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en profiter'. Après avoir aidé Canut à soumettre l'Angleterre, voulant venir en Normandie^ ayant échoué en Bretagne, vainqueur de la ville de Dol , il s'était rembarqué y avait longé les côtes et avait remonté la Seine. Richard II comprenait bien qu'il fallait gagner ce Danois; mais le gouvernement de la France craignait qu'il ne s'agît d'accorder encore quelque fraction du royaume; les paysans ^ les marchands des villes, les mécontents, en un mot, éprou-
▲n 999 vaient seuls quelque satisfaction, Richard s'entendit promptement avec la cour de France; on proposa à Olaff des présents; on obtint de lui qu'il se fit baptiser, ainsi qu'un autre des chefs. Au surplus ^, il paraît que ce n'était peut^tre pas la première fois qu'ils étaient baptisés ^. Le duc de Normandie se consolida dans son despotisme militaire ; il apprenait que, du côté de Chartres , on voulait aussi s'insurger contre lui ; il faisait bâtir le fort de Tillières ^, et si les Chartrains l'assiégeaient, il se contentait de leur envoyer son comte Néel , dont il avait déjà éprouvé le zèle et
An 4000 la vaillance : cela sufQsaiti La millième année depuis Jésus-Christ arrivait sans que l'on vit cette fin du monde tant prédite ^.
Le duc semblait reprendre tout son ascendant sur le clergé. Il était même assez paisible pour penser à des
(1) Denyaldus, p. 178.— M. Depping, t. 8, p. 174, 175.
(2) Cbron. rolh.— Mézeray, t. 4, p. 338.— Rob.Wace.— M. Depping, t. 8 , p. 179 et la note. -* Denyaldns.
(3) Guili. de Jum. — Rob. Wace, Roman de Rou. — V. les Sagas Irlaiidaisea, citées par M. Depping , t. 8 , p. 177 et soi?.
(4) Denyaldus, p. 173.
(5) Mézeray. — Deville, sur Boscherville , 1887, in-IM., introd. — Un moine de l*abbaye du Bec a commencé alora one Chronologie , qui depuis a été poussée jusqu^à 1880.
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établiftBomtnts qui indiquent et les déooavertes de l'in^ dnstrie» el quelque régularité. Il faisait créer des sa* Unes anr la hève, le cap, la falaise d'Oroher , l'Heure, Gràville, Harfleur, et même Montivilliers , de la na* ture de celles qui avaient été créées, en 672, à Dieppe et à Arques'.
Si le monastère de Fécamp avait besoin de ré- au 4004 forme à cause des mœurs de ses moines , le duc de Normandie faisait venir l'abbé de Saiat-Bénigne de Dijon pour les prêcher et leur infliger les pénitences autorisées par le pape ^ ; et si cet abbé s'excusait sur ce qu'il avait entendu dire que les Normands détruisaient au lieu de conserver, lui«méme il les grondait en personne , sauf à en rendre compte au pape Sylvestare II, le premier Français qui se soit assis sur la chaire de saint Pierre ^.
Le roi de France voulait soumettre le comte de Nevers et le duc de Bourgogne, et même il voulait occuper totalement le duché de celui-ci ; le duc de Normandie lui envoyait de ses comtes, de ses barons 4; ils Tcvenaient vainqueurs avec des présents, et lui se livrait, à Bayeux , à des plaisirs splendides, dont nous avons même les détails ^.
Le comte d'Harcourt s'échappait de sa prison ^ et ^^ ^^^^ se cachait dans les bois, près d'Auga, au moment où le duc y prenait le plaisir de la chasse ; il se jetait à ses pieds, implorait sa grâce. Le duc pardonnait 7 ;
(1) V. Procè8*?erbaiix de la Soc. (TÉmulatimi, 15 décembre IMi. «*- Journal la Législature du i" janvier ISiS. {%) M. Depping , t. i, p. i09. (S) BuHelin de r Alliance des Arts , 1843, p. 188.
(4) HénauU, 1. 1, p. lie. — Mennechet, t. 8, p. 19.
(5) Eob. Waee. — Mém. de la Soc. des ant. de Norm. 18S4, p. 70.
(6) Touatain de Richebourg , t. 8 , p. 913. ^ Mézeray.
(7) Méxeraf. --Biogr. uni?, yo Ricl^ard II.
mais la conditioo était que le comte fonderait une église ou collégiale à Auga même, et cette condition était exécutée '• C'était alors qu'il donnait sa sœur Emma en mariage à Ethelred^ roi d'Angleterre.
AU 4005 Des différends s'élevaient entre Richard II et ce beau-frère 9 et même les Anglais, se vantant d'avoir bientôt raison de la Normandie ^^ descendaient à Barfleur. Le duc de Normandie s'entendait avec Olaff et ses Danois , qui allaient faire une descente en Angleterre^; il envoyait encore contre les Anglais Néel Saint-Sauveur^. Les femmes prenaient elles-mêmes part à la défense^. Pour le duc, il se contentait de mieux, fortifier Rhoëm , d'élever entre autres la porte Cauchoise y qui était un ornement et une défense pour la ville ^, et ce monument curieux qui se voit encore aujourd'hui dans le jardin de Saint-Ouen^ que l'on nomme la Chambre aux Clercs 7. Les Anglais abandonnaient leurs projets.
An 4004 Fallait-il se déranger pour quelques démêlés avec Eudes, comte de Chartres^, qui voulait garder la ville deDreux^ que Mathilde, sœur de Richard , décédée ,
Ao 4005 avait apportée en dot? Si Gaymar venait demander de jeune Normands pour défendre la Sicile, le duc réfléchissait et permettait seulement à Drengot-Osmond et à ses frères de s'y rendre^.
(1) Rob. Wace, vers 6190.— M. D. Lebœuf.— M. Blancbeton, Vues pitt. des anc. ch. de Fr., p. 3. — M. Estancelin, p. 19. — Denyaldas, p. 17S.
(a) Guill. de Jum., 1. 5, ch. i. (3) L'abbé Prévost, Hist. de Gaill.le-Conquérant , préf. p. xxx. (4) Masseville, t. i, p. 189.
(5) Rob. Wace , v^ 6318 à 6254. (6) Toussaint Duplesds, t. 9.
(7) Laquerrière, Descript. hist. des maisons de Rouen , 18il,in-8.— M. Depping, t. 2, p. 210.
(8) Masseville, 1. 1, p. 139. — Biogr. univ. v» Richard II. — - Toustain de Richebourg, t. 1 , p. 217, place le fait en 1097. — M. Dumesnil, en 1017, p. 46. (9) Chronique Gassin., 1. 2, cb. 8S. — Gervasias
Les Danois avaient détrôné Éthelped qui avait épousé ^n ^^ la sœur dé Richard II ; celui-ci rappelle et concentre tous ses hommes de guerre , fait équiper ses flottilles ^ passe le détroit et rétablit Étheired; puis, ce dernier étant mort, Canut qui se saisissait du sceptre britannique, épousant la veuve d'Éthelred, Richard le laisse tranquille ^ Il semble même que les Danois et les Normands aient alors compris l'avantage d'une alliance offensive et défensive * .
Tout était pacifié à ce point, que le duc s'occupait An m% même du personnel des couvents. Il disait à Gérard P', ou saint Gérard, de se mettre à la tête de celui de Saint-Wandrille, et Gérard rétablissait dans ce monastère la discipline détruite d'abord par la faute même de Richard ^.
On apprend en Normandie que , le 29 septembre An 4009 1009, l'église du Saint -Sépulcre à Jérusalem a été violée par le calife Hakem'i, à l'instigation des Hébreux; une irritation profonde, électrique, se manifeste contre tous les juifs en général; le clergé ne manque pas d'entretenir cette irritation. Un sage historien a remarqué que la noblesse belliqueuse , laquelle empruntait souvent aux usuriers, presque tous juifs, n'était pas fâchée de cette fausse position de ses préteurs; et, en effet, ou, pour protéger les juifs, elle demandait des sommes nouvelles, ou bien elle les abandonnait à la fureur des vilainz et se débarrassait des créances en même temps que des créanciers.
Des pèlerinages armés pour la terre^sainte, par-
Tornac. pnefot. — Ordéric-Vital. — Gabriel Dumoulin, p. 2,3, Détails. (1) M. Depping, t. 9, p. 174.
(9) Guiil. de Jum., 1. 5, cb. 7. (S)iLanglois, p. 147. (4) Sim. de Sismondi, t. l,p..UHi.'.^
t46 ANNALES DES CAUCHOIS.
taîent de Normandie comme de la France'; mais en Normandie ) les propriétés, les propriétaires étaient assez calmes pour que le roi d'Angleterre envoyât ses enfants faire leur éducation dans les couvents sur les bords de la Seine ^.
