‹ Annales des CauchoisChapitre 15 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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qu'il avait offensés : il appelle à son secours son frère Henri'; mais un partisan , Gislebert Pilet^ le plus riche négociant de la ville, voulait, avec d'autres conspirateurs, la livrer au roi d'Angleterre ', qui était sur le continent On a le détail du commencement d'un combat vers la porte Cauchoise (ad Callegiensem portant ^ ), entre les insurgés et les habitants fidèles à Robert; on a la note du nombre d'hommes qui dut être amené de part et d'autre, des chefs qui durent les conduire, de la tenue effrayée de Robert, de sa retraite vers le quartier MalpalUf puis sur la rive gauche de la Seine, à Émendreville; du carnage qui avait lieu dans Rhoëm,

Voisins contre voisins , parents contre parents , Combattant seulement pour le choix des tyrans,

comme le disait d'un autre peuple le Rouennais Pî^re Corneille , cinq siècles plus tard.

On sait comment Henri, rétablissant la victoire > précipita lui-même, du haut d'une tour, un partisan, Conan , qui avait voulu livrer la place 4, et dont le cadavre a ensuite été attaché à la queue d'un cheval et traîné dans la ville. On a appelé longtemps l'endroit d'où il a été précipité, le saut de Conan ^; mais qui peut dire la position d'un pays où la guerre civile venait d'éclater, non pas entre des corps d'armée , mais entre les habitants d'un même faubourgs d'une même rue, d'une même maison ! Ordéric-Vital colore

(1) Ordéric-Vital , l. 8. (î) Ordéric-Vital , 1. 8.

(3) Ordéric-Vital, 1.8, ap. Duchesne, p. «90. — Richard , Revue de Rouen , 1813. (4) Léon Thiessé , p. 147. - M. Pepping , 1. 1 , p. 815. - Toustain de Richebourg.

(5) Ordéric-Vital , 1. 8.

eD politique ce triste tableau, en disant qu'on dépouillait les vaincus comme des ennemis barbares.

L'on conçoit qu'après un si pitoyable succès les prisons fussent remplies. Hé bien ! on voyait là une occasion de battre monnaie. Robert avait tellement besoin d'argent, qu'il permettait de se racheter. Guillaume, fils d' Auger, s'est racheté par trois mille livres'.

Tout le pays de Caux était envahi ^; c'était au roi de France que les seigneurs et les citoyens attachés à leur patrie avaient recours, et, par un traité bizarre dû à sa médiation, il arrivait que Fécamp et la ville d'Eu', même, assure-t-on, Cherbourg et le Mont- Saint-Michel^, restaient au roi d'Angleterre, tandis que le Cotentin était enlevé à Henri, qui l'avait payé et venait de secourir Robert 4. Il n'avait plus d'autre ressource que d'aller se jeter avec ses partisans pendant cinq ou six semaines au Mont-Saint-Michel ^, puis ensuite se réfugier aussi près du roi de France , mais pour profiter à son tour de la division de ses frères^, et réaliser la prédiction de son père.

La réconciliation des frères ne pouvait avoir lieu qu'au moyen de ce qu'un d'eux serait dupe , et c'était précisément celui qui, avec du courage, savait si mal gouverner, c'est-à-dire le duc de Normandie. Heureusement pour sa bravoure et aussi pour ceux qu'il devait commander, les princes, les ecclésiastiques, les guerriers, avaient une tendance à se transporter vers l'Orient pour enlever Jérusalem aux infi-

(1) Ordéric-Vital, 1. 8.

(2) MassevIUe , t. 1, p. 23i. — L. Thîessé, p. 146. — L, Dubois, p. 1T9.

(3) L. Dubois, p. 179. (4) Masseville, t. 1, p. 284.

(5) Masseville, 1. 1, p. S85.

(6) Le continuateur de Guillaume de Jumiéges, p. 994.

