‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 43 sur 122 · TRADITIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. — ART. II · texte numérisé non relu

TRADITIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. — ART. II

losophes, ont mis Raison abstraite à la place de Parole positive^ dont la notion se retrouve pourtant partout (74).

Et maintenant franchissons un temps considérable et arrivons en Grèce et à Platon. Là nous trouvons la parole^ k XoYoç dans toute son acception primitive.

Les axiomes sont la Parole antique^ icaXatoç X^yoç.

Les savants sont les hommes des paroles, ot icept ro^iç Xo^ouc,

ot lia Xoyotç, ot Iv Xt^yotç <vt«c.

Les ignorants, ceux qui sont en dehors des paroles : oIIxto;

Aristote divise les ignorants et les savants en hommes sans parole, et hommes avec parole, ot (i.àv ^Xoyoi tlm)t, ot A [uxk

Xrfyow (75) .

Parler vrai, c'est avoir la parole, Xoyov i/ti^ ; parler faux, c'est être contre la parole, iiapà Xoyov» ce que nous avons conservé dans paralogisme.

Enfin les livres portaient simplement le nom de Xoyot , comme chezJes hébreqx la Bible et chez les musulmans le Coran.

Bien plus, Platon en plusieurs endroits de ses œuvres personnifie son Loi;os, ou la Parole : « Et pourquoi donc, disait j> le Logos, doutes-tu encore (76) ? » Fi^in avait traduit : ffie ergo Ratio superior ad me conversa^ sic inquiet (77). Mais Astius abrège la traduction : Quid igitur, Ratio dixerit , adhuc iabitas (1^) 1 l^diïi% Cousin ce Logos disparaît complètement, o Qui V arrête donc, me dira-t-on (79) ? »

L'expression &; Xc^yoç, selon la parole^ est souvent dans Pia-

(74) Voir ce que disent, à ce sujet, Abel Rémusat, Paulhier, Julien, dans les Mémoires cités.

(75) Aristote, Ethique, n, 68.

(76) Ti o3v, &y f a(v) 6 A^yoç^ kt imvtttç (Pbédon, p. 87, A), dans Astiat,

(77) Ficin, Platonis opéra, p. ccv, Venise, 1517. Edit, de 6rynsus,.p. 292» Venise, 1570.

(78) Astius, Phédon^ 1. 1, p. 5i5.

(79) Cousin, Phédon, 1. 1, p. 2S8.

DU TàO; ou nrrBLLIGENCB BT PAIOLB. 133

ton (80), et avait passé en proverbe ; nos philosophes traduisent selon te raison (81). '

C'est ainsi qu'on nous fait connaître rantiquité. C'est de là qu'est venue la règle^ reçue par tous les prétendus pasteurs des peuples, de tout faire sans le Chrisi> lé Logea.

Que si nous passons chez les Latins, là nous trouvons encore que les axiomes, les vérités certaines portaient le noîn de parole ancienne, terbuni vêtus (82) : le Destin/ fhtunt, n'était autre chose que la parole et Tordre ditin, qu'on avait faussé en lui ôtant la liberté ; le bien et le mal étaient exprimés par parole et non-parole, fando et in-fando ; non-parlant avait formé le nom de l'homme à sa naissance^ in- fans.

Tous ces mots étaient dérivés de fari, parler^ lequel venait lui-même du Grec (pà(i>, (pr,(Aly parler, comme loqui^ vient de Xo^oç et dicere de $e(xa), montrer : c'était comme la première couche, la base de l'intelligence humaine.

Mais, il faut le dire, ces belles notions delà Parole furent de bonne heure altérées, falsifiées. En Chine les hommes du Jao.les !taO'Sse, formèrent la secte des chercheurs du breuvage de l'immortalité, Platon ne recoi/nait la parole divine que dans la ditnna^ton et cette divination il ne l'accorde qu'à celui a dont la faculté de penser se trouve entravée par le sommeil ou bien qui est égaré par la maladie ou par quelque fureur » divine (83). •

Âristote reconnaît la parole de Dieu dans l'éternuement (84).

Gicéron « appelle le fatum^ l'ordre et la série des causes, » lorsque la cause enchaînée à la cause produit par soi une » chose (85). »

On voit combien la notion de la Parole primitive, de ce

(80) Voir Pfctl^. p. 18, B.

(81) Voir daiiB le Lexicon platonicum d'Astias le paragraphe ayant poar titre : Sertno tanquam Persona ipte loquent indueitur.

(82) Térence, Adelphi, v. 807.

(83) Voir Timée, in-fol. p. 71 E, et la tndBottoD de M. Martin, t. i, p. 193.

(84) Voir le teite dans Annalet de phUMophUy U xvii, p. 312 (5* série).

(85) Fatum autem appelle... ordinem aerieroqQe caosaruni, cnm eausa caussB neia, rem ex se gignit (Gie. de dMnaUoney 1. i.

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