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i26 ANNALES DES CAUCHOIS.
à Bhoëm, el, à la demande d'un moine, il y reçoit le comte de Blois, avec ses secrétaires , et le traite comme un de ses comtes; on donne des terres à quelques Danois qui se font baptiser et deviennent
An 964 ainsi des Normands ^ Ce n'est pas tout : le roi Lothaire vient sur TEpte avec ses comtes français et jure à Richard que celui-ci est le chef du royaume de Normandie pour lui et sa postérité^. Le roi de France a beau ensuite renouer une ligue nouvelle avec les comtes de Flandre, de Chartres, du Perche et de Bellesme ^; il est toujours battu et toujours réduit à demander la paix 4, et Richard, réédifiant
An 965 Saint -Wandrille, consolidant Fécamp, s'entourant d'institutions pieuses, avait le temps d'exprimer des
An 966 regrets lors du décès de l'annaliste Flodoard , dont Pasquier fait un si grand éloge ^, et dont l'épi taphe est un des plus anciens monuments du langage français ^.
An 967 Tranquille, le duc excitait de nouveaux hommes du nord à venir habiter et peupler davantage encore sa Normandie, et la plupart se rangeaient sous ses lois, abjurant leur religion pour la croyance chrétienne 7.
An 968 Si Lothaire faisait encore une incursion, il était tellement froissé par Richard, qu'il restait sans espoir de faire même une tentative de ce genre ^.
(1) L'An de vérif. les dates.— Dudon de Saint-QuenUn , de 144 à 150.
(2) Dudon, p. ueetsuiv. — Rob. Wace, vers50«0à 5110; t>. notes de M. A. Le Prévost. (3) Mézeray, t. 4. — Dumesnil.
(4) Biogr. univ. vo Richard 1er.
(5) Recherches, p. 103.
(6) Abbé Delarue, Essai sur les bardes, p. lij. — Ladvccat.— M. Depping, notes, 2« vol., p. 332. — Denyaldus.
(7) M. Sim. de Sismondi , t. 1, p. 190. — Servin, 1. 1, p. 138.
(8) Périaiix, 1828.
La mort de l'épouse stérile de Richard ^ ne détrui- aa m# sait pas les liens des deux duchés ; le veuf demandait aux frères de sa femme ce qu'il fallait faire des trésors de celle-ci| et ils l'en laissaient maitre ^. Hugues Capet épousait Adélaïde de Poitiers, cousine germaine de Richard ^; celui-ci, sollicité par ses comtes, ses barons, épousait en deuxièmes noces. Gonnor, fille An 970 d'un seigneur danois, établi près d'Isigny 4. Ce mariage même était un événement très- notable : la duchesse Gonnor, qui savait peindre et broder, encourageait les arts; elle offrait à l'église métropoli- An 974 taine de Rhoëm un tableau ou broderie, ouvrage de ses mains, où l'or, la soie, l'argent et les pierreries étaient moins précieux aux yeux de tous que le travail qui les avait mélangés ^. Le duc ordonnait aussi de grandes dépenses à l'autel de la Vierge ^. Il était satisfait d'apprendre que Gerbert, qui professait les mathématiques et l'astronomie, était applaudi par beaucoup d'élèves 7.
Richard voulait mériter à ce point le nom desansà^^n peur que lui donnaient ses comtes cauchois , qu'il lui arrivait souvent de voyager seul pendant la nuit; il s'arrêtait seulement devant les églises pour s'agenouiller^. S'il se reposait dans un couvent, il avait soin de faire comprendre, au besoin, la nécessité d'une réforme dans les mœurs ^.
(1) DudoB de Saint->Quentin , p. 152 , 153. — Dumesnil , p. 41.
(2) Dudon,p. 153, 154.
(3) Dumesnil, p. 41.
(4) Guiil. de Jum., 1. 4, ch. 18, p. 247.— M. Depping, t. 2, p. 170; cette date est préféi'al)le à celle admise par M. A. Le Prévost , vu le nombre d'enfonts issus du mariage.
(5) Deoyaldus, p. 163. (6) Dudon de Saint-Quentin , p. 153.
(7) Richer, 1. 3. (8) Denyaldus, p. 163, 164, 165. — Robert Wace, vers 5430. (9) Riclier, 1. 3.