An mù Le duc conseillait au roi de France de faire reconnaître, de son vivant, son fils pour son successeur au trône , comme on faisait en Normandie , et le roi suivait ce conseil^. Pour le duc il voulait accoutumer encore plus à l'hérédité , en créant de plein droit de nouveaux comtés héréditaires^, celui d'Auga, par exemple.
An loia II fondait Tabbaye de Saint -Gervais de Rhoëm à l'endroit où avait été un monument dont la crypte existe encore ^, et il nommait abbé de ce monastère
An m% son confesseur Arnould^. Il donnait des titres nobiliaires au clergé; par exemple, à la cathédrale de Rhoëm, et toujours à cause de ràrchevéque, la seigneurie d'Aumale?.
An 4044 Si dcs désordrcs s'élevaient dans l'abbaye de Jumiéges^ sous l'abbé Robert, le duc faisait venir Guillaume de Dijon, qui, par l'ascendant de sa parole, acquis dans divers conciles^, et le crédit dont il jouissait à la cour, faisait rentrer les moines dans l'ob^ssanoe^. Il fondait l'église de Saint-Évrard dans ie pays de Caux'% et en dotait un ecclésiastique bloquent mais soumis.
(I) M. Micbdet, p. 87. — COiion. noiteattde, pM MicM, MtU par Courty, i vol. in-S, 1841, chez Renouard. (i) M. Raynouard , sur Rou , p. 33. (3) Anquetil, t. 1, p. 448.
(4) Ami. de la Soe. de rnisi. de Fr. 1839. (») Aan. de la See. de rnist. de Fr. 1838. (6) T. Duplessis. (7) Abii. de la Soc. de THist de Fr. 1839» p. 8e. (f) Sém. daSûai^di» p. ee. (•) m. neebtyee, p. 46.
(10) Aan. de U Soc. de ruist. de Fr. 1838.
ANNALES DES CAUCHOIS. til
Le roi Alfred d'Angleterre était forcé de se retirer sur le continent avec sa famille; le duc de Normandie Taccueillait % malgré ses torts envers son peuple, et le rétablissait. Le roi de France voulait appuyer son ab ma pouvoir en Bourgogne; le duc lui envoyait de ses seigneurs normands , et , tout en étendant son influence au cours supérieur de la Seine, comme cela a été justement remarqué^, il entretenait Tétat guerrier de ses hommes. Dès qu'ils avaient fini de ce côté, ils se rendaient aux premières demandes faites dans la basse ao m% Italie, pour marcher contre les Sarrasins^. C'est quand ils revenaient de Tltalie ou de la Judée , qu'ils rapportaient les premiers éléments de cette architecture d'un beau gothique^, laquelle devait avoir un jour plus de monuments en Normandie que partout ailleurs. La cathédrale de Rhoëm en recevait des applications ^, qui font un curieux contraste avec l'architecture romane , proprement dite , suivant les principes de laquelle elle avait été commencée.
Les Normands, revenant de combattre les Sarrasins, rapportaient qu'ils avaient aussi trouvé chez eux le duel ^, comme un mode de régler leurs différends , avec cet autre usage de donner plus de foi , et d'accor- An m% der plus de vénération aux reliques extraordinaires , qu'aux objets les plus sacrés de la religion, telle qu'elle avait été présentée par son prophète. Les guerriers n'étaient pas plus tôt revenus, qu'ils repartaient pour la Bourgogne, d'accord avec le roi Robert.
(1] Rob. Wace , vers 64i0. — Dict. hist. (i) M. Michelet, p. 78.
(3) Sim. de Sismondi , t. 1, p. 49i.
(4) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 187. — Hist. des conq. des Norm. par Gaultier d*Arc , in-8, Atlas, 18S0.
(5) Toustain de Ricbebourg, t. 1, p. M7.
(S) 'nm. de SisAondi , 1. 1, p. 188.
Ani(M« Satisfait de Tordre qui s'était rétabli à Jumiéges , Richard II donnait des biens nouveaux à cette abbaye ^ Il donnait aussi à Tabbaye de Fécamp^ Téglise
An 10M de Sainte-Marie du Wast et Téglise de Saint-Gervais de Rhoëm, avec les droits à percevoir à la foire de ce nom *.
Il lui naissait un fils de son union avec Papie; il le nommait comte de TellaUy c'est-à-dire de cette région dont nous avons déjà décrit les limites et qui est vers Arques 3.
Drengot-Osmont, un de ses comtes, avait tué Guillaume Repostel; afin de faire oublier sa faute, il partait avec une troupe de volontaires pour Tltalie, et se signalait à ces lieux mêmes où s'était livrée la fameuse bataille de Cannes ^.
An loM Les excès de maintes communautés ecclésiastiques, de certains prélats, comme celui de Rhoëm, excitaient quelques hommes, déjà instruits^ à parler d'une réforme dans Téglise^; et le duc, à l'exemple des chefs de corporations religieuses, les tournait en ridicule, sous le nom de turlupins, de béguins et de catharins. Il en riait aussi avec Olatis ou Olaff, roi de Norvège, qu'il avait déjà reçu quelques années auparavant , et qui , appuyé sur son sénéchal , le poëte scalde, Sigvatur, venait étudier les lois et les mœurs de la Normandie, sous le rapport de l'organisation communale. Il traitait encore si bien ce même Olaff, que Sigvatur a écrit l'histoire de son voyage ^, et que,
(1) Deshayes, p. 47. (2) Servin, t. 1, p. 11. — Pénaux, Almanach de 1828. (3) Biogr. univ. y» Guill. de Telle. —M. A. Le Prévost, Ant. de Norm. 18i0 , p. 6. (4) Toustain de Richebourg, t. 1, p. 264.
(5) Sim. de Sismondi, l«r vol., p. 193.
(6) L'abbé Delarue, Hist. des bardes. — M. Thierry, Récits MénoY., 1. 1, p. 298, — Noël , deuxième cahier, p. 38.
dans toutes les occasions sérieuses y lors des dissi- An ^oas dents avec le roi de France, OlaflF a procuré des secours à Richard, ainsi que l'alliance de Laginan, roi de Suède '•
Loin de rien concéder aux plaintes de ses Normands ad 1025 les plus sages, contre les abus des moines et du clergé, il encourageait les donations aux couvents déjà riches, comme celle faite par Tabbé Albert, à Jumiéges^; et pour que sa noblesse fût concentrée, et prête au premier signal, il promettait d'imiter le roi de France, qui créait cette chevalerie, pour laquelle il fallait trois générations de noblesse , ces pages , ces damoisels , ces varlets, ces écuyers^; il créait de nouveaux comtés, comme celui de Briosne, accordé à son frère Geoffroy ^, et nommait Guillaume de Hommet connétable de Normandie ^.
Tous ceux qui étaient ainsi contenus, les pay-Aiiio84 sans , les hommes qui n'étaient pas seigneurs ou ecclésiastiques, se réjouirent bientôt d'apprendre la discorde qui existait à la cour entre le duc et la duchesse; et quand elle fut répudiée^, ils ne man-Aiiio28 quèrent pas de prendre son parti. Le duc répondit à cela par de nouvelles faveurs aux abbayes : c'est de cette année que datent : une charte rédigée encore en latin, par laquelle il fonde l'abbaye de Sainte- Catherine-du-Mont 7; une autre par laquelle il donne à Jumiéges des terres, des prés, des forêts, des vignes;
(1) Mézeray,t. 4, p. 338. — L'abbé Prévost , Hist. de GuilL-le-Conq., préface, p. xxxi. (S) Ann. de la Soc. de THist. de Fr. 1838, p. 87i.
(3) Velly, t. 4, p. 1 à 86, et les auteurs qu'il cite.
(4) Toussaint Duplessis , t. 2.
(5) V. Charte sans date d'année, mais avec date de mois; Soc. des ant. de Norm. 1834 , p. 9. (6) Touslain de Richebourg. (7) Neustria Pia , p. 405, par Arthur Dumoustier, in-fol. Roth. 16é3, ap. Berthelin.
une autre par laquelle il donne à la même abbaye une partie de Hartel villa, que nous nommons encore Harteauville ou Heurteauville ' ; cette dernière est signée du duc et de son fils.
