‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 114 sur 122 · OU LP PONT-DU-PETIT-PAS · texte numérisé non relu

OU LP PONT-DU-PETIT-PAS

CROYANCES ET TRADITIONlS POPULAlAES DE LA HAUTE-PROYEICE.

L'article que ooas publions loi a été composé en 1830 et Ja le 13 janvier à la Société des Etudet littérmres fondée par M. Bailly ; il fut lu en séance générale des Bonnes Études, le 19 mai, en présence d'une société choisie» et présidée par M. le Baron de Damas, gouverneur de S. A. R. Mgr le duo de Bordeaux. Cet article fut cédé à notre ami M. Daniélo, qui voulut rin-^ sérer dans son Chroniqueur de la Jeunesse des deux sexes, 1. 1, p. 23 ; 1830. Quelques amis nous ont demandé de le reproduire. Nous y avon4 consenti.

Les yieillards aiment à se souvenir de leur jeunesse !

Dans le raidi de la France, lorsque le voyageur, arrivant de Nice, veut monter en droite ligne la crête des Alpes, il passe par la petite ville d'Entrevaux, C'est là que la vue se repose pour la dernière fois sur des coteaux couverts d'oliviers, <le figuiers et de vignes. En abandonnant ces campagnes, ar-* rosées et souvent ravagées par le Var, il s'enfonce dans des gorges de montagnes, qui, de sommets en sommets, et par des chemins difficiles et souvent mal entretenus, le j conduiront jusque sur les hauteurs des Alpes et du Mont-Blaac.

A deux lieues environ d^Entrevaux, après avoir traversé et laisse le Var au pont de Gu^an, il côtoie un petit ruisseau nommé le Coulomb. Sur la gauche, le site est d'une perspec* tive agréable ; c'est une montagne aouvei:te-de chênes, de

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faillards et de sapins qui confondent leur verdure; mais^ à droite, ce ne sont que des coteaux arides surchargés de blocs "de pierres énormes, et où l'on ne voit que des bancs de terre glaise, des mipes de plâtre de mauvaise qualité, et cette espèce de pierre qui se fond au soleil, et que les gens du pays nomment de la robine.

, 11 est un endroit où les deux montagnes, rapprochant leurs pieds, ne sont plus séparées que par le lit du Coulomb, Sur ce détroit a été jeté un Pont d'une structure ' hardie, et si légère q^ie Ton dirait qu'à peine il repose sur le flanc des deux rives. Sa forme n'est ni ronde ni elliptique comme celle de la plupart de nos ponts ; c'est presque la figure d'une ogive gothique, ou plutôt on dirait deux arcs de cercles différents, qui se sont avancés de Tune et de l'autre rive et se sont rencontrés au milieu du torrent.

Qui a bâti ce pont ? On n'en sait rien ; car aucune inscription n'a été mise à .sa base ni sur ses côté&. N'y cherchez pas non plus une de ces Croix, que l'on voit, gnMsièrenient taillées dans la pierre de tous les monuments de ces contrées, ni u» de ces Oratoires ou une de ces Nichesqui renferment l'image d'un grand Saint ou d'une bienheureuse Patroane, pour rappeler au voyageur de recommander son corps et son àme à Ûieu : vous n'y trouverez rien de semblable.

Mais si l'on ne connaît pas l'ouvrier qai a assis le Pont sur ses bases, au moins saurons-nous pourquoi il a été bâti ? Quelle en esl la nécessité 4Ki TutUité ? Point du tout ; el vous vous fatigueriez «n vain à la deviner. Aucun village n'est assis alentour^ aucune exploitation ne se tait dans ces montagnes. Pendant l'htver, la neige couvre tontes ces herbes et tous ces b(ris; en été, le rtosseameet pnfsqoe à isee, et les payâtes ainient mieux trarverser ¥e9M ou la grèt e, que <h passer aur le ipont.

fin affet, qneUe qm sait la beamtédu jditf> -ouïe calme de l'air, dès qu'il arrive sur^ee pont, le inttU)tîer,an gcaode bâte, prend son mnlet par la bride ; le voyageur tient aon ohepeaa ft deux mains, et la paysanne mat die «^vec précautioB ea ae baîaMoit le long du porafNet. Gar un veart ina^piétueia arrive à 'testant fNTécts où quelqu^im vient % i^saar^ ^ Giuvaiit U a

LE PONT^C-Mttf^ilS. ^i

emporté da^ns le précipice elle muletier et<son mulet ; souvent le voyageur est arrivé à i'a;âiberg8 voisine la tête nue*; souvenl aussi on a vu la jeune pa^anne, assise sur l'autre bord, oe^ cupée, non sans rougeur, à rajuster sa chevelure et ses habit», en désordre.