ZUf ANNALES DES CAUCHOIS.

dèles. Si celte émigration a fait beaacoap de mal à certains États % elle n*a pas nai directement au pays dont nous nous occupons , et il est vrai de dire qoe Robert devait déployer une valeur héroïque sur la Terre-Sainte. Il s'y préparait; mais il n'avait pas la force d'empêcher que ce Lanfranc^ qu'il avait placé à Saint-Wandrille, ne fût chassé ' et remplacé par Gérard IL

Le Normand Geoffroy de Malterre publiait une histoire des conquêtes des Normands en Calabre^ ; il excitait à de nouvelles conquêtes basées sur la même inspiration; il ne parlait pas des misères des croisés, il ne parlait que de leur gloire et de leur sainteté. An 4091 Au commencement de l'année 1 091 , le bruit se répandait dans toute la Normandie que le roi d'Angleterre venait de débarquer encore dans le pays de Caux, et l'on ne savait au juste quels étaient ses projets : on pouvait supposer, ou qu'il était de nouveau lié avec Henri contre Robert , ou avec Robert contre Henri. Celui-ci, du moins, savait attendre ; il restait dans le Yexin , sans faste, avec un seul chevalier, un clerc, trois écuyers^. L'entrevue dans la ville d'Eu^, avec le duc de Normandie, apporta beaucoup de modifications à ces craintes. C'est peut-être alors que furent dits les premiers mots sur l'engagement du duché de Normandie au profit du roi d'Angleterre, pendant l'absence projetée de Robert pour les croisades ^.

(1) L. Dubois, p. 185. — Velly, mst. de Fr.

(9) Langlois, Hist. de Sainl-Wandrille , p. 149. (3) Massevillc, t. l,p. 328.

(i) OixJéric-Vilal , 1. 8.

(5) M. Deppiiig, t. 1, p. 23i, et les auteurs qu'il cite. —M. D. Lebeif.

(6) Notes ïuir ROibert Wace, p. 310.

Guillaume vint à Rhoëm et resta en Normandie plusieurs mois. Un traité ostensible fut proposé; les clauses principales furent déclarées : elles cousis^ talent en ce qu'au décès de Tun ou de l'autre prince , sans enfants, leurs couronnes respectives devaient reposer sur la même tète, et, celte fois encore, sans avoir égard aux droits d'Henri % qui n'avait d'autre résolution que d'attendre.

A la suite d'un projet de cette importance, Robert allait aussi séjourner en Angleterre^; il accompagnait Guillaume vers l'Ecosse, contre des insurgés; il aidait à les réduire^; Anselme, abbé du Bec, devenait archevêque de Cantorbéry^. Pendant ce temps, Henri s'emparait de Domfront et des pays voisins, et Guillaume promettait d'aider à punir Henri; puis il faisait An 4092 tout pour atténuer la puissance du duc de Normandie^. Quand celui-ci, revenant dans son duché avec Edgard, voulait se mettre à la tête de ce qui lui restait de barons fidèles, il voyait que, dans chaque paroisse pour ainsi dire , on était divisé dans le choix de la bannière qu'on devait suivre ^. Sans le roi de France Philippe I", dont le chancelier Hombert était de Gaillon en Normandie 7, la puissance de Robert était anéantie, et c'est à ce roi que le Vexin et le Roumois durent de respirer un peu ^. Peut-être aussi le soin qu'il avait de traiter l'archevêque de Rhoëm avec une grande faveur, de lui donner l'abbaye de

(1) Florent. Wigorn, cité par M. Depping , 1. 1, p. 23.

(2) M. Depping, 1. 1, p. 2i0. (3) Florent. Wigorn, cité par M. Depping, t. 1, p. 241. (4) Dict. hist. — V. ses OEuvres en 2 vol. in-fol.

(5) Ordéric-Vital , 1. 8. — Masseville, t. 1, p. 230. — Toustain de Ricbebourg , p. 12.

(6) Toustain de Ricbebourg , t. 2 , p. 5.— Masseville , 1. 1, p. 237.

(7) Hist. et Gron. 1581. (9} Masseville , t. 1. p 237.

Saint- Mellon de Pontoise^ de le déclarer archevêque de toute la Normandie ^ en le disant indépendant du

An ms clergé français, put-il découvrir le projet de reprendre la province à la première occasion % ou le désir de se la rendre favorable quand il aurait à se justifier du mariage scandaleux dont allait connattre la cour de Rome en un concile ^.

Toutes les pensées de Robert II étaient de se mettre à la tète des seigneurs les plus dévoués à sa personne et de partir pour la Terre-Sainte , où tant de prédications semblaient l'appeler ^, où un concile d'évéques tenu à Rhoëm Texcitait à porter des secours ^, où déjà plusieurs chevaliers normands y et notamment Roger de Barneville et Raoul de Tilly ^ étaient arrivés ^.

knm4 Toute Tannée 1094 fut employée par Robert à chercher ceux des seigneurs de Normandie qui vou*draient venir avec lui vers la Terre-Sainte, et à s'entendre avec son frère Guillaume 7. Il empruntait de Guillaume et de Henri des sommes considérables^. La famine même qui désolait le duché 9 ne Toocupait pas autant que les moyens d'aller délivrer Jérusalem '^. Enfin, en 1 095, à l'exemple de Godefroy de

(1) Noël, ms. à TAcad. de Rouen. — Pomineraye, pr^., p. 10.

