repré-

» sente constamment le chandelier à sept branches. Je ne con-

» nais que deux images antiques de ce candélabre historique : la

3> première existe sur l'arc de triomphe de Titus (à Kome),

y> et la seconde sur une pierre que j'ai retrouvée à Thabariéh

y> (Tibériade). Mais nous devons nous hâter de constater que ,

D ces deux monuments ne peuvent absolument nous rappeler

7> que les formes du chandelier à sept branches déposé dans le

» temple d'Hérode, et qu'il n'y arien d'extraordinaire à ce que

» les prescriptions de l'^rod^ aient été modifiées plus tard, peut-

» être parce qu'elles n'étaient plus très-clairement comprises. Ce

D qui est certain, c'est que ce candélabre, tel qu'il est figuré sur

y> l'arc de Titus, ne ressemble pas le moins du monde à celui

y> qui est décrit dans VExode^ et que celui que j'ai retrouvé à

5) Thabariéh diffère tout autant de celui de l'atc de Titus *. »

Constatons que le chandelier à sept branches supportait, non pas des cierges, mais sept lampes brûlant des mèches à l'huile, et munies de leurs mouchettes (emunotoria). Pendant mon pèlerinage en Terre-Sainte, j'ai remarqué, parmi les ustensiles de chaque maison, la reproduction de ces lampes sacrées.

La porte dorée qui s'entrouvre devant nous est celle du Saint des Saints^ du sanctuaire vénérable de Jèhovah. Il n'est permis à personne d'y pénétrer, .sinon au Grand-Prêtre^ et seulement une fois l'année, le jour de V expiation solennelle. Oserons-nous y entrer? Contentons-nous de soulever le voile aux couleurs vives et variées qui est suspendu devant la porte. Cette saUe est parfaitement carrée, et sa décoration ne diacre pas de celle du lieu saint que nous venons de voir. Au milieu est placée V Arche ^Alliancey abritée sous les ailes de

* Histoire de V art judaïque, p. 31.

deux chérubins aux formes colossales qui se tiennent à sa droite et à sa gauche, comme une escorte d'honneur. Et puis il n'y a plus rien.

A propos des divers objets ou ornements du temple, les commentateurs ne trouvant pas dans les documents authentiques des renseignements clairs et détaillés, ont donné libre carrière à leur féconde imagination. Nous éviterons de le» suivre dans leur voie fantaisiste, et nous nous bornerons à des considérations générales pour faire connaître ce qui est hors de doute.

L'Arche d'alliance ^^1^ ^^ Aron haberith , avait 2 coudées 1/2 = 1 m. 3125 = 4 p. de ^longueur, 1 coudée 1/2 = m. 6875 = 2 p. de largeur, et autant de hauteur. C'était, comme son nom l'indique, un coffre en bois incorruptible, revêtu de lames d'or à l'intérieur et à l'extérieur, et surmonté d'un couronnement en or. Le couvercle portait à ses deux extrémités un chérubin qui le couvrait de ses ailes étendues ; le visage de l'un étant incliné vers l'autre. Ce couvercle s'appelait le Propitiatoire ou l' Oracle, T?! , Debir, parce que c'était de là que le Très-Haut daignait manifester ses volontés aux hommes. Quatre anneaux, placés aux quatre angles de l'Arche, recevaient des barres de bois pour la transporter. Tout cela était couvert d'or battu. A l'époque de Salomon, l'Arche d'alliance ne contenait rien autre chose que les deux Tables de pierre sur lesquelles le Seigneur avait écrit lui-même le Décalogue, et que Moïse y avait déposées, après les avoir reçues sur le mont Sinaï. La Bible Taffirme positivement*.

Quant aux deux grands Chérubins qui accompagnaient l'Arche, ils étaient en bois d'olivier couvert d'or, et avaient 10 c. = 5 m. 25 =: 16 p. de hauteur. Leurs ailes étendues avaient chacune 5 c. = 2 m. 6^5 = 8 p. L'une des ailes du premier Chérubin touchait un côté de la muraille, et Taile du second touchait l'autre côté ; les deux autres ailes venaient se joindre au milieu du sanctuaire au-dessus de l'Arche. Le texte sacré ne nous en apprend pas davantage sur ce point.

> m Rois, viii, 9.

LE TEMPLE DE SALOMOff. 445

Tout le monde reconnaît que les Chérubins étaient de mystérieuses figures qui représentaient des idées religieuses sous des formes symboliques. Mais quelles étaient ces formes? That is ihe question.

