‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 80 sur 122 · KaA ffeuMue de Pilate Inlervlone en faveur de Séàum · texte numérisé non relu

KaA ffeuMue de Pilate Inlervlone en faveur de Séàum

Mollcç sur aa vie.

Chose triste à dire. Jésus avait rendu de bien grands services à tout ce peuple. II avait obligé les grands et les petits. Or, dans tout ce procès inique, pas un ne vient à son aide. Les disciples se sont enfuis, les Nathanael,les Nicodème, les Zachéeet les Lazare se cachent. Jésus peut dire : a J*ai cherché quel- » qu'un qui s'atlristât avec moi, et il n'y en a point; quelqu'un » qui me consolât^ et je n'en ai point trouvé K » Une femme seule intercède pour lui. Elle mérite que nous nous arrêtions un moment pour la faire connaître et lui rendre hommage ^.

Au texte de l'Evangile ajolilons celui qu'on lit daus VEvangiie apocryphe de Nicodème.

*( Gomme Pilate pensait à se lever de dessus son siège, sa » fennme envoya vers lui, disant : Qu'il n'y ait rien entre toi B et cet homme juste^ car j'ai beaucoup souffert celle nuil à B cause de lui. — Pilate, appelant les Juifs, leur dit :

«c Vous savez que ma femme est honorant Dieu et qu'elle > judalse beaucoup avec vous. — Ils lui répondirent : Oui, » nous le savons. — Pilate leur répondit : Voila que Procla^ » ma femme, a envoyé vers moi, disant : Qu'il n'y ait rien » entre toi et cet homme juste. Car j'ai beaucoup souffert à i> cause de lui, celle nuit.— Les Juifs Répondirent: Ne t'avons- » nous pas dit que c'est un magicien et qu'en Béelzébut, » prince des démons, toutes choses lui sont soumises ? Voilà » qu'il a envoyé ce songe à la femme, elc. ^. »

^ SosUnui qui simul cûntristaretur^ et non fuit, et qui consolar^lur, et non Inveni {Psal, lxyiii, 21).

' Les Annales ont d^jà ingéré cette notice dans !. vu, p. 436 (5<' série).

3 Voir le Dict. des apocryphes, de Migne, f. i, p. 1105, et le texte grec emprunté «u Codex apocryphus novi TestamerUi de Tliilo, EvangeL Nico^^ demi, c. vu, t. i, p. 570, le seul qui «lit paru ; in-8<^, Lipsis. 1832.

300 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rone.

Le nom de Procla est écrit Procula dans la traduction latine - placée vis-à-vis du texte grec, d'après un ancien codex d'Einsidlein S pnr Thilo, qui ajoute :

« Le texte, portant Procla^ est corrompu. Car cmQ codex que

» j'ai consultés portent le nom de Prôeula. — On le lit dans

» la traduction anglosiixonne, et franco-gauloise. On le lit

^p aussi dans^l'hislpirp apocryphe de Pilate, en arabe**. Les

% Ethiopiens Fappeltént Abrocta, d'après Ludolphe^. »

Thilo continue :

» Par ces paroles: «Mafemmejudaïse beaucoup avec vous,i Pilate veut faire entendre que sa femme était unie aux Juifs par quelque communion des choses sacrées, ou qu'elle était prosélyte de la porte. Plusieurs interprètes du Nouveau-Testament, entre autres l'anglais Jo. GUI, l'ont soupçonné. Or, qu'il y eût alors plusieurs femmes des Gentils, même Romaines, qui étaient, à cette époque^ attachées à la religion des Juifs, nous le savons :

» 1° Par les acte» des apôtres qui, pnrlant du séjour de Paul et de Barnabe à Antioche, et du grand progrès que la prédication de TEvangile faisait parmi les gentils, ajoutent :

a Les Juifs ayant soulevé les femmes religieuses et distio- ' » gnées {(TcêojjLévaç xai eùdj^i^fjLovaç), et les principaux de la ville, » excitèrent une persécution contre Paul et Barnabe et les » chassèrent de leur pays *. »

» Une autre mention d'une femme prosélyte est faite pendant que les apôtres étaient à Philippçs, en ces termes :

« Une femme nommée Lydie, marchande de pourpre de la B ville de Thyatire, et servant Dieu {<r66o(/6vri tov 6eov), nous » écouta **. »

» 2° Par Josèphe, qui « parle d*une Fulvie, femme noble qui » (sous Tibère) avait embrassé la loi mosaïque (xal voiAt^otc

i Voir Codices Einsidl., Corsin., Ifavn., UalL et Lipsi.

