‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 79 sur 122 · JéflOfl est condaU dOTant Pllate · texte numérisé non relu

JéflOfl est condaU dOTant Pllate

Suite du veûdredi 3 avril, vers 7 heures dumaUn.

Le grand conseil des Juifs avait confirmé la sentence qui condamnait Jésus à mort. 11 s'agissait de faire exécuter ce jugement, et il n'y avait que le représentant de Tibère qui eut ce pouvoir. Les membres du grand conseil conduisent donc Jésus garrotté à Pilate.

« C'était le matin, dit S. Jean *, el en observateurs scrupux> leux de la loi, ils ne veulent pas entrer dans le prétoire d'un » païen, pour ne pas être souillés, et pouvoir célébrer le len- » demain la Pâque. Pilate a la bonté de sortir et de les recevoir » dehors. »

Cette intervention de l'autorité romaine est remarquable à

1 Une erreur de copiste, qui a mis ici Jérémie au lieu de Zacharie, xi.f 2, ii. < JeaD, zvni, 38.

33 ans après J.-C. JÉSOS DEVANT PILATE. 29K

double titre, rrabord parce que Pilate ne trouve en Jésus aucune action digne de mort, et plusieurs fbis veut le renvoyer absous, ce ()ui est une puissante preuve de sa parfaite innocence; ensuite parce que, nonobstant, il le livre au supplice, (îe (|ui rend le pouvoir romaiTi responsable de la mort du Juste, et le constitue Déicide,

Jamais on n'avait vu un jugement semblable. Tout est contre la justice, contre le droit, contre le bon sens. Mais, conune le dit S. Luc, Jésus avait prédit, peu auparavant, et point par point, sa livraison aux Gentils^ et le cruel supplice qui va suivre ^ et il fallait que cette parole de Jésus s'accomplît. Son supplice même est une preuve qu'il était Dieu. Exposons les principales phases de cet inique et unique jugement.

Pilate, comme c'était juste, demande d'abord aux Pontifes : « Quelle accusation apportez-vous contre cet homme? >»

Cette demande si naturelle déplaît aux Pontifes, ils lui répondent avec insolence :

(I S'il n'était pas un malfaiteur, nous ne serions pas venus te » le livrer. »

Pila te veut d'abord repousser toute responsabilité et leur riîj)ond :

«. Prenez-le et jugez- le d'après votre loi. »

Mais les Juifs lui en imposent la responsabilité en lui disant :

a II ne nous est pas permis de mettre personne à mort, d

Ht alors pour répondre à la demande de Pilate, ils se mirent à Taccuser, non plus de se dire Fils de Dieu, motif f»our lequel ils venaient de le condamner à mort, mais ils excitent la colère et la responsabilité de Pilate en disant :

a Nous l'avons trouvé soulevant nôtre nation et défendant « (calomnie inique) de payer le tribut à César, disant de plus qu'il est le Chrisi-Roi. »

Sur cela Pilate entre dans le prétoire et dit à Jésus :

* Est-ce que tu es le Roi des Juifs? » — Jésus, qui n'avait pas entendu l'accusation des Juifs, répond : a Dis-tu cela de toi- » même, ou d'autres te Tont-ils dit de moi?» — Pilate répond :

^ Voir AnnaUsj.U viii, p. 350, et Luc, xvii, , 31-34;

S96 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome.

c Ë&t-*ce que je suis juif, moi? Ta nation et tes poutifes t'ont » livré à nioi/qu'as4u fait? »

Jésus répondant alors à sa prennière demande lui dit :

« Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume » était de ce monde, mes ministres certainement combattraient » pour ne pas être livré aux Juifs, mais maintenant mon » royaume n'est pas d'ici. »

Pilate répondant directement à cette déclaration réitérera première dn^mande :

« Donc tu es Roi ?» — Jésus confirme la réponse précédente en disant :

« Tu le dîSy je suis Roi, moi. Je suis né et je suis venu dans » le monde, dan» le but précis de rendre témoignage à la Vé- » rite. Tout homme qui est de la Vérité entend ma voix. » ^ Pilate lui réplique : a Qu'est-ce que la Vérité? j»

C/était en effet la question importante. Le monde païen avait |)erdu la Vérité; le monde Juif la conservait» mais l'avait falsifiée. Aussi c'était la recherche poursuivie par tous les philosophes^ la seule qui tourmentait en ce moment le genre humain. Mais Pilate ne voulut pas attendre la réponse. Confirme de plus dans la pensée que Jésus n'est pas coupable, il ressort et dit aux Princes des prêtres et à la foule :

« Je ne trouve en cet homme aucune cause (de condamna* » tion). j>

Mais ceux-ci insistent encore plus et ajoutent un nouveau grief.

