IV. L^Éutèl du TKmoiffnage
C'est ijine chose singulière que de toutes les places qui ^e rapportent à la première conquètjë de la Palestine par les Hébreux, aucune ne peut les i^egarder comme ses fondateurs. La sainte Ecriture parle cependant d'un site monumentaf érigé par les .Israélites Transjordaniens^ dès l'époque même de Josué. C'est cet endroit que le lieutenant Conder identifle avec le Kurn ^ {Çorn^) Surlabéh ou Sartabéhj qui s'élève à i ,500 pieds (anglais) au-dessus du niveau de la mer^ et par conséquent à 2,500 pieds au-deçsu^ du Jourdain, à cette partie de son cours.
Cette, découverte est une des plus curieuses que l'on ait faites depuis quelques années en Terre-Sainte. Les preuves que le lieutenant Conder en donne paraissent très-plausibles. Il Ie$ a développées dans la notice suivante : , « L'arpentage de la Palestine était achevé, les portions djvi^es avaient été allouées aux diverses tribus, et le succès de la première invasion et de la rapide campagne dans les montagnes de la Judée avait été suivi d'une période de paix. C'est pourq.uoi Josué pensa que les services des deux tribus et demie qui avaient abandonné leurs possessions au-delà du Jourdain . popr aider à la conquête c^.e la Palestine occidentale n'étaient pas. plus longtemps d'une importance immédiate, et il leur . (lermit de retourner à leurs possessions et à leurs familles^ daiis les hautes terjres ^e Giléad, et dans les vastes plaines à blé de Basan. De leurs tentes à Silo, ils commencèrent leur marche vers leurs demeures.
* s. Jean, Ei\ iv, 4.
L AOTBL UD TÉVOlGIfAGC. 5Î^
«i Et lorsqu'ils farepi arrivés sur les frontières du Jourdain,, t celles qui sont dans la terre de CanaaQ,(le8 enfiantide Rubea « et les enfants de Cad, et la demi-tribu de Manassé) construis » sirent là, près do Jourdain, un autel très-élevé ^ »
» Le reste de ce chapitre est consacré à la dispute qui naquit aussitôt et à son apaisement final, l^s tribus restantes voyant un lieu de sacrifices ainsi érigé dans le désert, supposèrent qu'il avait pour butde^riyaliser avec l'aulel attendu à Jéru* salem, et le considérèrent comme un signe de séparation et de schisme de la part de leurs frères. Jaloux de cette apparente rivalité, ils se préparèrent à tourner leurs épées, non plu^ sujs les Cananéens^ mais sur leur propre peuple et leurs derniers alliés. Cependant l'explication donnée à leurs bérauts fut heureusement suffisante pour satisfaire leurs doutes politiques ou religieux, et pour montrer que, loin d'avoir pour but une marque de division ou de dissentiment reiigieiu, l'ouvrage était élevé simplement comme un monument^ un point qni, d au-delà du Jourdain, pourrait être indiqué comme publiant Talliance avec leurs frères occidentaux, et que ce n'était pas une forteresse pour commander le passage de la rivière, et former un avant^poste pour les tribus orientales.
» \jà changement des sentiments populaires rendit à Tinslant ce monument l'un des lieux favoris du pays — un lien d'union entre les tribus divisées, a La chose plut aux enfants d'Israël. » ... Et les enfants de Ruben et les enfants de Gad appelèrent % cet autel 1? Ei (témoignage) ; car il sera un témoignage » entre nous que le Seigneur est Dieu '^. »
Quand on considère ce récit, plusieurs indications de position deviennent aussitôt évidentes.
• 1" L'autel doit avoir été sur ou près la route directe des Rubénites^ de Silo aux terres de Giléad et de Basan. Il est trèsfacile de la tracer. De Silo^ la moderne Seilùn, un chemin de montagnes mène au large Wadi Farah dont j'ai eu occasion de parler en identifiant Maon. Le Gué de Damiéh bien connu, la grande route de toutes les hautes terres orientales vers la
^ Joittë, xxil, 10.
^ Josué^ XXII, 33, 34.