Bien des royaumes étaient moins importants que le beau duché de Normandie. La mort de Guillaume^ comte de Tellau ^y fils du duc, et peut-être aussi la conduite de la duchesse, avaient pourtant bien attristé ce Richard II , que les ecclésiastiques ont sur- An 4086 nommé leBon^, le très-pieux^. Une dernière lueur de volonté se montre lorsqu'il apprend que Renault, comte de Bourgogne, époux de sa fille Âliénor, a besoin de secours; il donne l'ordre à ses fils Richard et Robert d'y courir ^. Leur victoire, la nouvelle qu'il apprit que le vaincu avait fait amende honorable, une selle sur le dos^, eurent son dernier sourire. 11 ne pensa plus qu'à des actes d'humilité; il reçut la discipline à Fécamp, et mourut, le 23 août, entre les mains de l'abbé 7, type du caractère de son siècle, ayant tout ce qu'il fallait pour faire un guerrier : du courage et de la force, du sang-froid; tout ce qu'il fallait pour faire un homme d'Ëtat : de l'ordre, de l'art dans la division du travail, de l'aplomb; tout ce qu'il fallait enfin pour faire un prince : le don de bien
(1) V. une brochure miïi\x\ée Barêllê de Harteauvilley et les titres de celle Harelle dont une partie est aux Archives de la oeur royale de Eoueo. (») Duplessis. (8) Chron. roth. — M. Depping , t 9 , p. 173.
(4) Guill. de Jum., 1. 5, p. i57, ch. 17.
(5) Toustain de Richebourg. (6) Dulaure , t, i, p. 143.
(7) Guill, de Jum., 1. 5, p. 257.— Baudot de Juilly, 1 vol. in-lSI, 1701. — Hisi. des ducs de Norm., p* 53 et la note. — Servin , !«' vol., p. 146. — Toustain de Richebourg, 1. 1 , p. aS9.— Masseville, 1. 1, p. 146.— Chron. roth. — Le Dictionnaire de TEure croit devoir retarder la date jusqu'en 1(M7, p. xxxix.*-^ La Biogr. univ. dit en 10S6 ou 10S7. — Hoiiard, p. viij , dit iOM. -<- H. A. Le Prévost , 83 août 1026 , et une note adressée par lui à rautew**<^ lUHBaa de lou , p. 370.
choisir ses administrateurs, T absence de toute crainte de tumulte y et pourtant, avec tout cela, ayant de la faiblesse en présence d'un moine et de Tingratitude envers les hommes laborieux et modestes ' •
Le fils de Richard II, qui prenait possession immé* diate du duché , sous le nom de Richard III , et qui était Tainé des huit enfants issus de Judith, sœur du duc de Bretagne ^, était Tobjet de l'attention des Cauchois^ du Yexin, du Roumois, de toute la Normandie^ de toute la France. Il s'était bien montré tout récem«ment dans la guerre en Bourgogne^; il aimait beaucoup son pays, et, suivant un manuscrit du temps, était bon chevalier^, car le nom devenait à la mode.
Son premier soin, après avoir fait son hommage au roi de France ^, fut d'assembler les comtes et les barons de Normandie et de Bretagne, pour, à son tour, recevoir leur foi et hommage ^, et pour leur dire comment il comprenait l'honneur de les commander selon les instructions de son père ; il délivra à son frère Robert, qui était à Falaise à faire sa cour à la fille d'un pelletier, qu'il avait admirée à la danse, et qui, au moins de juin, était devenue mère d'un enfant qui jouera un si grand rôle 7, il lui délivra, disons-nous, le comté d'Hiesraes ou Uismes ,
(1) Hist. des ducs de Norm., ms. publié en 1840, p. 53. — llasseville» t. 1, p. 136. (2) Biogr. univ.
(t) Hist. des ducs de Norm., ms., p. 5S.
(4) Id., p. 53. — Baudot de Juilly.
(5) Heb. Waoe, ver» 7413, (6) NagMrel, p. 57.
(7) Précis de rAcad. de Rouen, p. Sdi.— Bob. Wace, vers 8035^ — Deudmnarre. — Benoit de Sainte-Maure. —H. Depping , t. S, p. 181. •— Ladvocat, yo Guillaume, dit 1087. — A. Le Prévost, sur Wace, U 1, p. 398.— Biogr. univ. — L. Dubois dit 1037, p. 115. — Le Dict. univ. 10S4. — Hume, 1036. — Thierry, i« vol., p. 355. —La Gbron. de 1581 dit 1096. ^U Prévost, UisU de 6uiU.4e-Cooquéiaat, p. S.-^Piapert. de M. PiviUe, «loç. 466 ant 4^ Ifonn, lliM, p. 17».
moins étendu que sous les Carlovingiens ' , et d'autres fiefs encore; mais celui-ci, ne se contentant pas de si peu, s'empara de suite du château de Falaise *, et commença une guerre civile au milieu de l'hiver.
Richard III, instruit de cette révolte, profite de la présence de plusieurs de ses barons près de lui; il An 4088 marche sur Falaise, prend la ville en janvier 1028, et met en fuite les partisans de son frère ^, lequel après avoir encore voulu se défendre dans Exmes^, changeant de rôle et de masque, vient se soumettre à son suzerain, qui le ramène avec lui à Rhoëm. On s'attendait à ce que le duc, esprit supérieur à son siècle par ses lumières, qui faisait venir d'Italie Jean, médecin distingué, et lui promettait une abbaye ^ ; qui avait largement récompensé le poëte Fulbert^; égal à tout ce qu'il y avait de plus brave parmi ses nouveaux chevaliers7, allait, en sacrifiant aux idées d'alors sur le pouvoir féodal, les concilier avec le bonheur des habitants des campagnes et des classes peu aisées dans les villes. Déjà il se disposait à parcourir son duché pour voir les choses de près; il avait accordé aux abbayes de Fécamp et de Jumiéges des salines à Harfleur, il donnait d'autres marques d'intérêt à l'abbaye de Jumiéges, en confirmant les chartes de son père^; il accueillait les respects et les souhaits du moindre paysan, du moindre citadin; il meurt le 28 février 9, à la
(1) L. Dubois , Résumé, p. 103. (i) Robert Wace , vers 7480.— Nagerel,p.57. —Soc. dosant, de Norm. 1835, p. 117.— Guill.de Jum., 1.6, eh. a. (3) Robert Wace , vers 7426.— Nagerel , p. 57. — Masseville , t; 1, p. 147. — L. Dubois, p. 103.
(4) Louis Dubois, p. 104. (5) M. Depping, t. a, p. 2i3. (6) Dict. hist. vo Fulbert. (7) Servin , 1. 1, p. 147.
(5) V. Parlement de Rouen , 14 février 1582. — V. Harelle de Harteauville , par J. Houëi. (9) Note de M. A. Le Prévost à Pautear.-W. Oursel,
suite d'un repas; et Ton a même soupçonné son frère de ravoir empoisonné ^ Quoi qu'il en soit, le peuple a accompagné son cadavre à l'église de Saint-Ouen, où il a été inhumé^, avec des marques non équivoques d'amour, de regret et d'appréhension. Richard III n'avait pas d'enfants issus de mariage légitime; un bâtard , dont il avait fait un moine de Fécamp, et qui depuis est devenu abbé de Saint-Ouen 3, n'élevait aucune prétention au duché. Le seul successeur qui se présentât était précisément Robert, ce frère que le soupçon public poursuivait 4. Cette époque curieuse demande de marcher surtout avec méthode et de bien mettre tous les annalistes en présence.
Robert F' reçu par les comtes et les barons comme le plus proche héritier^, avait, par ses habitudes et son caractère, des traits qui semblaient d'accord avec ce qu'on lui imputait. Il était brusque, impétueux; il croyait calmer tout avec de l'argent; mais aussi il avait un grand courage, une exécution rapide. Le duc de Bretagne ne le reconnaissant pas était réduit en peu de jours ^. Le duc d'Âlençon lui refusant hommage, on l'y contraignait, suivant un exemple déjà
Beautés de la Norm., p. 39. — Robert Wace, vers 7i3i. — L*EIist. de Ly Normand, 1835. — Hoûard, p. viy.
(1) Nagerel, p. 57. — Guill. de Jum., 1. 6 , ch. i , p. 958. — Baudot de Juilly. — Oursel , loc. cit. — Farin , 1. 1, p. 80. — Servin , t. l, p. US, — Dict. de TEure, p. xxxix. — Mézeray, t. 4 , p. 3U. — Toustaia de Richebourg, 1. 1, p. 232.
(2) Nagerel, p. 57.— Servin , p. 148 , 179. — M. L. Dubois dit, p. 105 , quMl a été inhumé à Fécamp. (3) Robert Wace , vers 7452.
(4) Robert Wace, vers 7454. — Ordéric- Vital , p. 9. — Chron. des ducs de Norm., p. 47 et suiv. — Masseville , 1. 1, p. 148. —Nous ne voyons pas où TÀunnaire historique a puisé les renseignements sur le mariage de Richard III avec Adèle, v. 1838, p. 257.— M. Depping dit qu'il n*a pas été marié, t. 2, p. 180.
(5) Hist. et Chron. de Norm. (6) M. Depping , t. 2, p. 180.