An «7B Sans cesse dans les États de son pupille , tout en veillant à son duché , il tenait surtout à faire élever ou relever des monuments comme l'église des Béné-
An »75 dictins de Rhoëm ^ On assure que c'est à un rêve fait par lui y chez les moines de Saint-Ouen , et dont les détails sont donnés avec une grande complaisance^ qu'est due la mesure de n'enterrer les morts que vingt-quatre heures après le décès; toujours est-il que c'est de son règne que date cette sage loi^, et que c'est en Normandie qu'on a commencé à la pratiquer.
An 976 Augmentant sa flotte dans la partie inférieure de la Seine et favorisant la fondation du château d'Âlen-
An97içon, dont le donjon avait cent vingtrdeux pieds de haut^; allant voir lui-même les forlifications qu'il
An 978 faisait faire à Oissel, à Torulina ou Corulinus (couronne 4) contre les pirates qui auraient la pensée de remonter la Seine ^ il pratiquait déjà un adage professé depuis : Si vis pacem para hélium^ .
An 979 Attribuant aux tribunaux la connaissance de l'usure ^, déterminant de nouveau les pouvoirs des baillis^ du prévôt y il fixait les droits de son gouvernement sur les moutures, les routes, les rivières, les mon-
An 980 naies, les foires 7. Il accordait des secours et un refuge à Haigrold ou Harold contre Suénon^; il appuyait Olhon , qui demandait la cession de la Belgique en fief9.
(1) Dumesuil. (2) Denyaidus, p. 164. (3) Mém. de la Soe. des ant de Norm. 1835, p. 19. (4) Duplessis, t. 2. (5) Machiavel. (6) Mém. envoyé à TAcad. de Rouen , avec cette épigr. : il faut éclairer.
(7) M. Depping, t. 2, p. 171. (8) Toustain de Ricbebourg, p. 161.— V. Éclaircissements de M. Depping, 2« vol., p. 326 à 334. — Goube, Hist. du duché de Norm., 3« vol. in-8 , 1815.
(9) Ladvocat, v© Lothaire. — Richer, p. 388. — Mézeray, t. 4, p. 2U.
Cest à Richard qu'est due la fondation de Téglise de Saint-Paul aux portes de Rhoëm , monument que nous avons vu remplacer de nos jours % et il existe , à l'ancien ^ des reliefs qui sont les témoins de Tarchitecture normande de la fin du x® siècle et du commencement de la dégradation de Tarchitecture romaine. C'est de là que datent encore certains usages au oss d'abbaye^ comme la procession du Loup Vert de Jumiéges ^^ et tant d'autres.
Soit pour se livrer à des pratiques du même genre^ soit parce que la tranquillité convenait peu à leur caractère y soit pour fonder un royaume nouveau , comme avaient fait leurs pères ^ des Normands^ spécialement des habitants de ce pays dont nous avons entrepris l'histoire, se livrèrent à des actes que Voltaire qualifie d'excès d'héroïsme ^. Cinquante ou soixante Normands étaient partis de nos côtes pour Jérusalem; ils passent à leur retour devant Salerne, quand cette ville était assiégée par des Mahométans. Us abordent, ils trouvent les Salernitains occupés à chercher le prix de la rançon. Ils les grondent, ils les réunissent, ils marchent à leur tête, ils battent les Sarrasins et joignent les dépouilles de ceux-ci à la rançon sans en vouloir rien pour eux-mêmes. On chante leurs louanges, ils reviennent chargés de gloire et de bénédictions.
La mort de Lothaire 4, qu'il ait été ou non empoi- au 98«
(1) M. Laquerrière, Revue Monumentale et introd. du 8« vol. des liaisons de Rouen,
(2) M. Deshayes, p. 151, 254, 258.
(3) Essai sur les mœurs, le^vol., p. 545.— Toustain de Richebourg, t. l,p. 260, et Sim. de Sismondi, t. 1, p. 208, placent le fait en Tan 1000 ; Mézeray en 1003 , il dit quMls n'étaient que quarante , v. t. 4, p. 36ê.