3 Bihlioth. de Paris, u. 133 , parmi les syriaques.

3 Lexicon JEthiopicum, p. 541.

^ Judœi autem concitaverunt muUeres relig^iosas et hooeitas, et primos civitatiâ, et excitaverunt persecutionem in Paulurn et Barnabam^et^yeceraot eoB (le Ûnibus suis {Àctus apost, xui, 50).

* Et qusedam mulier Lydia, parpararia civjtatls Tbyatirenoram, coleoi Peum, aadivit {Ibid,, xvi, 14).

31 ans «près J.-C. TIOTICB SUB LA FEMME DR PïLATE. 301

» 7rpo<rcXY)Xu6uTav toTç loudoi txot<) ^ ; n et puis d'une ff Hétènp, reine » des Adiabéniens en Arabie, qui (en 44 de Jésus-Christ), viy> vait avec son fils seloii les coutumes des Juifs (eU 'r^ Iou3atwv

» 3"* Par Rusèbe qui, à l'an 95, constate que a les écrivaivs » païens avaient fait mention de cette Flavie DomitiUe, femme i de FlaTîus Clémens, alors consul de Rome, et qui, pour aTorr » confessé le Christ (t5); eîç Xptorbv jAaprupfcç ïvfxev), fut exilée b dans Tile de Pontia ( près Terracine ) , avec plusieurs » antres ^. »

» 4'' Enfin par Dion Cassîus qui, parlant de l'exil de cette même Flavie Domitille, du supplice de Flavius Clémens son époux, et de plusieurs autres, les dit: c accusés d'impiété et » de suivre les coutumes des Juifs (fpcXT](jia dlOe^Toç.. x»! A^m

« k tâc ttSv loudaddv ^Oy] IÇoxéXXavrcç ^). d

» Tous ces adorateurs du vra» Dieu, on les appelait proêilytêg de la porte, en gîec eôXaêftc, cpo^ufAcvoc t^ Bi^v, ffeê<'/{jLevot tov Beov* (et comme ici OeocriSi^ç), et en latin méfum/es, vereeundi^ religiosiy timorati , dans la version d'avant saint Jérôme, et dans la Vulgate, colentes. Les écrivains romains les appelaient attachés aux coutumes des Juifs, comme vient de le dire Dion. Mnenter nous avertit qu'on trouve des inscriptions avec le mot metueniea, dans Grnter ^ et dans Appianus ^. Cependant il s'est pas vraisemblable que la femme de Pilate fût une proselyte, et qu'elle l'eût appris à son mari, puisque celui-ci méprisait les Juifs et les traitait cruellement, de manière qu'ils se haïssaient réciproquement. 11 est encore moins probable qu'il eût ainsi parlé avec le» Juifs ^.

> iosèphe, Ant jud,, I. xviii, 3, 5.

^ Ibid. XX, 2, 1. Voir les raisons que donne Baroiiius pour prouver qu'elle était chrétienne {Annales, ad annum 44).

^Eusèbe, Hist. eccl. 1. in, c. 18; Patr. grec. t. xx, p. 251 ; et daus sa Clironique, à Fan 95; ibid. t. xix, p. 551.

*• Dion, Hist. rom., \. Lxvii, c. 14 ; Hi-fol., p. 1112.

^ Voir Deylingii, observ. sacrœ, par», n, p. 462.

* Gruter, Thesaur. inscript. ^ p. 271.

^ Appianus, Inscriptiones sacrosanctœ vetust€Uis, p. 358.