Les ' descriptions que l'Ecriture sainte nous donne des Chérubins diffèrent entre elles, cependant elles s'accordent en ce qu'elles retracent toutes une figure composée des créatures les plus nobles du règne animal , c'est-à-dire l'homme, le lion, le bœuf et l'aigle. L'opinion la plus commune est celle qui donne aux Chérubins les traits de jeunes enfants. Elle se fonde sur ces mots du texte hébreu : nt^ cry^? , Mahasé tsahatsukim *, que les anciens fiébraîsants, Pagninus et Montanus, ont interprété à tort par ce opère pierorum i> ; tandis que la vraie traduction est celle de la Vulgate : a opère statuario », comme l'attestent Gesenius, Le Clerc, Glaire et Léopold.

Quelques érudits, par exemple l'abbé Lanci, professeur à la Sapience ^, regardent les Chérubins du sanctuaire comme des globes ailés ^t brillants symbolisant le soleil, et dérivant de ces disques solaires que les Egyptiens plaçaient au sommet de leurs temples. Cette idée semble assez originale ; cependaiit il est remarquable que les philosophes païens se faisaient de ces deux Chérubins une idée analogue puisqu'ils y voyaient les deux hémisphères du monde. C'est S. Jérôme qui le déclare dans son Commentaire sur Ezéchiel (i, 6), sans nous dépeindre clairement les Chérubins.

D'autres savants, tels que Grotius, Spencer et Bochart pensent que la forme du bœuf dominait dans celle du Chérubin. Leur sentiment est appuyé sur deux motifs. D'abord sur l'étymologîe. Le mot hébreu aro , Kerouby dont le pluriel est Kerovbimy signifie « celui qui laboure », et, par extension^ le bœuf, animal qui était employé spécialement au labourage chez les Jui6, et qui était pour eux l'emblème de la force. Ensuite le prophète Ezéchiel semble identifier le Chérubin avec le bœuf puisqu^au chapitre x, 14, il assigne la face de

* Il FaraX, m. 10.

' la Sainle Ecriture éclaireiej v>

44(5 ABCHEOLOGIE BIBLIQUE.

Chérubin au même animal mystérieux qu'il avait dépeint avec la face d'un bœuf au chapitre i, 10. Il faut avouer que ces deux arguments, sans être absolument convaincants, ont bien une certaine valeur.

Passons sous silence les autres opinions qui sont plus ou moins vraisemblables.

De tous les renseignements que la Bible nous présente sur les Chérubins, il semble résulter que ceux qui étaient sculptés dans le Saint des Saints avaient une face d'homme, un corps de bœuf et des ailes. M. de Saulcy pense, avec raison, qu'ils ressemblaient aux taureaux ailés à fabe humaine des Assyriens. Si Pon considère, en effet, les quatre types de ces colossales figures symboliques qui ont été découverts dans les ruines de Ninive, et qui sont aujourd'hui au musée du Louvre, on est étonné de l'analogie qui existe entre eux et les Chérubins hébraïques. Les iins et les autres ne manquent pas non plus d'affinité avec les sphinx égyptiens. C'est aussi l'opinion de M. de Vogué.

Du reste, tous les commentateurs qui traitent de ce sujet si obscur y perdent leur latin. Aussi, après beaucoup de recherches, n'ayant pu découvrir d'une manière certaine comment les Chérubins du temple étaient représentés, nous terminerons la question par ces paroles de Flavius Josèphe : « Personne ne peut dire, ou même conjecturer, qwels étaient y> ces Chérubins ^ 3) Voilà tout ce que l'historien-prêtre des «Tuifs, qui avait vu le temple rebâti par Hérode, a pu nous en faire connaître. Il est vrai que l'Arche ne se trouvant plus dans le Saint des Saints, depuis la reconstruction du temple par Zorobabel^ les Chérubins en étaient probablement aussi absents.

MM. de Vogiié et de Saulcy placent l'autel des parfums, le chandelier à sept branches &t la table des pains de proposition dans le Saint des Saints, en les supposant sépares de l'Arche d'alliance par un voile; mais c'est une erreur, car ces objets sa(^s devaient se trouver dans le Saint qui était séparé du Saint des Maints par un mur, une porte et un

i AfU. jud. viu, 111, 3.