86 DECOUVERTES EN PALESTIlfB.
Palestine centrale^ et généralemeni identifié avec a la cité Adam » est situé vis-à-vis l'ouverture de cette large vallée. Ce fut sans doute par ce principal passage^ placé directement sur leur plus courte route, que les tribus qui s'en retournaient auront traversé pour atteindre les terrains élevés et couverts de chëiiesda montGiléad, et les terres à blé du Hauran plus septentrionales.
' D 2'' Que l'autel ait été érigé sur le côté occidental du Jourdain, ce ne peut être ici une question. Les termes du texte ne permettent pas une autre interprétation, et le véritable but du monument était d'aller au devant de cet argument possible: « Le Seigneur a fait du Jourdain une frontière entre nous et vous^ ?> en continuant de retenir une possession dans le pays des tribus restantes.
» 3° L'autel doit avoir occupé une position élevée et remarquable. Les Septante traduisent les mots dont se sert l'hébreu : ttHK'TDb Viia rajp un autel grand à voir » par « ptn^ piiY<xv '^0^ ^^^^^ 9 ^ '<^ Vulgate par « altare infinitœ magnitudinis ^ » Les mois hébreux cependant renferment l'idée de vue, et a un autel visible d'une grande distance o plutôt que de grandes dimensions^ est probablement la traduction correcte. ^
D En confirmation de ceci nous avons la particule /2{ traduite en anglais par at {sur le Jourdain), en grec par éicl, et dans une des versions latines par super au-dessus. Le terme hébreu ^y est le même que l'arabe qui a la signification de élevé audessus de. Il est évident qu'un monument si important n'aurait pas été mis dans une position ordinaire et non apparente. Suivant son but^ c'était une borne du pays et un signal que l'on put voir du côté de Torient, et il n'y a pas de doute que quelque objet proéminent de sa nature, une colline de forme particulière et très-visible du plateau oriental, doit en être regardé comme le site naturel.
» 4'' L'autel n'était pas un ouvrage ordinaire. C'était un grand autel. Ainsi que nous venons de le voir, c'est le sens formel deThébreu, et ropinion de tous les traducteurs. Ce n*était
^ Josuéf XXII, 10. .i «
L*AUTIL DU TlniOlGI^AGB. 57
pas UQ simple monceau de pierres élevé en une seule nuit^ comme les grossiers monuments de Jacob et de Laban. Les guerriers de deux tribus et demie sintéresëërent à son érection, et la renommée de leur travail se répandit d'un bout à l'autre du pays. 11 n'y a rien qui indiqîic f(no ce n'était pas un ouvrage de temps, et les lents progrès des Orientaux dans leurs voyages s'accordent bien avec l'idée qu'ils ont pu rester dans cette charmante vallée pendant une période considérable tandis qu'ils étaient occupés à construire un monument destiné à être un mémorial éternel de leur part dans les privilèges et les observances religieuses qui devaient avoir leur centre à Jérusalem. Comme monument^ et non comme auteU il est possible qu'il ait consisté en pierres taillées^ et en cela il aurait ressem1)lé aux anciens signaux que l'on trouve en d*autres points remarquables, au travers de la Palestine.
» En concluant cette partie de la question^ nous pouvons traduire de nouveau le principal texte comme il suit :
« Et lorsqu'ils furent arrivés aux GeHloih du Jourdain, qui » sont sur la terre de Canaan^ les enfants de Ruben^ et les en- 1 fants de Gad^ et la demi-tribu de Manassé^ bâtirent un autel » au-dessus du Jourdain — un grand autel pour être vu de i loin. V
» Nous pouvons, en passant, faire une paqse un moment pour jeter un coupd'œil sur le mot rn^a. Geliloihy ordinairement traduit par frontières. C'est un mot qui a embarrassé tous les commentateurs, et qui a été expliqué diversement. Il est étymologiquement le même que ^1*^}, Gilgal, et il a été uni au titre de Galilée ^Y?h II se rencontre dans Josué, chapitre xviu, i8, où la Vulgate le rend par « tumulos » [monticules); et dans le présent chapitre xxii, 10, 11, on s'en sert deux fois ; il est traduit dans les Septante par rœXaàS, et dans S. Jérôme par a tumulos » dans chaque cas. La racine ^, Galaly d'où dérivent les deux mots Geliloth et Gilgal a le sens de « roulement » {volvere)y et la Vulgate en (^primant le premier par monticules est sans doute la plus correcte. Le doyen Stanley a supposé qu'il se rapporte au Ghor ou plaine supérieure du Jourdain, comme distingué du Ciccar, appelé •maintenant le Zor^ ou canal de la rivière intérieure. Il traduit
W DÈGODntRVBS EN PAi^BSTINE.