(2) Pommeraye, p« 292.

(3) Martène , iMisccll. epist., 1. 1 , p. 572. — Guibert de Nogent, HisU des croisades. — Th. Lavallée, t. 1, p, 2eo.*— Amat. oa Amato, sur les irruptions des Normands, v. Dict. hist. à ce mot Amato. Amato est mort en celte année. — V. Ystoire de ly Norm., p. lij , Ixvij , Ixviij. — Cest en cette année, 1093, qu*ou trouve une charte qui mentionne la ehaise cte Gùrgantua. DeCaumont, t. 1, p. 112.

(i) Ordéric-Vital , 1. 8. (5) Hist. et Cron. 1581, p. 18l>.

(6) V. charte à la (in de FYst. de ly Norm. , p. 321.

(7) Le continuateur de Guill. de Jum., p. 295. — Pommeraye, p. 293.

(8) Hist. et Cron. 1581, p. 127. (9) Ordéric-Vital, l. 8 et «.—Toustain de Richehourg , t. 2. (10) Kotés sur Robert Wace^ t. S , ]^C 311 .

Bouillon, qui avait vendu sa ville de Metz% il engage son duché tout entier à son frère le roi d'Angleterre, au prix de dix' ou quinze mille marcs d'argent*, pour pouvoir aller à la croisade avec tant de milliers d'autres guerriers, et à la suite de Pierre d'Amiens^. Prenant pour motif le concile assemblé à Clermont par le pape Urbain II, dans le but réel de chasser les infidèles de Jérusalem, il met la croix rouge sur sa poitrine, comme Hugues-le-Grand, comte de Vermandois, frère du roi de France, Robert, comte de Flandre, Raimond, comte de Toulouse, Etienne, comte de Chartres, et le prince de Tarente^. Il est curieux de constater quels sont les Cauchois , les habitants du Yexin qui le suivirent. Nous avons le regret de ne pas distinguer si, parmi les neuf chevaliers compagnons de Godefroy de Bouillon qui se consacrèrent à maintenir la sûreté des routes et fondèrent l'ordre des Templiers , se trouvent des Cauchois de Robert ^. Les détaris de la conduite si brave, si héroïque du duc normand, à partir du débarquement à Jaffa^, appartiennent à une autre histoire 7; ce qui est plus curieux et plus triste à constater encore, c'est que la Normandie, sauf le Cotentin , est du moins pour cinq années

(1) Hist. et Cran, de Norm. 1581.

(2) Ordéric-Vital dit trois mille livres et dix mille marcs, l. 9;— la Cron. de 1581, dit treize mille six cents marcs de Guillaume, et seize cents de Henri ; — Servin, t. l , p. 198, dit quinze mille ; — M..Depping, dix mille. — M. de Vaublanc , a vol. in-8 , 1844.

(8) Dict. hist. v» Pierre.

(4) Ordéric Vital. — Masseville, 1. 1, p. «39.— Mennechet, t. 2, p. 51. — Micheldt. — Collin de Plancy, in-8.

(5) Des Templiers, par M. Raynouard, préface de 82 pages, en tête de la tragédie, 1905, imp. de Michaud.

(6) Uist. et Cron. de 1581, p. 127.

(7) Geoffroy Malat^rra. — Guill. delà Ponille.r-V. aUchaud, 1817, Hjst. des çroi6»des, Ht vol. m-8. — YaisseUte, Hist. du Unguedoc.

Tannexe de l'Angleterre, au lieu que Rhoëm en soit le chef-lieu comme du temps de Guillaume ^

