‹ Annales des CauchoisChapitre 16 sur 18 · IL · texte numérisé non relu

IL

DODS de parler^ est fait prisonnier et va finir ses jônn dans un cachot , avec Robert Crespin '• L'iniprod^t et brave duc a beau faire seul des prodiges de vaillance , un chapelain du roi Henri le prend et le conduit à celui-ci y et son fils Guillaume n'est sauvé qae grâce à Hely de Saint- Saëns, seigneur d'Arqués'. A partir de cet instant , tout ce qui était désordre dans la puissance est réglé pour vingt-neuf années^. Le bizarre, mais pourtant si brave Robert finira ses jours en prison y après vingt-sept ans de captivité! Les droits de son fils seront repoussés y et les deux sceptres d'Angleterre et de Normandie seront datis la même main '^ , à la triste condition qu'un frère sera le geôlier de son frère! Henri vient faire une entrée solennelle à Rhoëm ^, et il croit ajouter à sa pompe en traînant son frère avec lui ^^ avant de le confier à Robert de Glocester, son neveu, qu'il charge de le conduire à Gardif 7. 11 ajoute du moins un peu à son droit, en convoquant à Falaise et à Lisieux des assefl^ blées qui décident qu'il est le duc de Normandie; qoe Robert sera retenu en Angleterre; qu'il sera même, au besoin, mis en captivité, mais qu'il sera traité An 4m selon son rang ^. Le vainqueur est contraint par tes grands de l'État, qui en font la condition de leur obéissance et de leur concours, à accorder des règle- Ci) L. Dubois, p. 206. (2) TousUin de Richeb. — Ordéric Vital , L 8. (3) Dict. de VEure , p. ixxix. (i) Le continuateur de Gruillaume de Jum., ap. Duchesne , p. 292. (5) L. Dubois , p. 205. — Thiessé » p. 165. — Ordéric-Vital, 1. 9.

(6) Ordéric-Vital, 1.9. .

(7) M. Depping , t. 1, p. 336. —Quelques auteurs croient que Robert a été privé de la vue (Cron. 1581 , p. 147 ) ; nous partageons le sentiment de ceux qui nient le fait. V. Malmesbury. — D. Bessin, — Concil. roth.— Guillaume de NangiSy p. 18.

(8) Bessin. — Concil. rotb. — Ordério-ViUl , 1. W.

ments généraux ou des lois'. Il renonce aux revenus des bénéfices ecclésiastiques pendant les vacances, ainsi qu'aux reliefs , à la garde noble , au droit de mariage sur ses vassaux mineurs. Dans une lettre so*lennelle où il se disait roi des Anglais , par la grâce de DieUf où il déclarait qu'il avait été couronné par la miséricorde divine et le consentement des barons, il émettait des promesses pleines d'ambiguïté, et il éludait la demande que lui faisaient ces mêmes barrons, d'avoir le droit de marier leurs sœurs, ou même leurs filles, sans en conférer avec lui. Il accordait beaucoup de choses aux ecclésiastiques, mais en gardant certaines précautions, ce qui lui a dès lors valu le nom de beau-clerc ; puis il rassurait le peuple sur l'abus qu'on pourrait faire d'un pouvoir sans bornes. Il créait l' overseunesse y ou l'amende contre ceux qui ont du mépris pour la justice ; il en fixait une contre ceux qui abattaient les arbres dans une forêt, une contre le délit de couper le jonc; il régularisait les pièges ou cautions.

Il créait une loi générale des bourgs qui est peutêtre l'établissement le plus régulier des lois communales ^. 11 réglait , dans une langue qui eût semblé pleine de barbarismes du temps de Yarron, les cas dans lesquels on pouvait se servir d'un conseil, consù lio, et le droit d'exoine, soinus. Il réglait le droit de société, la tenue des assises, Le gage de bataille, Te

(1) Ordéric-Vital , 1. 11. — Hoûard , 1« vol., p. S6i jusqu'à 871.

(2) V. auteurs cités par Houard , 1. 1, p. 309. — V. sur la commune de Rouen , M. Ghéruel , 2 vol. in-8, 1844. — Vers la même époque , mais pourtant après, Louis-ie-Gros acccordait des privilèges aux communes , et otnrait aux seigneurs roccasion de recevoir des dons pour accorder des chartes de libertés des communes. — V. M. Suard , Tableau qui précède rnist. de Gharles-Quiat, p. 44. — Hénault , 1. 1, p. 144.

356 ANNALES DBS CAUCHOIS.

prix de l'esclave tué; du Normand libre tué; la peine de r homicide par sortilège; la différence de Thomicide à la cour, à l'armée^ au bourgs au château ; enfin il y a un code de Henri V\ En même temps, il y eut une institution provinciale de sept cents clercs, parmi lesquels figure le nom si précieux d'Ordéric- Vital ^ An 4408 Philippe V% roi de France, se disait repentant de n'avoir pas pris parti pour Robert. Il avait beau protéger, d'accord avec le comte de Flandre, celui qu'avait défendu Hély de Saint-Saëns ^ ; il avait beau demander qu'on rasât Gisors; il ne faisait que perdre du temps ^, pour être refusé ensuite d'une manière positive ^. L'esprit naturellement belliqueux ou tracassier^ de Louis VI, dit le Gros, qui régnait en titre le 29 juillet 1 1 08 ^, n'osait rien entreprendre non plus contre une puissance aussi positive que celle de Henri I", qui faisait réparer toutes ses citadelles, et notamment celle de Driencourt ou Neufchâtel, surnom de la ville 7, qui a fini par être son nom. La tenue de ceux qu'on appelait alors les sires de Montmorency ou de Coucy ^ ne pouvait effrayer les gentilshommes normands ou les guerriers d'outre-mer. Le divorce du roi de France, d'ailleurs prononcé par le concile de Troyes^, le troublait lui-même et empêchait beaucoup de ses seigneurs de lui obéir : il voulait bien, autant qu'il était en lui, favoriser Guil-

(1) Pommeraye, p. 299. —Soc. des ant. de Norm., t. IS.

(8) Masseville , 1. 1, p. 261. (3) Id., p. 968. — M. Depping , U i.

(4) Hénaull, t. 1, p. 140. (5) Dulaure. — Hénauit.

(6) Hénault. — Dulaure. — Mennechet. — Sim. de Sismoodi.

(7) Ms. chez M. Hubard. — Noël , 1. 1, p. 50 et sui?. — DanneTille, 1645. — Davila. — Duplessis.

(8) Sim. de Sismondi^ 1. 1, p. 836. (9) Id., p. 348.

laume, le fils de Robert % dans la revendication qu'il faisait de la couronne ducale de Normandie; il s'entendait avec Baudouin, comte de Flandre^, pour tâcher de réaliser cette revendication, et faisait des courses le long de la haute Seine jusqu'aux portes de Rhoëm ^ ; mais le beau-clerc le payait de la même monnaie; il suscitait des querelles sur le continent; àxnm prenait part aux petits dissidents du roi de France avec ses sujets; excitait surtout ceux-ci à demander l'affranchissement des communes 4, qu'il nommait la confirmation de leurs droits. Autre manière d'augmenter sa puissance personnelle : il mariait Mathilde, sa fille âgée de cinq ans, à Henri V, empereur d'Allemagne ^, qui en avait dix ^; il favorisait le clergé par des donations; il offrait même à la cathédrale de Rhoëm sa couronne d'or, qui valait, dit-on, trois cents marcs d'argent 7. Aussi est-il vrai de dire, qu'après la bataille de Tinchebray, sauf quelques incendies^, on respira en Angleterre, comme en Normandie, on reprit les habitudes de culture qui s'étaient un peu perdues. Les Normands, qui avaient été dans les contrées méridionales, plantaient, le long des rives de la Seine, comme symbole de paix, de nouveaux vignobles: il y en avait d'étendus vers Oissel et vers l'abbaye du Bec ^. L'art monétaire si négligé va faire de nouveaux essais en Normandie ^°.

(1) Masseville, 1. 1, p. 861 et suivantes.

(S) Hénault. — L. Dubois.

(3) Wili. Malmesbury, c. 5. — Velly, t. 3, p. 48.

(4) Leber, p. 154. — V. détails sur raffranchissement des communes : Sim. de Sismondi , 1. 1, p. 243. (5) L. Dubois.

16) M. Depping, t. 1, p. 363. (7) Hist. de la cathédr. in-4, p. 571.

(8) Ordéric-Vital , 1. 11.

(9) M. Dubreuil , discours à la Soc. d'agriculture.

(10) Lettres sur THist. monéuire de la Norm., par Lecointre-Dupont.

dM AUNALIS DES CAUCHOIS.

Les évéDemeDls généniiix éuîenl leHemeni rarei qae des notes biographiqqes sodI seules recarilGei par les aotears. Oa sait le décès da Vélocassmi Gondelphe, qui était évéque de Rochester', décès arrivé le 8 mars; la morid*Hély de SaiDt-Saëns, qui avait été si fidèle à Robert; on note an éYénement, ariiiê rivé tant de fois dans la ca(Htale de la Normandie» le tonnerre qui tombe sor la cathédrale^; on r^ coeille le nom da grand sénéchal, Robert de Crespon, n* do nom; on a la date da décès de rarchevéque de Rhoëm aa 9 février^; on sait que Henri loi i donné poor soccesseor le Breton Geoffroy , doyen du Mans, qa'ou fait venir en Angleterre ^» afin de s'a»sarer de ses dispositions, de sa fidélité, et ponr leqoel le roi H^iri a eo ensoite une grande bienveillance ^. Si l'on fait attention à un défi proposé par Loois YI à Henri I^, à caose de Gisors, qai était r<rf)jet de l'envie de la France^, et à une invasion faite par Richard, comte d'Eo, dans le pays de Galles 7, on si les savants recneillent qn'en môme temps qa'Ordério Yital était enoonragé à travailler, Robert Wace , enfant , étudiait à Caen ^, et le Normand Guillaume , surnommé de la Pauille, écrivait de Mebus Narm. in SidHa 9, toat cela démontre la rareté des faits gêné-*

(1) l^asqnler, ms. (S) Us. à la Bîbl. royale, numéro $105.— Ltnl^ois, p. 145. — Gilbert, p. 18.

(3) Ordério-YiUl,!. 11. — Pommeraye.

(4) OrdérioYilal, 1. 11. — Gilbert, p. 155. — Dicange piMt 4 «art répiscopai d*JEgidius en 1118, 1. 1, p. 98. (5) PoiiiMftray«.

(5) Méseray, t. i, p. 488. — KassefiUe» t. 1, p. 888, plao8 le ttt en lUi.

(7) HoB. Angt., 1 1, p« 784. — M. Thierry, t. 8, p. SOI.

(8) Robert Wace, Roman de Rou , yers 10448.

(0) Biogr. univ. v> CtarflteviBe. «^ Mtiratori.*^ B8 1588 , «S «lafeuseiit de«e poetaM^lait à rakbayeds Beo.

rausL de quelque importance^ et fait voir que les notes tenues par chacun pouvaient se réduire à la proportion provinciale.

Aux yeux d'un observateur attentif , les demandes An 444^ d'affranchissement d'une commune, quelque petite qu'elle soit, deviennent d'un caractère important, parce qu'elles doivent être le résultat de modifications dans la constitution , on dirait presque de la mode : aussi nous arrêterons -nous aux tableaux tracés par M. Simonde de Sismondi pour cette époque. Loui&le-Gros demandait de l'argent pour affranchir % et Henri, pour se rendre le pays favorable ^, accordait l'affranchissement, sans exiger de rétributions, par l'intermédiaire de Hamon, son grand sénéchal , suc- An 444s cesseur de Robert de Crespon. Entrant dans le goût normand, il s'habituait à ce langage qui perdait ses désinences latines ^ et allait bientôt avoir une syntaxe régulière ; il favorisait aussi , avant qu'elle fût adoptée en France, l'architecture importée de Judée ^, au 4445 quoiqu'il n'y fût pas allé, et que ce fût son prisonnier qui ^n eût la gloire.

Si le fils de Robert , soutenu encore par le roi de France, voulait le troubler de nouveau, il ne tardait pas à le contenir^, et à revenir à ses habitudes de keau clerc. Appuyé sur Onfroy de Bohon, son grand sénéchal, il se rendait à Gisors ; s'y battait vigoureu- An 1444 saiBQnt, et y faisait ce traité solennel, copié par tous les historiens, qui lui accordait en définitive cette

(i) V. rwiwage de M. Guérard et Taunalyse faite dans le Bulletin de la Soc. de rHist. de Fr. 18U , p. I5i. — Sim. de Sismondi , 1. 1 . (2) Hoiiard.— Sim. de Sismondi. — Tableaux de Versailles. <S) M. Mennechet, t. 2 , p. 57.

4M liAquerrièrp , 9« vol. p. 16. — |L Gb^uel, p. 16. (5) Masseyille, t. l,p.J|#4.

ville y sauf la condition de l'hommage ^, qui le troublait fort peu.