LE TCMPLE DB SALOHOR. 447

rideau, comme nous l'avonB déjà dit. Nous avons trois preuves de la vérité de cette assertioû. D'abord elle est adoptée communément par les exégètes. Ensuite elle s'appuie sar ce témoignage de Josèphe t <( On tnit dans le temple devant le j> sanctuaire^ (i\ tôî vtt^ icpo tou d^ÙTou), le chandelier, la table 2> et l'autel d'or, à la même place qu'ils occupaient aupara- > vaut, lorsqu'ils étaient dans le tabernacle . i>

Enfin les prêtres devaient, tous les matins et tons les soirs, brûler de l'encens sur l'autel d'or, et éteindre ou allumer les lamp«s ; or comment auraient-ils pu le faire si ces objets avaient été déposés dans le Saint des Saints où le Grand- Prêtre seul avait le droit de pénétrer une fois par an ?

Sur les deux côtés et le derrière du temple, on avait adossé au mur trois étages, composés chacun de 33 petites chambres qui communiquaient entre elles, et qui servaient à recevoir les trésors et les nombreux ustensiles nécessaires au culte divin. Par une curieuse particularité, ces étages superposés allaient en s'élargissant de bas en haut, pour éviter d'entamer le mur du temple en y posant le bout des solives de chaque plancher. Ainsi les chambres du rez-de-chaussée étaient moins larges que celles du premier étage, et celles-ci étaient aussi plus étroites que celles du second. L'auteur sacré nous apprend que leur galerie inférieure avait 5 coudées = 2 m. 625 = 8 p. de largeur; la galerie du milieu avait 6 coudées, et la troisième 7 coudées aussi en largeur ^. On y montait par deux escaliers tournants placés dans les extrémités du portique d'entrée. Le toit du dernier étage s'élevait à peu près à 20 coudées = 10 m. 50 = 32 p. Au-dessus, il y avait, dans les murs du temple, des fenêtres fermées à forfait, dont on igacM'e le nombre et les dimension&

Le Saint des Saints avait-il des fenêtres? Bien ne le prouve ; il semble même plus probable qu'il en était privé. Nous venons de dire, en e£Eet, que les chambres latérales entouraient, non-seulement le Saint, mais aussi le Saint des Saints; or, comme le toit de leur dernier étage montait

i AfU. jud, via, IV, 1.

> Ut Ayw, Vi, 6. ;

us ARCHÉOLOGIE BIBLIQUE.

jusqu'au plafond de ce sanctuaire, il n'était pas facile d y ouvrir des jours. De plus, l'analogie nous conduit à la même conclusion. Dans le temple de Dendérah , comme dans presque tous les autres temples de l'Ëg}rpte, le sanctuaire est plongé dans une obscurité complète ; il devait donc en être de même pour celui de Jérusalem, qui était b&ti sur un plan identique.

Tout l'édifice, recouvert d'un solivage en cèdre, se terminait sans doute par une plate-forme, suivant l'usage constant des Orientaux.

IlL Les Ouvrages extérieurs du Temple. — Sa destriœtion.

En sortant du temple proprement dit, nous nous trouvons dans une cour qui l'entourait. On la nommait le Parvis intérieur on \sl Cour des Prêtres y fSLTce qu'ils y exerçaient leurs fonctions, et que les laïques n'y étaient admis que pour sacrifier, et encore seulement dans une certaine partie. Dans cette enceinte, en face de l'entrée du temple y on avait placé V Autel des Holocaustes, 11 était d'assez grandes dimensions, construit en airain, et on j montait par un escalier. A côté, était la Mer d'Airahiy bassin de 10 coudées =5 m. 25 = 16 p. de diamètre, supporté par 12 bœufs en ronde-bosse, et destiné aux ablutions des prêtres. H j avait encore là 10 bassins d'airain plus petits, et contenant l'eau dans laquelle on lavait les différentes pièces des sacrifices. Ils reposaient sur des piédestaux ornés de figures de lions, de bœufs et de chérubins, et portés par quatre roues.

Cette cour des Prêtres était environnée d'une seconde appelée la Grande Cour^ ou le Parvis extérieury et destinée au peuple. On y voyait, vis-à-vis l'autel des Holocaustes, l'estrade d'airain que Salomon avait fiût ériger pour y placer son trône, quand il assistait aux cérémonies religieuses.