Parmi les noms des seigneurs qui allaient suivre le brave, mais si peu politique Robert, et qui partaient avec lui le 8 mars 1 096 *, on compte : les seigneurs d'Aumale, d'Eu, d'Harcourt, d'Amfreville, deBailleul, de Bethancourt, deBigars, de Blainville, de Bois-Guillaume, de Boutemont, de Calleville, d'Estouteville, de Gournai, de Grainville, de la Heuse, de Limbeuf, de MalIeVille , de Manneville, de Montigny, de Préaux, de Saint-Denis, de Saint-Hilaire, de Sacquenville, de Thibou ville, de ïendos, de Tilly, de Tourneville, de Villequier, d'Yvelot^ et de Saint- Valery : ils rejoignaient Etienne Goyon, le chef de la race de Matignon, si célèbre en basse Normandie et en France "î; ce n'étaient plus, comme on le voit, les mêmes noms qui avaient été signalés lors de la conquête d'Angleterre. Les comtes qui avaient fait leur établissement de l'autre côté du détroit restaient dans leurs riches domaines; pourtant, Roger de Beaumont venait finir ses jours au couvent de Préaux fondé par son père ^. Les croisés étaient des hommes pieux et braves, dont quelques-uns risquaient peu en abandonnant leurs terres; d'autres vendaient leur patrimoine pour suffire aux dépenses du voyage et de la guerre; beaucoup d'aventuriers s'y mêlaient. Peut-être que Gonlhard, l'abbé de Jumiéges, put en bénir quelques-uns avant de rendre le dernier sou- Anmepir^. Odo, le frère de Guillaume-le-Conquérant, ce

(1) M. Depping , t. 1, p. 258 et suivantes. — Ordéric-Vital , I. 9.

(3) Hist. et Cron. 1581, p. 13(. (3) Du Voyage de Hiérusatem, Hist. et Gron. 1581, p. 134, ad lii. — Masse ville , 1. 1, p. 347 et suivantes.

(4) Tableaux de Thorigny. (5) Ordéric-Vital. (6) Desbayes, p. 54.

prélat, qui avait été appelé à jouer un rôle si bizarre en Angleterre, qui avait été le lieutenant de son frère, que celui-ci avait été forcé de saisir de sa main , qui venait d'être un si mauvais ministre sous Robert, allait combattre aussi. Autre fait qui peint les mœurs : un concile provincial, tenu à Rhoëm, statuait que tous hommes et toutes femmes, tous enfants, gardassent la trêve de Dieu, c'est-à-dire n'eussent pas de querelles; on défendait aux prêtres de se faire hommes, c'est-à-dire vassaux des laïques; on ordonnait de porter les cheveux courts, sous peine de n'être pas assisté d'un prêtre lors de son décès ^ .

Enfin, le 1 5 août est le jour fixé pour le départ *. Robert Courte-Heuze, duc de Normandie, commandait le deuxième corps ^, c'est-à-dire le tiers de l'armée. Le croirait-on? cela s'élevait à près de six cent mille hommes 4. Guillaume, roi d'Angleterre, entend dire que le comte d'Eu, avec d'autres Normands, veut remplacer Robert par Etienne d'Aumale^; il vient immédiatement se saisir du duché ^. 11 fait bâtir la citadelle de Gisors et ordonne des tours si hautes qu'il rend ce poste imprenable 7. Il rétablit un peu d'ordre, et sa fermeté isemble excusable quand onmmr sait qu'il a reçu la visite du pape Calixte 11, dans ce domaine de Gisors si bien fortifié par les soins de

(1) Pommeraye , p. 295. — Soc. des ant. de Norm., 1. 12 , p. 191.

(2) M. Mennechet, p. 251.

(3) Ordéric-Vilal, 1. 10.— Oursel, p. 5T.

(i) Sim. de Sismondi. (5) M. Depping, 1. 1, p. 243.

(6) Ordéric- Vital, 1. 10.— Florent. Wigorn, Chron. — Mézeray, t. i, p. 430. — M. Depping , p. 258.

(7) Suger. — Duplessis, t. 2.— Toustain de Richebourg. — Le continuateur de Guill. de^um.» p. 295. — M. DeYÎlle, Ai^U de Normandie, 1935, p. 331,

Robert de Bellesme % et qui allait être un appui pour réclamer le Yexiu du roi de France'.

Bientôt on entend dire que les croisés, sous la conduite du duc de Normandie, après trois batailles, se sont emparés de Nicée le 14 mai 1097^; qu'ils se disposent à faire le siège d'Ântioche; que Robert, personnellement, s'est emparé de l'étendard des infi<«dèles ^; son nom retentit le long des rives de la Seine, avec ceux de Godefroy de Bouillon et du jeune Tancrède de HauteviUe^; on sait que pour se distinguer, ils ont des armoiries^; on les connaît, on les répète; on oublie tous les torts de Robert, et Ton se plait à célébrer son intrépidité. Le bruit qui se répandait en même temps que le frère de Guillaume, ce fameux Odo , évêque de Bayeux , est décédé en route , assisté par Tévêque d'Évreux7, et a été inhumé à Païenne ^, n'inspirait aucun intérêt, si ce n'est qu'il laissait un fils nommé Jean , lequel méritait de l'estime et avait de l'éloquence^.