En revenant de Gisors vers le pays de Caux , après avoir visité Tabbaye de Préaux où venaient d'être ensevelis plusieurs de ses compagnons d'armes ^^ il visitait près de Rhoëm , en passant à cet endroit que l'on nommait alors le Catellier'Sur4e-Mont, près de Notre-Dame-de-bon-Secours, une chapelle , aujourd'hui remplacée par une église nouvelle, qui nous montre ce qu'était l'art gothique dans sa splendeur native; il visitait le monastère de la Trinité bâti sur le mont alors dédié à Sainte-Catherine ; il séjournait à Rhoëm ; il nommait l'archevêque gouverneur de la Tour de Londres; puis il protégeait la continualion de cette abbaye de Saint-Georges-de-Boscherville dont nous avons signalé la fondation du temps de Guillaume-le-Gonquérant ; abbaye restaurée de nos jours par une main pleine de goût ^. 11 se délassait à entendre cet écho du Géneté , phénomène unique dû à la position des vallons et des collines ^ ; il couchait dans l'abbaye de Jumiéges, et confirmait la charte de Richard 11, qui accordait à ce couvent tant de terres, de prés, de forêts et de vignes^. Il passait une autre nuit à Fécamp, et signait aussi la charte du monastère de cette ville ^; ce n'était qu'après cette espèce de

(1) fiénault, t. 1, p. 140. — M. Michelet, p. 97. — MassevUle, t 1, p. M3. — M. Mennechet , t. 2 , p. 65. — Dict. hist. y» ÉUenne.

(8) Ordério-Vilal. — A. Le Prévost, sur Robert Wace.

(3) Gbron. rotb.— Toussaint Duplessis. — M. Deville, Hist. de Tabbaye de Boscberville , p. 25. (4) Farin. — Toussaint-Duplessîs, t. i , p. 997.

(5) V. Pièces de la Harelied'HarteauyilUe, p. 8. — Arch. de la Seine- Infér. — Greffe de la cour royale.

(6) Bulletin de la Soc. de THist. de Fr. 1843, p. 58, mentloiiiiant les trois vol. de Tabbaye de Fécamp. — V. Arcb. départem^talès de Seine- Infér. — Ordério-Vital , 1. 11. — Hist. de Fécamp.

prise de possession- de son pays de Caux , et quand il voyait le roi de France occupé de la rébellion de ses barons', qu'il retournait en Angleterre, passant paràim^s Granville et Gersui ou Jersey, qui dépendait du fief de Normandie =*, et qui, en tout temps, malgré la domination anglaise, a conservé les noms, les habitudes, le langage normands ^.

Beaucoup de ceux qui restaient vers la Seine préféraient Henri et la tranquillité à Robert et au bon droit; mais tout ce qui était distribué en corps d'armée préférait la guerre. Henri ne fut pas plus tôt en Angleterre que trois armées pénétraient de nouveau au \m sur le sol normand : le roi de France et Amaury entraient par le Vexin 4, le comte de Flandre par le pays de Caux, le comte d'Anjou par le Perche^; le comte d'Eu, Guillaume de Gournay, Robert du Neufbourg se joignaient à Guillaume Cliton, fils de Robert^. La guerre, qui recommençait alors, aUait durer avec fureur pendant deux années; les fortes armures allaient bien rendre les champs de bataille moins sanglants 7 , mais le pays, tout à l'heure séjour de la victoire et du luxe, allait être ravagé et ruiné à son tour. On allait enfouir ses trésors dans la terre pour suivre l'un ou l'autre roi; la ville de Rhoëm était en partie consumée par un incendie^; le château de Bures, Anmr

(1) Guillaume de Nangis, p. 6, édit. de la Soc. de mist. de Fr. (S) Notice sur Robert Wace , p. xiy.

(3) Visite à Jersey, en 1831, ms. — V. Gassini.

(4) Sim. de Sismondi , t. 1, p. 2i6. — Guillaume de Nangis, p. 6.

(5) Rob. de Monte, ap. Ducange. — Velly, t. 3, p. 51.-- Biogr. univ. Y® Guillaume de Tellau.— L. Dubois, p. 212.

(6) L. Dubois, p. 213. -- Thouret, p. lil. — M. Depping , t. 1, p. 479.

(7) Ordério-Vital , 1. 12.

(8) Chroii. rolh. — Math. Westm. — Flor. bist. — Hénault,.p. Ul. — M. Depping , 1. 1, p. 479.

ut ANNALES DBS CAUCHOIS.

en CauXy était pris par an des partisans % et la fondre renversait la belle pyramide élevée par Mauriie '; la ville d'En était pillée ^. Henri , qni avait à peine le temps de retirer ses troupes de la basse Normandie ^^ faisait bien prisonnier le comte d'En, le seigneur de Goumay , mais il manquait de périr de la main de Guillaume Crespin^. L'acte le plus habile da roi d'Angleterre allait être d* avoir recours an souverain pontife y et de le prier d'opérer nne réconci* liation momentanée entre le roi de France et lui ^ ce qui devait annuler la ligue formée par le fils de Robert.

^ 4^4* Cependant^ des partisans du roi de France incmidiaient encore des portions de la ville de Rhoëm, et notamment l'église Saint- Lô^. On spéculait même sur l'abattement que pouvait produire dans l'esprit de Henri la mort de la reine 7 ; mais enfin , Foulques est détaché de la ligue parce que Henri marie son fils à la fille de celui-ci ^ ; Baudouin est tué dans une action près des ruines de la ville d'Eu , quand^ en se retirant vers la Picardie ^ il mettait le Tellau à feu et à sang^; Henri , après avoir puni Enguerrand de Yascneil , et Robert Hachet, qui luttaient contre son fidèle Guillaume de Roumare ^^, brûle le Neufboui^y et prend Pont-Saint-Pierre'*. Louis lève le siège deNeufchâ*

(I) Velly, t. », p. w.

(5) H. LaDglois, p. 145. — Farûi , U 1, p. 500. — ¥. sir là lép. de la cathédrale, une chroDîqoe nw. iii-4bl., chet M. de B tectev ilie»

(3) D. Lebœuf. (i) Ordéric-VHal, 1. li. (5) L. Dttbois,p. tli.

(6) Laquerrière, t. 9, p. 951. — Péiiaux, 1898.

(7) Chron. roth.-— Ms. Pasquier. (8) Ordéric- Vital, 1. 19.— Hune, 1. 1, p. il6. -* Velly, loc. cit. — Will. Malmesbnry, p. 180.

(9) Ordéric-ViUl , 1. 19. —Hume, p. 416. — M. Hxw^ p. 47. tl^ Ordério-^tal, 1. 19.

(II) Ordéric-Vital , 1. 19.— MasseyiUe, 1. 1, p. 985.

tel'. S'il achetait Ândely^ s'il mettait du inonde à la Ferté-en-6ray ^y Henri n'en étendait pas moins ses lieutenants de manière qu'il allait faire une invasion réelle en France. Appeler à lui les Normands qui revenaient de la Terre-Sainte, après la mort de Baudouin V% roi de Jérusalem ^; se rendre le clergé favorable , lors du concile qui était tenu à Rhoëm, le 7 octobre^; favo-riser les plaintes que le pape y portait contre l'empereur d'Allemagne y par l'organe du légat Gelase^; assembler des prélats et des grands à Lisieux ^ ; manœuvrer entre Lyons et Verclives 7, Tosny et Acquigny; au combat de Bretteville-sur - Seine , près Andely, le 30 août, voir étendus cent quarante-six chevaliers ennemis armés de toutes pièces^; mettre presque la main sur le roi de France, dont le fils était démonté de son dieval; recevoir lui-même une blessure à la télé, blessure dont son haubert avait pu atténuer l'effet ^, sans exciper, comme Louis-le-Gros, qu'on ne prend pas le roi aux échecs '^; après ces actions d'éclat, s'entendre avec l'empereur lui-môme, si bien qu'il lui donnait une de ses filles en mariage " ; flatter de nouveau l'établissement des communes '', celui des TempUers'^, tous ces actes indiquaient d'a-

(t) Ordéric-VUal » 1. 19.— Masseville, C. 1, p. M».

(2) Noël , t. 1, p. S6. (3) Guill. de Nangis, p. 8.

<4) Soc. des ant. de Nonn., 1. 19. (5) Dict. des conciles. — Ordéric- Vital, 1. 19. (6) Id. (7) Id. (8) Id.

<9) Ordérie-Vital. — iièiuiiit , 1. 1, p. IM. — Stm. de Siwioiidi , p. 147. — Th. LavaUée, U 1 , p. 978. — Michelet , p. M. — Hame , 1. 1, p. 4M.— M. Paris, p. 47. — Velly, t. 8, p. 55. — Dict. hist.— Damesnil plaoe à iort ce combat deux ans auparaTant.

(10) VeUy, à 1119. (11) Hénault, i. 1, p. 140.

(18) OrdéricVital. — M. Micbclet , p. 99.

(13) Hermant» Hist. des ordres de chevaierie, 1795» 1. 1, p. 994.— Saint-Foix, t. 1, p. 999.— Dict. hist. v» GeofAroy de Saint-Oner. — M. Bfaillard de Chambures, 1 vol. in-8, 1941.— Sîogr. et Diot. biat.

bord une capacité politiqae plus étendue encore que celle de Louis-le-Gros^ puis une bravoure incontestable.

Déjà Conan^ effrayé ^ ne va plus refuser de lai rendre hommage pour la Bretagne % et Guillaume de Pithou, le grand sénéchal , en va dicter les termes. Le roi de France, à la fin, va se lasser de soutenir les intérêts du fils du roi captif^; il sera content de retrouver la proposition du pape , de faire un traité de paix^; il ne tiendra plus qu'à l'hommage de Henri, et transigera bien vite^; seulement, pour satisfaire Guillaume Ciiton , le roi de France lui donnait en mariage la sœur de la reine ^. Henri le quittant, mais loi renvoyant d'une fagon chevaleresque son cheval, avec la selle et le frein ^, revenait, en conduisant devant lui son prisonnier Guy de Glermont, qu'il allait consigner à Rhoëm pour le reste de ses jours, féliciter cette ville, Lillebonne et les autres populations fidèles, avec ses braves châtelains Guillaume de Roumare, Raoul-Ie-Roux, Guillaume de Tancarville, Raoul de Saint-Victor et Néel d'Aubigny 7, Il donnait à Raoul de Couches Pont-Saint-Pierre et la vallée de Pitres; il donnait une charte à Tabbaye de Ronnes-Nouvelles ^; il accordait aux moines de Saint-Wandrille le droit de faire le commerce par eau, et de signer une charte à cet effet avec le seigneur de Poissy ^ ; il établissait

v« Hugo. — Belleforest. — V. les actes de donations faits par diTers personnages aux templiers , Farin , t. 3, p. 930 et suiv. : un terrain considérable, connu à Rouen sous le nom de Cordeliers, en dépendait.

(1) Hénault , t. i , p. UO. (9) Ordéric-Vital ,1. 19 , p. iftO. — Home , t. i, p. il8. (3) Masseviile , 1. 1, p. 969. — Mennechet, t. 9, p. 65.

(4) Hénault, t. i, p. 142. — La Biogr. univ. appelle cela une ceama delà liormandie. (5) Guillaume de Nangis, p. 11.

(6) Ordério-Vital , 1. 19. (7) Id. (8) Pommeraje, p. 810,

(9) M. Depping , 1. 1, p. 341^.

des chanoines réguliers à Eu, pour le relever de ses ruines'; il réprimait Hugues de Gournay, qui avait ravagé le pays de Caux ^. Peut-être avait-il l'intention que des caliigraphes distingués transmissent ces actes en même temps que Jean de Rhoëm, moine de Saint- Ouen, était chargé par le pape d'écrire les décrets du concile de Reims, que rédigeait Jean de Crémone ^.

Montrant même quelque ascendant sur le clergé, Henri avait fait décider par le concile, le 30 octobre, qu'il ne fût rien exigé par les prêtres pour baptêmes, saint-chrême, sépulture, extrême-onction^; il était approuvé par un homme aujourd'hui bien célèbre, alors bien modeste et ignoré, par Ordéric-Vital , qui, dans son cloître, composait les treize livres que nos plumes les plus savantes ont du plaisir à traduire aujourd'hui, et qui comparait Henri et Louis à Scipion et à Marins ^.

Ce fut un sujet d'orgueil pour la Normandie, quand le pape Calixte vint à Gisors , bénit Henri et l'embrassa; mais un synode tenu à Rhoëm, et qui, parce qu'on s'occupait beaucoup de la continence des clercs^, fut cause qu'il y eut de grands troubles et que le sang fut versé dans la cathédrale 7, occasionna une division qui amena la calomnie dans tous les. rangs. Ainsi quand, le 25 du mois de novembre 1119^, arriva cet événement que racontent tant d'historiens, sujet de tant de drames, de poésies, de tableaux, qui consistait en ce que Henri, ayant fait équiper une

(1) Pommeraye, p. 308. (2) M. Depping, p. 355, 856.