AD 4039 donné y en lui mettant aussi une selle sur le dos^ [l s'attachait ses serviteurs par des présents, par des gages considérables 'y pour qu'ils fussent à lui plus qu'au duché. Il donnait à Hugues, évéque de Bayeux, une partie de la forêt de Brotonne ^ ; il fondait Tabbaye de Cerizy, d'accord avec le pape 4, et donnait de beaux fiefs à ce couvent pour qu'on priât pour lui. S'il était à la messe et qu'un chevalier ne fftt pas assez riche pour faire offrande, le duc offrait beaucoup pour le chevalier, et lui envoyait ensuite davantage pour lui-même^; mais, d'un autre côté, si son oncle, l'archevêque de Rhoëm, ne voulait pas faire en tout ses volontés , il le contraignait à quitter la métropole^. Si le prélat se retirait à Évreux, en excom- , muniant son neveu, celui-ci allait l'y assiéger, et l'amenait à merci , après lui avoir reproché aussi ses extravagances. Relisons dans la chronique de Normandie les traits d'originalité, de générosité qu'on lui prête et qu'on raconte traditionnellement. Un jour, par exemple, il faisait sa partie d'échecs avec un de ses barons, un écuyer le regardait; au même instant, un gentilhomme apporte et tire de dessous son manteau une piitte de fin or, pour la présenter au duc; celui-ci la donne à l'écuyer, et l6 fait ainsi mourir de surprise et de joie 7. Ou ne finirait pas à raconter les anecdotes que Robert Wace a détaillées dans sa poésie originale^.
(1) M. Depphig , t. a , p. 180. — Dumesnil, p. 59.— Masseville. (i) Hist. et Ghron. de Norm., p. 57. (3) Soc. des ant. de Norm. 1S36, p. 468. (4) Cbron. de Norm., p. 5T. (5) Cfaron. de Norm.
(6) Guill. de Jum., 1. 5, ch. 3. — Ghr. de Norm., p. 57. — Masseville , t. t, p. 149. — Servin, 1. 1, p. 150. — L. Dubois, p. 106.
(7) Chron. de Norm., p. 57, 58.— Adémar, Cbron. publiée en irâf.
(8) Rob. Wace , vers 7550 et siiiv.
Ce qui est plus sérieux , il paraît que les États de Normandie lui conseillaient de se marier, et qu'il refusait, parce qu'il avait un fils ^ Il est certain que c'est sous son règne que le droit d'atnesse a été généralisé, appliqué à toutes les familles, et consacré comme loi dans tout le pays de Caux ^ ainsi que dans toute la Normandie , sauf les droits de bourgage et autres exceptions. Sans doute avec ses barons, avec Alain , duc de Bretagne , son grand sénéchal ^, il aura discuté longtemps ce point si important dans le château, ou maison de plaisance entourée de forêts, qu'il avait fait construire sur le moiit Thuringe^.
Baudouin, comte de Flandre, dit Bellebarbe, avait a« <ow demandé pour son fils la main de la fille de Robert^ roi de France, nommée Alix, et encore au berceau. Le fils de ce Baudouin, ingrat, chassait son père, et celui-ci se réfugiait en Normandie ; le duc de cette belle province appelait quelques centaines d'hommes armés de toutes pièces, allait mettre le siège devant Cassel, réduisait le prince à faire hommage à son père, et rétablissait celui-ci dans sa seigneurie^. Il revenait sur le mont Thuringe , ou Saintc-Catherinedu-Mont^, et y laissait fonder un couvent de l'ordre de saint Benoit, par le vicomte Gosselin d'Ârques et Emmeline, sa femme, qui fondaient aussi le couvent de Saint-Amand 7, dont plusieurs princesses ont été
(f) Le Prévost, Hist. de Guill.-lé-Gonquérant , 1. 1, p. 6 et suiv. (2) Ghron. de Norm., p. 60. (3) Toustaip, t. S, p. 3il.— Eobert Wace, vers 8131. (4) V. Pièces dans le Gharlrier de M. le marquis de Belbeuf.
(5) Rob. Wace. — Masseville , 1. 1, p. 151 .
(6) Ann. deTHist. de France, 1838, p. 213. — Chron. roth, de Delà marc— Titres cités devant la cour de Rouen, par M. Hébert , et extrait duGhartrier du marquis de Belbeuf.— Ordéric-Vital, 1. 3. — Toussain DuplessiSy 1. 1.
(7) Ann. de THist. de Fr. 18S8 , p. 69.
abbe8868^ Le duc Robert donnai^ pour fonder le couvent de Sainte-Catherine^ douze acres de terre '; et le premier abbé, Isambert, est celui qui a béni la cathédrale^ • Il faisait continuer le pont de pierres de Rhoëm^ qui venait jusqu à l'endroit où est la rue Potard aujourd'hui^; il rendait un éditsur les lieux de débauche^.
Hugo y ^véque de Bayeux , voulait agir en rebelle contre le duc; celui-ci le contraignait^ en peu de jours, à lui demander pardon^ et reprenait tous les dons qu'il lui avait faits.
Quelques barons avaient enlevé à Robert, roi de France, Melun avec une partie de la Bourgogne ; Robert de Normandie l'aidait à reprendre le tout^ et encore, quand le roi de France voulait, à titre de récompense , augmenter son duché , il refusait7^ pour cette fois.
Aa 1051 y Sans cesse couvert de cette armure si brillante, et qui paraîtrait si pesante aux plus robustes des Cauchois d'aujourd'hui, il favorisait ces expéditions qui ont porté si loin le nom normand, lors desquelles le seigneur Tancrède de Hauteville, dans la famille duquel il y a eu des princes de Capoue , des comtes de Caiabre, des comtes de Sicile, des princes d' An tioche, des rois de Jérusalem, avec ses douze fils et le seigneur de Montreuil T Argile, a conquis le royaume de Naples et la Fouille^. Il aidait le bon et modeste ro'
(1) Servin, t. 2, p. 16. —Pénaux , Alm. 1828. —La Soc. desant. Norm. 1835, p. 285, dit en 1037. (2) Ghartrier de Belbeuf.
(3) Duplessis. (4) Laquerrière , t. 2 , p. 64.
(5) Duplessis, t. 2. (6) Cbron. de Norm., p. 59.— Masseville,t. l,p. 1 place le fait en 1028. — L Dubois, p. 108. (7) Guill. de Jum., ' c. 6.— Chron. de Norm., p. 59 — Dumesnil, p. 52, place le fait en 1(
(8) Voltaire, Essai sur les mœurs, 1. 1, p. 546.— Sim. de Sismondi
de France, quand celui-ci voulait, malgré la reine, faire couronner son fils atné, Henri, en donnant à son autre fils le duché de Bourgogne ; et il aidait le jeune roi contre ce duc de Bourgogne qui voulait se faire roi de France à son préjudice. Après l'avoir bien reçu pendant huit jours à Fécamp, où il était venu presque seuls il le reconduisait jusqu'à Gisors, lui donnait pour lieutenants deux de ses comtes , dont un Cauchois, le comte d' Arques. Aidés de cinq cents lances, ces deux délégués replaçaient le roi dans Paris *, et il prenait le nom de Henri P''^, à partir du 20 juillet de cette année 4. On rendait à ce Henri I" des services An ma plus signalés encore, qui valurent enfin pour récompense Pontoise, Chaumont et tout le Vexin^, qui furent depuis des sources si fécondes et de guerres et de traités^.
Un moine de Saint-Wandrille7 tuait à. coups de hache son abbé, ce bon et docte saint Gérard, qui avait réparé et tant augmenté sa belle abbaye^; le duc
p. 209. — Hénault , t. 1, p. 120. — L. Dubois, p. 89. — Le baron de Bazancourt, 1846, 2 vol. m-8. — Ghron. de Norm., p. 60. — Hist. des conq. desNorm., par Gauthier d'Arc, in-8y Atlas. — Gabriel Dumoulin, in-fol., 1658.
(1) L. Dubois, p. 111. (2) Chron. de Norm., p. 60. — Masseville , t. 1, p. 152. — Servin, 1. 1, p. 154. — Héoault , p. 122.
(3) Sim.deSismondi. — Hénault, 1. 1, p. 115, 119— Michelet, p. 78. Mézeray, t. 4, p. 359. — Masseville , 1. 1, p. 152. — Mennechet, t. 2, p. 34.
(4) Dulaure dit 21 juillet.
(5) Gbron. p. 60.— Masseville, t. 1, p. 153.— Rob. Wace, vers 7748 et suivants. —Léon Tbiessé , Résumé, p. 90 et suivantes. — Biogr. univ.— Hénault, t. 1, p. 122. — Le Prévost, Hist. de Guillaume-le-Conquérant , 1. 1, p. 2 et 3.