An 4098 L'aunéo 1 098, en même temps qu'elle apportait les détails des hauts faits de beaucoup de Cauchois et de beaucoup d'habitants du Yexin sous Antioche, prise après sept mois de siège '^, le massacre de beaucoup de musulmans, mortfi en combattant avec

(1) Recueil des Hist. de Fr. ^ Ordéric-ViUl , 1. 10.

(8) L. Thiessé , p. 151.

(3) Ordéric-VUal , 1. •. ^ Hist. et GroD. 16$1, p. 135, dit le 10 juki.— Masseville , t. 1, p. 241. — Sim. de Sismondi, 1. 1, p. aso.— Th. Lavallée, 1. 1, p. S6i. (4) Robert Waoe, p. 388;

(5) Michaud, Hist. des croisades. — M. Dumesnil. — Th. Lavallée» 1. 1 , p. 870. ^) Ménestrier, Cours de blason , p. 8.

(7) Ord.-Vital , 1. 8. (8) Ord.-ViUl, 1. 9. (0) 0fd.-Vital , 1. 8.

(10) Sim. de Sismondi Masseville, 1. 1, p. 848.— * Gautier, Bi9t. de

It croiMde. — Foucher, Hist. de la croisade, v, Dict. bin. 4 ce mot. — Gilon , Poème sur la croisade, v. Pict. hist. ?<> Gilon.

courage S consignait le détail des chauds engagements qui avaient lieu entre les Normands, sous la conduite de Guillaume ou de son lieutenant Robert de Bellesme, et les Français vers Pon toise et Gbaumont^; ces engagements amenaient une trêve honorable pour toute la Normandie , trêve qui permettait^ ou de porter la guerre vers les limites de la Bretagne, ou d'envoyer quelques renforts vers la Terre-Sainle, ou de faire venir des renseignements sur l'agriculture de ce pays^^ et sur tous les autres arts dont l'antiquité lui avait laissé l'héritage. L'esprit public trouvait bien un autre aplomb quand on apprenait la prise de plusieurs villes de Judée; la nomination du Rothomagien Arnulphe à un évéché; le beau rôle joué par Godefroy, Tancrède, le comte de Toulouse et Robert, devant Jérusalem, et leur entrée dans cette ville le 15 juillet 1099 4, avec Pierre l'Ermite, avec le An m» célèbre Ëmbriaco, possesseur de l'émeraude qui avait servi à Jésus-Christ dans la Cène ^. Quand même beaucoup de choses appartiendraient plus à l'imposture qu'à rhistoire, comment assez louer Boëmond, commandant à Antioche^; Antoine Duboc, seigneur de Tendos, qui était mort glorieusement devant Jérusalem 7; Robert, le duc de Normandie, qui, à la bataille

(1) Tb. Lavallée, t. 1, p. S64. (2) M. Depping, 1. 1, p. 266.

(8) Berthevin , sar TAgriculture.

(i) HisU et Gron. 1581, p. 140, dit le 15 juillet à midi.— V. la leUre curieuse de Godefroy de Bouillon à Boëmond, dans les épttres recueillies par les Elzéfirs, en 16U ; il y en a une de Tancrède à son père. — Masseville, t. 1, p. 243. — Éph. univ., t. 7, p. 300. — D'autres disent : 12 août; — Hume, p. 386, 5 juillet.— Ordéric- Vital, 1. 9.— Soc. de THist. de Fr. — V. Assises de Jérusalem. —M. Dupin, 1845, p. 12.— Mennechet, t. 2, p. 58. —Th. Lavallée , t. 1, p. 266. — Hichaud, Hist. des croisades.

(S) met. bist. yo Ëmbriaco, r* Pierre. (6) Th. LavaUée, 1. 1, p. MT.

(7) Soc. des ant de Norm. 1816, p. iKxrHi^ .

d'AscalèSy combattant près de Tancrède, lequel commandait deux légions % et ayant aussi près de lai son chapelain Regnauld, avait tué le porte-étendard du Soudan \ Gomment n'être pas glorieux^ en Normandie, en apprenant que ce n'était qu'au refus de Robert que Godefroy de Bouillon avait été élu roi de Jérusalem^? Déjà beaucoup de Normands allaient revenir, non en corps d'armée, mais par escadrons, avec des armures froissées, mais couverts de gloire et de richesses; on les attendait. Ordéric -Vital se plaît à raconter qu'il tenait la plupart de ces détails de Baadry, qui avait été à la Terre-Sainte, et qui est mort à Préaux ^. Il consigne que Robert avait sacrïfié or, blé, farine, pour pouvoir placer l'étendard de l'émir sur le saint sépulcre.