(3) Pommeraye.— Ordéric-ViUl,l. 12.

(4) Ordéric-Vital, 1. 12.

(5) Ordéric-ViUl, 1. 12, p. 307 et suîv. (6) Pommeraye, p. 307.

(7) Pommeraye, p. 307. — Ordéric-Vital , 1. 12.

(8) Velly place à tort le fait en llie.

flotte à Barfleur % s'était mis dans un vaisseau différent de celui de ses enfants^ puis confiant ses fils au patron Airard de la blanche nef, qui réclamait cette faveur comme fils du pilote du conquérant, Guillaume de Roumare les ayant quittés parce qu'il voyait trop d'étourdis avec eux, ce patron s' étant retardé et enivré, la blanche nef a été submergée, les fils du roi, Guillaume et Richard, avec trois cents personnes ayant péri , le boucher ou machacreur Bérold^ seul s' étant sauvé, on ne manqua pas de dire, et même un écrivain prétendu sérieux a consigné, que cela n'avait eu lieu qu'à cause de la punition que le ciel voulait infliger à ces gens, presque tous sodomites ^, dit-il , car il assure qu'il ne faisait aucun orage , et qu aucun vent ne soufflait quand le navire a sombré, an 4430 Qui pourra vraiment songer à consoler un roi mieux apprécié depuis!^. Il était tombé sans connaissance en apprenant ce malheur, et ne voulait plus, quand il avait repris ses sens, accepter de nourriture^. Avant de retourner en Italie 7, le pape lui avait en vain adressé des consolations ; il voulait à

(1) Hist. et Gron. 1581, p. 132.

(9) Ordério-Yital, 1. 18. — Robert Wace, Ters 15M0.— V. note de M. A. Le Prévost. — Blasseville , 1. 1, p. S70. — M. Depping , 1. 1, p. 880. — M. Thierry, t. 9, p. SU. — Home, 1. 1, p. M9. — Hofoden^ p. 417. — Brompton, p. lOii.

(3) Masseville le nomme Guécourt, t. 1, p. 971. — La Cron. de 1581 dH que Lebaueher est son nom , et qa*il était meunier, p. 189.

(4) Guillaume de Nangis, p. 11.

(5) A. Le Prévost, sur Rob. Wace, t. 9, p. 34*« émet l'avis ^e Rob. Wace s'est trompé en indiquant l'as 1119, contraifement à tons les autres auteurs, mais M. Sim. de Sismondi , M. Th. Lavallée^Guill. de Nangis, L. Dubois, p. 916, et la série même de& faits, justifient R. W., q«i , s^il n*est pas faimeux quant aux étymologies, est presque iofaiUible quant anK dates.

(6) M. Depping. (7) Ordério-Vital. L 19.

toute force abdiquer ; il allait presque jusqu'à envier le sort de sou frère. Guillaume de Tancarville, faisant valoir T intérêt des peuples, parvenait bien le premier à le distraire un peu; sa fille, l'épouse de Tempereur Henri Y, lui envoyait bien ses plus fidèles conseillers dans le même but; une seule chose acheva cette œuvre difficile , ce fut encore la politique : lorsque Henri I" sut que le roi de France Louis-le-Gros protégeait de nouveau et en dessous les prétentions du fils de Robert, Guillaume Gliton; que celui-ci, sous le nom de son père, voulait toujours s'emparer de la Normandie % que déjà il avait enlevé la moisson à Étrépagny, la colère remplaça la douleur; te 20 août, il gagne la bataille de BrémuUe, et met presque la main sur le roi de France ^. Il suit l'avis de ses barons, qui lui conseillent de se remarier : il épouse Adelise ou Adélaïde, fille du duc de Louvain, An 4431 et nièce du pape ^ ; il y met de la solennité en donnant en même temps en mariage à de jeunes chevaliers, des veuves, des filles, des nièces de ses compagnons d'armes '^. Prenant toutes les occasions de se rattacher ses Normands, il forçait à l'exécution de ces décisions si chères aux communes; il soulageait du droit de pourvoyance ^ ; il suspendait la loi du couvre-feu^ ; s'il entendait dire que Abbod de Jérusalem, moine du Bec, venait de mourir 7, il envoyait ses condoléances à ce couvent; il accordait de larges immunités au couvent de Bonnes-Nouvelles ^, à celui

(IX Hénault , p. 143. — M. Michelet, p. 95. (S) A. Passy, Discours da il septembre 1845. (3) Hume, t. 1, p. iil. — Will. Malmesbury, p. 155. — Ordéric- Vital, 1. 18. ^Guill. deNangis» 1. 12.

(i) Ordério-Vital , 1. 12.

(5) Dict. hist. vo Henri !•'.

(6) Id. (7) Ordéric-Vital , \. i% (8) PomneraTe, p. soe.

de Saussure ^ à celui de Saint-Martin du Tillay ' ; il accordait aux habitants d'Eu^ réédifié^ le privilège de ne pas aller plaider ailleurs que dans leur prétoire^. Toutes les facilités compatibles avec le gouvernement^ il les accordait à la Normandie. Il envoyait ses plus fidèles compagnons à Henri V, pour le soulever contre Louis-Ie-Gros^. Hé bien! il avait beau faire ^ il ne pouvait se rattacher le comte d'Évreux, Hugues, comte de Neufchàtel , le comte de Gisors , celui de Braye, qui, voisins de la frontière, entrevoyant que bientôt peut-être la France s'agrandirait, déclamaient sans cesse contre Temprisonnement de Robert 4, vantaient le rôle d*Hély de Saint-Saëns, et faisaient une assemblée à la Croix-Saint -Leuflfroy pour déclarer

▲n 4422 Guillaume Gliton leur duc ^. Il se dispose donc encore à la guerre. II fait battre les lieutenants de Louis-le- Gros près du Bourgtheroulde ^, par Guillaume d'Harcourt, et s'occupe à réunir ses vassaux. Reprendre Pontaudemer et Montfort, qui avaient été surpris 7, pendant un de ces temps de relâche que laissait une guerre mal réglée, était l'affaire d'un instant; visiter les châteaux des seigneurs ; recevoir l'archevêque de Cantorbéry, qui allait à Rome, à pied, quoiqu'il eût déjà les jambes gonflées, étaient des distractions^; mais bientôt, plus de repos : des conspirations se fomentent par les intrigues du fils de Robert et

An 4428 dans l'intérêt de la France ; tandis qu'on ourdit une insurrection, suite des décisions de la Croix-Saint- Leuffroy; que le comte Gaileran, fortifie pour son

(1) Pommeraye , p. 311. (2) M. Depping, 1. 1, p. iOl. (3) Hénaiilt, t. 1, p. 142, 143. (4) Masseviile, t. 1, p. 173. (5) Malinesbury, en 1121. (6) Masseviile, 1. 1, p. 178. (7) Id. (8) Ordéric-Vital, 1. W, p. 369.

compte^ Watteville en Gaux^ et y rassemble beaucoup de nobles Normands pour secouer ce qu'ils nomment le joug anglais % Henri reçoit des bravades de Geoffroi de Tourville, dOdard du Pin, de Luc de la Barre, du comte Âmaury^. Il lui faut réunir les hommes à casque et à cuirasse les plus intéressés à conserver leurs domaines; ils acceptent pour chefs ceux qui déjà, en tant de circonstances, étaient restés fermes; on remet à faire casser par le pape le mariage du prétendant avec la fille du comte d'Anjou ^ ; on se porte brusquement vers Watteville 4; on arrête des cruautés qui se commettaient , dans la forêt vis-à-vis de Jumiéges, par un parti qui prend même le nom de ligue de Brothonne^. Le duc, apprenant qu'un vrai corps d'armée est vers le Bourgtheroulde, commande le sien en personne, et là, enfin, a lieu une véritable bataille^. Les chefs des insurgés, Geoffroi de Tourville, Odard du Pin, Hugues de Montfort,- Hugues de Neufchàtel7, sont pris; les uns ont les yeux crevés , les autres sont emprisonnés. Le Beaur Clerc use de barbarie à force d'impatience , et donne lieu, souvent par représailles, aux accusations qu'on a portées contre lui. S'il n'obtient pas le respect, il inspire la frayeur. C'est encore par une vengeance dont il avait reçu l'exemple chez ses ennemis qu'il retourne à Watteville pour y mettre le feu et le raser ^; An im

(1) Soc. des ant. deNorm. 1836, p. 446.

(8) Ordéric-Vital , 1. 12, p. 395. — Pommeraye, p. 309. (3) M. Depping, 1. 1, p. 396. (4) Soc. des ant. de Norm. 1836, p. 446, note 3. (5) M. Depping , 1. 1, p. 403.

(6) Mézeray, t. 4, p. 495. — Cbron. roth. — Masseville t. 1, p. 27i. -^ Suger. — L. Dubois, p. 219. •— Th. Layallée , 1. 1, p. S80, 281.

(7) Velly place la prise de Hugues de Neufcbàtei en i 121.

(8) M. Depping, 1. 1, p. 404.

370 ANNÂLBS DBS CAUCHOIS.

qu'il envoie Guillaume de Grancourt j fils du comte d'Eu^ pour tuer Âmaury de Montfort, son parent; puis, Tordre étaut trop cruel , il recommande qu'on laisse les deux Normands s'exiler ensemble et aller demeurer en France ^

Une forte diversion occasionnée par les troupes du gendre de Henri l*' du côté de la Lorraine * plaçait les choses sous un aspect différent , et forçait le roi, surnommé le batailleur, à porter l'oriflamme vers un autre point ^ : les alliés de Henri se pressaient autour

An 4428 do lui ; les vaincus se divisaient plus que jamais; il semble même que, plus assuré de l'ordre dans les Iles Britanniques, ou mécontent de s'y trouver si près de son frère, \q Beau-Clerc transigeant, allait prendre le parti de séjourner davantage en Normandie, et d'y amener ses contidents. Il ne faisait qu'accidenteltemeot

An 4426 des voyages en Angleterre. Sa fille Mathilde, devenve veuve de Henri Y, roi des Allemands^, venait à Qle^ bourg et y fondait une église^. Escortée du grand sénéchal, Osmond, elle parcourait le littoral de l'Océan. La reine Adélaïde arrivait aussi avec sa cour. C'est à Rhoëm qu'elle voyait armer chevalier le jeune Geoffroi Plantagenet^. Le l^t du pape va* nait aussi trouver Henri à Rhoëm , et approavait que celui-ci fût présent au concile tenu dans crtte ville oà étaient, avec plusieurs évoques, les abbés de Fécamp , de Jumiéges, de Saint-Ouen, de Saint-Wandrille^, et

(1) Ordéric-ViUl , 1. la.

(a) Le p. d'Orléans, 1. 1, p. tes.^Suger, Vie de LooMe-Gros.

(3) Le P. d'Orléans, t. 1, p. 164.

(4) M. Thierry, Conq. de TAngl., t. a, p. aM. (6) Leaain de TfllemoDt. (6) Guill. Malm. Hist. de Norm., 1. 1.— U. Oepplng, 1. 1, p. 4M. M. Thierry, t. a, p. a57. (7) Dict. des eonciles. — Fnnmenye , p. 811 Dict. de Prud'homme, p. aoo.

qui avaient surtout pour but d'empâcher Iw prêtres d'avoir des concubines.

Les Normands avaient du plaisir à nommer Empe<-t resse ou Impératice la fille de leur roi ^ Après le décès de Gérard 11^ abbé de Saint- Wandrille ^^ remplacé par Alain, elle allait voir la cérémonie de Tinstallation d3 celui-ci. En passant ainsi des bords de la mer vers l'ia* térieur du pays de Caux, elle ne faisait pas une lieue sans séjourner dans un château^ ; elle ralliait des seigneurs, et fort peu restaient ensuite ennemis déclarés de Henri V\ Elle signait diverses chartes de donations ia un au profit de mainte abbaye de basse Normandie, à charge de prier pour elle, pour son père et d'autres membres de sa famille. ^.

^ le roi de France affectait de créer comte de Flandre Guillaume Cliton, de répandre le bruit que la mère de celui-ci était morte empoisonnée ^, de lui laisser sans contradiction , prendre le titre de duc de Normandie ^; c'étaient des raisons de plus pour Henrii de séjourner dans la haute Normandie; il y était encore excité par la volonté qu'il avait d'assurer le duché à cette belle Matbilde qu'il remariait au comte d'Anjou 7» Geoffroi Plantagenet; il la faisait reconnaître pour son héritière, sinon par tous, au moins par beaucoup de seigneurs normands ^. Ces secondes noces se célébraient à Rhoëm avec magnificence^.

(1) M. Thierry, t. S, p. 256, et les auteurs qu'il cite.

(2) Langlois, p. 149. (3) Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 338.