8 Thilo, ib. p. 554.

302 TRADITIONS BT SUrEUSTlTIONS ROMALNËS. 785 de Rome.

C'est ropinioQ très contestable de Thilo, qui ajoute : tt Parmi les tiistoriens, ceux qui nomment Procw/a, la femme /de Pilale, sont : Jean Maialas *, Nicéphore ^, Vincent de Beau- \ais ^, et le faux Dexter, qui l'appelle Claudia Procula et dit qu'elle crut en Jésus-Christ *; d'où Ton peut conclure que c'était une affranchie de la famille Claudia d'où Tibère tirait son origine, et que Pilate, homme, il parait, d'un rang inférieur, lui devait sa fortune, les noms de Proçulus^ Proctus^ Procuk sont assez fréquents, comme l'apprend Muenter K On cite un Claudius Proculus à qui Adrien écrit une lettre ^. Coinelius à Lapide ^ dit que u Procla a été placée par les Grecs au p nombre des saintes », mais no dit pas à quel jour. C'est pour cela que Tilleraont ® m.€t en doute cette sainte Procula^ et affirme ne l'avoir trouvée ni dans Ferranus, ni dans Cauisiiis. Mais Fred. de MaUhœi^ daas sa 2® édition du Nouveau Testa ment ^, note sur S. Mathieu xxyii, 19, dit que la mémoire de Procula, femme de Pilate, est célébrée parmi les saints, dans l'Église grecque, le 27 octobre, et que, dans un de ses Codex^'

on lit : '^ àyia Ilpox^a, i\ yct^ui^ toïï IleXaTou. .

' » Or, comment a-t-il pu se faire que la femme de Pilate ait été mise au nombre des saints par les Grecs modernes, on peut le conjecturer par ce que les anciens Pères ont dit du songe de cette femme.

x> Tous les Pères nient en effet que ce songe ait été tiaturei Quelques-uns croient qu'il provenait du Diable, parmi lesquels

^ Jean Maialas, Hist, chron.^ p. 309, dans Patr, grecq,^ t, 97, p. 367.

'^ Nicéphore, Hist. eccL, 1. i, c. 30, p. 107 ; édit. Paris, 1630.

^ Vincent de Beauvafs^ citant VÉvangile dé Nicodème dans son Spéculum, historialey 1. vu, c. 41.

^Claudia Procula, uxor Pilati, admonita par somnium, in Ghriâtuni credîdit, et salutem consequitur (Dexter, Chron.^ ad ann. 34 ; Pair, lat.^ t. 31, p. 69.

^ In prohahil, , aect. 5.

* Pandecte, 37, de Ventre etc,

7 Gornei. à Lap., in Matth. xxvil, 19.

8 Tillemont, Mémoires concernant VMst, ecclés,, f. i, p. 192. »Edit. deWittemb. 18^3.

10 QuMI nomme 3, fol. 147.

33 ans après J.-C. NOTICE SUR LA FEMME DE PILATE. 303

on cile le faux Ignace qui dit, dans son Epîlre aux Philippiens .' «c l^ Diable effraye cette faible femme, il la trouble dans » son sommeil, et essaye d'empêcher le crucifiement ^ » Il s'ensuivrait que le Diable, connaissant alors le mystère de la mort du Christ, aurait ainsi voulu empêcher cette morl. Baronius ^ Cornélius à Lapide^ et Maldonat*, citent d'antres écrivains qui parlent de même. Baronius, s'appuyant de l'autorité d'Ignace, pense que le songe fui envoyé par le Diable.

» La plupart des Pères, au contraire, pensent que ce songe fut envoyé à la femme de Pilate, par Dieu lui-même. Origène le premier s'expriirie ainsi :

(( Les évangéhstes ne veulent pas passer sous silence une acy> lion de la providence divine, contenant les louanges de Dieu, D qui voulut convertir par ce songe la femme de Pilate. Or, si » ce fut là le commencement de sa conversion vers Dieu, en ce » (|u'elle avaif souffert plusieurs tourments en songe, Dieu le » sait. Cependant c'est ce qui est affirmé dans quelques écri- » tures non publiques ^. »

9 C'est dans la mêpe opinion que sont S. Athanase *, S. Hilaire^, S. Ambroisr.**,S. Chrysostome*, S. Augustin*®, et parmi les écrivains du moyen âge Théophylacle *S et Pascbase Hadbert ^2.

