‹ Annales des CauchoisChapitre 3 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

L'ambitioû a-t-elle de suite produit ses excès diee ce grand homme? ou bien l'histoire contemporaine a-t-elle eu ses injustices et ses mensonges ^ comme il ▲n 771 arrive si souvent? Carloman décédait Te 24 décembre^ laissant des fils^; on assure d'un côté^ on nie dé l'autre que Charles^ pour réunir tout le royaume de son fr^ à ce qu'il possédait déjà , a forcé sa veuve à fair avec ses enfants^; que les Auslrasiens ont été ainsi amenés à offrir la couronne au roi des Neustriens ^^ et qu'il a répudié la fille du roi des Lombards pour épouser Hib^ degarde^. Maître de toute la monarchie^, qui avait déjà pour limites TOcéan au nord et au couchant, on assure qu'il a déclaré ne penser qu'à l'État et non à sa famille^; ce qui est certain ^ c'est que personne ^ soit dans la première assemblée des évéques et éei leudes tenue à Garbonne dans les Ardennes^, soit dans l'assemblée générale de Yalenciennes ^^ n'élevait la voix pour réclamer contre ces mauvais exemples oi) cette perfidie du roi envers les enfants de son frère.

Les Saxons seuls , soit qu'ils fassent excités par la veuve de Carloman, soit qu'ils prévissent bien que l'esprit de conquête de Charles allait les troubler les premiers, soit qu'il s'agît de défendre leurs dieux *^, commencèrent une guerre terrible, qui a daré plusieurs années " , et lors de laquelle de nombreti actes de bravoure ont eu lieu ; msds aussi des inceiidiesi

(1) Éginhard, t. 1, p. 15. — Mennechet, p. 185. — Sim. de Sismondi.

(a) Millot. — Gaillard.— Biogr. univ. v» Cbarlenis^e.— Mmbert, p. 38. (3) Voltaire, Essai sur les mœurs, Kell, 1. 18, p. 39S.— Biogr. univ. — Sim. de Sismondi. (i) Anquetil.

(5) Sim. de Sismondi, t. l,p. 104. — Gaillard. (6) Hénanlt, t. 1, p. i6. — Mennechet, t. 1, p. 186. (7) Gaillard.

(8) id. (9) Éginhard, p. 105. (10) Cordômoy. (lî) HéAaiilt, Ut, p. 46. — Th. La vallée. —Biogr. univ.

des meurtres, des ravages et des ruines épouvantables.

Une assemblée nationale à Worms% à laquelle les aotts délégués neustriens se rendirent, comme les autres , accorda les subsides nécessaires pour les commencements de cette longue guerre^. Cependant les peuples de l'Aquitaine ne voulaient pas seconder Giarles et même opéraient une fâcheuse diversion en faveur des Saxons 3. Charles, toujours le glaive à poignée d'or à la ceinture ^, afin de veiller sur toutes les parties de son empire, fixa sa résidence à Aix-la-Chapelle, et les bords de la Seine regrettèrent sa présence. Il eut des succès remarquables contre les Saxons, et les Neustriens aidèrent à la victoire du Torrent ^é Des troupes dirigées contre les Aquitains les eurent bientôt soumis aussi.

Ce preqiier moment de repos extérieur va donner au m à Chartes la pensée de faire des règlements égaux et semblables pour toutes les parties du royaume , pour les bords du Rhin comme pour les bords de la Seine ^. Ainsi , partout , il créait des écoles pour instruire la jeunesse ; une espèce de langue mixte se formait 7^ c'est de là que datent certains mots : vaccaritiœ pour dire vacheries, porcaritiœ pour dire porcheries, berbica/ritiœ pour dire bergeries, fasioni, faisans^; ainsi l'administration de la justice était uniforme, dans les villes et hors des villes ^ j ainsi il forçait chaque pa-

(1) Mennechet, p. 187. (S) Annal, de gest. ch. 8, 1. 5.

(3) Biogr. univ. v« Charlemagne. (4) ÉgiUhard, apud Duchesne, Hist. Franc, t. î. (5) L'Art de yérifier les dates. (6) Bonamy, Syst. du gouvernement de Charlemagne. •— Acad. des inscript, t. 24 , p. 657.