L'Ecriture sainte ne nous donne aucun détail sur les parvis sacrés qui, d'après Josèphe, étaient, comme tout le reste, d'une grande magnificence. Mais, quoiqu'elle dise seulement dans la description du Temple : € H (Salomon) fit > un parvis pour les prêtres, et un grand portique ; pms,

2> à ces enceintes, des portes qu'il couvrit d'airain ^ » Il n'y a pas de doute que l'on construisit, autour des parvis, des galeries et des chambres pour les prêtres ou lévites de service, et pour renfermer les provisions nécessaires au culte. De tous ces bâtiments le grand roi de Juda ne fit que la première cour, celle qui entourait immédiatement le temple et la basilique assise sur la terrasse orientale de la cour extérieure, basilique qui a porté, jusque dans le temple rebâti par Hérode, le nom de Porîiqv£ de Salomon. La forme de ce parvis extérieur était celle d'un carré dont le côté avait 280 mètres, suivant Josèpbe, et 294 m. suivant la tradition rabbinique. D'après la faible esquisse que nous venons de tracer, il est aisé de conclure que le temple de Salomon était le plus somptueux monument dont l'antiquité sacrée ou profane nous ait légué le souvenir. Plusieurs personnes s'étonnent de voir que les artistes pouvaient déjà produire de si rares chefs-d'œuvre, dans des siècles si éloignés de nous, et chez ce peuple Juif que les incrédules ont tant vilipendé. Mais l'étonnement cessera si l'on se rappelle qi^e les ouvriers de Salomon travaillaient sous l'influence de l'art égyptien, et que cet art s'est élevé à une hauteur qu'on n'avait pas soupçonnée avant que les découvertes modernes de l'égyptologie l'aient fait connaître. Citons seulement, comme preuve, les bijoux que nous avons admirés au Musée du Cairey puis à VEaposition universelle de Parisj en 1867 : le diadème d'or ; le poignard, également en or, incrusté de bronze noir et cloisonné d^émaux ; le collier formé d'un fil d'or tressé sur lui-même à la façon de ces chaînes de Venise dont le secret est perdu ; les bracelets à f<md de lapis incrusté dans l'or; la hache d'or massif, etc. Ces produits d'un art merveilleux, quant aux procédés, du moins, nos orfèvres sauraient à peine les exécuter aujourd'hui, comme l'ont avoué Castellani et Froment Meurice. Eh bien ! Ces précieux bijoux ont été trouvés sur la momie de la reine Aah-Eotepy mère d'Ahmès, ce Pharaon qui a fondé la XYIU^ dynastie, environ 300 ans avant Moïse. Us ont aujourd'hui au moins 3,500 ans I Si les artistes égyptiens savaient si bien

' Il Parai, ir, 9.

travailler à cette époque, que ne pouvaient-ils pas faire aa temps de Salomon !

Sept ans après le commencement des travaux, sans attendre que les ouvrages extérieurs fussent achevés, la maison de Jéhovah étant prêté, Salomon en fit la dédicace, au milieu d'un immense concours de peuple, et V Arche d* alliance y fiit placée dans le Saint des Saints^ avec de spliendides cérémonies.

Raconter l'histoire politique et les vicissitudes religieuses dn temple de Salomon, sous le règne agité de ses successeurs, ce serait refaire Fhîstoite dte la nation juive dont le temple était le Palladium. Tel n'est pas notre but, Bemarquons seulement que, pendant les longs siècles de son existence, le vénérable sanctuaire où le Seigneur avait manifesté plusieurs fois sa présence d'une manière sensible, fut souvent profané par les autels idolâtriques que les Hébreux élevaient suivant l'exemple des populations païennes qui le» entouraient, et avec lesquelles ils avaient tme si grande affinité d'origine, de langue et de passions. Quand la mesure des iniquités ftit parvenue à son comble, Jérémie annonça à ce peuple prévaricateur que le Seigneur s'apprêtait à en tirer vengeance, que les Ghaldéens prendraient la ville et la brûleraient. En effet, 18 ans après cette prophétie, Farmée de Nabuchodonosor, roi dé Babylbne, s'empara de Jérusalem, (588 ans avant J.-C), réduisit en captivité le roi Sédécias, et mit le feu au temple.

