‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 78 sur 122 · Sém · texte numérisé non relu

Sém

Le vendredis avril de l'an 33. —2 heures du matin.

La Passion de Jésus commence et finit le même jour. En 12 heures^ Thomme-Dieu, celui qui, depuis 3 arts, en présence de tout le peuple, commandait aux vents, à la mer, aux démons, va être saisi, condamné, crucifié. Jamais criminel n'a été expédié si vite. Ceci est encore un prodige. Les bourreaux obéissent, malgré eux, à ces mots que Jésus vient de dire à Judas : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Us vont en elTet le faire vite ; nous allons assister à son supplice. Ce fut un scandale effrayant pour ses disciples, et pour le grand nombre de ceux qui croyaient en lui et qui Taimaient.

Mais pour nous, il ne doit pas en être ainsi. En réalité ce n'est pas Jésus qui va être mis à mort. Celui qui est mis à mert c'est le Maître de ce monde pourri et gangrené^ c'est Tibère dans la personne de son représentant PUaLo. Les cru-

* Voir le dernier article au N<* do février cl-deattae, p. 85.

-284 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. t^^ de Rome.

cifiés ce sont les pontifes^ les scribes^ les pharisiens ; c'est ia \ieille Loi quMIs avaient falsifiée et corrompue.

Jésus, exalté de terre, va attirer tout à lui comme il Ta dit : son règne va commencer sur la terre et dans les cieux. Avec respect, avec tremblement, avec 'admiration et reconnaissance^ assistons à ce grand drames

Jésus est au jardin de Génésareth, disant à ses disciples : a Levez- vous et allons, voilà que celui qui 'me livre est tout 9 près. Gomme il parlait encore, Judas Iscarioth, l'un des » douze, arriva suivi d'une cohorte de soldats, de serviteurs » et d'une foule nombreuse armée d'épées, de bâtons, d'armes » de toutes sortes, éclairée paries torches et des falots, envoyés » par les pontifes, les pharisiens, les scribes et les anciens^. >

C'étaient là le§ quatre corps qui représentaient ofQciellement la nation ; la plupart en effet devaient être membres du Sanhédrin, seul tribunlal toléré par les Romains. Les soldats ne devaient pas être romains, ou étaient là «ans autorité, n'ayant reçu aucun ordre de Pilate, qui seul avait droit de leur commander. Le reste de cette troupe était composé des domestiques des pontifes et des nombreux employés du temple, tous à la discrétion des prêtres.

Le traître leur avait donné ce signal : « Celui que j'embras* D serai> c'est lui ; saisissez-le, et emmenez-le avec précaution » Judas marchait en tête. Il s'approcha aussitôt de Jésus pour » lui donner le baiser, et lui dit : a Salut, Maître. » Et il le ^ bàisa.

» Jésus lui dit : o Mon ami, pourquoi es-tu venu ? Judas, tu » trahis le Fils de l'homme par un baiser! »

• Et ici, pour marquer qu'il se sacrifiait volontairement, Jésus va montrer une dernière fois sa puissance.

Judas avait pénétré dans le jardin pendant que la troupe était restée à l'entrée. « Jésus, qui savait bien tout ce qui

i M. DapiD pour réfater M. Salvador qai avait prétendu que Jésus avait été légalement mis à mort, a composé une dissertation curieuse imitulée Jésus devant Caîphe et Pilate. On la trouve dans les DémoTistrations émngéUques de Migue, t. xvi, p. 727.

2 Luc, XXII, 39^ Matth. jlxvi, 36 ; Marc, xiv, 32; Jean, xvui. i.

33 aos après J.-C. jéSUS TRAHI PAR JDDAS KT ARRÊli. 285

» devait arriver, s'avança et leur ilil : c Qui cherchez-vous ? — B Jésus de Nazareth, » répondirent-ils. Jésus leur dit : « C'est D moi. r» Or^ Judas, qui le trahissait, se tenait avec eux. Lors- » que Jésus dit : « C'est moi, ils allèrent à la renverse, et tom- » bèrent à terre. »

Jésus dut les relever^ et alors il les interrogea de nouveau : a Qui cherchez-vous ? — Jésus de Nazareth, dirent-ils — Je » vous ai dit que c'est moi, dit Jésus. Si c'est moi que vous j> cherchez, laissez ceux-ci s'en aller, afin que soit accomplie D la parole que j'ai dite : « De ceux que vDus m'avez donnés, » je n'ea ai perdu aucun ^ t

Ils s'approchèrent alors, mirent la main sur Jésus, et s'en emparèrent.