(4) Soc. des ant. de Norm. 1834, p. 408. (5) Ordéric-Vital, 1. 13, p. 40J^. (6) Masseville, 1. 1, p. 273. — Hénault , t. 1, p. 143. — Hume, 1. 1, p. 423.^0rdéric-YiUl , 1. 13, p. 407.

(7) Will. Malm.— Thierry, t. 2, p. 258. (8) Hume, t. 1, p. 432.— Le continuateur de Guill. de Jum., p. 304.— Will. Malm., p. 175.— Toustain de Richebourg, t. 3 , p. 73. (9) Velly, t. 3.

372 ANNALES DBS CAUCHOIS.

Cécile^ fille de Guillaume-le-Conquérant, avant de fermer les yeux dans ce couvent de Fécamp dont elle était abbesse, saluait Mathilde du titre de duchesse'.

ÀB uu Henri employait tous ses efforts à mettre un de ses partisans à rarchevéché de Rhoëm^ en place de Geoffroi décédé^; il favorisait la fondation de T abbaye de Beaubec ^; celle de Foucarmont^; il accordait une charte à celle de Saint-Évrould ^, laquelle devait cultiver le lin et le chanvre y et vendre ses récoltes en Angleterre autant qu'en Normandie.

An 44M En même temps qu'il gagnait Taffection des ecclésiastiques y comme le savant Âudoënus^ évéque d'Évreux^, il employait des architectes habiles; il pensait à la défense de son duché; il faisait réparer ses chàteaux-forts et en élevait un nouveau à Neuf-Marché en Lyons 7, entre Gournay et Gisors.

Il était occupé de ces vues quand un fils naturel da trop fameux Odo vint lui apprendre la nouvelle importante de la mort de Guillaume Gliton^, de celai qui voulait ou semblait vouloir délivrer Robert, et qui servait de prétexte à Louis-le-Gros pour troubler sans cesse la Normandie^. Il avait été tué devant Alost '^. A partir de ce moment, il semblait que tous les rôles fussent achevés : le roi de France regardait tellement comme inviolables actuellement les limites delà Normandie, qu'il invitait Henri P', comme duc

(1) Ordéric-Vital , 1. 5, édit. Guizot.

(8) Pommeraye,p. 313. — Gilbert, p. 156.— Ordéric-Vital, 1. 13. (3) T. Duplessis. (4) Id. (5) M. Depping,t.i, p. iS». — Neustria Pla. (6) Dict. hist. ?<> Condé. (7) T. Duplessis, t. a, p. 30».

(8) Will. Malmesbury, Hist. norm. 1. 1. — Hénault, t. 1, p. 143.— M. Depping, ti 1. —Michel, Chron. anglo-norm., 8 vol. in-8. •— Masse- Tille place le fait en 1128.

(9) D'Orléans, Hist. d'Aogl., 1. 1, p. 167 et suivantes.

(10) Saint-Foix, t. % p. 22, 23. .

et roi y à assister à Reims au couroDiiement de son fils'; Henri y de son côté, croyait tellement qu'il n'avait plus à s'inquiéter de rien y qu'il cessait même ses constructions de forteresses; pour Robert^ il se désespérait dans sa prison.

C'est à ce moment de tranquillité politique qu'il faut attribuer la pensée d'importer en Normandie une plus grande quantité de ces armoiries qui décoraient tous les costumes au couronnement de Philippe, quoiqu'elles ne fussent pas encore héréditaires ^. Le mariage de l'impératrice Mathilde avec Geoffroi , comte d'Anjou ^^ mariage suivi de fêtes et de joutes, avait été même une occasion nouvelle de déployer ce luxe ^. Le scel du grand sénéchal de Rhoëm fut un agneau ^.

Qu'un mécontentement se soulevât à cause doAniiBo l'augmentation de quelques impôts , et de la création des charges [de judicature ^, qu'une division régnât entre le chapitre de Rhoëm et divers abbés qui refusaient de lui accorder certains privilèges qu'il récla* mait7y tout cela se calmait, et par l'arrivée du pape Innocent II, laquelle avait lieu le 7 des ides de mai ^, et par un concile provincial, et par l'élection de Hugues III pour l'archevêché de Rhoëm», élection regardée par Henri \^^ comme une sage inspiration ; tout se calmait, surtout par la reconnaissance de la fille du duc pour son héritière, reconnaissance faite

(1) 6iim. de Nangîs, p. 20. (i) Mézeray, t. 4, p. 4S7.

(3) Guill. de Nangis, p. 80. —M. Depping , p. 425.

(4) Joann. Monach. Hist. Gaufredi. (5) Lesguillez, p. 86. f6) Mézeray, t. 4, p. 503. (7) Bassin , Concil. Both.

(8) Itfém. de la Soc. des ant. de Norm. 1834, p. 320.

(9) Ordéric-Vital, 1. 12.— Pommeraye, p. 313, 314. — Guillaume de Nangis, p. 21.

an AHHALB8 DBS CAUCHOIS.

devant ses principaux vassaux de Normandie et d'An^ gl6terre% et tellement solennelle que le comte Aé Boulogne y dont nous verrons le nom briller, Mllici* tait rhonneur de jurer le premier^. Cet événemetit politique ramena dans leur patrie plusieurs seigneurs^ qui jusque-là étaient restés fidèles à Goillaume Ciiton : le comte d'Aumale, Henri, comte d'Eu, Hugues de Neufchâtel, Hugues de Montfort, Hugues de Gournày, Guillaume de Roumare, qui n'avaient jamais parlé de Gliton qu'en l'appelant Guillaume-le-Normand ^, venaient se reposer dans leurs châteaux.

Le séjour de Henri dit Beau-Clerc dans l'abbaye do BeC| avec le nouvel archevêque^) la fondation da prieuré du Mont-aux-Malades ^, la reconstruction de divers châteaux^, la circonscription du diocèse de Rhoëm établie par une bulle d'Innocent H, qui alors séjournait à Blôis7, datent de cette époque de calme. Par des chartes que nous possédons encore en ma^ nuScrit ^, Henri l" répondait aux vœux de diverses corporations ; il encourageait l'agriculture et le oooh iDHerce^; sans prendre avec lui tousses enfants nata* rels '^y il les faisait servir à tous ses projets sur l'a^griculture de la Normandie. Il encourageait aus Tinstitution des Templiers et des Hospitaliers". Il bVait la joie que sa fille, l'impératrice Mathilde, mettait au monde un fils de son mariage avec Geoffroi Plântagenèt, comte d'Anjou ^'^ et il fondait l'espéranoe

(I) Gron. 1581, i^. 16t. (8) WllL Mâtkn., p. tl9.-^l!iilile, llfl. (3) Ordério-Vital , 1. 13, p. 405 , loe, 407. (4) Poramertyo, p. SU. (5) Servin, 1. 1^ p. li. <•) Soc. des int de Norm. Iit4, p. 100. (7) Pommeraye, préf., p. 10. (8) Musée dos ant. de Romo.

(9) M. Depping, 1. 1, p. S4i. (10) Id., 1. 1, p. 415.

(II) 5niUàtiiïie de NIngis, p. U,

(li) L. Dubois^ p. Sil. — Masseyille, t. 1» p. i74.

d'établir Thérédité d'un de ses deux trônes sur cet enfant que déjà il accoutumait à appeler Henri II; cet événement était Toccasion de donations aux églises, aux abbayes y aux hôpitaux et aux pauvres ^

C'était de Normandie que partait^ cette année , Roger, ce prince rempli d'ordre et de courage, pour aller fonder le royaume des Deux-Siciles *; il ne tardait pas à en obtenir l'investiture du pape Innocent IL

Henri aidait par son instruction, par son exemple, par les usages de sa cour, à fonder cette langue normande qui, abandonnant le mauvais latin d'Ordéric- Vital, allait créer des mots que nous trouvons encore presque tous dans les parties que la guerre ou, si Ton veut même, l'extrême civilisation n'a point traversées, c'est-à-dire entre la forêt de Brothonne, la rivière de Seine et le marais d'Harteauville; c'est de cette époque que datent les mots : anz au lieu d'annm, fief au lieu de feodum , paiz au lieu de paœ , chalenges pour dire querelles, méfaiz au lieu de malefactum, il quiert au lieu de quœrit, chastel au lieu de castellum, volt au lieu de voluit, esmuvier pour émouvoir, caucier pour chausser y os ou huis pour ostium, tressué pour tout en sueur, bouter pour pousser, en hui pour aujour* dhui, pluvier pour pleuvoir, et tant d'autres que balbutiait Robert Wace, alors âgé de huit ans, et qui forment la poésie si riche de ses deux volumes , dont nous noterons la publication. Le Beau^Clerc avait le temps de s'occuper oncore de matières religieuses : un schisme existait entre Innocent II et Anaclet, pour savoir qui devait occuper la chaire de Saint-Pierre;

(1) Gron. 1581, p. 151. (t) Hénault, 1. 1, p. 143.

Anaclet avait peu de partisans; en Normandie , en Angleterre, Henri était ouvertement pour Innocent , et celui-ci, par reconnaissance, quand il créait un usage, quand il touchait à une institution, avait soin de dire: Sauf le droit de l'église de Rhoëm '.

AB II8S En 11 33, le même Innocent II envoyait une étole à Hugues , dans Rhoëm ^ ; il prenait plaisir à répondre aux vues de Henri pour calmer une querelle qui s'élevait, non sans quelque scandale, entre Tabbé de Saint-Wandrille et cet archevêque^, et, pour satisfaire celui-ci, il instituait le prieuré de Bacqueville^ et l'abbaye de Mortemer ^ ; il s'entendait encore avec lui quand il allait stipuler les intérêts normands au concile de Pise ^.

Anuu L'année 1134 était bien différente; elle commençait par un de ces événements qui restent dans la mémoire des hommes comme de tristes jalons historiques.

Le 7 février, Robert, ce prince qui avait montré tant de bravoure contre les Sarrasins, qui avait été blessé par eux 7, qui avait refusé le trône de Jérusalem pour revenir à son duché de Normandie, âgé de quatre-vingts ans, épuisé par vingt-sept années de captivité, décédait dans sa prison de Gardif ^. On faisait à ses restes la faveur de les porter à Glocester. Une inondation désastreuse, précédée d'une éclipse

(1) Pommeraye, p. 315, 317.

(8) Id., p. 320. (3) Id., p. 333.

(4) Id., p. 335. (5) Ann. de la Soc. de THist. de France, 1838.

(6) Ordério-Vital, 1. 13. •— Pommeraye, p. 335.

(7) Cron. 1581, p. 148.

(8) Ordéric- Vital , 1. 13. — Oursel. — Mathieu Westm. — M.Deppîng, t. 1 , p. 423. — L. Dubois. — La Gron. de 1581 dit Tan 28« de son emprisonnement. — Masseville aussi, t. 1, p. 274. — M. Pénaux également, Alm. 1828.

de soleil et de fréquentes tempêtes^ jetait une teinte lugubre sur le pays '.

Sans réfléchir combien les querelles des familles des rois sont funestes aux peuples et aux princes euxmêmes, Geoflfroi Plantagenet, comte d'Anjou, l'époux de cette princesse ou impératrice JVfathilde que les Normands respectaient, demandait au roi Henri de réaliser les promesses qu'il lui avait faites, disait-il, lors de son mariage , de le mettre en possession de la Normandie , faute de quoi il menaçait dé la guerre et armait déjà ^. Henri hésitait s'il devait même s'absenter pour passer en Angleterre ^. Il disait à ses courtisans qu'il allait bientôt marcher pour châtier son gendre, et qu'on eût à se préparer; pourtant il préférait se distraire et se livrer à la chasse, son plaisir favori ^, tout en laissant sa fille aller rejoindre son époux ^. Il était dans un beau domaine, au milieu dé la forêt de Lyons, à Saint-Denis, depuis plusieurs jours ; il était manifeste que l'exercice et la distraction avaient un peu amélioré sa santé. Un soir, le V^ décembre, au retour de la chasse, il voulut, contre l'avis de son médecin, goûter d'une lamproie^; cela

(1) Ordério-Vital , 1. la. — Chron. rotb. Delamarc. (S) Masseville, t. 1, p. S74.-- M. Depping, p. 435. (3) Ordéric- Vital, 1. 13. (4) Robert Wace, vers 15640 et suivants.

(5) D'Orléans.t. l,p. 173.