(7) Bullet, Dict. celt. — Millot, 1. 1 , p. 125. — Dict. hist. Y» Charlemagne. (8) V. Capitulaire de Villis, Baluze, édit. 1780, p. 337.

(9) M. Thierry, Temps mérov. 1. 1; p. 852.

52 ANNALES DBS CAUCHOIS.

roisse à vendre ses produits , sauf le soulagement par rÉtat, de la paroisse trop grevée. Ainsi ^ par tout le royaume y on comptait par livres , sols et deniers, et ce système n'a fléchi que devant le système décimal'; ainsi il a voulu changer les noms de mois et rendre ces noms analogues avec leurs produits, comme on a voulu faire aussi de nos jours ^ ; ainsi partout les échevins, scabini, étaient choisis par un comte qui avait pour cela une délégation du roi ; des officiers publics , appelés depuis tabellions j ont été institués ^; le titre de leudes n'allait plus être employé^; les Neustriens eux-mêmes allaient cesser de compter par nuits, comme du temps des Bardes; ainsi, bien que Charles fit recueillir, comme monuments historiques, les manuscrits du temps des Celtes^, et qu'il conseillât au clergé chrétien de s'approprier certains usages druidiques, qu'il fit même un capitulaire à cet effet ^, il faisait détruire beaucoup de -dolmens, de menhirs, de peulvens7, et le culte des arbres et des pierres était de nouveau positivement interdit à tous , par une loi générale ^. Il fallait une nouvelle guerre pour forcer bientôt le roi à ne plus s'occuper que d'armes, d'évolutions, de demandes de subsides.

L'irritation des Lombards ^ou de leur roi, encore soutenu par les Saxons, appelait l'armée vers les Alpes. Charles se rendait à Genève avec des forces im-

(1) Labruëre , Hist. de Charlemagne. — Biogr. uniy. — Dict. hist. — Sainl>-Foix, t. 1, p. 27. (2) Éginhard, l«r vol. édit. de la Société de rbist. de Fr. p. 414. (3) Acad. de Rouen, 1844, p. 103.

(4) Reynier, p. 130. (5) Éginhard. — Acad. celt. 1. 1, p. 44.

(6) Acad. celt. t. 4, p. 420.

(7) Latour d'Auvergne. — Godard Feutrier. — Anquetil , p, 4.

(8) Pelloulier, t. 7, p. 138.

(9) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 107.

posantes ' ; se faisait proclamer roi des Lombards ^, et détruisant l'empire de Didier, envoyait celui-ci ter- An 774 miner ses jours en France ^. De suite, profitant de l'occasion, avec ses Neustriens, ses Âustrasiens, ses Bourguignons , il entrait, le 1*' avril, dans la capitale du monde chrétien 4, et ce roi de Neustrie voyait les lieux où les Brenn gaulois s'étaient rendus aussi comme vainqueurs ; mais il y déployait une autre pompe. En Lombardie , il donnait à ses oificiers des duchés, des comtés ^, et ceux-ci allaient transmettre à leurs fils , dignes ou non de leurs parents, le mémo titre ou la noblesse. On recueillait des objets d'art ; le roi prenait une pierre antique pour lui servir de cachet, ses lieutenants l'imitaient et en importaient dans leur pays natal ^.

Un royaume aussi étendu demandait surtout l'art des divisions et des subdivisions pour être gouverné, et c'était en cela que brillait le génie de Charles. Ainsi, c'est de là que date la pensée de partager le pays en légations, subdivisées en comtés 7; cette autre pensée d'avoir des employés supérieurs, qui, avec le litre déjà connu de missi dominici, parcouraient les provinces quatre fois par an , veillaient à l'exécution des choses décidées dans les grandes assemblées, convoquaient dans leur légation une assemblée particulière où les évéques, les comtes, les centeniers, les ratchimbourgs, pourvoyaient aux besoins; et les

(1) Ëginbard , t. 1, p. 159. — Gordemoy. -— Sur les hist. fabuleuses de Charlemagne, Lebœuf, Acad. des inscript. t. 21.