^èliloth par a cercles » y et suggère une conoeoLioa avec les aa^ -neaux Écossais^ faisant allusion aux sinuosités du Jourdain. Mon défunt collègue <(M. Drake) a indiqué que les MiiéUà mentionnés dans le tracé de la frontièra de Juda étaient, selon toute probabilité, les Tells ou monticules artificiels qm sont près de ta nK)ntée d'Adorrjmim, et dont j'ai rendu compte amplement dans un précédent écrit. Ce mot, cependant^ a un sens plus large dans, d'autres passages, et se rapporte à des places de la vallée du Jourdain où des Tells n'existent pas.
» La manière dont la descente du Ghor au niveau du Zora rlieu diffère beaucoup dans les diverses parties de la vallée... iPlus généralement il y a de larges canaux d'eau et de basses criques marécageuses, avec des sources et des bas fonds de vase qui courent irrégulièrement en laissant des ilescirculaires qui ont des sommets aplatis sur le niveau du Gbor, ou plaine supérieure, et des pentes raides et arrondies. L'aspect présenté par ces monticules isolés^ et par le réseau aux ondulations ibrisées des canaux est, sans doute, ce qui est indiqué par le terme hébreu si expressif Geliloth, C'est pourquoi il semble que rexplic:;lion du doyen Stanley sera probablement acceptée comme correcte ; mais ce terme ne s'appliquerait pas naturellement à toutes les parties de la vallée, puisque dans certaines places il n'existe aucun de ces (reti/o^A ou fragments isolés de la plaine supérieure.
9 Nous sommes donc en état de désigner par des preuves intrinsèques, avec uneexactitude passable, la position approximative et le caractère du grand Autel du Témoignage. Il devrait être près et au-dessus du Jourdain, sur le sommet de quelque colline à l'ouest du fleuve, entre le village modiïrne de Seilûn et le gué de Damiéh, placé dans une position apparente, et peut-être laissant des ruines d'une certaine importance. Ajoutez à cela que nous désirerions trouver les vestiges de son nom dans quelque mot arabe moderne.
» il n'y a qu'un seul lieu en Palestine qui satisfasse à ces exigences bien déterminées, et ce lieu est peut-^lre le plus apparent de la contrée... C'est le cône élevé du KumSuriabék^ sommet culminant d'un bloc presque isolé de colline qui ferme la plus large partie de la vallée du Jourdain, au nord..*
L'ÀQTBL DU TÉQ|0lG5AGe. 59
Les con^ructioQs que nous avons remarquées sur ce sommet sont très-intéressantes.
> Dans une aire obljongue d'environ 30 yards sur 100, 'entourée par une muraille ruinép de beaux blocs taillés,' se trouve une grande plate-forme (laute de 18 pieds, composée de dix rangées de pierres admirablen^ent tailfées, et mesurant 3 ou 4 pieds ea longueur, avec un large trait marginal. La plateforme €st longue et étroite, visiblement solide, et d[*un caractère très-embarrassant. A l'instant, ikaété évident pour moi que c'était un ouvrage juif, ou, au plus tard, de Tépoque romaine, et qu'on s'était proposé d'en faire un autel gigantesque ou un signal.
» Une recherche attentive noua a iait apercevoir des restes de feux qui ont été allumés sur une partje de cet autel^ el que nous supposons avoir été les signaux mentionnés dans le Talmud. Le point le {dus étonnant est toutefois le grand volume «t rexcellenlb Eiain-d'œuvre des pierres qui sont d'un poids considérable. Le travail pour les apporter dans ce lieu^ taillées^ comme elles ont dû l'être^au ny)ins au ba^ du monticule, tua à 270 pieds de leur position présente, montre que cet ouvrage a dû être un monument d'une certaine importance. J'ai découvert, dans uoe plus récente visite^ les carrièrea probables d'où la pierre a été tirée, une série de càvps au côté sudest de la colline, au niveau du petit plateau occidental. La base du Tell, sur le côté de ce plateau, est parsemée d'énormes blocs tombés de la muraillej extérieure qui Tcnvironne, et, à Test, git une masse confuse de débris de maçonnerie indiquant que ce monument a été autrefois plus large, ou proba- Memenl plus élevé qu'à présent.