(6) Le lieu précis où Henri !«' est décédé est le sijget d'une critique curieuse: Guillaume de Nangis, p. 25, dit seulement sans se compro-^ mettre, qu'il est mort en Normandie, in Normanniâ, et M. Thierry se contente de le traduire, t. 2, p. 259. — Ordéric- Vital , 1. 13, constate qu'ayant chassé , et la nuit étant survenue , ii a quitté la vie mortelle le 1«' décembre ; il se trompe seulement de deux jours sur la date du décès, ainsi que M. A. Passy, Discours du 14 septembre 1345. — Cîabriel Dumoulin raconte qu'il soupaità Saint-Denis; que son estomac ne put foire la concoction d'une lamproie ; qu'il fut malade ; que cela appela tous les grands à SaintrDenis; qu'il y décéda. — Masseville, si exact ordiuai^

tïB ANNALES DES CAUCHOIS.

lai causa une iDdigestion si violente qu'il en niptiiiit le 3 du même mois. A la nouvelle de la maladie de ce

rament, ne voyant pas la chose très-clairement, énonce, 1 1, p. 175, qne son mal rayant pris dans la forêt de Lyons, il esl mort dans un viuiigê vùiiin, — Farin, lui, sans broncher, affirme que la mort a eu lieu dans kl forêt de Lyon$, 1. 1, p. Si, et il avance la date d^une année. — Servin se contente de dire qne le corps fut apporté à Rhoêm , de Saini-Deiis, sans dire quel est ce Saint-Denis, p. 223. — Quant à M. Dumesnil, il dit que le décès a eu lieu à Saint-Denis-le-Thiboust; Math. Westm. est sans doute la source où il a puisé.— M. Depping, ordinairement si acntpQlenx, a suivi aussi Fauteur anglais, p. 42 1, iSS. — U en est de même du Normand L. Dubois, résumé, p. 8SS, et Lisieux, p. 104. — Hume, p. 4S8, irad. 1819, Tonstain de Richebouirg, t. t, p. 75, Hnniington , citent mi autre Saintr-Denis» Saint-Denù-le^Farmeni , à plusieurs myriamètrei de la forêt de Lyons; Moréri se contente de dire en son château de Lion, *^Le P. d^Orléans, M. Sim. de Sismondi , M. Thiessé, le prés. Hénault, qd aval t une propriété à Sai nt>DeQis-le-Thiboust,au jourd*bui posfiédée par M. le baron Boullenger et M. Louis Quesnel , mais qui aimait tant Texactituda, n*osent s^expliquer. Il f^ut ici , comme toujours, avoir recours aux écrivains les plus près de Tévénement; prenons-les en remontait : Pomm., p. SM, explique que le roi fut attaqué par la fièvre en la forêt de Lyons, qu'il manda Tarcbevêque de Rhoêm se confessa, et mourut. — ^Robert Denyaud, qui écrivait en 1660, dit qu*il mourut près de Téglise paroissiale décûéel Saint-Denis, au fort de Lyons. — La Gronique de 1581, p. 15S , déclare qaa le décès a eu lieu à Saint-Denis en Lyons, autrement Villeroy, appartenant, en 1581, au seigneur de Mouy. —Le continuateur de Gninanme de Jumiéges s'exprime ainsi : Apud villam regiam <<lafi in sylvâ Lêomt, qtiam, per metonomiam, Sanetum DyoniHum voeant; v. Duchesne, p. 800. — L*Hist. des ducs de Normandie, publiée en 18iO, par la Soc. de l'Hist. de France , constate que Heuri mourut en la foriest de Lyons, à la Saint-Denis.-^ Une charte , citée par Duplessis, t. 8, énonce le décès, apud Dyonisium in Lyoni, en citant posltivemekit le cbatean de Lyons. — La Soc. des ant. de Norm. n'hésite pas à dire que c'est 4 Lyons que le décès a eu lieu.— Bnfiii, M. le baron Boullenger, que le faitintér^sait, a fait des recherches ; il a constaté , et il a écrit à rautew, q«*a«lrefois Lyons s'appelait SointrDenis aux Lions; que Téglise de Lyons-la-FOfèt est eneore sons l'invocation de ce saint ; ce qui est la traduction des «ateurs contemporains ; ee qni est eonforme à ce que nous mwBA dit d'ans charte signée par Gnillaunie, en IMO, et reoieillie par Ordério- Vital (ap. Dttchesne, p. 467 ). If. A. Passy a recueilli à Lyons la tradition que c'est là qu'est mort Henri. Gela montre le peu de sévérité des autres roeherdieSf regardons désormais comme certain que Henri I^ est mort d'une indigeràon à Saint-Denis, mais à Saint-Denis ds iMmUnu^ et noo à SaiBt«JDenis-le-Thiboust, ni à Saiiit-Deoi84e-Fonttefit,4e S dé«

derDier descendant de Rollo, des milliers de personnèâ s'étaient rendues à Saint^Denis-en-Lyons^ et, comme on le comprend ^ en ramenant son corps à Rhoëm ^ chacun réfléchissait sur les dissensions et les effroya** blés désordres que cet événement allait entraîner* Quelque respect que montrassent et le comte de Glo^ cester, un de ses nombreux bâtards , et Guillaume de Yarennes , et Galleran de Meulan , et Robert de Leicesler, en accompagnant ses restes , en venant dépo^ ser ses entrailles dans an vase à Émend re ville % ils n'en prévoyaient pas moins les suites de la question d'hérédité.

En Tabsence de Mathilde et des prétendants probablesy les seigneurs amis du pays s'en partagèrent le gouvernement. Guillaume de Yarennes veillait sur Rhoëm et tout le pays de Caux. Guillaume de Rou-^ mare, Hugues de Gourtiay, gardaient les autres fron^tières'; mais quand une fois on sut que Mathilde réclamait l'appui de Louis-le-Gros ^, lequel pourtant prenait prétexte du brigandage des seigneurs et des hostilités des Normands pour fonder la fédération de défense intérieure "^ ; quand on sut qu'Etienne, fils du comte de Blois et d'Adélaïde, fille de Guillaume-le- Conquérant, qui jusque-là n'avait eu que le titre de comte de Boulogne^i voulait l'Angleterre d'abord, et la Normandie en second lieu; qu'il échangeait d^'à son écusson portant un centaure ^, contre un écusson qu'il voulait attribuer à l'Angleterre ; que, le 4 6 décembre, il avait proclaâié ses prétendus droits; Guillaume

(1) Ortéric-Vital , 1. 1«. (2) Ordéric-Vital , 1 13.

(8) Guill. de NangiB» p. 96.

(i) Ordério Vital. ^ M. Thierry, 1. 1, p. asi.

(5) Cron. 15S1. — Servin , p. M3. (6) Lje P. d*Orléaiis, p. lit.

Mallet^ le grand séDéchal % et les autres seigneurs eurent de la répugnance à ce que Rhoëm ne fût plus le centre du royaume anglo-normand^ suivant une expression moderne *; d'autres seigneurs ne se bornèrent pas à la résistance tacite^ ou bien à assurer des droits qu'à défaut d'héritiers mâles légitimes (car il en avait quinze naturels ^^^ Henri avait voulu assurer à sa fille '^y ils voulurent jouir d'une indépendance complète. Des Normands réunis au Neufbourg proclamaient déjà pour duc un seigneur nommé Thibault ^^ comte de Champagne^ fils du comte de Blois et d'Adélaïde de Normandie , et frère d'Etienne.

Roger de Tosny et le comte de Leicester voulaient se faire nommer ducs : le premier avait commencé sa conquête par prendre le Vaudreuil; un autre prétendu chef^ Galleran^ prenait Âcquigny; Robert Boët, archer qui s'était illustré à la croisade^ parcourait tout le pays y sauf, disait-il^ à se faire pendre , ce qui lui est arrivé. Jusqu'à un curé bas-normand, qui faisait aussi des excursions pour venger Boët ^.

Le témoignage d'Ordéric-Yital ne peut être critiqué, quand il dit qu'en pareilles circonstances on volait les églises y on violait les sépultures, pour s'emparer des dépouilles des décédés 7. L'ordre encore une fois ne pouvait renaître, sauf à subir quelques actes de despotisme, que de la victoire d'un des principaux prétendants.

Etienne, âgé de trente ans, couronné à Westminster tant comme roi que comme duc, le 22 décembre, fort

(1) Toustain de Ricbebourg. (3) M^Th. LavaUée, 1. 1, p. iSi. (3) M. Depping , 1. 1, p. 415. (i) Hume, Hist. cTAngl. ann. 1135.

(5) Ordéric-Vital , 1.^3. — Toustain de Richebourg, t. % p. 80.

(6) OrdéricVitol . 1. 13. (7) L.'13.

riche déjà ^, et qui s'était emparé du trésor amassé par Henri 1*^ ^, qui avait pris de suite à son service des au uw troupes soldées , faisait savoir qu'il allait repasser la mer pour venir en Normandie , et cela changeait la face des choses. Arrivé à Rhoëm , vers la Pentecôte , il y était assez bien reçu ^. Si Lillebonne^ qui avait repris de l'importance, paraissait disposée à obéir aux dernières volontés de Henri I" en faveur de Mathilde , il l'assiégeait d'abord avec bravoure ^, puis la traitait rigoureusement ^; il gagnait Guillaume de Roumare; il allait au-devant de Geoffroi, l'époux de Mathilde, qui faisait des ravages dans plusieurs parties du duché^, vers la rivière d'Orne; il réduisait Thibault, son frère, à se contenter de deux cents marcs d'argent 7; aidé de son fils, il réduisait Villers^. Ce qui le tourmentait, c'étaient les incendies qui dévoraient divers quartiers de Rhoëm, le couvent de Saint-Amand, celui de Saint-Ouen 9.

Définitivement tous les petits tyrans disparaissaient et les principaux acteurs étaient Etienne et Mathilde. Etienne avait même déjà en sa faveur une bulle de Rome '° : c'était d'un grand poids, suivant les mœurs du temps, pour légitimer la couronne, en réfléchissant comment Henri I^ lui-même était parvenu à tant de puissance.

(1) Toust. de Richeb., p. 79.»Hume, 1. 1, p. 433.— Duchesne, p. 9S7. (a) Duchesne, p. 917 ad 975.— Toustain de Richeb., t 3 , p. 80. —Serein donne pour date le 15 décembre, 1. 1, p. Sii. (3) Ordéric-Vital , 1. 13.— L. Dubois, p. 228. (i) Hume, t. l,p. 434.

(5) Masseville , t. 2, p. 9. — L. Dubois, p. 225. (6) Ord.-Vital, 1. 18.

(7) Toustain de Richebourg, t. 2, p. 80. — Servin , 1. 1, p. 225.

(8) Masseville , t. 2 , p. 9.

(9) Ordéric-Vital, 1. 13.— Chron.roth.

(10) Hume , 1. 1, p. 436 et suiv.

S82 ANNALES DBS CAUCHOIS.

Il est vrai que Mathilde devenait ans riv^e trè»imposante, en mettant dans ses intérêts son onde, David, roi d'Ecosse i qui menaçait d'une invaenon sa Angleterre'; qu'en promettant Gisors au roi de France^ en se reconnaissant comme vassale, et déjà même en laissant cette forteresse en gage aux mains des tem-* pliers ^, elle s'assurait une bonne retraite ; en gagnant Thibault, le comte de Blois et frère d'Etienne, elle faisait impression sur celui-ci; en permettant aux barons de fortifier leurs châteaux et de battre monnaie pour leur compte ^, ce que ne souffrait pas Etienne , ells se créait une foule de partisans; en pardonnant an comte de Tosny, et son invasion du Yaudreuil, et l'enlèvement des moines de la Croix-Saint-LeufiTroi ^, elle le rangeait aussi de son parti ; en favorisant les Angevins, qui venaient jusque vers la rive gauche de la Seine, à Touques, elle forçait les guerriers de Rhoëm, toujours partisans d'Etienne ^, à diviser leurs forces. Pour qu'Etienne, secondé par un des fils naturels de Henri P', le comte de Glaorn, après avoir tenu un concile, et envoyé dès émissaires par toute la Normandie, en préparât une soumission complète^ il fallait de la résolution. Il avait avec cela l'habileté de mettre dans ses intérêts, Hugues, l'archevêque de ▲n 4157 Rhoëm 7. Celui-ci rengagea à placer sa confiance ea deux des plus braves lieutenants de Henri I", Guillaume de Roumare, et le vicomte Roger, fils de Néel ^. Bientôt la misère, née d'une , extrême sécheresse ^

(1) GroD. deNorm. 1581, p. 152, 153.

(2) Gron. de Nonn. 1581, p. 153. — Hume, 1. 1, p. 438.

(3) Hume, 1. 1, p. UO. (4) If. Depping, 1. 1, p. U3.

(5) Id. p. 445. (6) Âpud Duchesne , auct. incert., p. 937. — Bessin Conciles. (7) Soc. des ant. de Norm. t. 7, p. 93. (8) M. Depping. (9) Ordéric-Vital , 1. 13.