(6) Louis Dubois, p. 111. —Léon Thiessé, p. 96, — Michelet, p. 78. — Robert Wace, vers 7748. — Guill. de Jum., 1. 6, c. 7.
(7) Ce nom remportait sur celui de Fontenelle, donné lors de sa fondation ; V, Hist. de Saint- Wandrille , par Langlois, p. 14.
(8) Langlois, p. 147.
faisait punir Tassassiii; et employait toute son influence pour qu'un bon directeur remplaçât le sage qu'on avait perdu : la nomination de Gradulfe lui est due. Les augmentations de Saint-Wandrille étaient faites par ce dernier, et l'architecte copiait les ornements de l'abbaye de Sainte-Catherine*.
C'est à Robert qu'est due la fondation de cette église ou , pour mieux dire , de cet oratoire d'Yainville, près Jumiéges, que nous voyons encore presque entier, avec l'architecture du temps *, avec ses pierres blanches et carrées qui se terminent en têtes, oratoire dont la situation est aussi pittoresque que le souvenir en est curieux.
C'est à Robert encore qu'on doit la première abbaye du Bec, à neuf lieues de la capitale du duché, entre le Lieuvain et la plaine de Neubourg , à une petite lieue de l'endroit où nous voyons les restes' d'une plus moderne et plus belle abbaye, et dont l'histoire nous a été transmise par un habitant de Rhoëm. Là, Hellouin, qui descendait directement d'un Danois^, a réuni des hommes instruits, dont quelques-uns vont bientôt jouer des rôles importants. Guillaume de Jumiéges allait en recueillir avec soin les annales^. Elle avait, lors de sa fondation^ le privilège de relever directement du duc de Normandie^ et son dernier abbé a été on Marbœuf.
Un incendie , omis par Farin ^, détruisait , malgré
(1) Langloia, p. 148. (1) Deshayes, p. tl2.
(3) Guill. de Jum., 1. 6, c. 9, p. 261, place aussi le foit eu lOM; — Tousaainl Duplessis, en 1083. (i) Toustaiû de Richebourg, t. t, p. «55.
(5) Guiil. de Jum., 1. 6, c. 9, p. f68, 263, «6t. ^Hist. de Tabbaye roy. du Bec, par Jeaa Bourget. — Soc. des ant. de Norm., t. W, de la p. 355 à la p. 40i.
(6) Toustain de Richebourg, t. 1, p. 253.
le voisinage de la Seine et de Robec% une partie de Rhoëm; le duc y par son exemple ^ excitait les largesses des comtes, des barons, des chevaliers et des ecclésiastiques si riches , pour en réparer les pertes.
L'objet de ses soins les plus assidus était le jeune enfant d'Ârlette, Âillette, Harlève, Harlot ou Harlotte de Falaise ^ ; tout en laissant ses premières années aux soins intelligents de sa mère, il recommandait cet enfant à ses plus fidèles lieutenants pour le moment oii il pourrait porter des armes.
Alain, comte de Bretagne, était désobéissant en ce An ms qu'il refusait le service que ses ancêtres avaient promis au duc de Normandie ; le duc , aidé de son brave Néel , un des plus illustres Normands qui aient existé, le faisait sommer d'obéir, puis saccageait Dol et les environs; ce qu'il accordait seulement au comte, c'était que son hommage se ferait à la porte du château de Rhoëm , sur laquelle seraient affichées les armoiries de la Bretagne^.
Il était moins heureux vis-à-vis de Canut. Celui-ci envahissait, sur les cousins de Robert P', le royaume d'Angleterre; Robert sommait l'usurpateur de rentrer dans le devoir; puis, à son refus, il équipait une flotte à Fécamp , flotte chargée, dit Robert Wace^, de
(i) Soc. des atnt. de Norm., 1. 11, p. 19.
(2) La Chron. deNorm., p. 62. — Rob. Wace, vers 7994. — Benoît de Sainte-Maure. — Le Prévost , Hist. de Guill.-le-Conq. t. 1, p. 5. — Hume, t. 1, p. 210, trad. 1819. — Bourgueville. — Dict. hist. v® Ariette.- M. Thierry, Conq. d'Angl., t. 1, p. 210, t. 2, p. 356; — L. Dubois, p. 115, répètent que Ariette était fille d*un pelletier. — Guill. de Jum. la dit fille d'un valet de chambre du duc, nommé Fulbert, v. 1. 7, c. 8. — — Du Tillet concilie ces auteurs, en disant que le valet de chambre était fils d*un pelletier.
(3) Robert Wace , vers 7870,— Chron. de Norm., p. 6Q, 61.— Deudemarre, p. 13.
(4) Vers 7910 et suivants.
toute sa bonne chevalerie^ de tous ses bons mariniers, de tous ses bons sergeants et bons archiers. Mais la tempête forçait cette expédition de séjourner douze jours à Jersey, et puis de revenir en Bretagne '.
On conçoit que, pendant ces guerres, l'administration intérieure souffrait : on assure qu'il y a souvent eu disette, épidémie^; mais on exagère certes les résultats^ quand on assure qu'un boucher avait eu la pensée d'exposer en vente de la chair humaine ^. AD 4064 Le duc poursuivait constamment la pensée d'aller au Saint-Sépulcre, et cela entretenait l'opinion qu'il avait un remords à calmer ^; mais aussi cela donnait des inquiétudes sur son héritage comme duc : il n'avait pas d'enfant légitime, et n'avait même pas été marié; le bâtard, malgré tout ce qu'on racontait de sa bravoure présumée et des présages qui avaient accompagné la grossesse de sa mère, et le rêve de celle-ci, que ses entrailles s'étendaient sur la France^, ne devait pas être plus regardé comme duc que le fils bâtard de Richard III . Pourtant Robert assemble ses barons, ses comtes, ses chevaliers et tous les prélats de Normandie 7; il leur parle de son projet de partir pour Jérusalem ^. On a beau lui faire remarquer que son héritage va être envahi par d'autres descendants des compagnons de Rollo; par le comte d'Eu^, par Alain, comte de Bretagne, par le comte de Bourgogne;
(1) Guill. de Jum., 1. 6, c. 10, p. 865. — Rob. Wace, vers 7936.— GhroD. de Norm., p. 61, dit Giternesey ; — M. L. Dubois dit GuerMisy^ p. 114; — La Biogr. univ., Jersey.
(2) Masseville, t. 1, p. 159. (3) L. Dubois, p. 112. — Mézeray. — bulaure , p. 258. (4) L. Thiessé , p. 96.
(5) Le Prévost, Hist.de Guill.-le-Conq., t. 1, p. 3. (6) Chron. de Norm. p. 62. (7) Noël, ms. à TAcad. de Rouen, deuxième cabier, p. 32. — M. Depping , t. 2, p. 181. (8) Guill. de Jum., 1. 6, c. 12.
(9) Le Prévost, Hist. de Guill.-l^Gonq.
que l'ancien guidon de Normandie, le comte de Tosny, a dit tout haut qu'il avait des prétentions au duché * ; que Guillaume de Talou, comte d'Arqués, dit aussi qu'il y a des droits ^ ; que le roi de France pourrait reprendre le Vexin; il persiste dans son projet; il fait part du bonheur qu'il aurait à avoir pour successeur ce bâtard enfant, de la valeur et de la prudence duquel il espère tant, et dont il est certain d'être le père; il prie les États de l'agréer comme duc et seigneur ^; il assure que le roi de France, loin d'avoir de mauvaises intentions, veut bien être un loyai tuteur; il se moque des prétentions du comte de Tosny, qui est absent, de celles de Guillaume d'Arqués et autres. Il présente cet enfant remarquable, âgé de huit ans, à l'assemblée ^. Une espèce d'électricité émeut tous les assistants; ils jurent foi et hommage au jeune duc dans les mains de celui qui part pour la Terre-Sainte, et, suivant une expression féodale, ils le reçoivent à seigneur ^. Pour Robert , qui ne portait point la surnom de Diable, comme l'ont dit quelques historiens^, mais celui de Magnifique 7, après avoir fait des dons à quelques abbayes ®, il part pour la Terre-Sainte, nupieds et en langes ^, accompagné de quelques barons
(1) Ghron. de Norm., p. 67. —Le Prévost, Hist. de Guill.-le-Conq. — M. Thierry, t. 1, p. 221. (2) Hénault , t. 1 , p. 124. —Le Prévost , Ûist. de6uill.-le-Gonq., t. 1, p. 12 et p. 38. (3) Guili. de Jum., L 6, c. 12.
(4) Masseville dit qu'il avait neuf ou dix ans, 1. 1 , p. 168.— Ordéric- Vital dit huit ans, 1. 3. — Dans le discours de Guillaume, chez Ordéric- Vital , 1. T, c'est encore huit ans qu'on lui donne.
