JJ
DU NOM DEROS. 107
jardin; ut cuslodiret et operarelur ^ et surveillant de ses fruits:
Pomosisqao Raber custos pooatur in hortis^...
Sed Ruber hortornm custos ^
Adam ou le Rouge, qui figurait ou trônait en conséquence dans les jardins sous la forme d'un poteau peint en rouge, ruber palus *.
Au premier bomme avait été donné de Dieu un souverain empire sur tout ce qui habitait Teau, la terre, les airs ^; — et c'est ce que la légende disait d'Erôs, qu'elle montrait régnant sur tout ce qui vit en l'air, sur la terre et dans les eaux ^. Nous verrons pourquoi Ton étendait jusque dans les enfers l'empire de ce pré/endu dieu ; prétendu, car on lui contestait et à bon droit ce titre ; ou y^p Epwç Oeoc l<rct ^.
La forme d'un tout jeune enfant, que Ton donne si généralement à Erôs^ ne convient au personnage que lorsqu'il figure allégoriquement pour TAmour.
Représentant du premier homme qui avait éid créé dans toute la fleur de jeunesse de l'homme parfait, Erôs prenait originairement, soit dans la légende, soit dans les représentations figurées, l'aspect d'un jeune adolescent. Telle est sa forme la plus ancienne ®, — et que l'on retrouve encore sur une multitude de monuments '.
Sous cet aspect, comme par plusieurs de ses attributs, il se confond avec Ganymédey personnage en qui le nom désignait un gardien dé VEden ; nous l'avons déjà vu ^^.
Il serait trop long de suivre toutes les formes que prend
ï Gen, II, 15.
s TibQl. eleg. r, 1, 17.
2 P8. Virg. Priapeia, i, 5.
* Horat. Sat. i, 8, 5.
* Gen, I, 28.
^Orpb. JTymn. Lvii. 4, sq.
' Phocyll. Carm, admonitorium, 182.
^ GaigQiaat, ReL t. ii, p. 665.
' Mus, Florent, t. ii, pi. 74, flg. I. Montf. t. r, pi. 113, fig. 4 et 6.
*o Voir 3« Lettre, p. 68, et dans Annales, t. yiiI| p. 378.
i 08 DE l'origine et DE LA VALEUR
l'arbre ou bois réservé de TËden dans la légende et dans les rcprésenlalions d'Erôs. J'en citerai ici une seule.
Comme c'est Varbre ou bois de la science qui avait ouvert les yeux de DOS premiers parents^ aper^isun^ ocult, sur leur nudité, cumque cognovissenl se esse nudos ^— on a vu dans cet arbre ou dans son fruit un miroir, instrument sans lequel* nul ne peut avoir les yeux.ouverts sur sa propre image; et telle est Torigine du miroir qui est un des attributs mytliologiques, soit d'Erôs ^ pour Adam, soit d'Aphrodite pour Eve, — et 'de plusieurs autres représentants de celle-ci.
Sous sa forme naturelle le '/hijV réservé se montre, soit dans la grappe de raisin 3,
Soit dans la pomme *,
Ou dans la corbeille ^ de fruits divers que Tori mettait à la main d'Erôs^Priape, ou surveillant des fruits, [Tcepi a7«a.
Gardiens des fruits rés'trvés de Dieu, dont les peuples ont fait, sous les noms du Nectar et de V Ambroisie ou autres, un breuvage de toute science et d'immortalité réservé aux seuls Dieux, — nos premiers parents ont souvent été considérés comme les échansons de ces mêmes Dieux. C'est avec ce caractère qu'ils figurent dans la fable grecque; Adam, sous le nom de Ganymède; Eve, sous celui d'Hébè Ganymeda. C'est dans ces fonctions que la même Eve se manifeste sous les noms de Noua ou d'Hathor en Egypte; de Sourtdém, dans les Indes; de CunJoda et dVdouna chez les Scandinaves... Et c'est ainsi encore que le premier homme se montre sous la figure et sous le nom d'Erôs ; soit muni du vase qui contient la boisson divine ®, ou qui sert à la boire;
Soit épanchant le parfum céleste sur la tête d'Apollon (pour Héhtm)\
^ Gen, m, 7.
« Cabinet Durand, n« 514, 536, 1?57...
» Cabinet Durand, n*" 491, 504, 514, 613.
*> Ib, 514,516, 1257,1641...
^Ib. 517.