ANNALBS DES CAUCHOIS. 8ft3

rend toute la contrée aussi insoumise à Etienne qu'à sa rivale. De nouveaux princes normands s'improvisent ; Roger-le-Bègue veut se faire proclamer duc à Évreux'; la basse Normandie se déclare pour Ma^ thilde ^; celle-ci veut aussi faire une diversion en Angleterre^. Etienne veut en vain teuir un simulacre de conseil ou d'États à Lisieux au mois de juin ; la plupart des grands le quittent sans le vouloir même saluer'î » Une chance heureuse revient cependant pour lui : le roi Louis-le-Gros décède^ ; Etienne s'empresse de rendre hommage au nouveau roi , pour le duché de Normandie ^; mais, comme ses soins étaient sur-tout pour l'Angleterre 9 que c'était en Angleterre seulement qu'il supprimait les annales 7, qu'il réservait ses forces les plus imposantes, Guillaume de Roumare lui-même devenait indécis^; on entendait dire que le comte Robert de Glocester, un des fils bâtards de Henri V% avait envoyé à Etienne un défi qu'il avait refusé à une époque où chacun payait si bien de sa personne ^ ; on voulait rendre le roi un objet de mé^ pris. Mais on apprend aussi que les Anglais voulaient se défaire des Normands et annuler les effets de la conquête ^^; on sait que c'est là le but de plusieurs barons anglais en désobéissant à Etienne ' ' ; jusqu'à certains abbés en Normandie qui se soulèvent; l'abbé

(i) Ofldéric-Vital, L 18. (S) Id. — L. Dubois, p. SM.

(3) Servin , t. 1, p. 2ïr. (4) Ordéric- Vital, 1. 13.

{S) Hénault ttxe aa !•' août la date du décès. — Velly. — Suger. — Legendre , Mœurs des Français.

(6) Ordéric-Vital, 1. 13. — Toust. de Ridieb., t. i.— M. Depping, 1. 1, p. 4i5. (7) D'Orléai», 1. 1. (8) Ordéric-Vital, 1. 13.

(9) Math. Wesim. — Hume, p. Ul. — Will. Malmesbury, p. 180.— M. Thierry, Gonq. de rAngl., t. a , p. S62.

(10) M. Thierry, t. 2, p. 263. — Ordéric-Vilal qu'il cite.

(11) Hume , p. Ul. — Matlbieu Paris. — WiU. Malm.

381 ANNALBS DES CAUCHOIS.

de Saint-Wandrille y Alain , qui se fait partisan, ne veut pas (sauf à se faire remplacer pour le moment) reconnaître l'autorité de l'archevêque, parce qu'il demeurait favorable à Etienne ^ Il ne reste de ressources à celui-ci que dans la sincérité du nouveau roi de France, et dans sa bravoure personnelle : l'une et l'autre furent pleines de constance.

An 4458 Ëticune reporte toute sa cavalerie vers l'Angleterre; d'abord , le roi d'Ecosse David est battu par lui ' ; l'Irlande est maintenue en échec. Le clergé d'Angleterre et le clergé de Normandie commencent à redevenir obéissants^. Le comte de Meulan et Guillaume d'Ypres passaient vers la Seine pour rétablir la foi de plusieurs seigneurs. Le ministre Suger, conservé par le nouveau roi de France, et qui s'occupait surtout, pendant que ce jeune roi était absorbé par les fêtes de son mariage avec la belle Éléonore de Guienne^, d'économie, de législation et de reproduction de ce droit romain dont les monuments venaient d'être retrouvés^, ne menaçait en aucune façon Etienne.

An 4459 Pour décidcr plus tôt la question, Mathilde, à la vérité, revenait en Angleterre avec cent quarante chevaliers, dans les premiers jours de l'automne^, et, secondée par son courageux mari, laissait voir que la chance varierait encore une fois. Robert de Glocesler, qui conduisait Ma thilde, commençait par lui faire visiter ses terres et châteaux, ainsi que les demeures

(1) Langlois, p. Ii9. (S) Hume, p. i48.

(8) Hume, p. ii2, ii3. (4) Mézeray, t. S, p. 97.

(5) Notes sur Grégoire de Tours. — M. de Chateaubriand, Ëtudes hislor., t. 3, p. 31t.— Le P. Fonlenai. — Dict. hist. v« Suger.— Hénault , 1. 1, p. 146.

(6) Gervasii cantuar. Ghron. p. 1549. — M. Thierry, t. 8, p. 310.

de ceux qui lui étaient fidèles ' . Le centre de ses opérations était à Bristol ^.

La chance reste une année indécise : on apprend que beaucoup de partisans veulent être près de celle qu'on appelait Timpératrice des Normands; qu'un mi 4440 grand nombre yÎBut la rejoindre. Une bataille pleine d'inégalités a lieu entre Ma tbilde et Etienne; celui-ci est pris les armes à la main vers Lincoln , malgré de véritables actes de bravoure ^. Il est amené devant Mathilde, qui l'envoie à Bristol 'î; elle entre en triomphe dans la capitale de l'Angleterre^; elle s'empresse de se faire couronner dame d'Angleterre et de Normandie ^, et l'archevêque de Cantorbéry ne fait aucune diflficulté d'accomplir cette solennité, ou pour mieux dire cette formalité 7. L'inconstant Guillaume de Roumare remplissait, lors de la cérémonie, le rôle de grand sénéchal. On ne savait ce qui allait être décidé sur Etienne : le vaincu proposait en vain qu'on lui rendit la liberté , pour qu'il renonçât au trône, ou qu'il cédât la Normandie à son fils, lorsque Glocester tombant lui-même au pouvoir des partisans du roi, que commandait l'épouse d'Etienne, l'échange de ce prince avec Etienne ne fait plus de difficulté^.

Etienne n'est pas plus tôt en liberté que Mathilde se

(1) Will. Malm. —M. Depping, 1. 1, p. 457 et suiv. — Chron. norm. ab 1139 ad 1259 , apud Duchesoe, p. 976.

(a) Gesta Steph. reg., p 941. —M. Thierry, t. 2 , p. 315.

(3) Gesta Steph., p. 962. — M. Thierry, t. 2 , p. 318.

(4) Hume, t. 1, p. 414. — Toustain de Richebourg, t. 2. — Guill. de Nangis, p. 34. — Servin. — Le P. d'Orléans, p. 179, 180. — L. Dubois, p. 226. (5) D'Orléans, t. 1, p. 180.

(6) M. Thierry, t. 2 , p. 320.

(7) L. Dubois, p. 226. — M. Thierry, t. 2, p. 320.

{S) Gesta Steph. l. 1. — Hume, t. 1 , p. 445, 451. — D'Orléans, t. 1, p. 180. —Toustain de Richebourg, t. 2.— M. Depping, t. 1 , p. 469.— Servin , 1. 1, p. 228.

repent de son échange , et que ses intimes, et notamment le sire d'Estouteville qui sentait qu'il allait bientôt descendre dans la tombe S lui disent qu'elle a eu tort de ne pas faire comme son père avait fait à regard de Robert ; mais ses manières hautaines, dans un temps de révolutions, où ceux qui veulent commander doivent surtout chercher à plaire, lui aliénaient ses plus intimes partisans^. Etienne, instruit de ce discrédit, gagne au contraire tous les chevaliers par ses manières affables et sa conduite généreuse; il apprend bientôt que Londres se soulève de nouveau en sa faveur 3; que Mathildea fui vers Oxford^, enfia qu'elle a fui d'Oxford, presque seule. De nouvelles An \u\ actions s'engagent : comme Mathilde craignait des soulèvements en Normandie, Robert de Glocester repasse vers la rive gauche de la Seine, avec les fils des comtes et des autres seigneurs qui lui étaient favorables^. Il prend Tinchebray, Avranches, Coutanees; il s'empare de la personne de Guillaume Martel, le grand sénéchal et la tige des seigneurs de Bacqueville ^f un des compagnons les plus dévoués du roi 7. La reine Mathilde, poursuivie à son tour par Etienne, revient, traverse aussi le détroit^, et laisse son exprisonnier mattre des Iles Britanniques, donnant les plus beaux emplois aux Normands qui lui étaient restés fidèles, spécialement à Robert, qu'il faisait archevêque de Gantorbéry^. Ils semblaient se résoudre, l'un à rester roi d'Angleterre, l'autre duchesse

(1) V. Langlois, Essais sur Saint-Wandrille, p. 165.

(2) D'Orléans, t. 1, p. 180. (3) M. Thierry, p. 328.

(4) Gcsla Slcph. — M. Thierry, t. 2, p. 32i, (5) Chron. norni. apud Duchesiic, p. 979. (0) Toustain , l. 3.

(7) Chron. uorm., p. 980.

(8) Tousiain, t. 2. (9) Hume, 1. 1, p. 200.

de Normandie sous le titre d'emperesse ou impératrice, en rompant tous les liens féodaux entre eux '•

Les événements politiques vont dès lors se ralentir, ka ^U2 Nous recueillons dans cet intervalle un fait qui ne peut manquer d'intéresser tous ceux qui aiment la vérité et l'archéologie : c'est alors qu'est décédé le sage Ordéric-Vital ^, c'est autour du monument qu'il nous a laissé que doivent se grouper toutes les autres histoires latines y anglaises , normandes; sans lui, la Normandie pendant une partie du xii« siècle serait dans l'obscurité*

Nous pouvons aussi noter qu'en ce moment, Robert Wace, âgé de dix-sept ou dix-huit ans, commençait à suivre les inspirations d'une muse qui devait nous retracer de si riches poésies , des poésies si curieuses pour l'histoire nationale.

Des actes comme la fondation du couvent des Templiers au Tréport^; la continuation de l'abbaye de la Trappe par Tarchevéque Robert, la fondation de chanoines réguliers au Bosc-Achard 4, la dîme accordée An U42 aux religieux de Saint- Wandrille (qui sans doute avançaient dès fonds); ces médiocres événements ne peuvent que nous distraire très-peu de cette question ; Qu'allait devenir en définitive tout le pays de Caux avec le territoire de Rhoëm, sous le rapport du gouvernement ?

Toute la rive gauche de la Seine était non pas heureuse par l'empire de Mathilde, mais soumise aux

(1) M. Sim. de Sismondi.

(2) Duchesne. — Dict. hist. — V. la publication de la Irad. par la Soc. de THisl. deFr. — M. Dubois, Lisîeux, p. 108.

(3) T. Duplessis. — Lebœuf. — Noël , t, 1, p. C6,

(4) T. Duplessis, t. 2.

victoires du comte d'Anjoa '• C'était facilement qu'en remontant le fleuve on avait pris le Vaudreuil '. Le comte Giffard et autres Cauchois venaient obtenir des conditions qui entraînaient leur soumission ^. En septembre 11 42 y le château de Gournay ouvrait ses portes "^^ Le roi de France ^ ayant à se débarrasser d'une excommunication ^, et accueillant les propositions pacifiques faites par Mathilde^ finissait même par l'appuyer^. Ainsi le décès de son fidèle comte de Glocester^ la mort^ sous les murs de Bhoëm, du comte du Perche qui avait épousé une de ses sœurs naturelies 7, la nouvelle de défections de chaque jour en Angleterre, n'empêchaient pas qu'effectivement Geoffroi et elle, pour prix de tant d'efforts, en promettant autant de libertés qu'on en avait obtenu d'Etienne, ne s'avançassent vers Rhoëm, et, passant la Seine à Yernon , ne vinssent a la Trinité-du-Mont, au-dessus de la ville, enfin ne fussent reçus à Rhoëm en maîtres avec une grande solennité^. La tempête épouvantable qui accompagnait cette cérémonie frappait bien quelques esprits superstitieux, mais enfin, à l'exception du Pont-de-l'Arche ^, il n'y avait rien qui ne fût soumis, du moins pour quelque temps. Guillaume de Roumare *^ se retirait dans son château pour soigner ses blessures. On s'empressait d'occuper tant de bras qui allaient être oisifs. L'ab-

(1) Sim. de Sismondi.

(8) Chron. Norm. apud Duchesne, p. 980, 981. (3) Id.

(i) Chron. norm. apud Duchesne. — Servin , t. l,p. 229.

(5) Sim. de Sismondi. (6) Toiistain de Richebourg, l. 2, p. 93.

(7) Soc. dosant, de Norm. 1835, p. 12i.

(8) Toustain de Richebourg, t. 2, p. 83. — Servin, t. 1, p. 229.— Journal de Normandie , 1786. (9) Chron. norm. apud Duchesne.

(10) M. Dopping, p. 461.

baye de Saint-Ouen, qui avait été ruinée, était recommencée avec une architecture et sur des plans nouveaux. On ordonnait la construction d'un pont deiiA4i44 treize arches qui devait avoir cent cinquante mètres de longueur, avec une hauteur prodigieuse, et qui allait s'appeler pont de la Reine-Mathilde. La réparation de toutes les fortunes était urgente.