(c 11 soulève le peuple^ en l'enseignant dans toute la Judée, I» en commençant parla Galilée jusqu'ici. »

Pilate interroge de nouveau Jésus sur toutes les accusations dont on le chargeait, mais Jésus ne répond rien. Pilate lui dit : « N'entends-tu pas les nombreux témoignages dirigés » contre toi ? et tu ne réponds rien? » — Mais Jésus ne ré(K)n<i plus rien. De sorte que Pilate en était grandement étonuc<.

1 Matth. xvii, 14.

38 ans après J. -G, JÉSUS BKVANT HÈftODE. 29:7

44. JléMitii eut eondaU devAnt B^roAe. •>- tl retape 4e fUIre .«a ■ilraele devant loi. — Hérede le rerèt d*«ne relbe blaaehei, eeniBie «n eAtonS ea as ffeo, et le renvoie.

Suite du vendredi 3 avril, vers 8 heures du matin.

Pilaie avait grande envie de se délivrer de la responsabilité de l'affaire de Jésus. Aussi a en entendant parler de GaHlée, il » demanda si Jésus était Galiléen, et lorsqu'il apprit qu'il était j> de la domination d'Hérode, il le renvoya devant ce prince, » qui était alors à Jérusalem ^

Hérode avait beaucoup entendu parler de Jésus ; noiis l'avons vu s'imuginer qu'il n'était antre que Jean ressuscité ; de plus, pour se délivrer de ce souvenir, il avait voulu faire sortir Jésus de ses états, et on lui avait sans doute rapporté que Jé&us ravqit traité de vieux renard ^. Il était donc d'un côté désireux de le voir, de l'autre indisposé contre lui. L'absolution qu'il va lui donner est donc plus signiQcative.

«I Hérode fut très-heureux de voir Jésus. Car depuis très- » longtemps il désirait le connaître, parce qu'il avait entendu 9 raconter beaucoup de cboses de lui, et il espérait voir quel- D que miracle opéré par lui. Hérode donc lui fit un grand » nombre de demandes, mais Jésus ne lui répondait rien^Or, » les princes des Prêtres et les Scribes étaient constamment là, B renouvelant leurs accusations^. »

Hérode, on peut le croire, fat très-mortifiéde voir que Jésus, qui avait semé les miracles et les paroles dans tous ses états et en faveur de tous ses peuples, ne daignât 4)as même lui répondre. 11 y avait sans doute là la cruelle Hérodiade et la danseuse sa fille, qui durent âtre aussi très-mortifiées. Il était donc à craindre qu'Hérode ne traitai Jésus comme il avait traité Jean. H en fut autrement :

« Hérode, avec toute sa cour, le méprisa; il le fit revêtir,

* Luc^ xxui, s- 12.

' Voir Annales, t. viu, p. 302 (C* série).

3 Luc, xxiii, Ô-IO.

298 TRADITIONS ET SUPBRSTITIOKS RCMA1NE6. 785 de Rome.

» par raoijuerie, d'une robe blanche et le renvoya à Pilatc. A y> partir de ce jour Hérode et Pilate furent «rniis, d'ennemis it qu'ils étaient auparavant '. ^

Voilà donc une fois de plus Jésus déclaré innocent par les deux pouvoirs qui avaient droit de vie et de mort sur lui.

4&. Jésa« e«l ramené à Pllato qal vciii le délivrer, nels les Juifs préfèrcni qu^ll délivre ra^sessln Barrabes.

Suite du vendredi 3 avril, à 9 heures du matin.

Pilate convoqua les princes des prêtres, les magistrats et le peuple^ et leur dit : « Vous m'avez amené ci t bomme^ » comme soulevant le peuple, et voici que je l'ai interrogé de- » vaut vous, et je ne trouve aucun crimf; parmi tous les cliefs » d'accusation que vous portez contre lui. Hérode non plus; » car je vous ai renvoyés vers lui, et, vous le voyez, on ne lui » reproche rien qui soit digne de mort. Je le renverrai donc, » après l'avoir fait flageller -. »

Toujours pour essayer de délivrer Jésus Pilate ajoute :«C est » rhabitudequejevous délivre un prisonnier à laPâque. You- » lez- vous que je vous donne le Roi des Juifs? Lequel de D Barrabasou de Jésus, qu'on appelle Christ? Car il savait que » c'était par envie que les grands-prêlres le lui avaient livré.»

On voit comment Pilate commence à faiblir^ d*abord en offrant de faire flageller un homme qu'il proclame innocent, puis en imaginant de le mettre de pair avec un assassin, et de le gracier comme s'il avait mérité la mort.

Ici se présente un incident remarquable :

Pendant qu'il était assis sur son tribunal sa femme lui envoya dire : « Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste, car j'ai » beaucoup souffert aujourd'hui, en des visions, à cause de » lui *. »

1 Luc, xxiii, 11-12.

2 Luc, XXIII, 13-16.

3Matth. xxvii, 17-19.

33 ans après J.-C' LA FEMME DE PILATE PROTÈGE JÉSUS. 299

I/intervention de celte femiue el les termes même de Tavis qu'elle donne à Pilate ont de quoi surprendre. Il faut les examiner, i

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