(4) Cette mort est fixée au S mars: v, Hénault, t, 1, p. 91. —Sim. de
sonné par sa femme % dessina enfin ponr longtemps la position du duché. Le faible Louis V, dont le personnage est si ridicule que certains historiens n'en parlent même pas*, et qui n'a régné que du 2 mars An 917 986 au 21 mai 987 3, n'a pas fourni deux pages à l'histoire 4. Qu'il ait dû avoir pour héritier son oncle Charles de Lorraine^, alors en Brabant, que cet oncle ait perdu du temps, et qu'il ait été peu estimé, suivant quelques-uns^, ou abhorré, suivant les autres7, toujours est-il que l'ex-pupille de Richard, duc de Normandie, et son beau-frère, le cousin-germain de Lothaire, fut admis dans une assemblée de seigneurs tenue à Noyon le 1** juin^; qu'il fut sacré roi de France le 3 juillet^, à Reims; que ses feudataires immédiats furent réduits à six , dont le duc de Normandie fut un '^; que la Bretagne dut foi et hommage au duc de Normandie" et que presque tous les partis du royaume adhérèrent à cet ordre nouveau ". Sans qu'il soit besoin de vérifier si Hugues Capet a été désigné comme successeur par le roi décédé'^, ou si c'est l'armée qui , trois jours avant le couronnement,
Sismondi, 1. 1, p. 170.— Dict. hist. v» Louis IV.— Masseville, 1. 1, p. !W.
— Ladvocat.
(1) Ladvocat. — Anquetil , t. 1, p. 425. (2) M. Depping, t. 2, p. 170.
— Hénault, 1. 1, p. 92. (3) Velly. — M. Mennechet, !«' vol.— Anquetil, t. 1, p. 425. — Mézeray dit le 21 juin. (4)- Richer, l. 4.
(5) Anquetil, t. I , p. 428. — Masseville, t. 1, p. 131. — Mézeray, t. 4, p. 261. (6) Anquetil, t. 1, p. 428. (7) Mézeray, t. 4 , p. 255.
(8) Sim. deSismondi, p. 170. — Anquetil , t. 1, p. 429.— Voltaire ne reconnaît pas celte assemblée, attestée par Ricber, 1. 4; Essai sur les mœurs, 1. 1, p. 537.
(9) Anquetil, 1. 1, p. 429. — M. Mennechet, !«' vol.
(10) Hénault, p. 101. — Richer, 1. 4.— Sim. deSismondi, t. 1, p. 172 et suiv. — Périaux , Almanach , 1828. — Toustain de Richebourg, t. 1» p. ]99.*-DumesDU, p. 41. —Masseville, 1. 1, p. 132.— Dulaure, t. 2» p.2-
(tl) Velly, t. 2. (12) Dulaufe, t. 2, p. t.
(13) Denyaldus, p. 163.
Ta proclamé*, il est certain qu'il a dû son élévation , en grande partie , aux soins, à Tappui de Richard^. D'autres effets de cet avènement pour la Normandie, sont dignes d'être remarqués: Richard revient à Rhoëm avec ses comtes et ses autres officiers. Pendant leur absence, tous ces seigneurs avaient conservé leur fortune par l'exécution du régime féodal primitif, et même avaient amplifié ce régime; mais aussi ceux qui payaient les treizièmes et autres arrérages , et qui cependant se voyaient frustrés du droit de pêche et de chasse, et peu à peu des libertés dont ils jouissaient sous RoUo, murmuraient déjà de voir les grands avoir les fêtes et eux les travaux et les peines^. Hugues Gapet et Richard s'entendaient à merveille pour favoriser les gens d'église^; mais les paysans, dépouillés de leur bois de chauffage et des pâturages de leurs bestiaux, tâchaient d'amener les villes à conspirer avec eux, ils donnaient pour raison ce qu'a rapporté Robert Wace : Nus sûmes homes cum il sunt. Si Richard ne fût pas revenu après le couronnement de son ancien pupille, il aurait eu de graves insurrections à réprimer; ou assure que, réfléchissant qu'il y avait cinquante-deux seigneurs en France et beaucoup en Normandie, il a un peu limité le pouvoir féodal, et que si fon n'a pas fait un code écrit, on a reconnu des coutumes que des temps plus éclairés devaient modifier encore^.
(1) Anquelil, 1. 1, p. 428. — Sim. de Sismondi , t. 3, p. 498.
(a) Toustain de Richebourg, l. 1, p. 199. — Pénaux, Alm. 1828.— Sim. de Sismondi , 1. 1, p. 173. — Dumesnil , p. 41.
