EXTRAITS DES ANCIENS LIVRES CHINOIS
AUTICLE TROISIEME
Choix de» sonveitlre que le» Chinoiâi ont eoniiervés de l'£tat d'Innoeenee.
Il a été permis {licuit) à beaucoup d'hommes savants de dire que les jardins d'Alcinoûs dans Homère, et le jardin de Jupiter dans Platon sont des souvenirs {vestigia) du Paradis terrestre, et que TAge d'or, dont les poètes grecs et les poètes latins ont chanté tant de choses merveilleuses, était Timage de cet heureux état qui précéda le péché. Qui donc aura le droit de nous blâmer si nous disons et si nous prouvons que, dans les monuments les plus anciens des Chinois, il existe des vestiges plus nombreux et plus clairs de la même chose?
Hûây-flân-vâng qui avait établi dans son palais royal une académie d'hommes savants et qui dissertait avec eux sur la primitive antiquité, s'exprime ainsi à propos de la naissance du monde : a Toutes les choses qui ont une figure et un son D tirent leur origine de l'Etre qui n'a ni figure ni son. Son » Fils est la lumière; son Petit Fils est Veau (1). »
Voir le précédent article au N<> de février ci-dessus p. 119.
TRADITIONS SUR L'ÉTAT d'iNNOGENGE. 313
IjO-pi affirme^ non de son propre chef, mais d'après certaines traditions dont il s'est servi pour composer son docte ouvrage sur les temps biéroïques, « que l'eau est le principe » des choses» » et il ajoute « que le nombre 6 appartient à » l'eau (2). »
Nous savons que Dieu dans le Principe, c'est-à-dire, dans son FilSy a créé toutes choses (3). Or, le Fils est la splendeur du Père (4) et ïéclal de la lumière éternelle (5) ; voilà pourquoi il est dit, son fils est la lumière, a Le sjmbole du Fils est Veau ; Il c'est pourquoi Lo-pi dit encore : l'eau est le principe des » choses. »
Le nombre propre ou le chiffre musical du Fils, en tant qu'il habite dans le sein du Père, est 2 ; en tant qu'il est sorti du Père et qu'il est venu dans le monde, c'est 6. Voilà pourquoi le nombre 6 est appelé nombre d'hyménée, d'union, parce que le Verbe fait- chair a réconcilié les choses bassies aux choses sublimes, comme le nombre 6 amène l'harmonie entre 4 et 9. Et parce que tout le livre §f ^ l^^in^ se rapporte à l'Homme-Oieu , le Choué-ven dit , d'après une antique tradition a que le nombre 6 est le nombre propre du livre » ¥'king(l). © Qu'on nous dise autrement pourquoi 6 appartient plutôt que 9 à ÏY-king.
^0^^^%0^ Jg ^ :^. Hoaynan-vang. On l'appelle aussi Hoai-nan-tse. On lui a donné le nom de Vang, parce qu'il était rot de Hoai-rutn. Son palais était une académie de savants, avec lesquels il creusait dans Tantiquitéla plus reculée. C'est pourquoi ses ouvragfs sont très-curieux, et son style très-beau. (P. Prémare, dans la préface du Ctum-king, p. xlyi.) Toutefois, il est à remarquer que Hodi-ndn-vdng était chaud partisan de l'école de Caà-tsè et combattait celle de Gonfuclus. — Le P. Âmiot dir qu'il viyait 105 ans av. J.-G. Mém, U vi, p. 118.
(2) tK ^ ft il ilà ^ A\ ^ !S A- Lo-pi est un historien éciivant sous les Song, qui ont régné de 956 à 1279 après J.-G. Son ouvrage est fhtituié Louasse; U y a rassemblé un grand nombre de chroniques aaciennes.
(3) Genèse, i, 1.
(4)8. Paul, Hébreux,), 3.
(5) Sagesse, vu, 26.
C^) A\ & Sx ^- Choue-ven, racine 508.
314 TRADITIONS CHRÊTIBNNES EN CBIME, — ART. 111.
Le Fils^ comme engendré de loule éternité, est désigné par la lumière ^ ^ ^ 36 ky tsèe ouy houdng.
Ce même Fils en tant qu'tV a opparusuria terre (8) est désigné par Teau ^ i^ JS ;i^. Et de même qu^au commencement de la création l'Esprit du Seigneur était |>or^é sur les eaux (% ainsi; au commencement de la Rédemption, le Fils de Dieu descendit aussi dans Us eaux (10). L'Esprit en se reposant sur elles les féconda, et le Fils en y descendant les sanctifia.
« D'abord, dit VY-kinÇy existèrent le ciel et la terre; puis » toutes choses furent faites; puis le mâle et la femelle; et » enfin le mari et l'épouse (il). » N'est-ce pas le même ordre que Moïse a observé pour la création du monde ?