^ Ignace, lettre supposée aux Philippiens, c. iv, dans Patr. grecq., t. v, p. 923.

^ BaroDias, ÂnnaleSy ad ann. 34, n. 83.

^ Corn, à Lapide cité ci-dessus.

^ Maldonat, sur le chap. 27 de S, Matth,

^ Origène, Homélie 33 «ur S, Matthieu, — Dans Patr. grecq., sous le titre de Séries comm. in Malth., n. 122 ; t. xiii, p. 1773. — Voir Huet, Origeniann l m, p. 252 (Ibid.).

« Atban. ad Maûcimum ; Opp*, t. i, p. 163, Paris, 1627. Patr, grecq., t. 26, p. 1086.

7 Hilar. in Matth., c. 33. n. 1 ; Pat, lai., t. ix, p. 1072.

^ S. Amb. exposhio in Luc. lib. x, n* 100 ; Ihid.^ t. xy, p. 1829.

^ Ghrysost., hom, 86 (alias 87) in Matth., dans Patr, grecque, t. 58, p.

^^ Âugust., Serm. 121 deHempore (y Appendice n. 150 ; Pat, lat., t. 39, p. 2038).

>^ Theopb., ad Malth. xxvu, 19; Patr, grecq., t. 123, p. 463.

^'i Pasch. Rad., in Matth., 1. xii; Patr. kiC, t. 120, p, 938.

304 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome.

Quelques-uns même croient que c*esl d'elle que parie S.Paul quand il dit : « Ëubulus, et Pudèns, et Linus, el Claudia, et tous » les frères vous saluent K x>

x> On voit par ces nombreux témoignages que ces Pères étaient persuadés de la conversion de la femme de Pilate pour le Christ, et qu'elle était regardée, comme le dit Paschase Radbert^ a comme le type de la Gentilité, laquelle^ en appelant te » Seigneur Jésus du nom de Jusie^ donna aux non croyants un D témoignage pour la foi^. » C'est ainsi qu'elle put facilement être mise au nombre des saiutqs ^. »

49. Pilate ffall de noaTeaax elTorto pour ■anTer Jféumm. Suite Uu vendredi 3 avril. — 8 heures du matin.

On comprend que ce mystérieux langage de sa femme dut tenir de plus en plus Pilale en suspens. Aussi il espère avoir gagné les Juifs^ qui souffraient impatiemment le joug romain en donnant à Jésus le nom de Roi.

Pilate voulant délivrer Jésus leur répondit : «c Que ferai-je » du Roi des Juifs? de Jésus qui est appelé Christ? -;- Cruci- ^ fiez-le, cruciflez-le, disait la foule. » — Pour la 3"" fois Pilate » leur dit : a Quel mal a-t-il fait? Je ne lui trouve aucun délit » digne de mort. »

' C'était le juge impartial qui parlait, il rendait témoignage de l'innocence de Jésus. Aussi on est à bon droit révolté de la parole qu'il ajoute :

« Je vais le faire flageller et je le renverrai. »

11 espérait sans doute émouvoir la foule, qu'il savait ne suivre que les instigations des prêtres et des pharisiens. Hais il manquait à tous les devoirs en infligeant ce dur châtiment à un homme qu*il proclame de nouveau innocent.

1 II Tim, IV, 21.

2 Ut in uxore Piiati genUIitas designetur, qusjuBtum Dominum coofiteodo et etiam teBUmonlum dat ad fideno, non credeniibus (Phsi-li. RadUrt, ibid.)

> VoirThilo, Codex apocry, novi TestamerUiy Evang, Nicodemi, c. u, t.i (le seul paru), p. 522 — et la trad. de cet Évangile, dans le dict, des apoery, de Migne, t* i, p. 11 OS.

33 anâ après J G. JÉSUS FLAGELLÉ EST MONTRÉ AU PEUPLE. 30!$

48. Jésvs e«t OAgellé et neutre ao pevple, ^al redenaMde •• mert. — Pllaie «e rend eeupablc do lèse-hamaBlté et de lèse-tflTlvtté. i

SoiU du veudredi 3 avril. — Vers 9 heures.