(5) Ghron. deNorm., p. 62, 63.
(6) Hénault, p. 122. —M. Depping , t. 2 , p. 180. — Biogr. univ. v» Robert. — Ce surnom a été donné au fils du duc Aubert de Thuringe , du temps de Charlemagne.
(7) Farin, 1. 1, p. 80. — Servin , 1. 1, p. 155. (8) Raymond, première lettre, p. 24.
(9) Chronique de Norm., p. 63. — Robert Wace, vers 8190.— Sur la
et de beaucoup de chevaliers cauchois et autres. Au préalable y il conduisait son fils à Paris , le présentait au roi, qui, au milieu d'une foule de seigneurs, l'appelait Duc et recevait hommage de la Normandie dont Robert cessait de se regarder comme le maître. Alain, comte de Bretagne, devenant gouverneur^ du jeune prince, et surveillant ainsi les autres, retrouvait sa fidélité ' .
On assure, et c'est un trait de mœurs du temps, que, voyant, à quelques jours de là, Robert qui partait de Paris , mal vêtu , tenant un bourdon à la main, un des portiers de la ville lui donna un coup de bâton ; que même Tex-duc , riant de cette insulte due à son changement de fortune, empêcha ses compagnons de tuer ce portier^ disant qu'il aimait mieux ce coup que toute sa ville de Rhoëm ^. Toujours est-il que c'est en cette tenue qu'il traversa la Bourgogne, la Savoie, la Lombardie; qu'il arriva à Rome, où il donna une toge sacrée à la statue de Constantin ^; qu'il reçut la croix des mains du pape Benoit IX; qu'il arriva devant Jérusalem fatigué, exténué, estropié même , quoique suivi de trésors , monté sur une mule aux fers d'or ^, et ayant fait beaucoup de largesses.
On sut tous ces détails sur les bords de la Seine
au bout de quelques semaines ; et puis, quand on ap-
kn 4055 prit qu'il était mort à Nicée, le 2 juillet 1 035 ^ ; quand
date de son départ , M. Deville , Soc. des ant. de Norm. 1837 , p. 181.
(1) Deudemarre.— Baudot de Juilly. (S) Chron. de Norm., p. 63.— Farin, t. 1, p. 81. — Rob. Wace, vers 8142 , 8190.
(8) Polydore Virgile. — Deudemarre. (♦) Robert Wace.
(5) La Biogr. univ. et Masseville diseat l^r juillet; — Hoiiard, le 6 des noues de juillet ; — M. A. Le Prévost, le 8 juillet, v. note sur Rojbert Wace, 1. 1, p. 4^3; — Ai. Devillç, en juiUet, v. Sqç. d^ UfiX, d« Norm.
ANNi^LËS DES CAUCHOIS. Id3
^^ compagDûDg revinrent apprendre ce décès aux tuteurs de son fils; quand son cbambeUan, le Gau-chois Toustain , rapporta les reliques ramassées par l'ancien duc, et les remit , suivant le vœu du défunt, à l'abbaye de Cérisy % toutes les pensées, en Normandie , se portèrent naturellement sur cet enfant , qui aura uu jour le nom de Guillaume -le -Conquérant.
N'est-il pas naturel aussi, quand on réfléchit que bientôt ce même enfant aura porté en Angleterre des lois dont une partie est encore respectée au xii" siècle, de constater, avant de reprendre le cours des faits, quel étgit l'état maritime de cette Normandie, dont le pays de Gaux formait les plus belles plages? Rhoëm D'avait pas un port, à proprement parler; la ville, entourée de murs, était tout entière, encore sur la rive droite de la Seine , et le lit du fleuve était tel qu'il avait été creusé par l'écoulement naturel des oaux, et rétréci par les additions deRoUo. Plusieurs fois, pourtant y des flottilles s'y étaient organisées, ou bien y avaient été reçues. Honfleur aurait pu contenir plusieurs bâtiments^; mais, en revanche^ la ville était presque nulle. Le bourg et le port de Dieppe et Calde cQta existaient, et pourtant aucun bassin n'au^ rait pu encore mettre à l'abri^ des embarcations d'une certaine importance ^. Le Havre n'existait pas. Harfleur, qui voyait alors les flots de 1^ mer venir se bri-
1S97, p. I81;^0rdéfi£-Vital dit en 1085.— V. au surplus la ehronique Dorm. duxi« siècle, de Michel, 1841, 2 vol. in-8. — Ladvocat, v» Guillaume. — Guill. de Jum., p. 267.
(I) Tou&taia de aichçbeui^ , 1. 1, p. 35t.
(ij Moréri, y^ Hçuifleur.
(Sf) M. Viiei, li|i>t. ^ pieppe, p. a», -rr Soc de» a^. d« Noro|., i. 11, p. 10, 11. -
S6i ANNALES DES CAUCHOIS.
ser au pied de ses murailles munies d'anneaux d'une force considérable et que l'on voit encore, avait pour le temps une véritable importance ^ Fécamp avait un bon mouillage^. Étretat ne pouvait être qu'un endroit de pêche. Le Tréport laissait entre ses rares maisons et le bourg de Mers une bonne plage et une rivière peu profoode. Saint-Valery-en-Caux était regardé comme un point assez bon pour la navigation de bâtiments nombreux, dans la belle saison; mais peu sûr pendant les équinoxes. Cherbourg était ouvert et paraissait devoir être d'une grande importance, mais si l'on établissait une digue ^. Barfleur était, certes , un des points les plus fréquentés.
Il était évident qu'une seule concentration de volontés, de résolution, de constance, pouvait en même temps augmenter suffisamment les forces navales, préparer sagement le moyen de les mettre à l'abri, créer même le personnel d'une marine, bâtir des villes fortes où il n'y avait que des anses, quelques abris, quelques moyens de sauvetage.
Cet enfant, qui avait été laissé aux mains de Henri I", roi de France, contre lequel un parent, Guillaume d'Arqués, qui prenait le titre de comte de Talou ^, non satisfait de sa forêt de Brothonne, et voulant tout le pays de Caux, donnait l'exemple dé l'insurrection ; contre lequel Roger de Tosny, descendant d'un oncle de RoUo, commençait une guerre véritable , qui ne cessait que parce qu'il était tué par Roger de Beaumont, le fondateur de l'abbaye de
(1) France Pitt., t. 3 , p. 132 et suiv. (2) Hist. de Tabbaye de Fécamp, par M. Leroux de Lincy. (3) Reteau-Dufresne, Hist. de Cherbourg. (4) Soc. des ant. de Norm., t. 11, p, 11.— >Liquet, Notice sur Dieppe et Arques.
Préaux ' ; cet enfant^ à l'histoire duquel tant de vc lûmes ont été consacrés*, était, nous le répétons Tobjet des regards de tous les princes et de tous l peuples voisins. Notre soin , aujourd'hui , doit i borner à concilier les choses vraies, intéressantes spéciales , au milieu de tant de matériaux.
Il parait certain que le roi de France, sollicité p^ la majeure partie de la noblesse normande^ a eo voyé le jeune Guillaume à Rhoëm, avec une boni troupe^.
Alain III, fidèle à son rôle , voulait administrer I Normandie comme la Bretagne; il mourait empo sonné 4, et cette mort occasionnait de suite une div sion de la noblesse pour savoir qui devait être goi verneur^.
Ce triste début fit éclore, chez plusieurs grands
(1) Mézeray, t. 4 , p. 372.— Chron. de Nonn., p. 68. — Hume. — Toi taiD de Richebourg , t. 1, p. 318, place le fait en 1038. — Guill. de Jun 1. 7, c. 3. — Neustrîa Pia place la fondation de Préaux en 1040.
(2) Robert Wace 2« vol. — Le P. Anselme. — Deudemarre,/ilist. exc< lente et héroïque du roi Guillaume, 1626 et 1629. — Th. de Valsingham. Tpodigma Neustriae. — De la Dangie-de-Ranchie , cellérier de Sair Etienne, Hist. de 6uill.-le-Conq., Mém. qui ne se trouve qu'à la Bil roy. — Hume, 1819, t. 1, p. 210 à 353. — W. Malmesbury. — Le P. L long, V» Guill. Il , et les Mém. qu'il cite. — Pommeraye. — Hoiiard. Ingulf. — Brompton. — Hoveden.— Ordéric-Vital, apud Duchesue,
^ 638 ad 663. — Masseville, 1. 1.— Christian de Troyes, roman du roi Gui d'Anglet.— Thierry.— Noël. —Baudot de Juilly, in-12, 1701. — Gui Piciav. ap. Duch., U p in-fol. — Clarke , Hist. de Guill .-le-Gonq., 16i
— Guill. de Préaux. — Duchesne , Hist. d'Angl. — M. Depping, 8 v iQ.g. Liquet, Hist. de Norm. — Goube , Hist. de Norm. — L'abbé d'( léans, t. 1, p. 82 et suiv.— Le P. Longueval. — Will. Gemmet., ap. I chesne. — Toustain de Richeb. — Mém. de TAcad. de Rouen, 1. 1, p.