(3) Rob. Wace, vers 5980 et suivants. — M. Depping, t. 2, p. 170, 171. —M. Mennechet, t. 2, p. 4, 5, 8. ^i) Sim. de Sismondi^ 1. 1, p. 173. — Anquétil , 1. 1, p. 436. (5) Rob. Wace , vers 5980 et suiv. — M. Depping , t. 2, p. 170, 171. —M. Mennechet , t. 2, p. 4 , 5, 6.
An m De Rboëm, où il séjournait, il donnait à Hugues le conseil de faire de suite sacrer son fils Robert , et celui-ci n'y manquait pas. On commençait par cet acte l'année 988. On tendait à éloigner les prétentions de Charles le Lorrain , par le serment des prélats et des seigneurs, prêté avec pompe en Téglise d'Orléans, et selon une forme dont nous avons les termes'. On verra plus tard quelques effets de ces conseils quant à la Normandie.
Hugues Capet venait résider à Paris % et se mettait en relation presque quotidienne avec Richard. Il déclarait, plus que lui encore, l'intention de favoriser les ecclésiastiques^, surtout ceux qui, comme l'archevêque de Reims , avaient des élèves instruits , tels que ce Richer auquel nous devons une histoire contemporaine, sinon toujours vraie, au moins curieuse 4; en revanche , il recevait , à chaque bénéfice qu'il accordait, des présents qui remplissaient ses coffres^.
11 protégeait, comme Richard, les comtes, vicomtes et autres nobles, sans s'inquiéter s'il irritait les cultivateurs^. C'était presque pour imiter le duc lui-même qui avait du plaisir à se faire surnommer sans Peur, que le roi de France et les autres personnages, même les gens des classes les moins élevées, s'attribuaient des surnoms qui depuis sont devenus des noms de famille; Hugues Capet a été imité par ceux qui se sont appelés le Boua?, le Long, le Brun, Hardi ^ le Camus, le Bossue , le Noble y le Puissant , le Fort,
(l) AnqueUl, t. 1, p. 436, 438. — Mézeray, t. 4, p. 267. — Voltaire, Essai sur les mœurs, p. 538. (2) Dulaure , t. 2 , p. 5.
(3) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 173.
(4) Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 174.
C5) Sim. de Sismondi , 1. 1, p. 174. (6) Anquetil, t. 1, p. 436. (7) Mém de l'Acad. çell. — Duchesnç. — Velly, t; 2, p. 25i,
Picard f Normand, le Bœuf; ou bien encore on unissait le nom de baptême, le nom de famille et la profession, ce qui a fait trois noms; ne citons qu'un exemple.: Pierre Odon le Tailleur.
Pour obtenir du clergé un appui analogue à celui An 98» qu'il lui donnait, Richard faisait élever un de ses fils, Robert, encore enfant, après de nombreuses difficultés pourtant, sur le siège archiépiscopal de Rhoëm^, siège sur lequel il est resté quarante-huit années , et le conseil de ce jeune prélat s'empressait de fonder, avec une véritable magnificence, l'église de Sainte-Marie^, puis de faire achever le chœur de Notre-Dame^.
Si Arnould, comte de Flandre, un de ceux qui avaient voulu soutenir Charles contre Hugues Capet, battu par celui-ci , ayant perdu l'Artois, venait se réfugier en Normandie, le duc ne l'accueillait pas de suite, il consultait Hugues Capet. Il semblait reprocher à Arnould d'être le petit -fils de l'assassin de Guillaume, et d'avoir excité Lothaire contre lui-même; mais, de concert avec Hugues Capet, il semblait intercéder auprès de celui-ci, et, à de certaines conditions, il faisait restituer à ce même Arnould son comté de Flandre 'î.
Comme on le voit, pensant aux intérêts de son duché, plus qu'à sa vengeance personnelle, il pardonnait ; mais il empêchait Hugues Capet d'agrandir son empire. Il s'entendait aussi avec le roi de France, pour la création du comté d'Évreux^. C'était tou- An »••
(1) Pommeraye, p. îiî.— Gilbert, p. 456. — Serviii , l«f vol., p. 16. — Gallia christ.
(2} ChroD. rolh. — Servin, t. 1", p. 16. — Chron. des archev.
(3) Hist. de Téglise cathéd. in-i, 1686, cb. 3. —Pénaux, Almanach 1848. — Gilbert, p. U. (4) Mézeray, t. 4.