« Pilate donc, dit S. Jean, |»rit Jésus et le fit flageller. » D'après la loi juive, la flagellation ne devait pas dépassen* 40 coups de fouet S et même pour ne pas dépasser ce nombre on n'en donnait que 39 : c J'ai reçu^ cinq fois de la part des 1 Juifs, 40 coups de fouet, dit S. Paul^ moins un^ » Mais il est probable que ce furent les licteurs romains qui flagellèreat Jésus. C'était les Bruttiens, chargés de ces exécutions 'S et qui aussi dépassèrent de beaucoup le supplice j-uif. Et surtout ils dépassèrent toutes les lois par les indignes traitemeats qu'ils lui firent subir après la flagellation.

tt Les soldats du président (du procurateur), saisissant Jé- B SUS; le conduisirent dans le vestibule du Prétoire, rassem*> y> blèrent toute la cohorte autour de lui ot^ le dépouillant (de s^a » robe blanche) ils lui mirent une robe de pourpre (que por- » taient les triomphateurs), et tressant une couronne d'épines *, » ils la mirent sur sa tête, et un roseau dans sa main droite, » et vinrent à lui, et fléchissant le genou, par dérision, ils » l'adoraient, et le saluaient disant : Saluty roi des Juifs. Et ils B lui donnaient des soufflets^ frappaient sur sa tête avec un » roseau, et lui crachaient an visage ^. »

C'était bien là le fait des soldats romains, féroces, et qui en particulier haïssaient les Juifs qui les détestaient. — Ce qui étonne c'est que Pilate ait pu supporter un pareil oubli de

' Deut. XXV, 3

2 11 Cor. XI, 24.

^ Voir une curieuse dissertation sur ce fait dans Annales^ t. zviii, p. 236 ([»• àérie).

* Od sait que cette couronne est conservée dans la cathédrale de Paris ; voir la forme et la description minuUeuse qu'en fait M. Rohaut de Fleur^' dans les Instruments de la Passion. I:i-'to, Paris. 4870; p. 199, 202.

^ Mattli. xxvii ; Marc, xv ; Jean. xix.

306 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS llOUAINiilS. 785 de Rome.

la discipline et de riiumanilé. Cependant il veul encore essayer de sauver Jésus, mais ses paroles n'ont plus aucune cohérence avec ses actions.

a Pilate sortit donc de nouveau du prétoire et leur dit: » Voilà que je vous Famène en dehors afin que vous sachiez y> que je ne trouve aucun crime en lui. »

Alors pourquoi celte flagellation et ces outrages?

» Et en effet Jésus sortit portant une couronne d'épines d » une robe rouge.

» VOILA L'HOMME, leur dit Wlate.

» En le voyant les pontifes et leurs serviteurs crièrent : » CrucïficZ'le, Crucifiez-le. — Pilate leur dit: Prenez-le vous- » mêmes, et crucifiez-le ; pour moi je ne lui trouve aucun «crime. —Les Juifs répondirent: Nous avons une loi, et M selon notre loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de » DieuK »

Se faire Fils de Dieu n'était pas un crime aux yeux de Pilate; bien plus on dirait que imbu de toutes les fables païennes qui parlaient des Dieux qui venaient quelquefois visiter les hommes, ces mots le frappèrent vivement. Il semble qu'il crut avoir affaire à quelque Jupiter ambulant.

a Aussi entendant ces paroles, dit S. Jean, Pilate eut une » frayeur plus grande et, étant entré de nouveau dans le pré- » toire, il dit a Jésus : a D'où es-tu ?» — Mais Jésus ne lui » répondit pas. Pilate lui dit : a Tu ne me réponds rien. Ne » sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te crucifier, et le pouvoir » de te renvoyer? » Jésus répondit : Tu n'aurais aucun pou- D voir sur moi s'il ne l'avait été donné d'en haut. C'est pour- » quoi Celui qui m'a livré à toi a commis un péché plus » grand*. »

tt Pilate (visiblement étonné et irrésolu) cherchait le moyen » de renvoyer Jésus, mais les Juifs criaient toujours disant: » Si tu le mets en liberté, tu n'es pas l'ami de César, tout » homme qui se fait roi se révolte contre César. »

1 Jean, xix, 4-7.

^ Ihid. xis, 8-11.