Vient ensuite, dans la Genèse, le Paradis de délices qui, à mou avis, est clairement figuré par le mont Kouen-lun. Je laisse à penser aubienveillanl^lecteur si on trouve rien de tel dans les jardins d'Alcinoûs ou de Jupiter.
Mais avant de donner, d'après le P. Prémare, la description du mont Kouen-lun, nous croyons devoir insérer ici ce que la Genèse nous dît du Paradis terrestre, afin que chacun de nos lecteurs puisse mieux saisir les traits de ressemblance.
Q L'Eternel planta un jardin dans Eden (12), du côté de » rOiient;il y plaça l'homme qu'il avait créé; — Dieu fit » sortir de la terre tout arbre agréable à la vue et bon à man-
(8> Yerbum caro factum est... et \idimus gloriam ejus (Jean, t, 14). (9) Et spiritus ejus ferebatar super aqua9 {Genèse, 1, 2). (40) Venit Jeaus in Jordanem, ut bapUsaretur ab eo (Mattb. lu, 13) et sta- Um ascendeDS de aqua (Marc, i, 10).
(iij w 5c ftb ^ «.... w m « o w m 4* iss II
kùuat ch. 2, p. 27).
(1^) yVf^ U' Ghin-b-aden, un jardin dans Eden. Les Septante ont rends ce mot par icapaSeioov, d*où est venu le mot parodù; mais les Grses ravalent eux-mêmes pris du persan ou plutôt du rhaldéen OTID* Ia ra« clne de ]2 est ombraye et |iy signifie la volupté, un ombrctge de volupté. D. Galmet croit que le pays d*Eden était situé dans VÀrménie ; mais il n*y a pas de pays sur la terre où quelques auteurs n'aient placé le paradia terrestre, comme on peut le voir dans dnet, Dissert. tur U situât, au poradù
TBADITIONB WR t'ÉTÀT D^IMNOCBNGE. 315
» ger^ l'arbre de la vie au milieu du jardin^ ainsi que Tarbre » de la connaissance da bien et du mal. Un fleuve sortait '» d'Eden pour arroser le jardin ; delà il se séparait pour for- » mer quatre principales branches. Le nom de Tun est Phi- ' > chon (13) ; c^est celui qui fait le tour de tout le pays de Ha- » vila, où l'on trouve J'or ; — Tor de ce pays est bon ; c'est 1 là anssi que se trouve Tescarboucle et la pierre onyx.
» Le nom du 2'' fleuve est Gihon (14) ; c'est celui qui en- D toure le pays de Cus ;
» Le nom du 3* est TigrCy (Hideket) (15) ; c'est celui qui se
• dirige vers TAssyrie.
» Et le 4« fleuve c'est VEuphrate (16). •
• Voici ufiaintenant ce que Ton retrouve dans les livres chinois d'après le P. Préroare.
Le vieux livre Chan-Aai-'king (17). décrivant le mont Kouenr \un, s'exprime ainsi :
ff Tout ce que Ton peut désirer se trouve sur cette monta-
tenettre^ et le Comment, de Leclerc sur la CenésCf ch. ii, y. 8. Voir anssi la dissertation de M. de Paravey sur le plateau de Pâmer et les i fleuves qui ^n sortent, insérée dans les Annales de philosophie chrétienne, tome xv, p. 245 (2» série).
(13) Le nsriD> lo Phase, dans la Colchyde (qui serait Havila) d'après rJe «enUment le plus commun. D'après Strabon (1. xf), il charriait des paillettes d'or.
(14) Le nn>^ Quichon; signifiant imféiue%ix, rapide. On croit que c>si YAraxe, très-rapide en efTet, et prenant sa source en Annénie. Quelque» personnes, trompées par le nom de Cus^ qui s'applique^ quelquefois à VEthiopie, en ont fait le Nil, situé à plus de 600 lieues.
'(\b)^'^'Hid^Lhw SepianiQ ont traduit par Ttypic. LaVulgate -par Tigre, Hidekel, en hébreu, signifie pointe de vitesse, rapide comme tme /lèche. Or c'est ce que signifie Tigre en persan et en médique (Quinte- Curce, 1. IV, ch. 9. — Maussac, m JU)t. ad Plut, de flumin).
(16) rr®, Phrat, de TXID, qui croit, qui fructifie [Genèse, u, 18).
(17) C'est un livre si ancieU) que les uns l'attribuent à Tempereur Tu, d'autres à Pey-y, qui vivait dans le même temps (2224 ans av. J.-C); il contient une description du monde, qui parait imaginaire. -On y place au milieu de la terre le mont Kouen-lùn ; il y est fait mention de beaucoup de monstres et de plantes extraordinaires. (Dûcour« prék'mtTuitre du Chink» hing par le P. Prémare, p. lxxiv).