‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 83 sur 122 · TBADITI019S CHRÉTIENNES EN CHINE. — ART · texte numérisé non relu

TBADITI019S CHRÉTIENNES EN CHINE. — ART

est l'emploi des docteurs. Or Tesprit de nos premiers parents fut ouvert, quand ils se virent nus (33). « Nos pères, dit Lo-pi^ » nous ont appris qu'ils tenaient de leurs ancêtres que le n mont £buen-/un existe réellement, mais que jusqu'ici per » sonne n'a pu y parvenir (34).6 Et l'auteur des poèmes T$(m tsee, parmi les questions qu'il regarde comme insolubles, propose la suivante : « En quel lieu sont les jardins suspendus B dumontJ!rouen-/un(35).i>Nous, en Europe, nous disons quela place du Paradis terrestre est entièrement inconnue.

Le philosophe Lie-Uèe (36) parle aussi de la montagne d'où quatre fleuves s'échappent vers les quatre faces du monde. • A ces citations du P. Prémare, nous ajoutons que le C*epen, livre des généalogies, que l'on attribue à Se-ma-tsien, donne la description suivante du Pou-tcheou.:

a Sur le sommet du mont Pou-tcheou se voient les murs de B la justice. Le soleil et la lune* ne sauraient « en approcher. Il » n'y a là ni saisons différentes ni vicissitudes de jours et de B nuits ; c'est le royaume de la lumière^ qui confine avec celui » de la Mère du roi d'occident (Si-vang-mou), Un sage alla se D promener au-delà des bornes du soleil et de la lune, et vit » un arbre sur lequel était un oiseau, qui en le béquetant i> faisait sortir du feu ; il en fut frappé; il en prit une bran- » che, et s'tîn servit pour en tirer du^ feu. C'est pour cela » qu'on appelle le premier roi Soiii-gin (37). »

Le même livre dit encore : Soui-gin contempla le nord, et » fixa les quatre parties du monde. Il forma son gouverne- » ment sur le modèle du ciel ; il imposa le premier des nom

(33) Et aperti sunt ocuU eoram, cumqoe cognovissent se esse Dodoi (Gen. 111, 7).

' (34) ^Mi$m^m^iiio^^m$i'

LO'pi,

(35) m^mmo^B^^- t»»^*^.

(36) Lie-tsée est un philosophe fort ancien qui demeura 40 ans dans on désert (le P. Fouquet).

(37) Disc. préUm. du Chou-king^ p. lxxxiu. — Nous n*a?ons pas besoin de faire remarquer la ressemblance de cette fable avec celle du Prométhée dei Grecs» dérobant au ciel le feu qu'il apporte sur la terre.

TRADITIONS SUR l'ÈTAT d'INN OCBNGE . 3î|

9 aux plantes et aux animaux, et ces noms les exprimaient » si bien qu'en nommant les choses on les connaissait (38). »

« Hais, ajoute le P. Prémarei ce que j'ai dit sur ce sujet me parait suffire pour ceux qui cherchent la Yérité et qui s'y attachent après Tavoir trouvée. — Disons maintenant quelque chose de ce bienheureux état de l'homme avant son péché, »

a Hélas 1 hélas ! dit le livre ChouKing, autrefois Tantique » roi Hiaj comme il pratiquait uniquement la vertu, n'était

> accablé par le ciel d'aucune calamité ; les esprits des monts ï) et des eaux lui étaient favorables ; les oiseaux du ciel, les » troupeaux de la terre et les poissons de la mer obéissaient à » rhommed'un commun accord (39). »

Il me semble que le vieux roi Hia représente Adam ; mais nous traiterons ce point plus longuement ailleurs.

Tchouang tsee parlant de cet âge d'ôr l'appelle : « le siècle f de la vertu parfaite. 11 n'y avait pas encore de chemin » creusé à travers les montagnes ; on n'avait pas encore » lancé de navires sur les lacs pour pécher. Toutes choses » croissaient librement et partout le sol était paternel. Les B troupeaux erraient en paix; les oiseaux volaient çà et là D et toutes les productions venaient d'elles-mêmes. L'homme D habitait au milieu des fêtes et tous les êtres ne formaient » pour ainsi dire qu'une famille. L'homme n'avait atAcune

> science du mal et ne s'éloignait point de la vertu et vi- » vait simplement , innocemment , sans aucun désir du « mal (40). »

(38) Id. p. Lxxxiv. — Voici ce que dit la Genèse : «Quand le Seigneur Dieu eut fait avec de la l)oue tous les animaux de la terre et tous le» oiseaux du ciel, il les amena à Adam afin qu'il leur donnât des noms. Car ainsi qu'Adam a nommé une créature vivante, tel est son nom. Et Adam donna leur nom à tous les animaux, etc. (Gen. ii, v. 19}.

(39) Ç|lfoi^W5^^o * M M M o

1^ w 5c ifi o m jn m ipt 3ÎÎ n T> * o g .1^

®i ^ ® -^ ^' ChoU'king^ 1. ii (traduc. m), c. tv, n. 2, p. 72, où la traducîion est un peu différente.