A II y a dans ces ruines deux a^tres particularités qui méritent d'être notées. La première, c'est un curieux aqueduc qui conrt autour do mont tout entier. Un nivellement fait avec soin nous a prouvé qu'il était impossible que ce canal ait communiqué avec aucune source existante. Il a été établi uniquement comme collecteur pour la chute d'eau et le dessèchement ide la surface, et il mène à plusieurs larges citernes enduites de ciment, sur le côté nord-est du caveau. Le second point est l'existence évidente d'un ancien jardin ou verger — une
60 DÉGOUYBBTES EN PALESTIME.
série de terrasses très-visibles de notre camp au Wadi Farah.
» Telles sont les ruines existantes. Maintenant il nous reste seulement à démontrer comment ce site remplit parfaitement les conditions exigées pour celui de VAutel du Témoignage, D'abord, le JCtirn Surtabéh s'élève au-dessus du gué de Damiéb^ et près de la route directe qui mène à ce gué, de Seilûn ou Silob, sur le bord occidental du Jourdain. Secondement^ c'est^ comme nous Tavons yu^ un point extrêmement apparent à une grande distance de chaque côté. Enfin, sur son sommet restent jusqu'à ce jour les débris d'un grand monument du genre marqué dans le récit de la Bible. Au pied de la monta-* gne se trouvent les Gelilolh du Jourdain^ terrain de ce caractère particulier, comme rompu, auquel, je le suppose^ ce mot fait spécialement allusion.
D Lorsque, pour ajouter à ces indications, nous trouvons la trace du nom original, la conclusion semble irrésistible. Pendant quelque temps j*ai cherché en vain ce mot sur la carte. C'est une question que je laisse aux savants s'il peut y avoir quelque connexion entre le nom Surlabih et l'hébreu ns^ Malzébah, autel (monument). Les autres sommets du bloc sont appelés respectivement EUMusetterah^ Ras-el-Kamiltrak et Ras-el- Hafirih.
» Le nom réel, comme il arrive souvent^ a déserté le lieu luimême, mais on peut encore le suivre à la piste dans le voisinage. La seule montée naturelle au Kum est au nord. De ce c6té je trouve marqué sur notre carte, comme un nom de vallée « Talat Abou Ayd, (la montée du père d'Ayd), b D'après l'usage particulier dans l'Arabe populaire du mot Ahou, comme signifiant ce quiproduit^ ou ce qui mène à, ou ce qui po$9èdê, la traduction naturelle de ce terme serait : « La montée qui mène à Ayd, » Entre le mot arabe Ayd et l'hébreu 'H Ed (témoignage) aucun étudiant ne peut manquer de voir l'identité, et ainsi quoique le monument lui-même ait perdu son vrai nom, la montée au sommet, dont les hommes valeureux de deux tribus et demie doivent avoir fait l'ascension les premiers, a conservé la mémoire de VAutel du Témoignage.
T> Pour tous les futurs voyageurs en Palestine, celte idenli-
L'AUTKL du TÈMOIGNAGB. 61
fication ne peut manquer d'être d'un vif intérêt. Du campement ordinaire à Jéricho, ce haut pic est distinctement Visible ; il ne se tiendra plus longtemps oublié avec son histoire, mais mieux comme le plus grand monument des exploits de la première conquête. »
La survivance du nom de Ed pendant tant de siècles est encore une preuve de la vitalité des anciens noms hébraïques en Terre-Sainte.
En terminant, je suis heureux de constater^ avec le lieutenant Gonder^ que les travaux de la Commission A^nglaise (comme tous ceux qui ont été faits précédemment en ce pays) montrent, avec une nouvelle force et une nouvelle clarté^ Fexactitude absolue des plus légères indications topographie queS; ou remarques incidentes^ qui sont contenues dans les livres historiques de TAncien et du Nouveau Testament.
L'abbé Laurent de Saint-âi6NAN>
de la Société AsiàUque de Paris.
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