‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 113 sur 122 · DO NOM DE NOÉ · texte numérisé non relu

DO NOM DE NOÉ

Noachiies que repose tout son double poëme de riliade et de rOdvssée.

Rîea ne prouvant que Thi^toire de Deuoalion^ Tun des cent et cent noms profones de Noé^ >n*«t pas reproduit toute oelle du patriarctie dès les premiers jours de la séparation des peuples^ peu importe de ne la pas retrouver avec tous ses détails dans les plus anciens d'entre les auteurs parvenus jusqu^à nous, qui nous ont pai;lé de Noé sous ce nom.

Laissant donc de côté toutes les difflcultés élevées par une critique aveuglément ou volontairement hostile, abordons directement les traits dont se compose la légende profane en les rapprochant successivement des trajts analogues ^e la tradition sacrée. D'après la première, le Déluge arrivé du temps de Deucalion aurait été provoqué par les crimes de la race d'airain S dont Jupiter aurait décrété la submersion universelle, perdendum tnortale genus^ ; — de même que le délqge de Noé avait été provoqué par les crimes de la race des Adamites dont Jéhovah avait décrété Textermination par les eaux; — dafefto, ïnquU, hominem^.

Dieu, sous le même nom de Jéhovah, s'était montré douloureusement affecté de l'impiété générale de cette race mauvaise, taclus dolore^; — et la tradition profane montre Jupiter (pour Jéhovah) gémissant à la tue des crimes de la terre; ut vidit... ingefnit\ 11 n'y a même pas jusqu^au sentiment exprimé par les termes du récit sacré, pœniiml fecisde fcomîttem^, ^ Hfui ne «mbls se reproduire dans le vers du poète:

Ingénies animo et dignes Jove concipit iras ' ;

et, la tournure du texte p^iraissant indiquer une sorte de conseil tenu entre les personnes divines auxquelles s'adresserait la personne du Père ou Jéhovah, delebo, inquit, {Jehovah);

> ApoUod. I, 7, 2.

s Oyid. Met, i, 188.

s G»n. Yi, 5.

* Cen. Tr, 5.

* Ovid. Met. i, 168.

* Gen. tb.

9 OTid. ib, 166.

*6(> DB l'origine et DE LA YALEUR

chose de Deucalion et sans oublier la circonstance des couples, hinaomnia^... ^ *

Noé avait approvisionné son arche de toute espèce d'aliments pourles animaux " et pour lui ou l^s siens; — et Deucalion fait de même ; l'un par l'ordre d'ffêloîm et l'autre sur l'avis 6e Prométhée ^.

Si Noé entre à son tour dans l'arche arec sa femme, ses enfents et leurs épouses ♦, — ainsi fait Deucalion; inffresm$ ast.arcam cum Fr/rrha (uxof) et in hanc liberoB tuos et uxoret (eorum) imposuit *.

El, notons-le bien encore, ce n'est pas à une tradition étrangère que Luciep emprunte ces détails, mmk celle des Grecs, ainsi qu'il a soin d^ie» ^yejptir : hm de Deuealione ruurcoa Grœci ".

Entré dans sou arche au 17» jour du second mois et sorU le 27» jour du second mois de l'année sui;ifaole ^ Noé y avait donc séjourné un an e\nevf jours pleins.' Aidi»«ttez que, par une cause quelconque, ApoUodore ou se» copistes aient ouUié ou perdu de vue le fait de l'année entière passé«dans l'arehe. A ne restait plus que les tmeuf jours dé U&a. Et ainsi s'explk)«e la mention des neuOour* et npM/nn/ts auxquels Âpollodor» ou la version qu'il suivait, fidèle Jusque dans son altération, réduisait 1^ durée du s^our de jDimmUm dans s^n arche; rwvem dies totidentgue nootee \

. C'est en envoyant un souffle d'en bant que Die» a-vait opéré la retraite des eaux, adduait Dom epiritum») — et c'est au moyen d'un souffle ai}»siqm, 4«os la légende;, la DiTinité fait réapparaître la terre : ««- -«

* Lucien, ibid.

* Gen. VI, 13 et 2t.

» Apollod, 1, 7, 2.

*> Gen. YJi, 13.

' Lucien, ih,

• Lucien, ib,

^ Gen.xn,'liei vhi, U.

^ Apollod. 1, 7, 2.

• Gen. viii, i.