(40) ^ ^m ± iioiu nmmo m m ^

Mt TBAmTIONS GnilËTlBNllIs.S EN GHINEé — ART. III.

Or cette innocence et cette simplicité sont le partage d'ooe nature sans altération et maîtresse d'elle-même. Toute la force de ce passage est dans ^ ^ sans science du mal et M &i sans désir du mal (\i).

Hoai-nan-tsee parie presque dans les mêmes termes :

D Au commencement tout était très-pur et \i\ait dans une » concorde et une soumission parfaites, tellement que les » passions ne taisaient même pas entendre un léger mur- » mure. Au dedans l'homme adhérait à la suprême sagesse, » et au dehors toutes ses actions étaient conformes à l'équité et à la justice. Son àme exempte de fraude et de men- » songe jouissait d'un contentement admirable. Rien.de D louche dans sa vie : c'était une merveilleuse simplicité. A D cause de cela le ciel lui, donnait la félicita et la terre les joies » les plus pures. Les saisons observaient les lois qui leur ont » été assignées ; les vents et les pluies ne désolaient point !a D terre; le soleil et la lune répandaient partout leurs bienfai- D santés influences et leur douce lumière, tandis que les pla* D nètes ne déviaient en rien de leur chemin (42). »

n ^ n ^o$£ji^i|oiiri( m m o:^

tsée, recueil précieux attribué à un philosophe de ce nom. On y trouve des choses admirables, sur le Saint des Saints. II renferme plusieurs traitèi qui ne sont pas tous d'égale force (le P. Fouq^et).

(41) Le père Koy chinois, (ou plutôt le P. Cibot^ qui s'était caché soos et nom), cite ce passage de Tchouang-tsée et y ajoute le suivant:

« VYn et VYang étalent dans une profonde harmonie ; les esprits ne nui- ■ salent point, et toutes les saisons étaient réglées, rien ne pouvait être » funeste ni éonner la mort. Quoique Thomme eût des connaissances, il » n'avait pas occasion d'en faire usage. Cet état se nomme la grande Inik. » On faisait le bien naturellement, et sans avoir besoin d*y penser {M^n- » chin, t. 1, p. 107). »

(42) ±f(i^tàJiLo^mntêiimo:eEfi

TBADRIOVS USK l'ÈTAT D'IKIOCIRCB. 329

On lit ààm le livre Sie-ky de S$e-ma*itien:

a Dans celte première adtiquité et dans le commencement )xdu monde, te ciel et la terre répondaient aux voeux de • l'homme; la température était douce ; l'homme était véri- » tablement vertueux et tous les fruits de la terre naissaient » spontanément et en grande abondance. Point de maladie»! » point de calamités ! point de mort ! C'est ce qu'on appelle 9 la grande époque de la Nature parfaite (43). »

Et Lo-pi parlant du roi Hoen-tun^ qui est encore un type i'Adam innocent, dit : a En ce temps tout était bien réglé, et D tout croissait à l'envi. Les nids des oiseaux placés çà et là sur » la terre et non dans les arbres pouvaient être saisis avec la » main, et tous les animaux reconnaissaient Tempire de 1 l'homme (44). »

Le même Lo-pi dit encore ailleurs : « Alors l'homme et tous les êtres de l'univers avaient entre eux un lien étroit )) et nécessaire : l'homnie ne nuisait pas aux autres créatures, » et les autres créatures ne blessaient pasThomme fl5). d

Enfin lorsqu'on dit vulgairement que le Saint nait sans aucune ignorance et qu'il grandit sans aucune difficulté de ce qui est droit, c'est la même tradition que j'ai rapportée plus

fX- Uoai-nan-tsee.

(43) ^-ÈSo^ÇJèJgoilirHJHFffoA

jtb ^ P§ I^ lS* Sse'ky, de Ssé-ma-tsien.

■ (44) tRSft ¥oW«rMSofRAi:j|.Âr i» IB «5 A o ^ K ^r « l!i» «§ i.. to-pù (45)A|l|«r« &o A$ii ift jfi ±. ,6piî

314 ' TRADITIONS GHRiTIBNNBS IN GHDfB. -» ABT. III.

haut d'après Tchouang-tséey à savoir a que l'homme vivait sans » licence et saus mauvaise volonté (46). »

Il est évident que cela regarde Adam dans l'état où il fut créé. Dejnème la recherche de la plante admirable que produit Vimmortalité paraît découler de la tradition ahérée de Varbre de vte, qui était au milieu du Paradis.

Prêmarb.

(46) ^ ^ 5f îî O Jt ^ îl Qi. Tchouang^tsée.

Le Directeur-Gérant. A. Bonnetty.

Versailles, imp. Beausrand et Dax, rue do Potager, 9.

HIIiO SOPHIE CHRETIEN NE

mméxo 53. — mut 1875.

C^ron0lagte 0Tbltquf.

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