TRADITIONS CHRÉTIENNES IN GHUIB. -* ART. II
» dit S. Augustin, une ferme location de Dieu (94) ; et pour incarner^ pour matérialiser la Parole, le Verbe, la Raison véritable, à la place de la Raison abstraite, métaphysique, impersonnelle de Dieu.
Et, en effet. Jésus enseigne d'abord lui-même, puis il laisse cet enseignement par écrit, et cet écrit forme le Nouveau Testament, et comme, même étant écrite, la Parole peut être mal interprétée, il laisse un gardien de cette parole, un interprète de toutes les expressions.
Impossible de mieux pourvoir à la conservation intacte de cette Parole.
Et aussi TEglise de Jésus se forme,et pendant longtemps la Parole de Jésus devient, pour la société, lai>oîe, la vérité et la vie.
Mais en ce moment le Panthéisme antique s'est infiltré partout, non-seulement chez les Rationalistes, mais chez les Chrétiens, et un Prélat d'un des premiers sièges de France a pu dire : « Dieu est tout ; DeiM est to ic8v (95) ; » la Raison abstraite, impersonnelle, est devenue la Raison humaine. G*ést elle qui se pose en face de la Parole faite chair en Jésus ; elle a remplacé le Christianisme, etelle est, comme le disait Cicéron, « la maîtresse et la reine de toutes choses. »
Comment cela s'est-il fait ?
La réponse est difficile, elle exigerait de longs développements, que nous ne pouvons donner ici. Nous en indiquons seulement quelques causes.
i* Le système païen des idées innées, renouvelé de Platon et de Cicéron, a introduit Dieu, sans le Jésus médiateur, dans Vâme humaine.
2* Ce système a été appuyé sur la fausse interprétation de la sentence biblique : « La lumière de votre visage a » été imprimée sur nous, » tandis que la Bible dit : a Vous
(94) Ideo enlm yenit, ideo suscepit inûrmitatem nostram ut postis flrmain ocQtlonem capere Dei (Aug. Sermo 1 17, dans Migne, t. 38, p. 670). (95) Vuir L'article : Quelquet paroles parUlkéittet d'auteurs chrétiens daol Ânnaks, t. vj, p. 4à (6*«érie}.
DU TAO; OU HITBLUGSNCB BT PARQUE. 137
» avez éle^é au dessus et en dehors de nous comme un signal » (signasti) la lumière de votre visage (96)^» aperçue dans la loi que vous avez donnée.
3* L'enseignement de ces erreurs manifestes, dans nos Cours de philosophie laïques et epclésiasliques, tellement qu'un des Cours les plus en vogue^ les plus autorisés a pu reprendre la théorie de la Loi donnée par Cicéron, la reproduire mot pour mol, en ayant Taudace de traduire ces mots ratio summi Jovi, cités en toutes lettres, par Raison droite du grand Dieu (97).
Ce sont les institutions philosophiques dans les écoles des Jésuites et ailleurs qui donnent cette théorie de la loi, et la Revue la plus orthodoxe^ aux yeux de bien des gens, qui adopte et propage cette théorie (98).
C'est à cette théorie fausse et destructive de fa personne de Jésus, la parole vivante et éternelle que nous opposons la vérité primitive enseignée dans la Bible, conservée en Chine, laquelle sépare la parole de Thomme de la parole incréée, en ces termes :
« La parole exprimée par la parole n*est pas la parole étert nelle. »
Nous croyons que ces observations serviront à mieux comprendre l'exposé des doctrines chinoises que va donner le P. Préniare, et en corriger quelques erreurs.
(Texte du P. Prémare): ' .
. Le caractère ^ Tao est composé, selon le Choui-ven, dt •i" et de JL. Cette dernière lettre signifie faire, mouvoir ^ i'ûvancer fr À- Car le Choué-ven expliquant la lettre j^ dit: JOE fr À (99)^ marcher ou droitement agir : sens qui naît des deux [larties de cette lettre • Donc comme JE signi-
(93) Voir la vraie tradaeUoD de ce texte dans Annales dit philosophiit t. XI, p. 216 {Z* lérie).
(•7) yoir Imtitiuiones pkiloéophiea d« P. Liberetore, jéniite, t. lit, p. 102
(98) Voir Cimltà eattolica, t iv, p. 19 (6« série).
(99) CKoue^ven, 33« racine, 2* livre; 2« partie p. 2.