— Clavigny, Hist. de Guill.-le-Conq. — Servin, t. l«r. — Farin, 1.^1*'. L, Dubois, Résumé. — Thiessé , Résumé. — Mézeray. — Voltaire , Es sur les Mœurs. — Laquerrière. — Éstancelin. — Floquet.
(3) Cbron. de Norm., p. 67.
(4) Cbron. de Norm., p. 67. — Thiessé, p. 107.
(5) Deudemarre, p. 21.
la pensée de critiquer^ à leur tour, la reconnaissance du bâtard, et de s'attribuer chacun le droit de devenir duc. Pourquoi^ disait-on, Guillaume de Talou n'aurait-il pas autant de droits que le bâtard, et pourquoi n'en aurions-nous pas autant que Guillaume de Talou ^?
Les États du pays furent encore convoqués. Le lieu de l'assemblée était la grande salle du palais ducal (où est aujourd'hui la vieille tour). L'archevêque Robert présidait; il y avait des comtes, des barons, des ecclésiastiques, des membres du tiers-état *. L'archevêque ouvre l'assemblée par une allocution, dont le thème est de prouver que le sang du duc est la vraie noblesse. On applaudit à cette pensée. De suite, il propose trois tuteurs pour le jeune prince , donnant ainsi aux faveurs de l'assemblée une occasion de se répartir; on applaudit encore; c'est à lui-même, dans l'enthousiasme où l'on est, qu'on s'en rapporte pour les désigner. Il cite trois hommes puissants, courageux, environnés de Testime générale : Âuber, Gilbert et Turquetil. Ils sont là; ils acceptent et sont comme portés en triomphe. Un gouverneur est nommé à Tenfant ainsi légitimé, en la personne deTheroulde^, çeigneur d'un bourg près de Rouen ; on fixe un jour pour l'entrée solennelle. Ce jour agréé, on se prépare: on voit même si chaque forteresse n'a pas besoin de réparations contre des attaques de partisans, comme il fallait toujours f^re eu circonstance^ analogues ^; et
(1) Hist. du ch&teaud* Arques, par Bf* PeTiUe.
(2) Deudemarre. — Pommeraye conteste ce fait , p. SiS , et cite 1§ iqs. d'Haganus à Tappui de son opinion.
(3) Laquerrière, Maison^ de Royen. ---M. peppin||^, t. 9, p. tH(. (♦) Guill. de Jum., 1. 7, c. 1«'.
Guillaume d'Arqués lui-même, après avoir fait quelques dégâts % pense vite à capituler.
Les trois tuteurs font faire l'entrée du jeune duc par la porte du bout du pont ^. Il est introduit dans la salle des États. On lui fait jurer quatre articles con* cernant les droits de l'Église , ceux de la noblesse, les traditions de la coutume , et Tinaliénabilité d'aucune partie du duché. De là il va à féglise (où le tombeau de saint Romain venait d'être ouvert)^, recevoir l'anneau ducal. A ce moment sont près de lui ses trois cousins ; Alfred, Edouard, le fils du roi d'Angleterre, et Guy de Bourgogne. L'épée ducale est remise à Guillaume. Nous avons les prières récitées alors K En se retournant vers le triumvirat d'hommes distingués qui sont ses guides , le duc semble leur dire que c'est à eux encore de gouverner le Roùmois, le pays de Caux et toute la Normandie, avec le droit direct sur la Bretagne.
Ces tuteurs comprenaient parfaitement de quel appui le clergé pouvait être pour leur intéressant pupille. De suite , ils accordent à l'Église des droits presque inconnus : c'est le privilège, pour certains couvents, d'avoir maint poisson exclusivement; c'est la dime sur les anguilles^; c'est le droit de fonder au Tréport une abbaye de bénédictins^, lis pensent à négocier de belles alliances entre les familles riches et puissantes 7. Une des plus remarquables est celle de Richard, comte d'Évreux, fils de Robert, archevêque de Rhoëm , avec la veuve de ce Roger, de ce puissant
(1) Chron. de Norm., p. «9 verso, p. 70. (2) Deudçmarre , p. 3a. (3) Pommeraye, p. 2*6. (i) Rob. Gaguin.-r- Duchesne.
(5) Neustria Pia et autres auteurs cités dans Depping , t. 9 » p. 943.
(6) NofI , 1. 1, p. n. (» p«dfinwirife » ^ **•
seigneur de Tosny ' , lequel n'avait pu effectuer ses projets et avait été tué en duel par Roger de Beaumont^. On pouvait espérer que tout allait être heureux autour du jeune enfant destiné à tant de puissance! Le résultat de la grande assemblée est reproché, par certains dissidents, à ceux qui ont enlevé ces suffrages si rapides , et cela occasionne d'autres duels ou des assassinats même. Hugues de Montfort, Yauquelin de Ferrières tombent tpur à tour victimes de ces combats, alors si habituels^. Gilbert, un des tuteurs de Guillaume, est tué par Vauquelin du Ponf^; Theroulde est assassiné, comme le dit Guillaume, de Jumiéges, par les déserteurs de la patrie; Auberest tué en dormant, au Yaudreuil, par le fils de Roger de Montgommery, et ce dernier avait été immolé avec tous ses serviteurs.
Poussé par de mauvais conseils, cette fois, regrettant d'avoir favorisé le jeune duc, incertain, pendant toute sa vie, de son rôle quant à la Normandie, le roi de France, Henri, veut attaquer celui qu'il avait protégé. L'invitant à venir à Évreux, il s'y rend luimême, mais pour demander la remise du château de Tillières 5, seulement à titre de garantie. On refusait d'abord; Crespin le voulait défendre^, quand Guillaume prie son dernier tuteur, Turquetil, d'avoir confiance. On le croit, et Henri, rasant cette barrière, se fait un ennemi du duc de Normandie 7. Que sera-oe
(1) Guill. de Jum., l. 7, c. 4. — Deudemarre. — Chron. de Norm., p. 68. (2) Oursel , p. 32.
(3) Rob. Wace, vers.8il6. — Chron. de Norm., p. 67. — Guill. de Jum., 1. 1, c. 2. (4) Guill. de Jum., l. 7, c. S.
(5) Guill. de Jum., l. 7, c. 5.
(6) Rob. Wace.
(7) Guill. de Jum. — Ordéric- Vital. — Robert Wace, vers »i4«.
quand il aura brûlé Argentan '^ séduit Toustain d'Hiesmes pour avoir Falaise , et fait bannir ce sujet , jusque-là fidèle*!
Cependant Robert , l'archevêque , descendait dans la tombe ^ loin de Rhoëm, au couvent dans lequel il s'était retiré; il avait pour successeur son neveu Mauger, fils de Richard II et de Pappia , élevé dans l'abbaye de Fécamp, qui avait voulu faire passer le titre de duc à son frère, le comte d'Arqués, et qui, divisant son temps, suivant Masseville, entre la chasse, la bonne chère et la débauche, se conduisait d'une façon si peu canonique , au dire de Pommeraye luimême, que, quatre fois, le pallium lui a été refusé^.
Deux personnages bien dévoués restaient donc seulement pour protéger l'enfance de Guillaume : c'étaient Ariette sa mère et Turquetil. Ariette épousait Guilbert de Crespon 4, dont, par parenthèse, elle avait eu trois enfants : Odon , évêque de Bayeux ^, Robert de Crespon , appelé à jouer aussi un certain rôle , et la comtesse d'Aumale^. Or, ce Guilbert de Crespon, tuteur tout naturel de Guillaume, allait faire cesser mi 4os8 bien des troubles. Il résistait à Guv, fils du comte de Bourgogne et d'Alix , fille de Richard II 7. D'accord avec Turquetil, il accoutumait le jeune duc à signer les actes ^. Pour la belle conduite de Raoul de Gacé,
(1) Deudemarre , p. ii. (2) Chroo. deNorm., p. 68, verso. — Guill. de Jum.,1. 7, c. 8.
(3) Guill. de Jum., l. 7, c. 7.— Masseville, 1. 1, p. 282, 331.— Ghron. des archev. — Servin, 1. 1, p. 16. — Pommeraye, p. 250 et suiv.
(i) Chron. de Norm., p. 69.— Guill. de Jum., p. 268, donne à ce mari d'Arlelle , le nom d'17eWutnii«. (5) Chron. de Norm., p. 81.