On demandera peut-être ce que devinrent, dans cet immense désastre, les objets si précieux qu'il renfermiait. Voici ce que nous lisons, à ce suîet, dans le 2« livre des Macchabées (n,4): « H était aussi marqué dans le même écrit que ce prophète D (Jérémie), par un ordre particulier qu'il avait reçu de i> Dieu, commanda qu'on emportât avec lui le tabernacle et » V Arche ^ jusqu'à ce qu'il eût atteint la montagne sur la- » quelle Moïse avait monté, et d'où il avait vu l'héritage du 3) Seigneur. Et Jérémie y étant arrivé, y trouva une caverne j> où il mit le Tabernacle, l'Arche et l'Autel des Parfums, et D il en boucha l'entrée. Or, quelques-uns de ceux qui l'avaient D suivi s'étant approchés pour remarquer ce lieu , ils ne "» purent le trouver. Jérémie l'ayant su, les blâma et déclara

LE TEMPLE DE SALOHOIf . 451

D que CQ lieu demeurerait incoonn jusqu'à ce que Dieu eût

> rassemblé son peuple dispersé, et qu'il lui eût fait miséri- D corde ; et qu'alors le Seigaeur ferait voir ces objets, que la ^ majesté du Seigueur paraîtrait de nouveau, et qu'il j au- » rait une nuée comme celle qui s'était manifestée à Moïse,

> et comme celle qui s'était montrée à ^plomon quand il avait

> demandé que le temple fût sanctifié pour le grand Pieu. > La montagne dont il est parlé dans ce texte est le mont

Nebo qui est situé à la pointe nord-est de la mer Morte.

Les deux colonnes Takin et Boaz ^ et la mer d'airoinj furent brisées, et transportées à Babylone avec le chandelier ^ la table Wor^ et tout ce- qui restait des vases sacrés.

D'après M. de Yogiié, le temple (Lb Salomon était situé vers l'angle nord-ouest delà plate-forme moderne qui supporte la mosquée d'Omar, sur un mamelon isolé, sommet naturel du mont Moriab. Il n'en reste que les citernes et les excavations souterraines. Les constructions qui s'élevaient au-dessus du sol ont complètement disparu. Que Salomon ait creusé des citernes sous le temple, c'est une assertion que l'on peut admettre à priorij puisque ces citernes étaient indispensables aux services liturgiques : les unes pour fournir l'eau nécessaire aux ablutions ; les autres pour recevoir le sang des victimes et les eaux impures qui devaient s'écouler loin des parvis sacrés. Les explorations faites récemment sous l'emplacement du temple ont démontré l'existence de nombreuses citernes dont plusieurs sont regardées par les palestinologues comme des ouvrages salomoniens.

Quand nous avons visité la mosquée d'Omar {Qoubbet-es- Sakrahj Coupole de la Boche)^ bâtie, comme on sait, sur l'emplacement du temple Jjiif, nous sommes descendus dans une grotte située inmiédiatement sous la roche sacrée, dans la masse de laquelle elle est creusée. Le scbeik qui nous conduisait frappa avec son bâton sur une dalle du sol, en disant : ce Bir-ar-rouah t> , (le Puits des Ames). Cette dalle rendit alors un son clair signalant l'existence d'une cavité. Elle recouvre, en effet, un puits profond. La grotte n'ajant que 7 m. de diamètre sur 3 de profondeur, n'était pas assez grande pour faire un réservoir; mais elle avait pour destina-

452 ABGHÉOLOGIE BIBLIQUE.

tion de recueillir les eaux de lavage et les immondices, et de les jeter au-dehors. Ceci s'opérait au moyen du Puits des Ames^ qui traverse le mont Moriali, et communique avec le cloaque souterrain débouchant dans la vallée de Josaphat. M. Pierottî pense que le nom Bir-ar-rouah n'est qu'une traduction de Bir-Araunahy le puits ou la citerne d'AraunaJi ou diOmanj sur l'aire duquel David avait élevé un autel à Jéhovah. C'est aussi l'opinion de M. de Vogiié qui dit de la grotte dont nous parlons : « La citerne de la Sakrah est au i> moins contemporaine de Salomon. Peut-êti'e même est-elle D plus ancienne, et appartient-elle aux temps où le Morîali D était ime colline inhabitée, parcourue par les troupeaux du D Jébusite. C'est donc le travail le plus ancien que renferme 3) le Harami; c'est le ppint de départ d'une période ar- » chitecturale de vingt siècles, le seul témoin authentique des ï) premiers âges historiques, et, à ce titre, malgré les contes » ridicules dont les Arabes en ont fait le centre, il mérite î) notre vénération et notre respect ^ 3)

Salomon fit aussi construire un habile système d'aqueducs qui amenaient dans le temple d'abondantes eaux de la Fontaine scellée^ située à 3 lieues au sud de Jérusalem.

