TRADITIONS GHRÉTIKNNBS EN CHINE. — ABT
Verbe de Dieu qui a fait toutes choses, et ce Verbe qui illumine et donne Tintelligence aux enfants, tradition si profondément exprimée chez les Juifs, fut obscurcie» et altérée.
Mlais il y a une altération, une falsification , plus profonde encore.
On se demande quel est celui qui, le premier, a traduit le
X^oc grec, par le latin ratio, en français ration, et a fait de la
^Raison, être abstrait et impersonnel, le seul guide, révélateur
de rhomme, ^ et a identifié la Kaison humaine à la Raison
divine.
La réponse est difficile, et nous ne prétendons pas la donner coinpièle. Nous crojons que, chez les latins, c'est Cicéron. Avant lui Térence appelait encore les axiomes vêtus verbum, la parole ancienne (86).
Cicéron, bien qu'ildoutàtque la Raison fut un don favorable fait aux hommes par les dieux (87), dit au contraire :
tt La raison est la maîtresse et la reine de toutes choses (88).»
Comment cela pouvait-il êlre ? C'est que, d'après Cicéron, la loi n'est plus la parole écrite, la tradition sociale, l'enseignement naturel, le vêtus verburn de Térence, a la loi véritable et x» principale, dit-il, propre à commander et à prohiber, c'est » la droite Raison du grand Jupiter (89). » Or cette raison devient la Nô(re,parce;quc » l'âme humaine est une semence des > dieux, une fille naturelle des dieux, de même nature que les » dieux (90). ».
De là aux apothéoses, il n'y a qu'un pas et Manilius a pu dire à propos de Fapothéose d'Auguste :
La Raison est au-dessus de tout : ne balancez pas à attri- » buer à l'homme des intuitions divines, déjà il fait lui-même
(86) TéreDce, Âdelphi, v. 807.
(87) Cic. de Nat, deor, m, 27 ; et dans Annales, t. ziii, p« 35 (S^ série). (88; Ratio domioa et regina omniu» (QtuE«/. tuscuL 1. ju
(89) Cic. de Legvbut, 1. u, c. 4. «
(90) Animum tamea esse ingeneratam a Oeo ; ex quo veçe vel cognatio dobis cum cœlesUbus, vel geuus, vel sUrps appellari potest (Cic. de Legibu$,\, e. 8 et Annales, t. ix, p. 36, 39 (S« série) et t. i, p. 28 (6» série).
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des Dieux, et envoie une divinité dans les astres (91). »
On le voit, c'est la réalisation de la promesse du Daimon ntiqne :
« Vous serez eomme des dieux, eritis sieiU Dii (92). »
La vraie notion de Dieu s'était perdue avec celle de la PaoU.
Mais, à cette même époque^ vivait sur le lac de Génézareth m pêcheur du nom de Jean, qui, instruit par la vraie parole^ a nous ramener à la vraie notion primitive • en nous disant :
« Au commencement était la Parole (ledafrer hébreu, le tao » chinois^ le logos grec, le i^erbum latin, la parole) et la Pa- I foie était Dieu, par elle tout a été fait ; en eUe était la vie et y la yie était la lumière des hommes ; elle était la vraie lu- » mière qui éclaire tout homme venant en ce monde.
» Cette Parole était dans le monde et le monde a été fait » par elle, et le monde ne Ta pas connue. »
Et pour prouver que tout ce qui était dit ou fait de bon dans le monde lui appartenait, il ajoute :*
« U est venu dans ses propriétés, et les siens ne Tont pas • reçu. »
Enfin pour certifier à Jamais que la vraie parole n'est paa la ratio philosophique des païens anciens^ la raison abstraite des païens modernes, Jean ajoute :
< Et cette paroU s'est fait chair, et elle a habité parmi nous> I et nous avons vu sa gloire^ la gloire qui convenait au Fiû » unique du Père, plein de grâce et de vérité (93). »
Et en effet, le Fils de Dieu, la seconde Personne de la Triaité, Jésus, s'était fait homme, c pour nous donner, comme
|9l) . ^ RaUo omDia Tindt.
Ne doutes hominl dlvinos eredere lisaa,
Jam UtèÈL ipse deos, mittitque ad tidura nomeii.
(Manllius, Astronomic.<t 1. jt, v» 924).
Genèse, ui, 5.
1(93) Jean, i, 1-14.