(5) Ann. de la Soc. dé THist. de Fr. 1839. ' .
jours de concert avec lui y que des Normands allaient combattre contre Charles de Lorraine, qui, aidé de quelques mécontents, voulait recouvrer le sceptre' et avait déjà repris Reims et Laon. Même pour les objets de science et d'utilité pratique, ils s'entendaient. Ils favorisaient l'introduction des chiffres arabes ^ , et celle des horloges à balancier, dans le royaume de France et dans le duché de Normandie en même temps.
Le duc ne voulut pourtant pas aller si loin que Hugues Capet, qui donnait des évéchés à des femmes^. Il comprenait bien que cela ne serait pas approuvé par ses hommes du nord, qui n'accordaient aux femmes que des droits assez limités. Il applaudissait au conseil du jeune archevêque, qui fondait à Émandreville sur la rive gauche de la Seine, vis-à-vis de Rhoëm, une église dédiée à saint Sever ^, et qui établissait une collégiale à la Ferté en Bray^.
An 994 II apprenait sans peine que Charles de Lorraine, qui était resté trop longtemps dans la ville de Laon, était livré à Hugues Capet, ainsi que sa femme et son neveu Arnould, archevêque de Reims; qu'ils étaient enfermés dans la tour d'Orléans^; que deux enfants de Charles avaient fui en Allemagne et désespéraient de venir jamais sur les marches du trône de France7. Il accueillait Haigrold , mis en fuite par son fils Suénon ^, et prouvait qu'il ne craignait pas la colère de celui-ci.
(1) Anquetil, t. 1, p. UO.— Sim. de Sismondi , 1. 1, p. 17i. (V) Hénault, p. 106. (3) Sim. de Sismondi.
(4) Servin, 1" vol. p. 11. — Denyaldus, p. 169.
(5) T. Duplessis.
(6) Anquetil , p. 440. — Mennechet , t. 2 » p. 8.
(7) Mézeray, t. 4, p. 177. (8) M. Depping, t. 8, p. 884.
Tranquille au milieu de son duché , il trouvait bien An m que Hugues Capet fit bâtir une forteresse du côté d'Abbeville, dans la crainte d'autres hommes du nord % pour lui il entretenait ses murailles vers la vieille tour ^ et les autres parties de sa résidence.
Il ne trouvait pas mauvais que vers la portion plus An 995 méridionale de la France, les municipalités s'établissent, comme une confédération de petites républiques 3, sauf un hommage féodal, et il faisait remarquer à ses conseillers normands, qu*à l'exception des paysans qui avaient été les plus âpres dans la dernière insurrection, telle était à peu près la pensée première de son gouvernement 4 ; il rendait même, à cette occasion, le droit d'élection aux monastères^.
Se livrant aux caprices d'une imagination qui avait An 994 de Toriginalité et de la philanthropie, car il s'occupait souvent de bonnes œuvres ^ , il faisait creuser son propre tombeau dans une longue pierre, et, sans craindre l'instant où il y serait étendu, il pensait à cette fin du monde dont quelques imaginations se frappaient 7. Il visitait souvent ce tombeau, et il le faisait emplir de blé pour les pauvres^; puis il disait que, quand il y serait couché, il le fallait placer sous une gouttière, près la récente église de Fécamp, pour laver ses péchés, mot qui réjouissait les moines, et qu'ils répétaient en exécutant ses généreuses volontés^.
(1) Hénault. (3) Duplessis, t. 8.
(3) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 177. (4) Id. (5) Mézeray, 1. 4, p. 278.
(6) L'Art de vérifier les dates. (7) Deville sur Saiat-Georges , mtrod.
(8) Dudon de Saint-Quentin, p. 156. — Masseville, t. 1, p. 133.— Servin , 1. 1, p. 141. — Denyaidus, p. 168.
(9) Denyaldus, p. 168.— Robert Wace, vers 5880. — V. a«asi Hist. de BolbeCy par Collin Castaigne.
Il préparait des liaisons avec le roi d'Angleterre, avec le duc de Bretagne , afin d'en faire un jonr des
AB m maris pour ses filles. Il appuyait l'avenir de son fils aîné sur le zèle éprouvé du comte de Bessin, Othon, qu'il faisait grand sénéchal de Normandie ^
Sans exprimer la moindre satisfaction au décès de Charles de Lorraine, ce dernier héritier de €harles-le- Simple, mort à Orléans dans sa prison, sans chercher ce qu'étaient devenus ses fils Olhon et Louis ^, il voyait pourtant dans cet événement la consolidation de ses vues envers son ancien pupille.