Dans l'étude suivante nous examinerons le temple rebâti par Zorobabel, et ensuite par Hérode.

' le Temple de Jérusalem, p. 15.

L'Abbé Laurent de Sahh^-Aignan,

de l'Acadéiirie Pontificale des Arcades.

DE l'origine et DE LA VALEUR DU NOM DE NOÉ. 453

%tàbition» tmafwciei.

LETTRES AU «EVEREiND PERE BRUCKER

DE LA

coinPACïiiriE »£ jrjEsus

De la valeur du nom de Noé '.

Mon Révérend Père,

Vous croyez devoir rae rappeler qu'on n'en est pas dé nos jours à chercher la science philologique. EUe existe, me ditesvous ^j ses disciples n'affirment rien sur la provenance d'un mot quelconque sans en avoir pesé les syllabes et les. lettres ; ne regardant d'étymologie certaine que celle qui rend compte de chaque lettre ou syllabe ainsi, pesée. Et vous concluez de leur exemple que nous, qui travaillons, non pas seulement pour la science, mais pour la vérité chrétienne, nous sommes engagés d'honneur à essayer de mettre dans nos travaux la même sévérité de critique et de jugement.

Sur cela je me permettrai de vous rappeler, mon R. Père, qu'il en est probablement des règles de la philologie comme die celles de toute autre science. Elles n'existent pas à priori. Elles sont le résultat plus ou moins exact de l'observation. Fondées diaprés un ensemble plus ou moins considérable de faits qui n'embrassent à peu près jamais tous les cas, elles sofuffrent toutes des exceptions plus ou moins nombreuses et sont bien rarement absolues,

1 Voirie dernier arUde au N« précédent ci-dessus p. 373. ' Etvi4A$^ t. V, p. 4.

TI« 8ÈRIB. TOMB IX. — N*» "Si. 1875 (88« t>o/. (/e/a coll.) 29

454 DE l'origine ET DE LA YALEUB

En second lieu ces règles, applicables, en chaque langue ou famille de langues, aux éléments qui lui sont propres, ne sauraient être légitimement invoquées, je m'en suis déjà permis la remarque, lorsqu'il s'agit de mois ou de noms empruntés à des langues étrangères. Et, dans ce cas, si l'appel à la tradition n'est pas toujours indispensable, on ne saurait, sans quelque risque du moins, se priver de son auxiliaire.

Votre maître, M. Max MuUer, reconnaît lui-même qu'il peut y avoir dans les légendes des éléments qm résistent à Vanalyse élymologiquey par la raison toute simple que l'origine n'en est pas étymologique, mais historique *.

Enfin tout mot et tout nom, d'après la loi suprême de la philologie, devant pouvoir être ramené à une racine primitive, il arrive assez souvent que, dans l'état où s'offrent à nous les langues, messieurs les linguistes sont réduits à supposer bien des peines que ces langues ne présentent pas et se croient dès lors parfaitement libres d'attribuer à ces racines supposées la valeur ou le sens nécessaire à ce qu'ils veulent établir. Et je ne vois pas grand inconvénient à ce procédé pour la masse des mots usuels ne se rapportant pas d'une façon essentielle aux croyances et aux traditions primitives.

Mais il n'en est plus de même du moment. 3Ù le nom à expliquer, suivant la source d'où on le dérive et la valeur qu'on lui attribue, peut être considéré comme se reliant aux origines sacrées, ou comme produit spontané des temps postérieurs; comme se rapportant aux personnes divines ou aux forces • brutes de la nature; comme faisant de l'homme primitif un adorateur, soit de Tlntelligence suprême, soit des phénomè- A nés qui en sont l'œuvre.

^ous avons vu, mon R. Père, combien de faits viennent accessoirement à l'appui de la donnée qui dérive le nom de Dieu (Deus, Beoç, Zeuç, 2toç...) de l'hébreu Jéhovah (celui qui Est), sous la forme invocative, T'Eeoue, (toi qui Es) ; — celui de l'homme postdiluvien, Man, Menskc^ du nom de Noë sous la forme intensitive, Manoash; — et celui de l'homme primitif

^ Max Muiler, Essais y trad. p. 2)9.

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