Il faut encore savoir que sur ïa rive droite, là où la montagne, déserte et désolée, s'avance vers le Pont, à mi-côte d'un rocher presque taiillé à pic^ recouverte par des broussailles et des halliers, setorouire une Ouverture noire, profofidev dont personne n'a trouvent fin. On dit môme que ceux qui ont osé y pénétrer, et qui en sont revenus, en dont restés^, jtisqu'à teuT' mort, pâles, blâmes et maladifs, comme" desf hommes qui ont mené une mauvaise vie.

Que si vous demandez aux paysans que vous rendentrez le nom de ce pont et de cette grotte, ils vous diront que le pont s'appelle Zou-Pouen^'-de-v^tot^-Z^cuMu^ ou dti Petit-Paê, et la grotte, lou Traou deis Masquo^y c'ëst^à-direr la Camrm d$8' Sorpùrs.

Or, si cependant vous êtes curieux de savoir ce* que c'est que cette Grotte, cotinment ce Pdnt a été*bâti, et quelle est la raison de ces différent noms, donniez- moi nn moment vôtres attention, et je vais vous' rapprendre- Une personne qui' le savait bien m'en a instruit, et f ai retenu toutes ses parcries.

En «{Bst) il mfeni souvient tomme sic^étaît d'hier. C'ëtaft uni de ces jours de vacances qoi coulent sii vite pour iini écolier : j'étaôs chez la mère Marguerite^ cette bonne sœur de M. le curé, quianiKisait tant les petitsi enfants. Je la vois encore avec son corps grand et maigrei, sa figure* pftle^ son CM^et si long et à baleines si plates, et cette quenouille de roseau qu^elle fixaitÀ sa oeîntuce^

Ordonc^ me trouvant ainsi^cheEi' la mère Marguerite :

-*- Haooatez*-iiM», s'il vousf plait^ une histoire^ Im drs^je, une^histoire bien.joliev

-^ Je veu^x bien, fil^Ue, maïs à une condition. Assîeds^oi surceteseaheauyel' sîiia. es tvanqaiUe jusqu'à ce que faie achevé maiaine, -^ tu vdis qu^t nfén pesfe plus que quelles flocons,-^ je te Faeon1e0atrbistoirB<d'Andrrf etdêMosfiàif, du Pont'éu PetU'^Bas etdb 1^ OroUedesSarcim»^

La condition était dure ; pourtant elle fut acceptée. Oh ! que ces fils me parurent longs, longs comme l'eau du Var qui coule sous le grand pont. Hais enfin la laine finit, et la vieille fileuse me conta cette histoire que j'ayais si bien gagnée.

Andi^é et Rosalie..

Non. loin de cette ville, dans un petit village nommé Braux, ce Braux, d'où Ton apporte les châtaignes qtie tu aimes tant, il y avait une jeune fille nommée Rosalie. C'était bien la meilleure fille de tous les environs. Elle obéissait de suite et avec joie à son père et à sa mère ; elle était assidue aux offices de l'église^ à la messe, aux vêpres, au catéchisme et à la prière ; elle aimait surtout la sainte Vierge, et c'était elle qui, tous les dimanches, apportait les fleurs placées sur son autel. Outre cela, Rosalie était douce, bienfaisante, travailleuse^ et faisant l'aumône aux pauvres de Jésus-Christ.

Si Rosalie aimait bien le bon Dieu, de son côté Dieu l'aimait beaucoup aussi. D'abord, il l'avait faite la plus jolie fille du village. Elle avaitune chevelure longue et blonde comme le chanvre qu'elle aimait à filer ; de grands yeux bleus comme leciél, et des joues fraicheset colorées comme une pomme de septembre ; enfin elle était belle comme le jour. Ensuite* tout ce qu elle faisait réussissait. Le beurre qu'elle avait préparé était plus doux, le lait qu'elle avait trait ne tournait jamais; les agneaux qu'elle gardait' étaient tous gras, et jamais le lou() n'en mangeait aucun. Elle était la consolation de ses parents et l'édification de tout le village ; aussi était-elle parfaitement heureuse.

A la distance de vingt pas de la maison de son père, habitait un jeune paysan, nommé André. André était un beau jeune homme, adroit, leste, et riche beaucoup. Ce n'est pas qu'il travaillât fort ; mais tout lui réussissait. Ses semailles levaient avant celles des autres; il avait la primeur de tous les fruits; ses troupeaux, ses champs, son négoce prospéraient. Quand il jouait, et il jouait souvent, toujours il gagnait^ à toutes les foires, il était sûr de faire de bonnes affaires.

Mais il s'en fallait de beaucoup qu'il fût chrétien comme

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