NOTICB 8UR LA TIB ET LES OUVRAGES
ses préférences), il méditait sur Texpéâition d'Egypte un poème dont il a laissé les nombreux matériaux. Avec quelle lyrique admiration salua-t-il le banni impérial à son entrée triomphante à Grenoble ! Hais les cent jours passèrent...
Notre jeune professeur, mal noté pour ses opinions politiques, au début du gouvernement de la Restauration, fut contraint de quitter sa chaire et 1' £/ntt;er5t^^devenue royale. n entra , à la fin de 1815, che^le duc de Choiseul-Ptaslin à titre de précepteur des jeunes comtes Théobald et Edgar. On sait ce que devint le duc Théobald. Hélas ! il avait depuis longtemps perdu de vue son bon maître ; il avait oublié ses leçons. S. Vincent de Paul ne fut-il pas le précepteur du trop fameux cardinal de Retz?...
M. Dumont demeura quatre ans dans la famille de Praslin et plusieurs lettres nous révèlent toute Testime dont il y jouissait. C'est là qu'il connut Mlle Charlotte de Coste des Périez, institutrice des sœurs de ses élèves. Il la connut pour admirer ses vertus, pour apprécier ses qualités éminentes. Mlle des Périez devint, en' 1822,1a digne compagne de sa vie. H. Borderies bénit cette union, qui fut pour son disciple bien-aimé, après le don de la foi, une des plus grandes faveurs du Ciel .
M. Dumont, dont le séjour à Grenoble et les événements politiques avaient quelque peu refroidi la piété, retrouva à Paris toute sa ferveur première, gr&ce à la direction spirituelle de son ancien catéchiste, et grâce aussi à son heureux mariage, a La poussière des voyages lointains PavaierU un » peu sali ; mais nous avons refait sa toilette^ disait agréa- » blement M. Borderies à Mlle des Périez : il est digne de » vous. »
De nobles recommandations l'avaient fait réintégrer dans le corps universitaire. On venait de créer les chaires pour l'enseignement spécial de l'histoire : celle du collège royal de Bourbon lui fut d'abord assignée, puis celle du collège Saint-Louis en 1822. Jusqu'alors (1820) la littérature avait été l'objet dé ses études favorites; il s'y était livré avec une véritable passion et non sans quelque succès. Nous avons entendu plusieurs de ses collègues reconnaître
DE M. ioOUASD DUHONT. 223
en lui une grande délicatesse de goût et un vrai sentiment do beau. Tout à son devoir, il s'appliqua désormais de grand cœur à la science de Phistoire. On lui imposa, dès le début de son enseignement, la composition (L'un précis élémentaire destiné à servir de programme et de livre classique pour Y Histoire des empereurs romains et des quatre premiers siècles de tEglise. » Ce volume de 191 pages in-8* est un modèle d'ildr^^^ et suppose des études laborieuses. Le plan est net, la narration y est simple sans sécheresse, complète sans surabondance. L'auteur, après avoir caractérisé dans toute son étonnante grandeur la domination romaine, nous fait assister à sa ruine, qui est celle du vieux monde païen, tandis que s'élève et se constitue merveilleusement le nouveau peuple des chrétiens, issu du sang divin du Calvaire et multiplié par -le sang des martyrs. Les annales du peuple romain étaient pleines d'intérêt pour cet homme de foi qui y trouvait une étude préparatoire à celle de l'Eglise. Yoilà pourquoi H. Dumont s'y appliqua particulièrement et put donner, avec un précis complet, une histoire complète aussi qui parut d'abord en cahiers en 1835, et fut réimprimée ensuite deux fois sous le titre d^ Histoire romaine (3 forts vol. in-12, chez Chamerot, 1843). On peut dire que c'est le frui t de vingt années de travail.
« Un livre composé avec cette sage lenteur, a dit un pro- 1» fesseur de la Sorbonne, laisse peu de prise à la critique. » On y sent toute la force d'un esprit à la fois grave et sa- » gace, mûri par de longues études. L'intérêt dramatique » mêlé aux réflexions d'une philosophie chrétienne, lapein- » ture des mœurs unie au réciit des événements politiques, » les divers témoignages des historiens, des podtes, des » grammairiens ou des antiquaires, fondus avec bonheur » dans une exposition rapide, claire et attachante, font de » cette histoire un ouvrage vraiment original * . »
Le reste de ses compositions historiques a paru dans V Université catholiqne (Leçons d'histoire de France), dans les Annales de philosophie chrétienne^ et, sous le nom de Va-
^ H. Egger, Journal de rin$trueUon publique.