3? ans après J-C. JÉSUS LIVRÉ PAR PILATE. 307

On le voit, l'accusation change de nature. Les Juifs n'accusent plus Jésus de se dire Filsde Dieu, ils Taccuseni d'être l'ennemi de César.

C'était prendre Pilale par Teridroit sensible, de religieuse l'accusation devient politique.

Aussi ce juge prévaricateur va prendre une décision ridicule, autant qu'atroce.

4d. PllUte déclare Je nus Innoeent, le livre à cruelller, et me

déelare Inl-mème iMnoecot.

Suite du vendredi 3 avril, — à 9 heures du matin.

« Pilate donc entendant ces dernières paroles amena Jésus D au dehors, s'assit sur son tribunal au lieu appelé Uthosirolos yt en hébreu ffobbatha, c'était la veille de la Pâque à la 6« heure » et dit aux Juifs : Voilà voire Roi. »

» Mais les Juifs criaient plus fort: A bas, à bas, crucîflez-le. ^ Pilate persiste: Donc je cfMCî/teratvo^re /loi? Les pontifes dirent » (hypocritement). Nous n'avons d'autre i?oï que César (qu'ils » détestaient).

» Alors Pilate, voyant qu'il n'avançait en rien et que le tu- » muUe grandissait, se fit apporter de l'eau, et se lava les » mains devant le peuple^ disant : Je suis innocent du sang de » ce Juste- A vous^la responsabilité. — Et le peuple entier répondit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants^. »

Trois choses sont à considérer dans ces paroles. D'abord Pilate rend une sentence injuste^ sous la pression d'untumulte. On voit quelle influence avaient les préceptes moraux des moralistes de cette époque. Horace avait dit : a L'ardeur perverse ^ des citoyens exigeant des injustices ne doit pas ébranler, » dans son esprit déterminé^ l'homme juste et tenace dans ses » résolutions. »

Justuro et t^narem propositi virum Non civiuin ardor prava jubcnlium

Mente quaUt aolida(Hor. m, Odet m, 1)»

On voit à quoi servent les sentences morales t

» Malth. xtvu, 24, 25. ^

388 TRADITIONS £T BUPKfiSTITIoks ROMAlNfiS. 785 de Roâ^s j

De plus Pilale contrevient à un texte précis de la loi liadii, maine qui porte : ' ui d'i

«L 11 ce faut pas écouter les vaines voix du peuple, quaéDlej » elles désirent faire absoudre un coupable de crime ou fa|, S^

el^

» condamner un innocent, » Itel

Voces popull non snnt aadiendse,.,. quatndo ant noxium crimioe absoli .^ i aut innoceDtem condemnare desideraDt {Codex, lib. ix, tit. 47, n. 12). i^^ ^

2» Il condamne un homme quil reconnaît innocent à l^de troce supplice de la croix et se croit purifié en se lavant I^q^J mains. ;^^^

oc Lave tes mains, Pilate, dit à ce sujet M. Dupin, elles son! . B teintes du sang innocent! Tu l'as octroyé par faiblesse, tm » n'es pas moins coupable qui si tu Tavais sacrifié par méchao*^ '. » cetél Les générations ont redit jusqu'à nous : « Le juste ai y> souffert sous Ponce- Pilate, piU$U8 est sub Pontio Pilato^. Ton i nom est resté dans l'histoire pour servir d'enseignement à » tous les hommes publics, à tous les juges pusillanimes, » pour leur révéler la honte qu'il y a d céder contre sa propre » conviction ^. »

3" Il y a les clameurs des Juifs : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants.

Parole terrible^ cruellenaent prophétique, qui s'est exécutée et qui s'exécute encore tous les jours pour ce peuple privilcgié; encore, en ce sens qu'il est dispersé, mais conservé^ incroyant, mais témoin pour l'ancien et le nouveau testament chez toutes les nations.