Peu importait pour les rives de la Seine que la guerre se portât vers le Mans ^ ; on ne s'occupait que de récits glorieux : seulement, on fournissait quelques hommes, et l'on recevait le souverain provisoire, quand il débarquait à Touques, pour aller en finir avec la basse Normandie ^. On reprenait peu à peu les habitudes du temps de Guillaum:e-le-Conquéraût» Profitant de l'ordre qui existait, Guillaume-le-Roui excitait à l'usage de rédiger les jugements par écrit, usage qui n'a été imité dans le reste du littoral de la Seine que plus d'un siècle après 7. Il excitait Ingulphe, l'ancien secrétaire de son père, et moine de Saint- Wandrille, à faire le voyage de Jérusalem, et, à son retour, à écrire l'histoire des monastères britanni-

(1) Ordéric-Vital, 1. 9. (2) Masseville, 1. 1, p. 945.

(3) Hénauit, t. 1 , p. 133.— MasseviUe, t. l,p. H5. — £toi. de SismoDdi. (i) L. 9. (5) M. Depping, t. 1, p. M8. (6) M. Depping» et aut. qu*il cite. (7) M. Depping, 1 9 , p. 948. — Hoûard.

ques % de 626 à 1091, comme un autre moine de Saint-Wandrille, Anségise, avait recueilli les capitulaires^. Il favorisait Tusage, qui date d'alors, de faire construire des chapelles près des châteaux 3, ce qui permettait à chaque seigneur d'encourager la religion dans le cœur de ses vassaux. Il donnait des fonds pour la construction de parties nouvelles et ogivales de la cathédrale de Rhoëm^. Mais aussi il s'occupait avec trop de soin d'encourager la piété originale de Robert d'Arbrisselles ^.

Le roi était retourné en Angleterre, laissant le du- An 4m ché de Normandie à peu près paisible , renouvelant ses ressources et son industrie agricoles, quand on apprit son décès et en même temps la mort de Godefroy de Bouillon , ce chef illustre des croisés. Le 3 août, dans la forêt Neuve, le roi avait été frappé au cœur en chassant^, par Guillaume Tirrel, châtelain de Pontoise; il était mort des suites de sa blessure 7, âgé de quarante-quatre ans. On entend dire que trois jours après, son frère Henri , qui était là , ayant feint quelque peu de douleur ^, a voulu se saisir des trésors; qu'on lui a opposé en vain le droit d'aînesse du duc de Normandie, toujours à la Terre-Sainte 9 ; qu'il s'est emparé de tout, pouvoir, couronne, trône, tré-

(1) Bellarmin. — Vossîus. — Moréri. (2) J. Janîn. (3) Le conlinuateur de Guill. de Jum., 1. 6, c. 2i. (i) Pénaux, Alm. 1828. — Gilbert , p. 16. — J. Janin, Hist. de Norm. (5) Moréri.

(6) Guill. de Jum. contin., p. 296.— Hist. et Gron. 1581 , p. 132.— Masseville, 1. 1, p. 254.— Ghron. de Gaimar.-Ordério- Vital, 1. 10.— Florent. Wigorn. — A. Le Prévost, sur Robert Wace, vers 15168, t. 2, p. 305, 345. —M. Depping , 1. 1, p. 280. — Le Dict. hist. dit à tort qu'il a été tué dans une forêt de Norm. v» Guillaume. — Sim. de Sismondi, t. 1, p. 246. — L. Dubois, p. 189. — Thierry, t. 2. — Toustain de Richeb.

(7) Ordéric- Vital, 1. 10. (8) Hist. et Gron. 1581, p. 132.

(9) Ordéric-Vital , 1. 10. — Le continuateur de Guill. de Juin., p. 296.

Bors; que le quatrième jour, ou 7 août, il s^était fait sacrer à Westminster % réalisaut ainsi la prédiction de Guillaume P' mourant, qui le regardait comme le plus puissant, quoique le plus jeune de ses fils.