6 Cabinet Durand, D* 327, 424, 435, 456, 482, 618, 1947, 1972, 2170...
7 Mon, eéram» t. i, pi. xïvi et t. ii, pi. zux.
Dl} NOM D'ÉROS. 109
Je pourrais^ sans sortir de VEden^ vous montrer, mon R. Père, Torigine de tous les principaux attributs d'Erôs et les expliquer tous, même ses atleSy parla seule histoire du premier homme. Hais il vaut mieux arriver de suite à la légende qui le met en scène comme époux de Psyché.
Ce nom signifiant âme en grec, (4^X0^ amma);a donné lieu à des commentaires saHs nombre, dans lesquels Timagination s'est donné libre carrière.
Mais il signifie aussi rt*e, 4^/7), vila, en hébreu^ hava ou Eve (Wi-Hava, vita, <j/uxr, ou Çwti, comme ont traduit les Septante). £t c'est une amplification de Thistoire d'Eve et de son époux qui s'offre à nous dans la légende de Psyché en rapport avec Erôs.
Elle nous dit d'abord qa*il y avait autrefois un roi et uno reine ayant trois^ filles, dontrune, la plus jeune, était d'une si ravissante beauté, que l'amour, dont elle était l'universel objet, se changeait en adoration et avait provoqué contre elle la jalousie de YénusK
Dans ce début se montre d'abord l'opinion, si générale parmi les anciens peuples, d'après laquelle la divinité aurait été animée d'un sentiment de jalousie contre la première femme [scil enimDeus), qui aurait voulu se rendre semblable à elle (erttts sicul dii), d'une façon quelconque, en science, en pouvoir, en éternelle jeunesse ou en beauté, comme ici,
La triade formée par Psyché et ses deux prétendues sœurs, se retrouve dans celles dei; trois Gorgones on agricoles; — des trois Hespérides gardiennes du jardin des Dieux ; — des trois filles de Cécrops Adam^ et dont Tune, Pandrose ou Pandore aurait été victime de sa curiosité comme nous le verrons pour Psyché. Sous les noms de Pandore première femme et fille de ftcrops; de Méduse, l'une des Hespérides comme l'une* des Gorgones ; et de Psyché enfin, c'est donc toujours d'Ere qu'il est question. Et, d'après l'indication de Fulgence *, qui reconnaissait le créateur dans le roi et la reine dont Psyché aurait
* Apulée, Met. vi.
^ Falgeot. Myth, m, G, p. 117.
110 DE L'OBIGINE et DE LA VALEUR
été la fille, je croîs que ce couple royal aura été imaginé sur le double nom Jéhovah-Héloïm par lequel le récit sacré désigne Dieu dans toute l'histoire de nos premiers parents; Jéhovahy Zeus pater en grec, ayant été pris pour le Père; Héloïm Ilithye^ en grec, pour la Mère.
Dans les sœurs ou la sœur enfin dont les perfides conseils cherchent à perdre Psyc/jé en la poussant à se donner une lumière interdite, je reconnais le Serpenl-démon, qui enavait agi précisément ainsi avec la première femme; serpent-démon dont le créateur avait été aussi le père, comme de tout ce qui a vie, et qui a si souvent été représenté avec le corps, jusqu'à la ceinture, et la tôle d'une jeune et jolieTiUe,
Pour tirer vengeance de la coupable, la divinité envoyé Erôs, qui devient son époux, — comme Adanif placé de Dieu dans rÊden^ y était dévenu Tépoux d'Eve ; — puis elle la place sur une montagne où elle doit devenir réponse d'un serpent ou Dragon * ; — trait dans lequel se reproduisent les deux passages de la tradition sacrée où Ion voit, dans l'un, la femme vouée à la poursuite du serpent ; et, dans l'autre, ia même femme se disant séduite par lui.
La montagne où Psyché aurait été ainsi placée est assez visiblement pour l'Eden qui a partout été idenilfié avec quelque montagne^ l'Olympe en Grèce, l'Ida en Phrygie, TAlbordi chez les Perses, le Mérou chez les Indiens... et montagne qui devient le rocher sur lequel, dans d'autres fables, Eve est vouée au serpent sous le nom d'Andromède, d'Hésione et d'Olympe même, si Ton veul suivre la légende et ses transformations jusque dans TArioste.