C'était un acte de violence, sans ordre légal et que l'on pouvait repousser par la force.

« Ceux qui étaient autour de Jésus, voyant ce qui allait se » passer lui dirent : Maître, si nous frappions de l'épée ?

» Et sans attendre la réponse de Jésus, Simon-Pierre, l'un B de ceux qui étaient avec lui, étendant la main, lira son épée, D frappa un serviteur du prince des prêtres> et lui trancha » l'oreille droite. Ce serviteur s'appelait Malchus.

» Jésus répondit : «Cessez, cela suffit. » £til toucha l'oreille B de Malchus et le guérit. Il dit ensuite à Pierre : « Remets T> ton épée au fourreau, car tous ceux qui prendront Tépée » périront par l'épée. Penses-tu que je ne puisse prier mon » Père ? il m'enverrait à l'instant plus de douze légions d'an- » ges. Mais le calice qu'il m'a préparé ne le boirai-je pas ? (M) B Comment donc s'accompliront les Ecritures^ puisqu'il faut » qu'il en soit ainsi *.

D A cette heure-Ut même, Jésus dit à ceux qui étaient venus » à lui, princes des prêtres, magistrats du temple et anciens y> du peuple : « Vous êtes venus pour me prendre comme un » voleur, avec des épées et des bâtons; tous les jours je m'asse- 1 yais près de vous dans le temple et vous ne m'avez pas arrêté.

Uean, XYii, 12; Psaume, cm, 8.

2 Isaïe, LV.

286 TRABITIOKS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome

» Mais celle-ci est \otre heure et la puissance des ténèbres, » afin (jue les Ecritures s'accomplissent. »

En effet, tout ceci s'est fait pour Tacôomplissement des prophéties.

oc Lfi cohorie, les tribuns, les serviteurs des juifs, s'empa- » rèrent de Jésus et le garrottèrent. »

Violence inutile à l'égard d'un homme seul et qui se livrait à eux.

a Alors les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent.

j> Un jeune homme le suivait revêtu seulement d^un linceul » (dont on s'enveloppait alors jiour dormir), les gens l'arrêtè- » rent, mais celui-ci, rejetant le linceul, s'échappa de leurs » mains, tout nu^ »

On croit que ce jeune homme n'était autre que Jean.

SV. Sémn» emt eoDdnll df«¥«Bt roz«p^Btir« Anse. •— Vreailer Interrogatoire. '— ProMlora oatrogeo.

Suite da vendredi 3 avril. — 4 heores da matin.

a Les satellites tenant Jésus, le conduisirent d'abord devant » Anne, c*était le beau-père de Caïphe qui était pontife cette » année-là. »

S. Jean seul parle de cette présentation, les autres évangélistes la passent sous silence. La plupart des commentateurs suppriment cet interrogatoire en remaniant le texte de S. Jeaa et ne font interroger Jésus que par Caïphe. Jean, écrivant longtemps après les trois évangélistes, complète leur écrit. >nne avait sans doute coopéré à l'infâme marché passé avec Judas. U fait ici fonction de juge d'instruction et [irépare l'affaire. C'est en cette qualité qu'il parle en ce moment.

« Le pontife interroge donc Jésus sur ses disciples et sa docp trine. »

Aucune question ne pouvait être plus absurde. Aucun coupable n*est obligé d'avouer ses crimes et de s'accuser hiimèiDe; c'était les disciples qu'il fallait interroger sur la doctrine de Jésus, pour lui prouver, ce qu'elle avait de criminel; aussi Jésus le ramène à son devoir en lui disant :

1 Jean, xvni, t3.

sa ans après J.-C. jbsus DEVANT CAlPHE. 287

« J'ai parlé au monde ouvertement ; j'ai toujours enseigné » dans la synagogue et dans le temple, ou tous les juifs se i> rassemblent; je n'ai rien enseigné en secret. Pourquoi » m'ii)terroges-lu ? interroge ceux qui ont entendu ce que je » leur ai dit; voici ces hommes, ils .^avent ce que je puis avoir a dit K M

Il n'y avait rien à répondre à cela.