138 TBADITI0N8 CHIIÉTIEimflS EN CHINB. ABT. U.
fie ce quiest droit, ainsi L. signifie agir, n^rcher. 'M'^^^otiqui est la seconde partie de la lettre ^ tao est la même chose que têle^ principe, source, et s'écrit proprement !§'• ^ se compose de — qui marque Vunité trine, selon ce qui a été dit, et de |§ tsee, qui signifie dès le commencement et par soi. Si
nous cherchons là le vrai sens de la lettre ^, ce sera H TaOy tête et principe de tout mouvement, ou premier moteur , ou en termes plus nets ce sera VUnité-trine, agissant toujours dès le commencement, c'est à-dire de toute éternité et par soimême ? Et qu'est-ce que cela, je vous le demande, sinon Dieu
lui-même. De là tE signifie vulgairement règle, lot, sagesse, raison, vérité , voie , parole, idées qui, quoiqu'elles conviennent tant bien que mal. aux créatures, désignent cependant proprement et premièrement Dieu qui est la loi éternelle, la sagesse infinie, la raison subsistant par elle-même, la voie, la vérité et la vie. Enfin ^ est la doctrine, le discours^ la parole. Or il y a trois paroles, comme le note le R. P. Beurier: 1*" la parole mentale qui signifie le Père parlant en lui-même; 2"" la parole vocale qui désigne le Fils, te fils qui est sorti de la bouche du Père, et par qui toutes choses ont été faites; 3*" la parole écrite qui désigne V Esprit Saint, par qui la loi de Dieu a été écrite sur les tablettes de notre cœur. Voilà ce que dit le P. Beurier.
|£ Tao est souvent confondu par les anciens avec £ lettre qui s'écrivait autrefois ainsi O; or le Cercle estle symbole de la Divinité même chez nous en Europe. 11 faut noter les paroles du vieux philosophe Kouen^yiin-tsèe qui dit : « U » ciel, la loi, Tesprit et la profondeur cachée sont contenus M dans le seul mot Tao /^100).d 11 est écrit dans le livre F king: « Celui qui est parfaitement simple et qui est au dessus de :» toute composition est ^ tao (101). » Je traduis ainsi, parce
, (100) B % o H ii^oHJtoHSo^ B ^
Kfmen-yunrUee, 604 av. J.-C. Voir art. i, n.. 77.
(101) I^M ± ^ M i. fSL r-king^l m. ch. U, n. 4 ; trad. RéirtetP. &21. -
DU TAO, OU IiriBLLlGBNGB BT PABOLB. i3t
que Jf^ comprend non-seulement les choses corporelles, mais aussi tous les êtres composés et çré<^.s. Le livre Chou kingAxi aussi : « Rien n'est plus subtil, ni plus délicat que le cœur de » la raison, du [Tao)^ ou de Dieu (102/. y>
Je sais, que par ^ v^ quelques-uns veulent entendre le sommet de laraison^ lequel est l'intellect en nous ; mais j'aime mieux monter juscfu^à la lumière qui illumine les esprits. « La raison qui peut être racontée, dit Lao tsee^ n'est pas la 1» raison éternelle (103), i» et la glose expliquant en cet endroit la lettre '^ chang dit : <r Celui qui est éternel n'est pas altéré, ) ni changé. Il existe avant le ciel et la terre. Il existe :d avant le monde» sans^ aucun principe ; il existera après sans » aucune fin. Il ne peut pas être compris par la pensée et le 9 raisonnement; il ne peut pas être perçu par les yeux» ni par » les oreilles ; il ne peut pas être exprimé par des paroles, ni 1 par des discours (104). d
Kouanyun tsée, contemporain de Lao-tsee^ iaclmt vers le même sentiment : « Si le Tao n*existait pas, dit-ii, nous ne > pourrions penser, et ce qui ne peut pas être pensé est le » Tao (105). »
Et ailleurs :
c La suprême laison n'entre pas dans les oreilles, tout ce » que l'ouïe matérielle perçoit n'est pas elle. Elle ne frappe pas » les yeux, et tout ce que les yeux voient n'est pas elle. L'éter- » nelle raison ne peut pas être exprimée par des paroles, et ' tout ce que la bouche prononce n'est pas elle (106). »
(102) ^ >& Ifi tt- Chou-king, 3. m, n. 1S. '
(103) ^Vi s ^ mS* Lao-Ueu, Tao-te-king, 1. 1, o. 1, n. 69.
m) nt^ ^9 ^ $k o jfii 3i m n s» 4» o
H ^ m M r«E o;};^ s fio ;}; rT I. Ho
^ M :S 2 Glose.
(105) ^ ^ 3t ^ n A o ^ % & U 3t Kouan^ yuntiée. contemporain de Lao^ee (604 ht. J.-C), qa'il accompagna dans ses ^oya^s hors de la <Uiioe.
(106) m;7 ^^ Ho us il 1^ 4 o jt. 7^ ^'0