‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 115 sur 122 · LB PONT-DU-PETIT-PAS · texte numérisé non relu

LB PONT-DU-PETIT-PAS

Rotalie. Au contraire^ il affectait de manquer souvent la messe les dimanches et les iétes; il ne priait jamais, et lorsque le temps était à l'orage, lorsqu'il faisait de ces gros tonnerres qui font mettre tout le monde à genoux, il sortait, regardait le ciel avec effronterie, et s'enfonçait dans les bois. Aussi était-il l'effroi et le scandale de tous ceux qui le connaissaient. Sa pauvre mère, qui Taimait tant, en était désolée, et personne ne pouvait lui ôter de l'esprit la pensée qu'il avait été ensorcelé. Pour le guérir, elle entreprit plusieurs pèlerinages, fit un grand nombre de vœux, et essaya par tous les moyens de rompre le charme qui le tenait enchaîné. Pour cela elle ûl entrer dans sa maison plusieurs serpients, se procura la vieille ))eau de quelques autres, et la plaça sous la doublure de la veste de son fils; elle fit jucher dans son alcôve un coq afin que le chaut du matin, en l'éveillant en sursaut, chassât le démon de son corps ; puis die lui fit manger de la soupe faite avec de l'eau bénite; enfin pendant trois mois de suite, le premier vendredi de chaque mois, elle fit bouillir pendant toute une journée un foie de veau avec des anguilles neuves qu'elle avait achetées à la poignée sans les compter, pour tourmenter celui qui avait jeté ce mauvais sort sur André ; mais tout cela fut inutile : André ne se convertissait point.

Or, ainsi vivant, il se mit dans la tête d'épouser Rosalie. Mais comme il pouvait s'y attendre, sa demande fut rejetée. Un soir qu'il la rencontra à la fontaine, où elle était venue puiser de l'eau, il lui renouvela sa demande, et la questionna sur les causes de son refus.

— Pourquoi je ne vejux pas de vous, lui dit avec candeur Rosalie, c'est que je ne veux pas épouser une âme damnée.

— . Une âme damnée» Sainte-Vierge, dit hypocritement André ! et qui vous a fait croire que - mon âme soit damnée.

— Écoutez, André, lui répondit Rosalie, je ne veux pas vous répéter tout ce que l'on dit de vos courses nocturnes, et de la société plus que suspecte avec laquelle on assure que vous êtes en rapport. Je vais vous dire seulement ce que je connais et ce que vous ne pouvez nier. Le dimanche vous

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n'êtes pas assidu aux offices ; tou^ entendez bien la rttes^ quelquefois^ mais tous vous Oéniez à la porter de Féglise et né dépassez jamais le béniti^r^ Il y a trois ans que Ton ne vous a vu faire votre bon jow ; comme les autres jeunes gens du village, vous ne fieriez ni bannière, tn croix, tii corps saint. On ne vous \mt faire aucun pèlerinage, ni à saint Biaise de Sausses, ni à ^int Augustin d'Ànnot, ni à saint Pancrace d^ Gastellane, ni à Notre-ftame de laFoux, ni à la bonne Mère du Lô, ni au grand saint Jean d'Entrevaux. Enfin vous ne vivez.pas en chrétien , voilà ce qui me fait croire que vous êtes une âme (^afnnée.

— Et quand tout cela serait vrai, dit André, convenez pourtant que je ne suis pas si malheureux, puisque mes afiPaires vont bien I

— Vous heureux ! heureux sans îêtire bon chrétien, repartit Rosalie, oh,, non ! cela n'est pas possible; M. le Curé nous le dit assez souvent au prône. Aussi, quie je crains pour vous quelque grand malheur ! Oh ! que Dieu me garde^ ain^ que la Sainte-Vierge, de devenir votre femme. Je sais que c'est de ces sortes de mariages que naissent les enfants difformes et estro^ pies, les bossus, les malkicbotsv les boiteux, les ndués, kB sourds, les muets Jes meugles, les! idiots, ceUx qui ontlesécrouelles, ceux qui tombent du mal de la terre ; et encore tous les monstres, les enfants saïas jambes^ ' ou sans bras; ou qui ont plusieurs têtes, ou la itHe ou Iks membres de quelque animal, que l'on étouffe à leur' naissance, e^ qfue Ton ne porte pas en terre sainte. Voilà mes raisons j croyez-moi, And^é, pour le salut de votre âme, changez' d^ \ie.

C'est ainsi que lui parla cette exceilente fille. Mais^.. Ici interrompait la mère' Marguerite,

— Et sans doute André de b&ta. de ebangei^ de vie, lui dis-je ?

— Hélas ! non, mon enfant, me répondit-elle ; àu4ieu d^al- 1er faire ^quelque bon^ pèlevinage à pieds nus ; awlieu d'aller au cimetière etdes'y jietersuto lailêlede la poudre des morf^, ou d'exécuter quelqu^utre» grosse pénitence, pou^ par le mauvais ange, il forma un mal dessein, dont la pensée seule fait dresser les cheveux sur la tétev

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