« Lorsqu'il parlait ainsi, un des serviteurs, qui se trouvait à » ses côtésj lui donna un soufflet en disant ; « Est-ce ainsi » que tu réponds au pontife ? » •— Josus lui répliqua : « Si j'ai o mal parlé, montre et témoigne en quoi j'ai mal parlé ; mais » si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »

Admirable réponse, le devoir du juge était de réprimer à l'instant l'insolente action de son serviteur. Mais Jésus était condamné à l'avance, c'est ce que savait le domestique.

Après cet interrogatoire inepte et celte injure impunie, 4c Anne, ajoute S. Jean, envoya Jésus garrotté à Caïphe le poni^tife^. »

as. JéflHfl de^aal le grand -prêtre CaTphe. — Il y conflrae %«'ll efll le Clirlflt, flU de Dien. — Oui flur eela 411*11 est J«gé digne de niorl. — itn 0oldaiefl4ae le eenvre d'entrnsea.

Suite du vendredi 3 avril, vers 5 heures du maUn.

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut savoir que le Grand-Prêtre habitait un vaste palais, composé de plusieurs ccrps de bâtiments précédés d'une grande cour^ et c'est là que se trouvaient les salles, où vraisemblablement siégeaient les divers tribnnaux et le grand Sanhédrin.

« Ce Caîpbe, gendre d*Anne, était celui, nous dit S. Jean, B qui avait donné ce conseil aux juifs, qu^il est expédient > qu'un homme seul meure pour le peuple \ »

A l'avance donc il avait condamné Jésus à mort. 11 ne pouvait plus figurer comme juge. Le procès n'est donc plus qu'un simulacre.

I Jean, xnif, 22-24.

* Jean, xviii, 24.

^ Jean, XI, 47 eiAnnaUs, t. viti, p. 349 (6« série).

288 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. . 785 de Rome.

Gaïphe attendait là Jésus^ avec les prêtres, les scribes et les anciens qui s^étaient réunis chez lui. C'était un vrai tribunal. ' Jésus est devant ses juges«

c Les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient 3> quelque faux témoignage contre Jésus pour le mettre à mort, » et ils n'en trouvaient pas; plusieurs faux témoins avaient été D entendus, mais leurs témoignages n'étaient pas suffisants. » Enfm arrivèrent deux faux témoins disant : Nous avons en- » tendu cet homme disant : Je détruirai ce temple fait de » main d'homme et j'en rebâtirai en trois jours un autre, non » fait de main d'homme. Mais ce témoignage n'avait aucune » importance. Alors le Grand-Prêtre, se levant, s'adressa à Jésus » et lui dit : Tu ne réponds donc rien à tout ce que ces témoins » déposent contre loi?

» Jésus se taisait, sans répondre, d

Jusque-là le procès n*avait eu aucune importance.

Jésus aurait pu être condamné^ le jugement aurait été injuste, mais il n'aurait eu aucune signification et n'aurait abouti à rien.

11 y avait la question importante, celle qui occupait tous les esprits à Rome comme à Jérusalem, celle dont parlaient les sibylles et les poètes, les philosophes etles peuples, dont parlaient les prophéties véritables et les docteurs de la loi, la question de VHomme qui devait être envoyiy du Libérateur promis^ du Conquérant universel, dix Dieu incarné en un mot, voilà la question importante; c'est le Grand-Prêtre qui la pose carrément.

Le Grand-Prêtre, continue S. Marc> interrogea de nouveau Jésus, disant :

« Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le » Christ, fils de Dieu.

)) Jésus lui répondit : Tu l'as dit. »

Et il ajoute en confirmation :

« De plus, je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de » l'homme, assis à la droite de la majesté de Dieu, et venant » sur les nuées du cieL »

C'est là tout le crime et l'accusé s'en reconnaît coupable. Les jugent connaissent ce qu'ils vont juger.