An 996 L'année 996 compte des faits intéressants à la fois pour le pays de Caux, le Roumois, le reste de la Normandie, la France et presque toute l'Europe: notre horizon s'agrandit. Des ouvriers, des paysans se plaignaient de manquer d'ouvrage; Richard, qui venait de commencer, depuis quelques années, cet immense palais ducal situé près de la vieille tour, et dont nous voyons encore les colonnades souterraines, employait une foule de bras pour le terminer. Il les rétribuait généreusement^, les surveillait lui-même chaque jour, et se plaisait à visiter les travaux, seul, pendant la nuit; il ordonnait la fondation du beau château et de la vaste abbaye d' Aumale '*, et la fortification de la même ville ^. D'un autre côté, il disait à tous ses comtes, à tous ses vicomtes, de se tenir prêts, parce que la querelle sanglante élevée en Bretagne avec Hoël, comte de Nantes, et Conan*^, pouvait demander son intervention 7.
(1) Toustain, î* vol. (8) Mézeray, t. 4, p. «77. — Anquelil , t 1, p. iiO. (3) Lesguillez , p. 20, 30. (i) Voyage Pittoresque de rancienne France. (.•>) Noël , p. 41, (6) Mézeray, t. 4, p. 381.
(7) D*Argcntré , Hist. de Bretagne. — Mézeray, t. 4, p. 880.
La création du comté d*Ëu ' indique aussi que vers la Picardie, le duc avait besoin d'une sentinelle vigilante; comme la donation du comté d'Évreux à Tarchevêque Robert, décèle le besoin de s'appuyer sur quelqu'un dont il fût certain, sans s'inquiéter si cela plaisait au clergé , qui blâmait la vie un peu trop séculière de l'archevêque^. La fin de l'année surtout signale des événements majeurs : le 24 octobre 3, Hugues Capet entrant dans la tombe à cinquante-cinq ans, Richard devait veiller sur les intentions de Robert son fils, qui, précisément à cause de sa sagesse, de sa piété, de son instruction 4, de son âge mûr, devait exercer un grand empire sur la France ^. Ce n'est pas tout : dans une assemblée des états, tenue à Fécamp par Richard, près de son tombeau , à la date du 20 novembre, ce duc avait eu soin de faire reconnaître pour son héritier l'alné de ses sept enfants, sous le nom de Richard II ^. Mais ici on ne peut s'empêcher d'éprouver un mouvement profond en réfléchissant à ce qui se passait d'extraordinaire dans l'âme du duc : il semblait fuir le voisinage de sa tombe, et il se retirait vers Bayeux, comme s'il eût senti que son rôle cessait par ce qu'il venait de faire; le lendemain 21 , il décédait 7 ; son corps était rap-
(1) Ann. de la Soc. de THist. de Fr. (9) M. A. Hugo, Fr. Pittoresque, t. a, p. 9. — Pommeraye , p. îi3. —Robert de Malmesbury.
(3) Mézeray, t. 4. — M. Dulaure, — M. Mennecbet, — Héuault , t. 1, p. 105,— Anquetil, t. 1, p. 4ii, — Sim. de Sismondi, ont des dates différentes pour cet événement; les uns disent le 29 août , d'autres le 22 novembre. Nous ne vériQons pas avec rigueur, la différence n'ayant pas de portée. (4; Mézeray, t. 4 , p. 317.
(5) Mézeray lui donne trente-quatre à trente-cinq ans. — M. Sim. de Sismondi et Anquetil lui en donnent vingt-six.
(6) Dumesnil.— Dict. de TEure, p. xxxix.— Toustain , t. 1, p. 205.— Denyaldus, p. 168. — Ordéric-ViUl, 1. 3. — Noël , cb. 2 , p. 32.