Henri se hâte d'écrire en Normandie qu'il a été librement élu par les barons ^; il envoie un messager au pape pour qu'il favorise son avènement^; il vent faire le roi en ordonnant des travaux publics, notamment près du Tréport^. Le vrai roi apprend en Orient la mort de Guillaume; à la fin de septembre, il laisse avec son armée le prince de Galilée, le marquis de Jaffa, le baron de Sidon ^. Robert vient de Jérusalem; grand joie en fut à Rhoëm^ dit Robert Wace, au moins pour la rime ^; il est furieux contre la mauvaise foi du roi son frère 7, et voici encore le pays de Caux et le Vexin objet d'une querelle entre eux.

Henri , pour prendre de suite des mœurs royales , se marie; il épouse Mathilde, la fille de Malcolm, roi d'Ecosse^, princesse renommée pour son bon sens et ses grâces. Il y avait tant de révoltes de toutes parts^ que Robert se borne à posséder la haute Normandie. Henri promet à ses sujets de rétablir les lois de Guillaume-le-Conquérant '®, et de réunir la Normandie à l'Angleterre ".Il met dans ses intérêts Robert de Crespon, le grand sénéchal; il promulgue une charte pour se faire des partisans ".Ces actes, ces conven-

(I) Hist. et GroD. 1581, p. 132.— M. Depping, 1. 1, p. 98S.

(5) Matthieu Paris, Hist. maj. (8) M. Depping, 1. 1, p. M3. (4) Voyage Pitt. de l'ancienne France. (5) M. Michelet , p. 90.

(6) Robert Wace, t. 2, p. 355, 356. (7) M. Depping, 1. 1, p, 986.

(8) Le continuateur de Guill. de Jum., p. «97.

(9) Hist. etCron. 1581, p 142 et suiv. — M. Depping, t. 1, p. 287, 989.

(10) Rymer, 1739.— M. Depping, t. 1, p. 288.

(II) Hénault. — Thierry, t. 2, p. 211.

(12) M. Depping, 1. 1, p. 998. — M. Guizot, Essai sur l'Hist. de Fr.

tions commenceDt la longue collection de Rymer^An^^oi Robert, ne pensant qu'au rôle de guerrier, et secondé, pour le surplus, par Gaucher, capitaine de Caen et Bayeux^, réunit à En une armée qu'il doit embarquer au Tréport ^, et qui doit aller en Angleterre disputer la couronne à Henri 4, en même temps que la duchesse Sybille, son épouse^, donne nais- ^sance à un fils qui se nommera Guillaume Cliton ^. Il confère la noblesse à plusieurs de ses fidèles compagnons 7; il continue T usage contracté sous les murs de Jérusalem de les remarquer par leurs bannières et leurs armoiries ^.

On transige pourtant : Henri F' cède à Robert lï An im le duché de Normandie et une rente de 4,000 marcs d'argent ^.^11 y eut presque regret quand il sut l'insuccès des armes de Robert contre le comte de Bellesme, spécialement à la bataille de Chailloué '^. Tout ce que Robert fait de mieux est de parcourir son duché et de rallier des partisans parmi lesquels on ab hos compte le seigneur de Tança rville ", celui de Bondeville, Gaultier Giffard, comte de Longueville ", et quelques autres qui reviennent de la Terre-Sainte. Il

(I) 6 vol. in-fol. 1739.^M.Ghéruel, Revue, février 1841.

(5) Hist. et Gron. de 1581 , p. 145.

(3) Langlois, Saint-Wandrille, p. 29.

(4) M. Estancelin, p. 5. ~ Duplessis , t. 1, p. 13. — Robert Wace , vers 15452. (5) Duchesne , p. 299, 780, 784 , 810, 1070.

(6) Freret, Acad. des inscript., t. 90.— L. Dobois, p. 191.— Masseville, t. 1, p. 261. etsuiv. (7) Toustain de Richeboarg, t. 2, p. 271.

(8) Lelaboureur. — Millot , 1. 1, p. 261. — Pouchet , Arm. — Hennant , Hist. des ordres, 1698.

(9) Le continuateur de Guill. de Jum., p. 298.— Hénault, p. 134.— Masseville, t. 1, p. 236. — Sim. deSismondi, t. 5, p. 8. —Th. Lavallée.

i (10) Soc. des ant. de Norm. 1835, p. 41 et 557. — Toustain de Richeb.