« Aussitôt le Grand-Prêtre déchire ses vêtements, disant : Il

33 ans après J.-G. jésUS CONDAMIfâ EST RENIÉ PAR PIERRE. 289

» a blasphémé ; qu'avons-nous besoin encore de témoins ? B Voilà que maintenant vous avez entendu le blasphème. Que » vous en semble?

» Et ils répondirent : Il mérite la mort *. »

C'est donc bien comme Dieu qu'ils condamnent Jésus, et ils sont convaincus de Déicide.

89. Sémum^ contre ioale loi, em I livré «nz «««rages des TAleto

el de 1« floldalefl^ne JndaV^iie.

Saite du vendredi 3 ayril. — 5 heures du matin.

Jésus venait d'être condamné par le tribunal, mais la sentence n'était pas encore confirmée par le Sanhédrin. Cependant^ sous les yeux des juges, comme cela avait déjà eu lieu chezAnne^on commence une hideuse exécution du jugement, Jésus avait été amené de la salle du jugement dans Tatrium ou vestibule, où se tenaient, les gardes et les valets.

a Alors les hommes qui le tenaient enchaîné se mirent à se t moquer de lui et à le frapper. On lui cracha au visage, on le » frappa àcoups de poings ; d'autres lui donnaientdes soufflets » sur la figure, après lui avoir voilé la face^ et ils lui disaient : » Devine, prophète, qui t'a frappé? Et ils faisaient entendre D bien d'autres blasphèmes contre lui ^. b

40. Jean* est renié trois fois par Pierre sob disciple le plus

sonragenx. — Kepeatir de Pierre.

Suite da vendredi, 3 avril. — de 3 heures à 5 heures du matin.

Au milieu de ces indignes outrages, une poignante douleur était réservée à Jésus. Pierre, son disciple le plus fidèle, celui qu'il avait choisi pour lui succéder dans le gouvernement de son Eglise, à qui il avait donné le pouvoir de délier et de lier,

* Mallh. XXVI, 63-66 et Marc, xiv, 61-64.

2 Marc, XIV, 65 ; Malth. xxxi, 67, 68 ; Luc, xxii, 63-65.

290 THADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAlIfES. 785 de Rome.

et confié les clefs de son royaume, Pierre va le renier trois

fois.

Nous avons vu que tous les disciples avaient abandonné Jésus ; Pierre seul l'avait suivi de loin et l'accompagna jusque cliez Anne et chez Caïplie. Grâce à un disciple connu du grandprêtre, et que Ton croit être S. Jean, il était entré et s'était mêlé aux soldats et aux valets, et se chauffait avec eux devant les feux allumés dans la cour.

a La portière d'abord, avant de te laisser entrer,lui demande » s'il n'est pas un de ceux de Jésus, et il répond : Non. Une » servante le lui affirme et Pierre nie en présence de tous et dit » avec serment : Je ne sais ce que vous voulez dire. Je ne » connais pas cet homme, et il sort de la cour et entre dans le D vestibule, et le coq chante. Une autre servante l'accuse en- K core comme il passe par la porte. Une heure après, il revient » dans la cour pour se chauffer. L'un des assistants affirme de » nouveau qu'il était avec Jésus, puisqu'il était Galiléen. Pierre » le nie encore. Mais on lui répond : Certainement, tu es de ces » ^ens-là; ton langage te trahit. Pierre se mit à affirmer et à » jurer avec anathème qu'il ne connaissait pas cet homme. » Enfin un des valets, le cousin de celui dont Pierre avait » coupé l'oreille dans le jardin, lui dit : Est-ce que je ne t'ai » pas vu dans le jardin? Pierre persista à nier.

» Et comme il parlait encore, le coq chanta pour la seconde

» fois.

» En ce moment Jésus,qui avait été ramené dans la cour, où

» il était en butte à tous les outrages, se tourna vers Pierre et

» jeta son regard sur lui.

j> Alors seulement Pierre se rappela la parole que le Sei- A gneur lui avait dite : Avant que le coq chante deux fois, tu » m'auras renié trois fois.

i> Et Pierre, étant sorti de la cour, pleura amèrement K •

Tous les saints Pères ont remarqué la douceur et la force de ce regard de Jésus.

Nous sommes étonnés qu'aucun peintre célèbre n'ait essayé de Texprimer. Mais qui est celui qui aurait pu y réussir?

