HISTOIRE GENERALE DE LA POESIE
PAR
H. VABBB HtriauBveiT'.
Getilre nousséduit eta\ant nfiême d'avoir ouvert le livre nous nous sentons attirés par le sujet. Quel cadre grandiose ! Et quel vaste champ à. parcourir à la suite d'un guide intelligent !... En effet par la pensée nous nous transportons d'abord dans'les âges anciens et sur des rivages fameux. Voici le soleil d'Orient, ies sables de l'Arabie et les campagnes de la Palestine, avec l'ombre des cèdres et des sycomores^ avec les dômes du Temple dans le ciel étincelant et pour horizon les pentes fleuries du Carmel ou les cimes neigeuses du Liban.
Et nous entendons ces poètes inspirés de Dieu qui nous ont transmis sa parole à travers un surprenant langage : c'est Job et ses douleurs et ses merveilleux tableaux de la création^ c'est Moïse et son chant de victoire au bord de la mer Rouge, c'est la harpe de David, les sublimes accents d'isaïe, les sou* pirs patriotiques de Jérémie, les sombres peintures d'Ezéchiel, les douces et champêtres images du pasteur Âmes et les terribles menaces de Joël.
 la grandeur succède la grâce. Des bords du Jourdain Ton passe à ceux du Méandre et du Céphise, de l'aigle planant dans un ciel de feu aux cygnes glissants sur les flots argentés, aux coloiilbes soupirant dans les bois d'oliviers. L'esprit ébloui redescend ainsi plus près de la terre^ sur des sommets moins élevés, moins bien beaux encore. Alors se déroule la plus belle littérature du monde, après celle de la Bible^ dans la langue la plus douce et la plus harmonieuse qu'aient parlé
I 1 Yol. il»- 18, Psris, Ch. Ddagrave et Cie. roe des Ecoles, n* 5$.
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les hommes. C'est Homère le chantre des Dieux et des Héros. Reflétant encore le génie asiatique, gardant des parcelles de vérité dans ses fables et nous offrant dans riiiadc et l'Odyssée la transition entre le monde littéraire oriental et le monde littéraire occidental. C'est Hésiode écho affaibli des traditions antiques et peintre des doux travaux des champs. Après avoir écouté de sublimes ou de tendres accords s'échappant de la l^re dePindare ou d'Anacréon, nous montons les degrés de marbre des théâtres d'Athènes pour applaudir les chefsd^uvre' d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide. El après ces génies immortels nous pouvons prêter Toreille un instant aux ^ons doux et suaves de la flûte de Théocrite sous un ciel et dans un pays où va bientôt retentir une autre langue et s'épanouir une autre littérature.
Car une autre forme de l'art nous attend dans le ciel bleu de l'Italie avec une langue moins harmonieuse, mais plus grave chez un peuple moins aimable, mais plus grand.
Les Romains sévères et guerriers attendirent longtemps avant de se couronner des lauriers de la poési^ et des arts. Après de nobles essais, tout-â coup, vers le temps d'Auguste, le ciel du Latium s'illumine d'une pléiade de génies, au milieu desquels rayonnent Virgile, Horace, Ovide, Tibulle et plus tard Juvénal, qui transmettent leur langue aux chantres chrétiens des premiers siècles de l'ère moderne.
Tels sont les lointains resplendissants de ce tableau grandiose de l'histoire de la Poésie. Ici la poésie moderne vient se dérouler sur le premier plan. Quatre ou cinq peuples (les peuples classiques^ si je puis parler ainsi) se partagent le monde littéraire moderne.
Saluons d'abord la France, ce n'est point préjugé catholique, c'est justice.
Nous avons d'abord nos trouvères et nos troubadours et nos vieilles épopées dont le chef-d'œuvre est la Chanson de Roland. Puis arrive l'âge de la Renaissance avec Marot, Ronsard, du Bellay. Enfin Malherbe vint et bientôt se lève le soleil du beau siècle littéraire et voici le grand Corneille et Racine et Molière et la Fontaine ol Boileau. Et puis, hélas 1 commence le siècle de Voltaire qui finit à l'échafaud de Ghénier.