DU KOM DS NOÉ. tët

Nimbisque aquilone remotis

et om\o terras oitendit ^

Mais c'est saus te nom plutriel d'Hél&im, nom révélateur de la Tmité dirine, <qae Dieu était désigné comme refoalani les eaax do déluge, Hélovm adduxit\ ^ et conformément à cette indication, dont Tentente s'était sans doute transmise à toute la postérité du patriarche^ c'est par un dieu Trine ou Triton que la légende nous Twontre les eaux partowt refoulées dans leurs réservoirs ;

Cœmlettm 'Tritona vocat, Jgjai mare JUyttos J;iabeU-» ^

iC'test sur le sommet d'une montagne» le mont Ararat, que s^était arrêtée Tafcbe ^ ; — et c'est sur k sommet d'une mon' t$^oeaussii que se serait arrêtée l'arcbedeZ^euea/Hm, mais montagne que la tradition des Grecs identifiait diversement avec \^ moat Atho$^ de la Thrace^;

Avec le mont Etna^ de la Sicile *;

Avec le mont lycoréCy de la Phocide^;

Et plus généralement avec le Pama$$e^^ originairemeut appelé hurmspiy Xapvoiaaoc du nom de i'arcbe ou VpyaS 4e Deuc^ioa qui se âerait arrêtée fiur# ^on fpmmet ^

Je pourrais coadure avi^ irous^ de fies iKariantes, >qiu'une élévation des eaux capable dci poiier une arche au sommet de FJUoa^ comme de l'AUios .ou du Parnasse, fourrait diflicilemenî s(( réduire aux priopor tiwe d'une /umple inondation parti^U^ de l'Aircadie, ainsi qu'oo a tettté de le laire admettre ^^.

* 0?id. KeU I. 328.

* Gtn, viii, 1.

* Ovid. Met, i, 333 et 343.

* Cen. vni, 4.

* ServiuB, ad Virg. Bglog, vi, 41.

« Hygio» Fab, 153, p. 223, Germanie. Schol.

^ LueieD, ïïmoti, n. 3, t. i, p. 73.

* ÂpoUod. 1, 7, 2 ; Orid. Met. i, 317.

* Andron, Halicarn. Fragm. 2, dans DûfoC, t. u, p, 349 ; A|>p)lop. Schpl- u, p. 705. EtymoU Magn, Ilgcpva^oç.

^^ Y. Clavier, Hist, d$$ premier$ tempt de la Grèce, t. if^ p. &p.

462 DE l'origine et de la valeur du nom de noé.

Chaque peuple implantant d'ailleurs chez soi c^t événement qui appartenait à Thistoire d'un passé commun à tous les hommes, d'autres traditions faisaient aborder Deucalùm-Noi, soit en Epire ^ — soit en Syrie^, dans la ville d'Hiérapolis, qui avait bâti un temple sur l'ouverture par. laquelle les eaux du Déluge se seraient écoulées ; et dans la citadélie d'Argos ^ y ville bâtie en mémoire de Noé dont elle avait pris le nom traduit en grec (apyocy quie$ y !U) , et sur laquelle on faisait régner le patriarche sous les divers noms à]Inàchu$y de Dânaus^ A' Argus et autres.

La ville d'Apamée en Phrygie revendiquait aussi pour elle cet événement. Rattachant son origine à Aoé sous le nom de Deucalian, elle le montrait, snr ses médailles, embarqué dans une arche avec son épouse et, au-dessus, une coïombe au vol tenant au bec un rameau d'olivier*. Elle avait même porté d'abord le nom de Kibôtos^, (xi€wto<; arca) en souvenir de Varche dans laquelle avait été sauvé le père post-diluvien du genre humain, n

Le souvenir de la colombe qui, envoyée à la découverte par Noéy était revenue à lui avec un rameau d'olivier au bec, se retrouve dans la tradition des Grecs comme dans celle des Phrygiens. On le voit par le témoignage de Plutarque rappelant le irait de la colombe qui, lâchée par Deucalioriy lui aurait fait connaître la continuation du fléau en revenant à lui, sa cessation en ne reparaissant plus ®.

Enfin, en sortant de son arche sur i'Ararat, Nôé avait élevé un autel et offert un sacrifice à Dieu^ sous le nom àeJéhovak^; ^ et Deucalion aurait de même élevé un autel et offert un sacrifice à Jupiter^ (pour Jéhovah. H. D'Anselme.

1 Thrasybul. Frctg, Un, p. 464 ; Dldot.

* Lucien, De Dea Syna^ t. iz, d. 14, p. 95.

* Etym,Uag. Y. a^éaioç ; Arrian. Fr, 26, t. ni, p. 591. ^ Strab.xii, 6, 4, p. 487.

^ Acad, det Insc. t. \ni, p. 114 ; voir dans les Annales, i. viu, p. 144 ; IX, 299 ; XI, 369 (V^ série), une dissertation sur les médaiiles d'Apamée et la planche qui l.es représente. >

* Plul. De SolerL anim. xiii, 1, p. 1185.

^ Gen, viii, 20.

* Apollod. f, 7; 2.

ANDIÉ Vr ROSALIE. 463

CégenlreB popttlotrea.

AnrBRE ET mOSAIilE

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