Mais l'Ëden-montagne était aussi un lieu de voluptés, donnant à profusion, avec les fruits les plus délicieux, Targent, For, les piejrres précieuses ^, et dans lequel une voix divine, dont l'auteur ne s'était sans doute jamais rendu visible à nos premiers parents ^, mettait à leur disposition tous les trésors de cette terre enchantée, séjour terrestre de la divinité ; — et
1 Apulée, Met, vi.
2 Gen. ir, 8.
3 Gen. II, 15, J6, 17.
BU NOM D*ÈROS. 1 1 1
la Jégende nous montre Psyché magiquement passée de la montagne dans un délicieux séjour, étincelantd'or^de pierreries, où elle était servie et tous ses souhaits préTenus par des voix aux corps invisibles ^
C'est pendant le sommeil du premier homme et (on Ta supposé du moins dans bien des fables) pendant les ténèbres de la nuit, que la première femme avait été placéeà côté de lui pour être sa compagne. Eve n'aurait dono pu voir d*abord qui était rêtre auprès de qui elle reposait. Mais, grâce à Tusage du fruit interdit de la science, ses yeux se sont ouverts, apertisuntocidi, — elle voit son époux dans un état de nudité que semblait pouvoir seule autoriser Ta bsence du jour ; cognoverunt se esse nudos, —et cet époux se cache immédiatement ou disparaît; abscondit se Adam ^. — Or, de celte donoée dérive évidemment le conte qui montre Psyché-Eve d'abord possédant chaque nuit à son côté un époux dont elle est tendrement aimée, mais qu'elle ne doit jamais voir sous peine de le perdre sans retour; — puis, poussée par les perfides conseils de sa sœur, comme £'ve par ceux du Serpent, se procurant une lumière interdite, et réussissant ainsi à voir son époux qui disparait aussitôt, et abscondit se Adam *, soit Erôs.
Un aussi complet parallélisme vous aura sans doute convaincu, mon R. Père, que ie nom d'Erôs n'est pas moins certainement ici pour l'hébreu Adam, que celui de Psyché pour l'hébreu Héva, Mais la coupable curiosité d*Eve se reproduit sous plus d'une forme dans la légende actuelle aussi bien que dans plusieurs autres. Gomme Pandore^tOu comme Pandrose^, la trop faible Psyché a reçu une botte dont il lui est interdit d'enlever le couvercle. Cependant elle ne peut résister au désir d'en voir le contenu. Elle l'ouvre, et aussitôt elle tombe dans une léthargie ayant toutes les apparences de la morf^.
' Apuléç,'ir<ft. VI.
2 Gen: II.
3 Gen, III, 7.
* Gen, m, 8.
^ Apulée, Méi, ti.
* Hésiod. Opéra, 94.
^ Apollod. III, 14, 6.
» Apulée, JT^t. VI.
412 DE l'origine et DE LA YALEDR
Je passe sur le pêle-mêle des traits qui la montrenl soumise à diverses épreuves dont elle triomphe et dont l'une consiste à s'emparer des troupeaux à toison d'or à* Relies (xpuoca ii.7)Xa) dans lesquels nous avons déjà reconnu les fruits lumineux on d'or (xp'^aea \i.i\koL) d'Héloïmy et dont Eves'était emparée ^
Chassée du séjour où s'élevait Farbre aux fruits de vie, exilée sur la terre maudite où tout était soumis à l'empire de la mort, — Eve, en grec <|/uxii, se retrouve dans Psyché qui descend sur l'ordre des dieux aux enfers ^.
L'expiation accomplie, elle en sort comme on le disait aussi de Sémélé, puis, comme J7é&é, elle est ramenée soit aux cieux, soit aux champs élysées^ où Juptter lui-même la donne pour compagne à Erôs, de même que Jéhomh avait lui- même donné £t?e pour compagne au premier homme.
• Et maintenant, mon R, Père, n'est-il pas vrai qu'il n'est pas nécessaire d'entrer dans d'autres détails pour établir que le caractère originel de cette légende n'a nullement été celui d'une allégorie mettant Vâme aux prises avec Vamour ? Ne vous parait-il pas suffisamment démontré qu'elle n'est autre qu'une des mille versions de l'histoire de nos premiers parents, mais intéressante par la manière dont s'y manifeste une connaissance, datant du premier homme, du but final de la vie humaine? 11 ressort de plus de cette étude que le nom du premier liomme, représenté ici par Erôs (de epa, terra) devait porter le sens de terre, comme le latin homo, auquel le savant Bopp attribue le sens de, celui qui est ^, par suite d'une trop exclusive confiance dans le pesement des lettres.
Entre les autres noms traduits en grec de celui du premier homme pris au sens de terre ou d'argile (y>i, miXoç, tXuç; j'ai cité celui de Pelée, en grec «rjXeuç.
Or, pour reconnaître sous ce nom un représentant du premier homme de la Genèse, en dépit des ancêtres qu'on lui suppose, il suffit de noter qu'il désigne un Béros antérieur à la construction du xidiyire d'Argus-Noi, antérieur par consé-
' V. 2« kttre, p. 47, et Annales, t. viii, p. 190.