(7) Guiil. de Jum., 1. 4, cb. 20. —Denyaldus, p. 169. — M. Pluquet,
238 ANNALES DES CAUCUOIS.
porté à Fécamp^, où, tout en exécutant ses volontés, c'est-à-dire en plaçant son tombeau en dehors de Téglise et sous la gouttière, son successeur avait soin, par vénération , en exécutant seulement la lettre du testament, de construire un bâtiment au-dessus de la gouttière, pour mettre un corps précieux à l'abri des ravages du temps et du climat ^y et ce bâtiment est devenu le portail de Téglise.
Enfin ^ chose qui a aussi de l'intérêt pour nous, cet historien , dont le style est parfois un peu gonflé par la reconnaissance, mais dont beaucoup de renseignements sont précieux, Dudon de Saint-Quentin laissait tomber pour toujours cette plume, qui avait écrit un volume de l'histoire des ducs, dont cinquantedeux pages sont la biographie de Richard^; ceux qui allaient la ramasser étaient Guillaume de Jumiéges, Ordéric-VitaH, et cet historien dont le nom est perdu, mais dont le manuscrit a été déchiffré, trouvé digne en 1840 par la société de l'histoire de France^, d'être publié, et qui nous donne un exemple de l'écriture sans ornements et parfaitement Usible d'alors^.
1^. 8521. — M. Depping, t. », p. 170. — Mézeray, t 4, p. «79.— Serria, 1®' vol., p. 140. — Rob. Wace , vers 5890.— Soc. des anU de Norm. 182i, p. 69. -— L'Art de vérifier les dates place le décès au 80, âi la Tille de Fécamp. — Le Dict. hist. v» Richard , le copie. — Masseville ne doane que rannée, t. 1, p. 134 , et Hoûard égalemeat.
(1) M. Lebœuf le dit mort à Eu.
(2) Dudon de Saint-QuenUn , p. 157. — Denyaldus, p. 169, 170.— Mézeray, t. 4, p. 279.— Dict. hist. v» Richard Ie^ —Roman de- Richardsans-Peur, Paris, Denis Jeannot, in-4, goth.
(3) Apud Ducbesne, p. 107 et suivantes.
(4) V. Notes sur Ordéric-ViUl , p. 3. —Abbé de Vertot , Mercure 1723. — Moréri, v» Dudon. — Dict. hist. v« Dudon de Saint-Quentin.
(5) Uist. des ducs de Norm. et des rois d'Angl., ms. de la Bibl. du roi , in-8 , de la p. 90 à la p. 209. (6) Y. MabiUon , De re dlplomatieâ.
Les rôles allaient tout à fait chaDger, quant au nouveau roi de France et au nouveau duc de Normandie : Robert annonçait qu'il devait suivre les traditions les plus propres à satisfaire la généralité de la nation; Richard II ne déguisait pas, lui, la faveur extrême qu'il allait accorder à la noblesse et au clergé '. 11 établissait déjà entre lui et ses frères , dont l'un était l'archevêque de Rhoëm, le second le comte de Corbeil, le troisième le comte de Gisors, une grande distance, tout en donnant à son frère l'archevêque, pour le clergé, tout ce qu'il pouvait lui accorder. C'est à peine s'il voulait même comprendre que les cultivateurs, soit qu'ils descendissent des Normands proprement dits, soit qu'ils descendissent des anciens Neustriens^ dussent obtenir pour leurs peines le moindre salaire, les moindres égards; et tout ce que lui demandait un noble contre un vilain , et principalement tout ce que demandait un des moines qu'il avait fait venir de Dijon ^ contre qui que ce fût , était à l'instant octroyé. Le roi de France ne lui donnait que le titre de marquis^. Son orgueil ne diminuait pas lorsque Ethelred, roi d'Angleterre, lui demandait sa sœur Emma , ni par le mariage d'Havoise avec le duc de Bretagne 4, et de sa sœur Béatrix avec le vicomte de Turenne. Cette façon d'agir, comparée à celle de Richard 1", à celle de Rollo surtout, chez un prince que la voix publique désignait comme fils d'une paysanne^, produisit une explosion. L'occasion en vint, et de ce qu'on donnait au chapitre de l'église des
(1) Biogr. UDÎT. yo Richard II. — Masseville, 1. 1, p. 136.
(2) Rob. Wace, vers 5938. (3) Hoûard , t. 8.
(i) L^Art de Térifier les dates.
(5) Masseville ,t. 1 , p. 134.