Les États assemblés, ainsi qu'on l'avait promis, sur la demande de Malhilde et de Geoffroi, reconnaissaient leiir tout jeune fils Henri pour duc, en veillant à certaines libertés publiques ^ L'échiquier allait fonctionner avec régularité ^, sinon avec continuité ; ce n'est que deux ans après que l'assemblée française de Vézelai, convoquée par Suger, a pris le nom de parlement^. La croisade prêchée par Saint-Bernard, quand il apprenait que le sultan d'Âlep avait surpris Édesse le 24 décembre, et massacré les habitants 4, semblait devoir donner un cours à ces actes de bravoure que tant de chevaliers armés offraient à leurs princes. Le brillant Henri, tout en recevant les hommages des barons, demandait les conseils de sa mère et semblait même se contenter du titre de fils de Mehaut l'Emperreis ^. Il lui laissait entièrement les rênes du duché quand il allait à Paris prendre des conseils du sage ministre, et s'entendre avec le roi sur la croisade projetée ^; seulement on craignait toujours Etienne, qui, avec autant d'ordre que de bravoure, avait reconstitué aussi son royaume d'Angleterre C'est de là qu'est

(1) Dumesnil. —M. Thierry, t. 2, p. 328. — Hist. des ducs de Norm., p. 79. — Servin, t. 1, p. 229.

(2) M. Floquet , 1. 1, p. 7 de l'Hist. du parlement de Normandie.

(3) Velly, t. 3, p. 119.

(i) M. Sim. de Sismoudi.

(5) Uist. des ducs de Norm., p. 80. (6) Id., p. 81.

venue à l'esprit de Mathilde la bizarre pensée, tandis que son fils se disposait à régner en Normandie , d'aller encore jouer le rôle de conquérante en Angleterre*.

AIHU5 Un échec était bientôt éprouvé par elle; c'était contre Tavis de ses plus sages conseillers qu'elle appelait le jeune Henri à équiper une flottille pour la rejoindre^. Les populations restaient attristées de ces projets y quand on apprend qu'Eustache, fils aîné du roi Etienne, est décédé en France; quand on voit ses restes mêmes apportés et respectés à Rhoëm ^ ; cela fait absolument changer les pensées de tous ^. Etienne veut traiter à l'amiable avec Mathilde; celle-ci demeure d'accord que l'aîné de ses trois fils^, Henri, n'héritera de l'Angleterre qu'après Etienne, et jouera en attendant le rôle du duc de Normandie^; on arrête que tous les comptes seront rendus à l'échiquier, et qu'à ce moyen il y aura paix et amitié; on va plus loin : il existait un deuxième fils d'Etienne, nommé Guillaume; on décide qu'il possédera en tout une seigneurie en Angleterre, la ville de Mortain en basse Normandie, la ville de Lillebonne; lui-même accepte cette position et s'en contente 7.

Rentrée sur le continent, l'emperesse avec son mari, avec son fils, fonde le prieuré de Saint^Lô^, l'abbaye de Cherbourg 9; elle fait continuer à Rhoëm ce pont que la guerre avait retardé, dont nous avons vu encore cinq arches'®. Elle encourage ceux qui vou-

(1) Guill. de Nangis, p. 37. — Gbron. norm. ap. Duchesne, p. 980 et seq. (2) Le P. d'Orléans, t. 1.

(3) Hist. des ducs de Norm., p. 81. (4) Le P. d'Orléans. (5) L'Héritière de Guienne , p. 60. (6) Cron. de 1581. (7) Id. (8) Servin , 1. 1, p. 12. (9) Soc. des ant. de Norm. 1825, p. 87. (10) Lesguiliez, p. 59. — Dumoulin.

ANNALES DBS CAUCHOIS. 394

laient partir pour la Terre-Sainte'. Elle envoie son fils atné à la cour de France , où la jeune reine est charmée de ses manières , de sa grâce à cheval *, et où il reçoit même le titre de grand sénéchal de France ^. Elle s'entend admirablement avec Etienne pour qu'il fasse partir aussi dans quelque temps une flotte de croisés; tous se félicitent de voir saint Bernard emmener Louis le Jeune à la croisade ^ même contre l'avis de Suger^; on envoyait en Normandie, comme en France, des quenouilles ironiques aux jeunes gens qui ne se croisaient pas ^.

Ces volontés, toutefois, presque exclusivement Am ne dirigées vers l'exercice de la piété, et le départ d'une foule de ceux qui ordinairement soignaient la culture des champs, amenèrent une disette effroyable. Il paraît certain que , dans l'hiver de 11 45 à 11 46, la famine et la démoralisation ont été telles qu'un homme a mangé de la chair humaine; qu'il ait été pendu, cela n'empêche pas que le crime n'ait eu lieu dans toute son atrocité^. On assure que, pour avoir des subsistances, pour obtenir les moyens de construire de ces monuments ecclésiastiques si en vogue, qui peignent aussi les mœurs (puisqu'il est dit que l'on se confessait avant de s'atteler aux charrois, que l'on chantait des psaumes en travaillant 7 )y le duc de Normandie a cédé à Louis VII ou à Suger le Vexia

(1) Ghron. nonn. apud Duchesne, p. 983. — Hugues Falcand, Hist. de Sicile , de 1152 à 1169, imp. en 1550, in-4.

(2) L'Héritière de Guienne, p. 62.

(3) Id. (4) Hénault.

(5) Mézeray, t. 2 , p. 98.

(6) L. Thiessé, résumé, p. 170. — L. Dubois, p. 227.

{7) Bessin, concil. Rotom. prov. — Chron. de St.-M. — M. Depping, t. 1, p. 482.

normand ', territoire pour leqael tant de sang avait été versé depuis des siècles!

An un Louis VII qui, après la grande assemblée de Vézelai ^f avait pris la croix avec sa belle Éléonore^, mettait une juste confiance en Suger ; il lui attribuait la régence du royaume ^. C'était par suite de ses conseils qu'il préférait toujours l'état de paix avec la Normandie. S'il répondait aux entrainements de saint Bernard, quand il s'agissait de partir pour la Terre- Sainte, cela n'empêchait pas qu'il recommandât Gisors à son ministre ^, et qu'il dit à saint Bernard, avant de partir, de prêcher aussi en Normandie. L'habile Suger ne faisait rien pour empêcher l'efiFet d'une bulle qui mettait le royaume d'Etienne en interdit, et cela, parce que le roi ne voulait pas que ses évêques se rendissent à un concile ^ ; mais il procurait facilement l'autre acte du pape, daté de Reims ^ lequel traçait la circonscription du diocèse de Rhoëm7. Il tâchait de rendre commun à la Normandie et à la France l'usage des armoiries héréditaires^; il tirait toutes les expressions dont on se sert dans le styte héraldique, des costumes de ceux qui déjà étaient allés à la croisade : l'hermine, le vair, le sable, le sinople, la face, le pal, le sautoir, la macle, n'étaient que des mots tirés de l'extérieur du costume des gens de guerre ^.

(1) M. Depping, t. 1, p. i84.

(S) AnD. de la Soc. de THist. de Fr. 1839, p. 148.

(3) Sim. de Sismondi, t.i, p. 252. — Larrey, rfléritière de Guienne, Rollerdam, 1682. —Mézeray.— Matthieu Paris.— P. Emile du Boucher. — Brompton. — Belleforest. — Faicand.

(i) Hénault, 1. 1. (5) Soc. des ant. de Norm. 1835, p. 337.— Recueil des Hist. de Fr., t. 15, p. 487. (6; Hume, t. 1, p. 453.

(7) Pommeraye , préf., p. 18. (8) Sainl-Foix , l. 2 , p. 189.

(9) Ducange. — Hénault» t. 1, p. 153.

ANNALES DES CAUCHOIS. 39a

Pâques était le moment presque convenu par tous pour le départ vers la Terre-Sainte. Afin d'obtenir la rétractation de la bulle d'interdit, ou seulement afin d'exécuter une promesse, une flotte partait d'Angleterre le 12 avril; mais pendant que les autres croisés avaient des chances si diverses, qu'il y avait tant de discorde, et que Louis VII pensait à se rembarquer à Jafia % cette armée de treize mille hommes battait, à ce qu'assure un contemporain, deux cent mille cinq cents Sarrasins ^. Ainsi le fils de Geoffroi Plantagenet concevait l'espérance de posséder l'Angleterre après Etienne, puis la Normandie, tout à fait, après sa mère; l'Anjou, la Touraine et le Maine, après son père; il ne pouvait pas se douter encore qu'il aurait la Guienne par une alliance vraiment imprévue ^. Une fois qu'il débarqua dans le pays de Gaux, où sa tournure, son élocution, sa bonne mine, son air décidé 4 plaisaient, il eut une réception si solennelle, qu'arrivé à l'abbaye du Bec, dont le docte Gautier était abbé^, il entendait le titre de duc qu'on avait pour ainsi dire besoin de lui offrir^; c'était en son nom, de Henri II, que^''^^''* certaines chartes étaient délivrées 7, nous les retrou^ vous encore avec ce cachet. Il nommait gouverneur de Cherbourg son fidèle Hosbern de la Heuze, avec le titre de connétable de Normandie ^. Il fondait , à une petite lieue de Rhoëm, le prieuré de Grammont^; sa mère lui laissait donner à ce couvent un parc et des prairies. Quand il eut une fois réduit la citadelle , qui

(1) L'Héritière de Guienne. (S) GuilL de Nangis, p. 39. — Hume , t. 1, p. i5i. (3) Cron. 1581. ^ Sim. de Sismondi. (4) Larrey.

(5) ChroD. norm. apud Duchesue , p. 079 et seq.

(6) Aob. de Monte.—- M. Depping, 1. 1, p. 486.

(7) Soc. des ant. de Norni., t. 8, p. 61, 62. (8) Soc. des ant. de Norm. 1885, p. 29. (9) Laquerrière, t. 2 , p. 147.

394 ANNALES DBS CAUCHOIS.

est sur la Seine entre Rhoëm et Ândely, et qa'il eut fait construii*e le pont pour y arriver, il appela ce pont y dans une charte qu'il signa : pons arcis meœ, et cela est devenu le nom de la ville, Pont de l'Arche '. Il applaudissait à une bulle du pape Eugène III, laquelle donnait Ândely à la cathédrale de Rhoëm % comme il applaudissait aux décisions du concile que ce prélat était venu présider, et par lesquelles, en présence de plus de mille prélats^, il avait été décidé que les évéques, les diacres, les moines, les religieux ne pouvaient pas se remarier. Il n'applaudissait pas de même à celle qui défendait les tournois : ils étaient fort de son goût.

An ^49 Les populations de ces climats eurent beaucoup à souffrir en 1149. Un hiver, pendant lequel on vit la neige sur la terre près de cent jours de suite^, rendait peu apte à supporter les conséquences de la croisade, qui, pour les guerriers de la France et de la Normandie, avait eu des chances si différentes de celles des guerriers d'Angleterre, et qui, pour tout avantage, avait donné Thabilude des cottes d'armes, dont on s'est servi si longtemps^; il fallait, pour réveiller le zèle, que Henri lui-même, ce futur héritier de tant de puissance, se fît armer chevalier^, et formât une troupe qu'il affirmait devoir commander. A l'âge de seize ans, du consentement d'Etienne qui semble l'adopter et le t^aiter en fils 7, du consentement surtout du comte d'Anjou son père^ qui lui cède à Bhoëm tous titres, en définitive^ y il demande à David, roi

(1) Duplessis, t. 2, p. S78. (S) M. DoTille, p. 97, BuUe copiée sur roriginal. (3) Hénault. (i) Chron. norm. âpud Duch., p. 080 etseq. (5) Hénault, 1. 1, p. 158. (6) Hume, 1. 1, p. 494. (7) Le P. (l^Orléans. (8) L'Héritière de Goienne, p. 60.

d'Ecosse, son grand-oncle, de lui donner l'accolade, et, pour cette cérémonie, il traverse l'Angleterre avec un cortège splendide, montrant son adresse et sa force dans tous les exercices. Il s'attachait tant de partisans qu'on supposait qu'il partirait bientôt pour rejoindre Louis VU, surnommé le Pieux ', à la croisade, quoique Suger rappelât celui-ci *; mais Tinves- An im titure complète du duché par l'effet de la mort de Geoffroi, que certains actes de barbarie empêchaient de regretter^, et par le consentement de Mathilde^î, et de plus les bruits qui venaient de la désunion des princes croisés, rendirent Henri un peu plus réservé; il tâcha de se montrer digue de la puissance dont sa mère voulait bien l'investir.

La pensée lui vint personnellement d'augmenter Aim5< encore ses État&, quand il sut que Louis Vil, qui se repentait d'avoir laissé venir avec lui à la croisade sa jeune et gracieuse Éléonore, avec d'autres jeunes dames françaises; écoutait les imputations portées contre elle d'aimer Saladin, un jeune musulman^, même Raymond de Poitiers, comte de Saint- Gilles, son oncle; cette pensée se confirma quand il sut que Louis voulait, contre l'avis de Suger mourant^, répudier cette épouse , mère de deux filles , même en lui rendant toute la Guienne ou Aquitaine qu'elle avait apportée en dot 7. Henri crut qu'il pouvait sans scrupule

(1) Mézeray, t. S, p. 95. (3) MasseyiUe , t. S, p. 19.