(6) Deudemarre, deuxième édit., 1626, iu-12, détails à la fin du vol. — Chron. de Norm., p. 69. (7) M. Depping , t. 2, p. 183,
(8) Signer ne veut pas dire autre chose qu'apposer le signe de la croix ; V, une charte de Guill. à cette date au musée de Rouen.
270 ANNALES DKS CAUCHOIS.
soit contre le roi de France, soit contre plusieurs autres, il le proposait aux États pour connétable, en présence de son intéressant pupille, et il faisait agréer cette encourageante proposition à une forte majorités
An 4059 II faisait conférer à Richard , comte d'Évreux , le titfe de grand sénéchal ou connétable hérédital*, à la place d'Osbom, et le rendait un des plus fidèles compagnons du jeune duc. C'est à ce sage administrateur qu'on doit d'avoir augmenté, à Rhoëm, la foire du pardon; d'avoir concédé des armoiries , des sceaux, pour distinguer les villes entre elles. La ville de Rhoëm avait sur son écu, que portait alors Oduïn, un
An 4(Mo léopard ^. Enfin, comme il entendait parler, chaque jour, des succès des Normands qui étaient allés dans la Fouille, et notamment de ce Guillaume Fier-à-Bras, l'atné des fils de Tancrède 4, il en profitait pour relever le titre de Normand, pour faire imiter en Normandie la trêve du Seigneur, pour éviter des duels, et il
An mi faisait présider par le jeune duc en personne cette assemblée politico-ecclésiastique, dont le but était d'établir cette trêve ^.
La mère de Guillaume faisait construire dans une forêt, près de Rhoëm, une maison de plaisance, qui a conservé le nom de Bois-Guillaume. Elle fondait aussi l'église de Saint-Laurent, alors dans un des faubourgs delà ville ^.
(1) Toustain de Richeb., t. 1, p. 318. (2) Mézeray,t 4, p. 37à.— Chron. de Norm., p. 68, veVso. — Touslain de Richebourg.
(3) Farin , t. 1, p. 2i4. — Ann. de la Soc. de THist. de Fr. 1840, p. 197.
(4) Buffier, Avent. et Conq. des princes normands. — Voltaire, Essai sur les Mœurs, 1. 1, p. 547. — Sur les Statues élevées à Tancrède et à ses fils, Soc. des ant. de Noriti., p. 178 à 181.
(5) Hénault , 1. 1, p. 124. — La Soc. des ant. de Norm. place le fait en 1048 , et M. Pluquel en 1061 , p. 310.
(6) Laquerrière, t. 9, p. 142.
Si une tentative d'assassinat était méditée pafAn^<>^» quelques conspirateurs, au moment où le jeune duc visitait Valognes, cette tentative était découverte et révélée par un homme de Bayetix , qui jouait le rôle de bouffon , dont le nom , Gallet , a été conservé par les historiens avec toutes les circonstances de la fuite nécessaire de Guillaume et de la fidélité de Robert de Ry, qui le sauvait d'une manière très-originale ^
Cependattt il ôe passait en Angleterre des événements qui devaient un jour avoir de grandes conséquences en Normandie. Alfred avait demandé au jeune Guillaume et à son conseil un secours considérable en vaisseaux et en hommes, pour faciliter son rétablissement; soixante bâtiments lui avaient été confiés. Ils étaient partis de Barfleur, portant des troupes sous les ordres des Cauchois, les comtes de Longueville et de Gournay ^ ; mais comme Alfred n'avait pas pu profiter des secours de cette flotte, que les vents contraires avaient forcée de regagner la Normandie, il n'avait pti réussir; il avait été défait, étranglé même par ses ennemis^. Les États, fidèles à la^<<>^' dynastie d'Alfred , avaient appelé pour lui succéder, Edouard, ce fils d'une Normande, d'Emma, qui ellemême était fille de Richard P, duc de Normandie*^. Edouard, ce prince que Ton a surnommé le Confesseur y était alors dans l'abbaye de Jumiéges ^ ; comme
(1) Ghn». de Norm., p. 71. -^ Deudemarre, p. SO. — Mâsseville , 1. 1 , p. 173. — M. Tabbé Louis place le fait en 1045 ; v. Soc. des aat. de Normandie, t. 9, p. 52B.
(2) Baudot de Juiliy. (3) Baudot de Juilly. —^ Voltaire , Essai sur les Mœurs, t. 1, p. 559. — Hume. — D'Orléans, Hist. des rév. d'Angl.,t. 1^ p. 83. — Gesla Guill. II, ap. Duchesne.
(4) Hume, t. 1. » Morèrf , ?<> Edouard. — Ingulf. Croyland, p. 895. — M. Thierry, Hist. de la Con^. 1. 1 , p. 204.
(5) Baudot de Juiliy. — D'Orléans, p. 84.
il hésitait à se livrer à la vie politique^ il fallut que Guillaume, pour l'exciter à accepter, lui fît comprendre que ce vœu des États était une récompensede sa piétés ^t en même temps qu'il mit à sa disposition la flotte destinée à son frère, même une escorte de quatre mille hommes^. Alors Edouard, ému par des pensées qu'il avait chassées depuis longtemps, quitta ses moines, remercia Guillaume, se mit à la tête des troupes normandes, monta sur son vaisseau, travei'sa le détroit, descendit à Plymouth et se fit couronner le jour de Pâques 1 043,
Sur le trône, il n avait pas cha§sé les pensées de reconnaissance envers ceux qui l'y avaient placé. Il appelait près de lui ces Cauchois qui l'avaient soutenu, consolé, aimé dans son exil^. Il employait tous les moyens en son pouvoir pour exprimer sa reconnaissance envers Robert, l'abbé de Jumiéges, qui lui avait rendu si familière la langue normande qu'il importait en son pays^, et qu'on suppose, avec beaucoup de vraisemblance, lui avoir inspiré la pensée d'appeler, par un sentiment de gratitude aussi , pour son héritier le jeune Guillaume, inspiration qui deviendra bientôt le sujet de si graves événements poUtiques^.
Aussi le roi de France, soit qu'il ait eu connaissance de ces conseils et de ces plans, soit qu'il ait voulu, pour le cas où Guillaume aurait les Iles Britanniques, obtenir une partie de la Normandie, ordonnait d'armer, et envoyait par la Picardie An 4044 des milliers d'hommes. Déjà la tête était arrivée vers
(1) Baudot de Juilly. (S) Baudot de Juilly.
(3) Duchesne, p. 1023.— Hume, 1. 1, p. 800. — M. Thierry, 1. 1, p. i04. — logulf , p. 62. (i) Hume, p. 200. — Ingulf. — Deshayes, p. 48, 49. (5) Guill. de Jum., 1. 7, c. 31.
le comté d'Arqués ; mais là^ le duc , âgé de dix-sept ans, d'une adresse, d'une force, d'une présence d'esprit prodigieuses , montrait à son fidèle Turquetil , à ses Cauchois et à ses autres Normands de quoi il était capable ^ Tandis qu'il chargeait le comte d'Eu de se tenir seulement sur la défensive dans le pays de Caux ^, il attaquait les troupes de France et les dispersait. Il se sentait tellement à l'abri de ce côté , qu'il détachait encore une partie de ses forces pour l'envoyer à Edouard. Il gagnait une telle faveur en An-^ gleterre, que les Anglais qui voulaient réussir près de leur roi, venaient le solliciter en langue normande ^; et pour montrer au roi de France combien il était calme, il avait soin de lui faire savoir qu'il s'amusait à entendre des contestations entre particuliers, comme celle qui était si bizarre, occasionnée par la comtesse de Tancarville , et qui a été terminée par la fondation de l'abbaye de Saint-Victor 4 ; puis il allait faire visite à ce roi, et le gagnait par ses manières franches et loyales^. Ce fut à ce point que Henri, allant combattre Guy de Bourgogne, demandait au duc de Normandie des auxiliaires, et voyait son armée se grossir d'escadrons levés dans le Vexin, le pays d'Auge , le pays de Caux ^ et le Roumois; et, en revanche, lorsque Guillaume avait à se défendre des Bretons , Henri venait en Normandie avec trois mille hommes 7. Ensemble, dans cette journée connue sous le nom deAnioiT
(1) Toustain de Richeb., 1. 1, p. 335. (S) Chron. de Nonn., p. 87.
(3) iDgulf. — M. Thierry, 1. 1, p. 165, 305.
(i) Chron. iocl. Delamarc. (5) Masseville, 1. 1, p. 175.— Deudemarre. —Toustain de Richebourg, t. 1, p. 326.
(6) Robert Wace, vers 8916. — Masseville, 1. 1^ p. 175.— Biogr. univ. v» Guillaume. — Chron. de Norm., p. 73. (7) Masseville, 1. 1 , p. 176. — D'Argentré , Hist. de Bretagne, 1. 3, ch. 29.