Ainsi grand pontife, prêtres, lévites, pharisiens, scribes, vieillards, sanhédrin et pçuple entier sont passibles de DEICIDE,

«Alors Pilate, voulant satisfaire le peuple, accorda aux D prêtres leur demande; il délivra Barrabas l'assassin et livra » Jésus, flagellé, à leur volonté, pour être crucifié ^. »

1 Dans le Credo de la messe et des prières quotidiennes.

s Dnpin, Jénu devant Ca\phe et Pilate; Dém» Évang. t. zyi p. 752.

3 Maïc, XV, 15 ; Lnc, xxui, 24 ; Matth. xxvii, 26.

^HprèsJ.-C, 60R LÀ CONDUITE DE PILATB. 309

^ûitonduite dé Pilalô est une éaigme à jamais insoluble. Oa [en d'abord qu'il ne fait pas un crime à Jésus de se pro- '/4r Dieu. Ce titre était presque commun. César, Auguste, 'iife , Séjan , Gaton se disaient dieux et étaient honorés le tels ^ Il est évident qu'il cède, eflfrayé de cette parole : ;onque se déclare Roi est ennemi de César. » Mais alors |uoi vouloir sauver Celui qui se disait Roi, et pourquoi trsistance à conserver son inscription :

is de Nazareth, Roi des Juifs ?

?ayons quelques paroles d'explication, ^us avons déjà noté qu'à la naissance d'Auguste se répan- Rome une prophétie qice la Nature enfantait un Roi au romain; qu'il était né un Maître à la terre ; que sur cela énateurs avaient décrété qu'aucun des enfants, nés cette ), ne serait élevé, mais que les sénateurs, dont les femmes îDt enceintes, espérant que ce pourrait être un de leurs, firent supprimer le décret *.

plus Gicéron nous a conservé une prophétie Sibylline, iseule peut-être authentique, qui, dit-il, portait : Si nous Wion« être sauvés il fallait donner le titre de Roi à celui qui ww gouvernait^

C'est, même parce qu'on devait faire approuver cette motion Arle Sénat que se forma le complot qui aboutit à Tassassi- Kilde César ''^. Toutes ces opinions avaient pris racine dans iKs esprits et avaient cours alors. Pilate du(en être frappé. ' ^ly avait de plus une école, on peut dire> qui professait qu'il lirait attendre un Dieu pour connaître la vraie doctrine. Platon avait dit : a Que la seule étude qui devait appliquer les >iioramesétait de faire découvrir et reconnaître l'/tomme, dont •les leçons mettraient les hommes à même de pouvoir et de » savoir discerner la bonne et la mauvaise vie*. » — Cicéron

^ Voir ces noms à nos tables des ÀnnaUs.

* Voir les textes dans Annales, t. v, p. 351 (5' série).

* lUL t. XI, p. 3G8 et 370 (5" série),

^Waton, Jlepuh. texte, I. x, p. GW, c. Traduc. Cousin, t. x, p. 288 eti4«- ^ies,t. vil, p. 215 (5« série), où se trouve le texte.

Vl" SÉRIE. TOME IX. — N» 52 ; 1875. (88*^ vol. de la coll.) 20

310 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome,

était allé ptes loin, «t avait assuré quç, pour savoir quelle est la vraie opinion sur Tâme il fallait que qiêelque Dieu vînt rapprendre ^

Varron disait que sur les Dieux, Dieu seul sait ce qu\l en est^ ; d'ailleurs, Sallusle, Suétone, Tacite nous ont appris que Tunivérs attendait un Homme qui devait dominer sur tout».

Mais il y avait surtout sur le Juste et le sort qui lui était réservé, un texte de Platon qui avait cours à Rome et que Pilate dut connaître :

oc En face de l'Injuste qui vient à bout de passer pour Juste, D représentons-nous, dit Platon, le Juste, homme simple, » généreux, qui veut, dit Eschyle *, être bon et non le pa- D raître. Aussi ôtons-lui cette apparence.., dépouillons-le de 9 tout, excepté de la justice... Sans être jamais coupable, qu'il » passe pour le plus scélérat des hommes ; que son attachei> ment à la justice soit mis à l'épreuve de Tinfamie et de ses i> plus cruelles conséquences; etque jusqu*à la mort, il marche D d'un pas ferme, toujours vertueux et paraissant toujours « criminel... Le Juste, tel que je l'ai représenté, sera fouetté, D mis à la torture, chargé de fers ; on lui brûlera les yeux, » à la fin, après avoir souffert tous les maux il sera mis en t croix ^. »