(II) Deville, Hist. de Tancarville.— Duplessis, t 2. (12) Moréri,voLoiigueviUe.

faut le dire y les conseils de la duchesse Sy bille étaient ses meilleures armes '•

Un moment de repos va presque lui donner des habitudes artistiques et littéraires. Pendant qu'un gentilhomme normand, Gilbert, fonde des hôpitaux et un couvent de Gilbertins en Angleterre ^^ que Courcelle compose un ouvrage historique^, qu'un autre publie en latin un essai de jurisprudence sous le titre de Draco Normannicus 4, des hommes de goût continuent dans les chapelles particulières et dans la

Ao 44 w remarquable abbaye de Jumiéges, le style ogivaP; les ornements ecclésiastiques prennent plus d'élégance; le commerce, un peu encouragé, apporte avec les marchandises du nord, les sagas historiques^. Pour exciter à écrire de plus en plus, on fait signer les chartes royales par plusieurs seigneurs 7. Henri ne veut pas laisser Robert contracter des habitudes pacifiques qui le reposaient, Taccréditaient ; au moment même où celui-ci est attristé par la mort de la res-

An 440S pectable duchesse Sybille ^, où il s'occupe de faire célébrer des funérailles dignes d'elle, et de placer son corps dans la nef de la cathédrale de Rhoëm^, Henri I" fait équiper une flotte et vient en Normandie ^® : il se jette vers Barfleur. Le génie de Robert, si guerrier sur la Terre-Sainte, est comme brisé par la douleur. Henri longe la basse Normandie^ s'empare

(1) Le continuateur de Guill. de Jum., p. 299. (a) Dict. hist. vo Gilbert. (3) Miliin, t. 1, p. 4i6.-< Gâtai, de la Bibl. de Lyon. — Soc. des ant de Norm. 1825, p. xjj.

(4) Bibl. du Vatican , Soc. des ant. de Norm. 1825, p. x^.

(5) Soc. des ant. de Norm., t. 8.

(6) M. DeppiDg, préf., p. xxj. — Mallet, Hist. du Danemark, 1787, 9 vol. in-12. (7) Hénaull , 1. 1, p. 136.

(8) Ordéric- Vital , 1. U. — Dict. hist. vo SybiUe.

(9) Porameraye, p. 298. (10) Ordéric-Vital ,1. H.

de Caen ' et de Bayeux ^. Robert est dans la nécessité d'établir des taxes pour solder des guerriers 3, et ne fait qu'irriter les populations ou les décourager; en vain il conapte sur l'effet de l'exemple du fidèle Robert d'Estouteville , qui veillait sur le pays de Caux ^. Ordéric-Vital peint cette triste position qu'il voyait, en disant que, hors des bourgs, c'était lé désert ^. D'Estouteville est tué au premier combat ^. Une comète 7, que les populations semblaient regarder comme annonçant toujours des malheurs, en était, du moins cette fois, le lugubre flambeau. L'année 1 1 06 se passe presque entière à des prépara- aa 4m tifs de guerre entre les deux frères, en désertions au préjudice de Robert^; un concile tenu à Lisieux et portant des règles assez sévères, est le seul fait qui distraie^. Ce roi, qui avait eu sous ses ordres tant de corps d'armée, vers Jérusalem, ne réunit que dix mille et quelques hommes. Le parti qui lui parait décisif est de se ruer sur son frère avec son corps de bataille.

Le 27 septembre amène enfin la fatale journée de Tinchebray '®. Au moment attendu, le duc de Normandie n'est plus suivi que de quelques hommes; Robert de Bellesme passe même du côté de Henri; Robert d'Estouteville , le fils de celui dont nous ve-

(1) L. Dubois, p. 19i. — Ordéric-Vital , 1. It. — M. Depping , p. 312.

— Le continuateur de Guillaume de Jumiéges, p. 298.

(2) Pluquet , p. 317, 318 , récits du siège et contes qui y sont relatifs.

(3) M. Depping. {i) Ordéric-ViUl , 1. 10.

(5) Ordéric-Vital, 1. 11. (6) Ordéric-Vital. (7) Francœur, p. 181. (8) Le continuateur de Guillaume de Jumiéges, p. 298. (9) Oursel. (10) Hist. etCron. 1581, p. 147. — Ordéric-Vital, 1. 9. — L. Dubois.

— Hénault, p. 135. — Masseville , 1. 1 , p. 259. — Dumesnil, p. 99.— Moréri , y^ Tinchebray. — Sim. de Sismondi , t. 1, p. 2i6. — Le continuateur de Guill. de Jum., p. 298. — Robert Wace , vers 16460 et suiv.

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