(3) L'Héritière de Guienne , p. 60. — Farin , t. 1, p. 83. — L. Thiessé» résumé , p. 170.

(4) Chron. norm. ap. Duch. , p. 984.— L. Dubois, p. 227. — L'Héritière de Guienne ne place le fait de l'investi ture complète qu'eu 1151.

(5) L'Héritière de Guienne, p. 61. (6) Dict. hist. v» Sug r.

(7) L'Héritière de Guienne, p. 65. — Mézeray, t. 2, p. 103.— P. Emile du Bouchot. — Matthieu Paris. — Brompton. — Belleforest. — Touslain de Hichebourg, t. 2, p. 94. —Moréri, v» Éléonore ou Aliénor. — Dict.

profiter de ce divorce. A peine fut-il prononcé, le 18 An 4182 mars 1 1 62, sous prétexte de parenté par le concile de Baugenci^ qu'il se proposa comme futur à celle qui avait tant raillé le roi, son mari, encore qu'elle fût plus âgée que lui , et qu'elle eût éconduit plusieurs autres prétendants. Il fut accepté, et son mariage, célébré le 19 mai ^, lui valut de joindre la Guienne à la Normandie, au Maine, à FÂnjou, à la Touraine, tout en ayant la certitude d'être roi d'Angleterre^. Malgré les fêtes données à l'occasion de son mariage, les moindres événements le trouvaient homme de gouvernement ; il envoyait en Guienne se$ plus fidèles Normands 4; si l'abbé de Saint-Wandrille décédait, il veillait à le faire remplacer par le docte Roger^; si on voulait fonder un monastère à Bondeville, il en choisissait le chef lui-même^; si Philippe de Harcourt donnait à l'abbaye du Bec plus de cent ouvrages ou volumes, il se faisait rendre compte de la valeur de ce don 7; si, en France, on faisait assembler des États généraux, à l'occasion de certains troubles que suscitait Robert, comte de Dreux ^, le prudent Henri se faisait instruire de tout ce qui s'y passait. Si une

hist. vo ËléoHore de Guienne. — Velly, t. 3. — Michaud , v<> Éléonore.— M. Thierry, t. 2, p. 334. — Servin , t. 1, p. 83i. — Saint-Foix, t. 2, p. 208 place le fait en 1146;—- Hume, 1. 1, p. 455, eo 1151;— Hénault, en 1150.

(1) L'Héritière de Guienne, p. 65. •— Duchesne , p. 985. — Dict. des conciles, p. 73. — Mézeray, t. 2 , p. 104. — Dict. hist. v» Éléonore.

(2) L. Dubois, p. 228, dit à Lisieux. —L'Héritière de Guienne dit à Bordeaux.

(3) Hist. et cron. 1581, p. 153. —Hume, t. 1, p. 454, 462. — HénaoU, 1. 1, p. 154. — D'Orléans, 1. 1 , p. 189.

(4) Thierry, t. 2, p. 334. (5) Lauglois, p. 149.

(6) Soc. de l'Hist. de Fr. 1838.

(7) Rob. de Saint-Michel, Soc. desant. de Norm., 1. 12, p. 356.

(8) Hénault.

grande inondation succédait à un temps d'une autre rigueur ^ il tâchait d'en réparer les effets et de prévoir les conséquences d'un pareil désastre à l'avenir, par un règlement général des rivières et l'institution de la vicomte de TEau^, et des baillis^. S'il croyait apercevoir dans les vues de la France le projet d'une invasion en Normandie , il faisait bâtir le château de Saint-Clair-sur-Epte ^, pour contenir un jour ses voisins. Il pensait pouvoir augmenter sa puissance en délivrant de ces armoiries qui, à la suite des croisades, étaient un besoin réel du temps, et se faisait avec cela des partisans nouveaux^. Pour avoir plus de facilité à passer le détroit de la Manche, il faisait faire des bâtiments solides, quoique légers, sur tout le littoral, et spécialement au Tréport^. 11 s'empressait de ratifier le titre de ville que désirait Auga; il accordait la liberté de commerce aux navires qui venaient vers ces deux localités ".

L'irritation que le roi de France avait dit être occasionnée par la conduite de Geoffroi , qui ne provenait peut-être , ainsi que des contemporains l'ont pensé , que du choix que Henri avait fait pour se marier^, et de la crainte qu'il avait que le duc n'eût un fils d'Éléonore, tandis que lui il n'avait eu que des filles, pouvait bien amener une guerre d'autant plus acharnée que des ambassadeurs en auraient mal discerné

(1) Farin, t. 1, p. 506.

(2) Flambeau astr. de 1740, p 230. •— Ms. sur la vicomte de Peau, aun. 1523, et copiant les anciennes ordonn

(3) Mém. à TAcad. de Rouen avec cette épigr. : Âdes à mihi. (i) Duplcssis, t. 2.

(5) Uénault, t. 1, p. 153.

(6) Ou Borcatria , v. M. Estancelîn. (7)' D. Lebœuf. (8) Chron. norm. ap. Ducli. p. 98 i. et suiv.

IM âXXALES des CJkUCVOIS.

les caoss; inais le décès de Soger, le 7 des ides de sefiCmibre \ diaiiscait looU Après aTOÎr envoyé josqo'ao Pool de T Arcbe de grandes forces , el avoir ordonné une pointe veis le pays de Caox jusqu'à Dieppe ' ; après avoir vu en Exe une armée nombreuse composée de Normands, d'Angevins, de Toarangeauxy de Basques même; afwès avoir fait division du côté de la basse Normandie el élre vain de sa personne entre Mantes et Meulan, une famine presque inouïe y venant le troubler ainsi que son ennami, Louis tombait malade, consentait à une trêve, se retirait peu à peu, et laissait Henri tranquille, sauf la condition de l'hommage^. S*agissait-il d^un impôt un peu extraordinaire, Henri faisait une convocation noojbreuse à Lisieux'^; Onfroy de Buck, son grand sénéchal, exposait ses pensées; il demandait, avec sollicitude, que chacun exprimât ses griefs et ses besoins. Ses sujets du Maine et de rAnjou voulaientils qu'il visitât son comté, il s'y rendait et recevait leur hommage^. Le décès de Mathilde, épouse du roi Etienne, lui donnait-il Toccasion de passer en Angleterre avec plusieurs vaisseaux^, il en montrait quelque regret , et aussi une grande activité. Apprenait-il le décès du trop célèbre Guillaume de Ronmare (Rotmare), il mettait sous sa protection les deux fils nés de son mariage avec la sœur du comte d'Aumale ou Albermale 7. Un moine de l'abbaye du Bec qui élait allé a Rome chercher la tête d'un martyr,

(1) Chron. norm., p. 98i. — Ce décès est placé par Hénault, et les Ëpbém. univ. au 13 janvier 1152, par Mézeray en 1151.

(2) Masseville , t. 2, p. 21 ; mais il place le fait à tort en 1150.

(3) Apud Duchesne , p. 78i, 985.

(4) Rymcr. (5) Farin , t. 9, p. 83.

(6) Duchesne. (7) Duchesne.

rapportait-il à son couvent S il voulait le féliciter sur son zèle, et cela personnellement.

En suivant les impulsions d'Éléonore ou Aliénor, et d'un nouveau sénéchal, Robert de Goucy, il faisait écrire les jugements de la mer, c'est-à-dire qu'il faisait remonter jusqu'aux lois rhodiennes pour concilier les besoins nouveaux avec les habitudes si constantes des hommes de mer ^, et rédiger un texte sur lequel chacun pftt s'appuyer pour réclamer son droit.

Si le roi de France, rétabli de sa maladie, revenait encore avec quelques forces du côté de Vernon , Henri prenait avec lui ce qu'il avait de guerriers les plus actifs; au bout de quinze jours, c'était une affaire décidée, et Louis VII se retirait^.

En cette année , le roi d'Angleterre assemblait les évéques, les comtes, et les autres grands, et déclarait qu'il ne gardait désormais qu'une jouissance viagère ; et, comme Henri avait un fils qu'il nommait Guillaume, il déclarait que Henri était son héritier, ainsi qu'il Tavait déjà dit avec moins de solennité ^. Il ajoutait que s'il avait varié dans cette pensée, désormais il semblait averti de ne plus songer à un autre avenir.

Cette puissance du duc de Normandie, qui voyait ad hss comme une chose certaine la couronne d'Angleterre, le rendait complètement indifférent au mariage du

(1) Ducbesne , p. 986.

(2) V. Recueil du conseil d'État, par M. de Saint -Génies. — Us et coutumes de ia mer, Rouen, in-12, 1025. — Nouveau rép. v^ Naufrage.— Isambcrt, Lois franc, t. 1, p. 322, notes. — Ms. sur vélin en la possession de Tauteur, p. 26 verso.

(3) Apud Duchesne, p. 986. —Guillaume de Nangis, p. 51.

(4) M. Thierry, t. 2, p. 330. — Hume t. 1, p. 455. — Brompton. — Rymer, et Servin , 1. 1, p. 235 , placent le fait en 1 153.

chef du petit royaume de France , avec la fille du roi d'Espagne ' ; il ne pensait plus qu'à mettre pour ainsi dire de Tordre dans un avenir si riche, il séjournait toujours de préférence en Normandie; il reprenait peu à peu, avec ses économies/de ces domaines que son père avait cédés temporairement et moyennant des subsides qu'il remboursait ^. Il agissait de même avec le roi de France, et repreûait aussi, au mois d'août, moyennant du numéraire, de ces places que la guerre avait fait perdre au duché ^.

Le roi de France et le duc de Normandie se brouil- Ao \m laient encore en octobre 1 1 54; mais Henri IT se hâtait, à son retour de Tborigny, de fondre sur la France, du côté du Yexin ^^ avec ses Anglais, ses Cauchois et ses autres Normands. On ne sait quel eût été le résultat de cette invasion , lorsque le décès d'Etienne en Angleterre, le 8 des kalendes de novembre ^, ramenant Henri à sa pensée fixe, il se faisait reconnaître à Londres par les grands chefs militaires, ainsi que par les évêques de race normande. Au premier vent favorable, emmenant avec lui Hugues, Tévêque de Rhoëm, et ses plus fidèles comtes, faisant traverser la mer par trente-six. bâtiments^ qu'il avait su préparer dans cette attente, il allait se faire sacrer, le 8 des ides de décembre, avec une grande solennité 7. Son pre-

(1) ChroD. apud Duchesne. (2) Id. (3) Id.

(4) Chron. apud Duchesne.

(5) D'Orléans, 1. 1. — En octobre 1154 , dit M. Depping, t. f, p 514.— Hénault ne donne pas la date tixe.-— Le 25 octobre, disent Hume , 1. 1 , p. 45C , L. Dubois, p. 228, Servin, t. 1 , p. 236. — Le 24 septembre, suivant M. Sim. de Sismondi.— V. au surplus Matthieu Paris, p. 61.— Bymer, 1. 1, p. 13.

(6) M. Depping et les auteurs qu'il cite , 1. 1, p. 504.

(7) Chron. norm. apud Duchesne , p. 987. — Dumesnil. — Hume, 1. 1, p. 465.

ANNALES DES CAUCHOIâ. m

mier acte était de congédier les troupes mercenaires', le deuxième de maltraiter les Brabançons qui s'étaient établis en Angleterre^.

Le bizarre Louis VU, profitant de chaque diversion, traversait le Vexin; il ne s'arrêtait pas devant les places bien défendues^ dont les portes étaient solidement fermées; il pénétrait dans le pays de Gaux; il donnait seulement aux habitants d'Arqués l'occasion de faire une belle défense 3; il troublait Dieppe, Tréport, Eu, qui prenaient de l'importance^; mais, quand Henri II, repassant la mer, le roi de France allait être entouré, pour ainsi dire, il se hâtait, pour toute conquête, de se contenter de l'hommage pur et simple du . fils de GeofiFroi ^, encore à condition de restituer Vernon et Neufmarché, anciennes conquêtes.

Henri II se préparait un règne durable, et dont les faits principaux semblaient ne devoir pas se passer dans cette partie de ses États dont nous recueillons les annales, mais quf cependant intéressaient la tranquillité de tout le duché de Normandie; il rendait, pour la forme, hommage au roi de France, car il effaçait, par sa pompe et sa splendeur, ce que cette cérémonie avait d'humiliant^. Les Cauchois et les habitants du Roumois qui l'accompagnaient imitaient ses plaisanteries envers la cour de Louis Vil; ils rappelaient l'ancienne tenue de celui qui avait fait le premier salut féodal à la France.

Quand le roi-duc ordonnait la démolition de plusieurs citadelles ou châteaux récemment bâtis, quand

(1) Hume , p. 465. (2) Hume, t. 2, p. 3i9.

(3) M. Depping, t. 1, p. 488. (4) El Corisy. — M. EsUnceiin.

(5) Bob. de Monte, app. Hist. Lud. VII. — Servin , t. 1, p. 236.

(6) Servi», t. 1, p. 236.

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