Toutes ces opinions confuses durent être en cet état dans la tête de Pilate, et influer sur sa décision. Il put croire qu'il avait entre les mains un de ces Rois et de ces Dieux, et voilà pourquoi il veut sauver Jésus, et quand il est poussé à bout, il pense dégager sa responsabilité en se lavant les mains.

Quant aux Prêtres juifs lorsqu'ils dirent: « Nous n'avons » pour Roi que César-Tibère, » ils renient toutes leurs Ecritures, tous leurs Prophètes, qui n*avaient cessé de leur parier

^ Cic. Tusc. I, 11 et Annales, t. xii, p. 282.

^Varron dans S. Augustin, De Civit, Dei, vu, 17; dans Annalei, t. xi. p. 113 et xy, p. 231 (5* série).

3 Voir ces noms aux tables.

*' Les sept devant Thèbes, v. 592, éd. Didot.

^ Platon, Repub., 1. 1:, p. 361, (B), du texte; traduct. de Cousin, t. ix, p. 72 et 73.

33 ans après J.-C. sUR LA CONDUITE DK PILATB. 311

de ee Roi, ni de leur prédire son ai^enir en disant : « Voilà qae » vient vers vous votre Roi, Juste et Sauveur , lui-même » pauvre *. »

On voit ainsi combien Jésus avait raison de dire à Pilate : ce Ceux qui rh'ont livré à toi ont un plus grand péché, n Après co.tte parole nous aurions bien aimé pouvoir dire que Pilate se convertit à Jésus.

Tertulllen ne craint pas de dire « que Pilate fut chrétien » dans sa conscience *. »

a Pilate, dit S. Augustin, fut inspiré du souffle de la vérité, » quand il écrivit sur le titre de la passion : Roi des Juifs.... » Les Mages vinrent de TOrienl, Pilate de TOccident. Ceux-là » croyaient au Roi des Juifs se levant, c'est-à-dire naissant, » celui-ci au Roi se couchant, c'est-à-dire mourant, afln » qu'ils pussent s'assoir dans le royaume des cieux avec Abra- » ham, Isaac et Jacob ^. »

Mais tous les témoignages afflrment que Pilate, disgracié 4 ans après, et envoyé en exil à Vienne, par Caligula, y souffrit de tels traitements, qu'il se laissa aller à celte épidémie de suicide, qui dominait alors à Rome, chercha, comme on disait la vie dans la mort, et se suicida ♦.

Ajoutons qu'il y a chez les Coptes une tradition qui fait de Pilate un converti au Christ et un martyr ^.

A. BONNKTTY.

i Zacharie, ix, 9. Voir tous lea autres te;(te.<<, Annales^ t. xir, p. 12 (5* série).

^ Et oninîa super Christo Pilatus, et ipse jam pro sua conscientia Christianus^ Cssari tuin Tiberio nuntiavit {Àpol. c. 21 ; ilans Pair, lat., t. i, p. 403).

3 Hinc et Pilatus ntiqne aura veritatis afflatus est, qoando in ejiîs passiope titulum scripsit : Rex Judfeorum..., Nam Magi ab oriente, Pilatus ab oceideute venerat. Un.io iili orienti, hoc est nasceott ; ille autem occidenti, hoc est morionti, attestabautur Régi Judasorum, ut cum Abraham et Isaac et Jacob.... reeumberent iii regno Cœlorum (Vug. Sermo 201, dans Pat, lat. t. 38, p. 1031-32).

*■ Voir les textes et de plus longs détails, dans Annales t. vu, p. 443 (5« série).

^ Voir Torigine de cette fausM tradition dum Lett. édifi, du Levant, t. U, et Mém.de Trévoux, 1717, p. 1757.

31 s TRADITIONS CHRÉTIENNES £N CHINE. — ART. lil.

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