1 Matth. zzvi, 69-75 ; Marc, xiv, 66-72; Lac. xxii, 55-61 ; Jeao, xTiit, 16-Î7 .

33 aos après J.-C. JÉSUS DEVANT LE SANUÊDRIlf. 291

4l. Jeans esi «oadiilt devAAt le s^**' ■••hédrl». — Momrel lnierr«g«lolro. — Zl me déel«r« de »«av««v rila d« DIoa. — 0a eendamnalloB à morl oai eonflraiée.

Balte da Tendredi 8 avril. — 6 hearea da matin.

Le tribunal particulier de Caïphe, des Prêtres et des Scribes avait condamné Jésus à morl comme ayant blasphémé en se disant Fils de Dieu. Mais il fallait faire confirmer le jugement, par le grand conseil ou le Sanbédrin, qui était le tribunal suprême delà nation. Aussi un nouvel interrogatoire va avoir lieu, sur les mêmes questions et délits pour lesquels il venait d'être jugé.

a Le matin^ dès qu'il fil jour, les grands prêtres réunirent » le conseil, avec les Scribes, les Anciens, el le Sanbédrin » tout entier, pour mettre Jésus à mort. On Tamenà donc » dans le conseil, et on lui adressa cette question : a Si tu es » le Cbrist^ dis-le-nous ? d Jésus répliqua : « Si je vous le dis, » vous^e me croirez point; si je vous interroge, vous ne me » répondrez pas, et vous ne me laisserez pas aller.

» Mais nonobstant, le Fils de l'iiomme sera assis à la » droite de la puissance de Dieu. »

)> Ils lui dirent tous à la fois : « Tu es donc le Fils de Dieu ? B Vous le dites, reprit Jésus ; je le suis. — A quoi bon s'écrièrent-ils, un témoignage l Nous l'avons entendu de sa » propre bouche ^ »

£t c'est ainsi que la précédente condamnation fut confirmée.

On le voit, c'est comme fils de Dieu el Dieu que le grand conseil des Juifs condamne Jésus. Celte condanmation est donc justement appelée DEICIDE.

Et que l'on fasse attention. Cette accusationavaitdéjàété portée contre Jésus, et Jésus avait répondu : « N'est-il pas écrit » dans votre loi» J'ai dit: Vous êtes dieal^ Si elle appelle Dieux

^ Lue, xx)i, 06 ; Marc, xt, 1 ; Matth. zxvu, 1.

* Psaume lxxxi, 6; Jean, x, 34 ; Annales, t. m, p. 454 (6* série).

292 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome.

» ceux auxquels Dieu a parlé, et si rRcriture ne peut être » Taine, pourquoi dites-vous que je blasphème, moi que le V- Père a sanctifié et envoyé au monde, parce que j'ai dit : Je » suis le Fils de Dieu ? Si je ne fais les œuvres , ne me D croyez pas. Mais si je les fais croyez aux 05uvres '. »

Il n'yavaiirien à répondre à cela. Mais les juges avaient oubliéleur loi; ils avaient oublié aussi les œuvres de celui qu'ils condamnaient ; que depuis 3 ans il guérissait toutes les maladies, commandait aux vents et à toute la nature, dominait les démons, avait guéri en leur présence Taveugle-né, et avait ressuscité Lazare. Mais tout cela était oublié.

Ils avaient oublié aussi la prophétie la plus précise et la plus précieuse de leurs livres. Isaïe leur avait dit : « Voilà a que la Vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera V Dieu^avec-nous, (Emmanuel, htraoi)^. »

Cette prophétie s'était très-bien conservée, et S. Matthieu ne manque pas de la rappeler en parlant 'de la naissance de Jésus-Christ 3. Aussi les Juifs à cette même époque appelaient Dieu, celui qu'ils croyaient être le Messie, ou le Libérateur promis. Nous avons vu qu'ils avaient été tentés de reconnaître le Messie, dans le Dieu Jules César * .

A cette époque existait une secte celle des Hérodiens, qui reconnaissaient pour le Messie ou Christ , l'atroce scélérat Hérode l'Ascalonite^ parce qu'en lui était sorti le sceptre des mains de Juda^.