224 NOTICB suit LA VIE BT LES OUVRAGES
riétfisy dans V Univers et dans le Monde. Noos ne tarderons pas à en faire profiter de notnbreox lecteurs, en publiant, gons forme de Yolutnes^ ces articles rénnis dans Vordre chronolog^ique.
Telles étaient Testime et l'autorité que M. Dumont avait conquises que sa collaboration était réclamée pour toute œuvre sérieuse et utile à la religion. 11 fut même un temps, sous le règne de Louis-Philippe, où de nombreux jeunes gens, élèves d'élite de l'Université, voulant mettre au service de FEglise leur piété et leurs talents, se groupèrent, pour ainsi dire, autour du professeur du collège Saint-Louis. Sa foi, sa science, son âge le désignaient à tous comme un guide sûr, dontrexpérienceet les conseils dirigeraient utilement les œuvres de leur zèle. Ainsi prit naissance, en 1839, X Institut catholique, association fraternelle destinée à rallier la jeunesse des grandes écoles, en lui offrant, dans des conférences variées, Taliment des saines doclriaes. M. Dumont fat prié d^en accepter la présidence et y prononça un remarquable discours. Mais sa santé, qui ne se soutenait qu'avec des précautions inouïes, Tavait déjà forcé à solliciter un congé. Retiré à Fontainebleau, il ne pouvait continuer de loin la direction de V Institut naissant. Il fit donc agréer sa démission, remit la présidence à d'autres mains qui le transformèrent pour en faire ce qu'on appelle aujourd'hui le Cercle catholigue.
Le congé de 1939 fut renouvelé les années suivantes, et enfin, en 1844>, le professeur de Saint-Louis eut sa pension de retraite définitivement réglée. Il en jouit trente et un ans, mais ce ne fut pas dans le repos inutile de l'oisiveté ; les talents qu'il avait reçus ne furent pas enfouis. H. Dumont était un trop vaillant et trop zélé travailleur pour laisser là les armes qu*il savait si bien manier au service de Dieu et de l'Eglise. Dans sa modeste demeure de Fontainebleau, il ne cessa pas un seul jour d'étudier' et de oomposer. il se tenait au courant des attaques contre la religion et s'appliquait, dans les nombreux articles] que nous avons signalés plus haut, à réformer les idées fausses, à dévoiler les men-
tm M, ÉPOVAEP DGIfONT. 295
songes de Terreur ou de TiiD piété. La maladie se lui fit quitter la plume qu'un mois avant aa mort.
Tout était réglé, comcoe pour no béoédictîu eloUré^ daps la YÎe de ce religieux éerivain. Avai^t tout, la part était faite à Dieu et & aou àme : il ne «e mettait au travail qu'après la prière, la méditation, la sainte messe* Par économie de temps, il faisait peu de visites» et, par suite, en recevaitpeu. C'était avec eonsoienca qu'il travaillait pour aceomplir la tàohe que lui imposait la Providence. Jusqu'à l'avant^der** niëre année de sa vie, ses distractions étaient une promenade dans la forêt, le plus souvent un pèlerinage à travers bois, à la chapelle de Notre-Dame de Bon Secours ^ sur la route de Melun ; et» au retour, le charme toujours divers, toujours nouveau de la conversation avec sa sainte et noble conopagoe. Quelle union incomparable que celle de ces époQï vraiment chrétiens I Cinquante-deux ans ont passé sur cette vie commune si intime, et jamais un nuage n'en altéra la douceur. On peut appliquer à M. ei Mme Dumont ce que disait de son union un académicien de nos derniers temps (M. J)w)x) : L* amour pour eux n'a jamais dégénéré en amiliém
M. Dumont trouvait encore un véritable repos & faire Texercice du chemin de la croix^ à réciter chaque jour le chapelet comme un fidèle congréganiste des beaux jours duR. P. Ronsin. Enfin, avec quel empressement pieux et quelle consolation recevait-il, plusieurs fois par semaine, le pain des forts, la divine Eucharistie I
A le voir si exact à ses exercices religieux, si recueilli dans la prière au pied des aulels ; & considérer surtout la tète chauve et inclinée de ce vieiilard| sa barbe longue et grise et sa physionomie austère, on pouvait le croire d'une bumeur sombre, ou d'un caractère sérieux. Et cependant, quiconque Ta connu dans l'intimité, a pu apprécier nonseulement la bonté .de son cmur, au-dessus de tout éloge, mais l'extrême gaieté de sa nature. Rien de plus /agréable et de plus iniiérassant qua sa conversation. On en relirait toujours quelque profit pour mieux juger les hommes, les choses, les é¥énements; et l'on s'y récréait A cccur joie^