> Apulée, VI.
s Bopp. Gramm, eomp. t. it, p. 34.
Dl] HOM D^ÉROS. 113
quent au déluge, et ne pouvant dès lors être qu'un représen* tant de ce même iVoéou d'Adam.
Aussi la légende le moiitre-t-elle recevant son épouse de JupUer \ comme nous venons de le voir pour Erôs, — et comme Adam avait reçu la sienne de Jéhovah ; — puis honoré à ses noces par la présence du même Jupiter accompagné de tous les dieux ^ (Zeuç xae Suvarot pour Jehovah'Hilcfim) —comme on le pouvait dire du seul Adam (en grec ^Xoç) uni à sa compagne par Dieu lui-même sous le double nom Jehovah-Héloïm^.
Quant aux chevaux immortels dont Neptune (pour ffeUnm) aurait fait présent à ce Héros et dont l'un aurait été doué, non-seulement de la parole, mais du don de prophétie ^, — nous devons nécessairement les rechercher et les reconnaître danslesseuls objets dont Dieu eût fait présent au premier homme, c'est-à-dire dans les fruits, pris si souvent pour des bœufs (^ID fructus, boves) et dont les uns, ceux de la science, portaient avec eux la toute science divine ^ eritis sicut dii scientes^ et par conséquent la connaissance de l'avenir.
Et plus d'une fois, mon R. Père, nous aurons à reconnaître ces mêmes fruits ou bois réservés dans les chevaux mis en scènç par la fable.
 côté de Pélée-argile, vient naturellement se placer Huslimon. Les compilateurs ou arrangeurs ont sans doute donné à celui-ci des ascendants, comme à Pelée; mais^ si nous notons qu'il est antérieur à la guerre de Troie, pendant laquelle avait achevé de disparaître la race primitive des Hérô^, ou des Adamiles antédiluviens, nous ne pouvons nous dispenser de ^oir en lui un représentant du premier homme dont il porte le nom, traduit au sens de terre.
C'est comme tel qu'il est supposé frère de Ganyméde • ou
* ApoUod. m, 13, 5 ; Hom. lit. ULVf, 59.
^ CatuU. Lxiv, 280.
3 Gen. 11-22.
*Hom. ilt. XIX, 405. Ptolém. Hœphast. vi, ap. Photium, codex 190, p. ^Hesiod. Op, 165.
• ApoUod. ui, 12, 2.
1U ' DE L*ORIGiNE ET DE LA VALEUR
du gardien de VEden^ donl il est en réalité un dédoublement; el père de Thémis^^ c'est-à-dire delà première femme dont on a fait, sous ce nom^une déesse de la justice^ à raison delà toute science du bien el du mal, qu'avait dû lui procurer le fruit réservé.
C'est comme tel encore qu'il aurait reçu de Jupiter le Palladium auquel était attachée la durée de son empire ^^ comme à certain tison la vie de Méleagre^ — double trait dans lequel vous reconnaîtrez sans doute avec moi le bois qui ouvrait les yeux ou lumineux (en grec (paXoç de (pau, luceo, d'où TraXXaç et izotXkaiBio^) , et à la conservation duquel était attaché le maintien du premier homme dans l'Eden comme roi de la création.
Les yeux d'Adam s'étaient ouverts au contact de ce boisel sans doute aussi sur ce bois lui-même. Or comme son crime consistait précisénf)ent dans celte vue interdite^ on a dit de son représentant Jlus qu'il aurait altiré sur lui la colère céleste pour avoir osé porter les yeux sur ce même Palladium. Mais Adam ayant été aussitôt chassé d'auprès de ce bois et, par supposition^ privé ainsi de la vue qu'il donnait^ — on a dit encore, de son représentant llus^ qu'il aurait alors été frappé de cécité *. A la même origine remontent les divers contes au sujet de la cécité dont auraient été frappés quelques autres personnages mythologiques, tels que Tirésias, Œdipe^ Metellus^.,. dernier nom composé de tellus^ terre, et qui offre une singulière apparence de conformité avec le min-Adama^, e lellurcy de la Genèse.
Je n'en finirais pas si je voulais suivre le premier homme dans toutes les légendes où il se présente sous quelque nom signifiant terre, tels que ceux de Chlhonius, d'Erechlhée, dk Pelasgosy d'âgée et autres. Je coupe donc court et, passaut de
1 ÂpuHud. 111, 12, 2.
s ApoUod. iu-12-3.
s Apollod. I, 8, 1.
« Plut Parall. xvii, p. 381.
6 Plut, il),
« Gen. II-7.