Bien plus, 11 ans après, nous voyons à Césarée les Tyri.ens, les Sidoniens et les Juifs reconnaître publiquement l'aventurier roi Hérode-Agrippa ® pour Dieu : « Tout le peuple Taccla- » mait, dit S. Luc, en disant : « Ce sont les voix de Dieu et » non d'un homme. Mais l'ange du Seigneur le frappa, par-

1 Jean, n, 34-38.

' laaie, tu, 14 et viii, 8.

s Matth. I, 23.

* Voir Annales, t. xii, p. IS (5« série).

* TertuUien, De proueriptionibus, c. 45, Pat. UU, t. ii, p. Ht, S. Jérôme, Àdv. Lucifer, S. Epipbaoe, Eœret. 1. i, c. 30, Pattologie grecque, t. 4J, p.

« Voir Awnaks, t. vii, p. 363 (6« série).

\% ms apràs J.-Ci JCJ0AS 8B RBPSfT ST IS PERD. 293

) ce qo'il n'avait pas rendu honoenr à Dieu, et aussitôt^ I déyoré par les vers^ il expira ^ »

Josèphe, qui raconte aussi sa mort douloureuse , nous lonoe la formule de leurs acclamations : « Les flatteurs, dit- I ily l'acclamaient en l'appelant Dieu, et disant : Sois^nous » propice , et quoique jusqu'à présenl nous t'ayions révéré » comme un homme, désormais nous confesserons que tu es » au dessus de la nature mortelle ^. »

C'est donc le véritable Dieu, seul» qu'ils n'ont pas voulu 'econnailre pour Dieu.

(2. Jadas se repent d'avotr livré Jésaa, rend l'argent ^uUI

m. reçu et vm. •• pendre.

Suite du vendredi 3 avril, vers 7 heures du matin.

Ici se place un incident remarquable*

Judas, ce disciple choisi par Jésus, l'homme de confiance lu petit groupe dont il portait la bourse^ qui venait démanger a chair et boire le sang de Jésus, averti avec tant de soUiciode de la mauvaise action qu'il allait faire, résiste en ce noment au Satanas qui était entré en lui ; il se repent de sa rahison.

« Alors Judas, qui avait tnihi Jésus, voyant qu'il était con- » damné, pressé par le remords^ rapporta les 30 pièces d ar-

geut aux princes des prêtres et aux anciens du peuple, disant : J'ai péché en livrant le sang innocent. Mais eux

répondirent : Que nous importe? Cela te regarde. »

En ce moment Judas, au lieu de s'adresser à Celui qui ardonne tout, et toujours, au repentir sincère, se livre au

ésespoir :

« Judas, ajoute S. Matthieu , après avoir jeté l'argent dans le temple, et s'être retiré, s'en alla et se pendit ^. »

^ Actes, xir, 20-23.

2 Josèphe, Ant. Jud, !iix, 8, n. 2.

3 Malth. XX vu, 3-5.

l* sÉniE. TOMBix. N" »2; 1875. (88« vol. de la eoU.) lu

i94 TRADITIONS ÏT SUPERSTITIONS ROMAINES. 7S5de Rom^

Mais voici qui prouve la perversion morale où étaient tombés tous les juges de Jésus. Eux, qui viennent de condamner cet illustre innocent, éprouvent des scrupules.

«Les Princes des prêtres prirent les pièces d*argenl,et D dirent: « Jl n'est pas permis de les mettre dans le trésor, car j> c'est le prix du sang. » Âpres avoir tenu conseil, on acheta » avec cet argent le champ d'un potier pour servir d la sipuln ture des étrangers. C'est à cause de ceÀù que ce champ est » appelé jusqu'à ce jour : Haceldama, c'est-à-dire le champ » du sang.

» Alors fut accomplie la parole du prophète Jérémie * : Ils » ont reçu les trente pièces d'argent, prix auquel a été estimé >^ Celui que mirent à prix les enfants d'Israël, et ils les ont s> donnés pour le champ d'un potier, comme m'a ordonné le B Seigneur. x>

I.CS Juifs ne faisaient pas attention que, dès ce moment» étant devenus étrangers aux yeux de Dieu, c'est pour euxmêmes qu'ils ont préparé ce cimetière.

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