‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 41 sur 122 · DU NOM D'ÉROS · texte numérisé non relu

DU NOM D'ÉROS

la Grèce dans les Indes, j'y vais étudier avec vous l'histoire d'un personnage qui vous est sans doute b'ien connu déjà.

La légende le célèbre comme ayant figuré dans les premiers jours du monde ; elle le qualifie chef des créatures ', ou premier des Pradjapalis^; d'où il suit que la critique orientaliste voit en lui un représentant du premier homme^.

Elle le montre habitant seul ^ dans une île du Gange^ Qeuve bien souvent confondu avec le Ghihon, l'un des fleuves de l'Eden dont il a sans doute emprunté son nom.

Comme TEden, celte solitude était embellie par des arbres et des plantes de toute espèce, du milieu desquels le chant des oiseaux faisait entendre les plus douces mélodies ; les fleurs et les fruits s'y succédaient en toute saison.

Notre personnage y vivait seul, avons-nous dil, — car telle avait d'abord été la condition du premier homme.

Mais, ainsi qu'Adam, à qui Dieu avait donné la mission de mulliplier, multiplicamini et replète ierram ^, — il aurait reçu de la Divinité l'ordre de produire les créatures destinées à |)eupler la terre ^.

Dès lors, il aurait formé le désir d'avoir une compagne semblable à lui et qui fût son égale ^; — comme la tradition sacrée le disait, implicitement du premier homme dans ces mots : Adœ vero non inveniebalur adjutor similis ejus *, ei, ajoute la légende, le Dieu Brahma ou créateur lui donna celle femme qui lui ressemblait *o.

L'union de notre solitaire avec cette campagne passait pour avoir été le premier mariage accompli sur la terre **;— ce qui

^ Bhagat. pour, in, 21, 3.

^ Ramay, m, 20,1.

^ Àiiai. rescarch, t. m, p. 415 et 423 ; t. 2?, p. 2i9.

* Bhag. m, 24, 42.

^ Bhag. m, 21, 39, aq.

«Ce». 1-28.

^ Bhag. m, 21, 6.

8 Bhag. m, 21,15.

» Gen, n-20.

^» Bhag. ut, 22, 22.

»» Bhag. m. 22, 15.

116 DE l'origine et DE LA YAIJnjR

nous reporte forcément à runiondu premier couple humain dans le paradis terrestre.

Et ce n'est pas tout.

Comme Adam initié, par Fusage des fruifs réservés^ à la toute science divine (eL ecce Adam qymiunm ex nobis seiensy^ — ce personnage aurait été versé dans tous les mystères de la science et de la magie ^; et, comme le premier homme enfin, ayant la garde des fruits qui avaient ouvert les yeux de son épouse, aperti sunt oculi^, il passait pour avoir ouvert les yeux de sa compagne ou pour lui avoir donné la vue ^.

Si le nom de cette compagne, D^va^â(t, pouvait être regardé comme formé de deva, dieu^ divin et de hou^ sacrificare^ ce nom indiquerait en elle une prétresse de la divinité ; — caractère que des traditions sans nombre attribuent, dans ses représentants, à Eve chargée de la garde et de Ventretien^ ut operaretur et custodiret^y du séjour terrestre de Dieu.

La promesse divinement faite à Eve que d'elle naîtrait une incarnation divine, — se reproduit dans le trait de la légende qui montre Dêvahûti recevant dans son sein une incarnation de Vichnou^.

Quant aux filles, au nombre de neuf, dont la même Dêvahûti aurait aussi été la mère ^, — vous y voyez sans doute, comme moi, une personnification des neuf générations issues de la première femme avant le déluge. Et il en est de même pour ce qui est dit de l'époux de Dêvahûti, sbit se divisant luimême en neuf parties, soit unissant ses neuf filles aux neuf créateurs, fils de Brahma, pour former les neuf couples dont seraient issus tous les hommes ^: — dernier trait dans lequel me semble se reproduire celui des fils d'Héloïm s'unissant aux filles d'Adam».

1 Gen. m, 22.

* Bhag, m, 23, 9. , 3 Gen, 11, T,

* Bhag. Ui, 23, 7.

^Gen.u,lS.

« Bhag. m, 24, 6, 18, 19.

7 Bhag. in, 21, 29 et 23. 48.

s Bhag. m, 24,21.

» Gen. VI, 2.

DU IfOH D'teOS. !17

Or, ce personoage, dont la légende reproduit^ trait pour trait, l'histoire du premier homme, et ne pouvant être dès lors que le premier homme lui-même, sous une appellation sanskrite, portait, en cette langue^ le nom de Kar dama, doni la valeur est identique à celle d'Epoiç, de nriXcuç, d'IXoç, en grec; de JHe-tellus et d'Homo, en latin ; et aussi d'Adam en hébreu. [Kardama, cœmfn, lutum^ limus), D*où il suit que ce nom d'Adam, et sa valeur hébraïque au sens de terre, ont été, de toute ancienneté, connus des Hindous.

Que si, résumant en une ligne, ce qui est dit des dieux créateurs ^ identiques aux Richis ^ fils de^raAma^ qui auraient épousé les neuf filles de Kardama, je mets cette ligne en regard do texte de la Genèse, comme il suit ;

Hébreu fUii Heloim (sic) duxerunt uxores fUias Adam *(sic)

Sanskrit ' filii Bràhma duxerunt uxores filias Kardama ; vous avouerez , mon R. Père , qu'elles nous offrent une équation dont tous les termes se correspondent trop exactement pour ne pas nous convaincre que l'une de ces deux lignes est une traduction de l'autre, et traduction qui remonte aux temps les plus voisins de la première séparation des enfants de Noë.

Pour la population dont cette traduction a été l'œuvre, un même Dieu, créateur suprême, était aussi positivement adoré sous les deux noms de Brahma et d^Héloïm, qu'un même premier homme était désigné sous les deux noms de Kardama et i'Adam.

Et l'étude des légendes comparées n'offrirait pas plus de difficultés pour établir la première de ces identités que la seconde. Nous le verrons^ mon R. Père, dès que vos loisirs vous le permettroat.

Pour le moment, après avoir signalé quelques-uns d*entre

1 Bhag. in, S4, 21.

a Ib. m, 24, 25.

s Ib. ni^ 12, 21 et 22 et ui,20,52.

* Gen. VI, 2.

VI* SÉRIE. TOMB XI. — N« 50; 1875. (88* vol. de la coll.) 8

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DE l'origine et DE LA VALEUR d'ÉROS.

les représentants du premier homme nommé d'après Thébreu Adam pris au sens de lerre^ j'ai à produire quelques exemples aussi d'entre ces représentants qui ont été nommés d'après ce même nom pris au sens de rouge. Ce sera l'objet de ma prochaine lettre.

'41. d'AMSBUlB^

Ancien officier supérieur.

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