An m moulins proche les murs% et de ce que des seigneurs se saisissaient violemment des bois, pàtis et eaux pour leurs chasses et pèches^. Ceux qui ne faisaient partie ni de la noblesse, ni du clergé, faisaient des attroupements ^; les vilains , c'était le nom que ron donnait avec dédain aux paysans, appelaient cela des conventicules 4; ils se réunissaient, suivant l'expression de cet historien que nous venons de citer ^, par vinZy trentaines, cenz; on élisait les plus habiles pour recevoir sermanz; on se plaignait des plaiz de biez. Les conspirateurs des villes disaient que c'était contre tout privilège en général qu'ils s'élevaient ^. Guillaume, comte de Gisors, quoique moine , flattait un peu ces réclamations 7. Richard, alors, incité par un clergé riche, soutenu par une noblesse accoutumée aux armes, charge son oncle Raoul de marcher contre ceux qu'il appelle des séditieux; celui-ci les divise d'abord, et ensuite les châtie avec barbarie. Il fait arracher les dents, couper les pieds et les mains des premiers pris, les renvoie à leurs compagnons^ et leur dit, avec sarcasme, de voir si l'on peut laboa* rer en cet état. Pour Guillaume, le frère du duc, il est enfermé pendant cinq années à Rhoëm^, et ne s'échappe qu'au moyen d'une corde à lui ap-
(1) Farin, t. 1, p. 16,85.
(2) Robert Wace , vers 5980 et suiv. — Mézeray, t. 4, p. â7».
(3) Toustain de Ricbebourg, t. 1, p. SU.-— Chronique du trouvère Benott, citée par M. Vatout, p. Ul. (4) V. Mém. de M. Canel, Soc. des aut. de Norm., t. 10 , p. 467. (5) Ms. publié par la Soc. de THist. de Fr. en 1840, in-8, de la p. 90 à la p. 209.
(6) Robert Wace , vers 6159 et suiv. — M. Deppiug, t. 2, p. 171.— Mém. acad. de Rouen , avec celte épigr. : il fatU éclairer. — Mézeray.— Biogr. univ. vo Richard II.
(7) Denyaldus, p. 171. (8) Chron. du trouvère Benoit. — Mézeray, t. 4 , p. 279. — Guill. de Jum., 1. 5, c. 2.
^9) Denyaldus, p. 171. — Rob. Wace , vers 6140 et la note de Féditeur.
portée dans une bouteille. Mais il n'était pas plus avancé, dit Masseville, car personne ne voulait le recevoir ^
Les Cauchois étaient contenus , non apaisés. Richard second continuait les embellissements de l'abbaye de Fécamp *. L'abbaye de Saint-Wandrille se relevait de ses ruines ^; mais on entendait dire que le An 9m pape Grégoire V mettait le royaume de France en interdit 4, parce que le roi avait épousé sa cousine; tandis que r archevêque Robert, qui avait trois enfants et autant de maîtresses , on le laissait tranquille^. Gela dénotait un excès de pouvoir dans l'Église en général. On racontait que le roi, vu son excommunication, était abandonné par ses domestiques, et cela finissait par intéresser les paysans normands comme les paysans français.
Par sa seule puissance , le duc inféodait une partie de ses terres pour que le roi de France lui accordât des pairs, une cour des aides, des vassaux^; lui, il était pair laïque de France, et portait la deuxième bannière du roi 7. Le comte d'Hiesme, qui était frère bâtard du duc , prétendait que le roi de France n'avait pas le droit de créer ces charges ^, et se rangeait sourdement avec les mécontents.
La division entre les seigneurs et ceux qui ne l'étaient pas devenait telle, qu'un guerrier, ou un brillant aventurier, Olaff, revenant de Bretagne, crut pouvoir
(1) MasseTille,t. 1, p. 138. (S) André Duchesne, Ant. et Rech. des villes, t. 9, p. 383 et suiv. (3) Langlois, p. 147.
(4) Voltaire, Essai sur les Mœurs, t. I, p. 539.— Anquetil, 1. 1, p. 443.
(5) Depping, t. 3 , p. 179. (6) Ann. de la Soc. de THist. de Fr. 1839.
(7) Id. 1839, p. 121.
(8) Théâtre d'Honneur. — Hénault , t. 1. p. 109. — Guill. de Jum., 1. 5, ch. 3. — Masseville, 1. 1, p. 138.--Toustam de Richeh., 1. 1, p. 213.