(S) Sim. de Sismondi, t. S. — Ladvocat. — Biogr. univ. —Isambert, p. 38. (3) Ladvocat. (4) Gordemoy. — Mennecbet.— Sim. de Sismondi, t. a. — Millot, p. 120. (5) Gordemoy. (6) Mabillon,De re Dipl.— Montfaucon. — Charte d'Eudes, en la possession de Fauteur.

(7) Thouret , p. 89.

missi dominicif revenus au centre du royaume, rendaient compte au roi de tout ce qui demandait une attention spéciale et de détail ' • Un mmm dominicus, par exemple, a fait délivrer cette année le diplôme curieux qui renferme dans le pagm Tellau , Pitres et Vemon ^; un autre a surveillé dans le même pays si les comtes avaient, au chef-lieu de la résidence, des paons, des faisans, des pigeons^ comme marque de dignité ^.

C'est de cette époque aussi que date l'usage de convoquer le Champ de Mai dans la ville la plus rapprochée de l'endroit où était le centre de l'armée, et de rendre ainsi plus attentif aux besoins militaires qu'aux explications des évéques et des hommes civils ^.

An 77S Charles eut une facilité bien croyable, à son retour de Rome , à défaire les Westphaliens et un petit duc du Frioul , qui s'étaient révoltés ^. On peut croire qu'il reprenait la campagne de Saxe ^, comme ces guerres que plusieurs rois ont entretenues pour tenir leurs peuples en haleine. Nous, qui voulons rester fidèles à notre plan, nous n'allons pas suivre les détails de

An 776 cette guerre minutieuse^ nous ne faisons que citer ce fait, d'ailleurs intéressant pour la nation, que Charles, parti des bords de la Seine, faisait proclamer, sur les bords du Tibre, comme roi d'Italie^ Pépin, son deuxième fils 7; nous citons encore cette assemblée

(1) Gordemoy, 1. 1. — Millot , 1. 1, p. 180. — Mennecbet, 1 1 , p. 815. —Voltaire, Essai sur les mœurs.— M. Guizot, Quatrième Essai sur THist. de Fr. — M. Th. Lavallée , 1. 1, p. 149. —M. A. Thierry, Réc. méiov. p. S5i. — Thouret, p. 90.

(2) M. A. Le Prévost. (8) Baluze , édit. 1780, p. 37.

(4) Sim. de Sismondi , t. 1 , p. 106. (5) Gordemoy. (•) Sim. de Sismondi, p. 107. (7) M. Th. Lavallée. —Gordemoy, 1. 1.

géqéral^ ou Champ de Mai, tenu à Paderborn % ge-- An 777 neralem populi sui çonventum, lors de laquelle le roi , se voyant menacé du côté des Pyrénées, et en même temps voulant marcher au secours d'un des princes de ce pays qui lui restait fidèle ^ , se faisait délivrer les fonds et les subsides nécessaires pour revenir encore victorieux, emmenant avec lui les ducs, les comtes, les soldats qui revenaient des Alpes, et chargeait les autres ducs, les autres comtes, les viguiers , les centeniers , les échevins , de lever des troupes, d'administrer la justice, de lever les impôts, toujours sous la surveillance de ses missi do^ minici, parmi lesquels était celte année Théodulphe, abbé de Fleury^.

La guerre d'Espagne est une de celles qui , à cause de la position pittoresque du pays, du merveilleux qui accompagqait les expéditions de Charles , du plaisir qu'ont eu les ^poètes à célébrer ses exploits, a pris le caractère le plus romanesque. Tous les preux de Neustrie ont dû s'y trouver avec leurs écuyers; on sait bien qu'Anselme a brillé au siège de Saragosse^ avec Ogier le Danois^, Éghart avec Roland^. Il n'est pas jusqu'à la défaite même de Roncevaux, après la prise curieuse de Pampelune, qui n'ait excité les iospirations du génie ; là^ s'il faut en croire les légendes, Roland aurait succombé, malgré des exploits héroïques, malgré la force d'une massue dont le père Daniel assure sérieusenient qu'il sait le poids; il aurait

(1) Éginbard , t 1, p. 170. — Meimecbet, 1. 1, p. 198. ^Gordemoy. — Gaillard. — Sim. de Sismondi, t. 2. — Dict. hist.

(S) Ladvocat, Dict. hist. v» Charlemagne. — Mennecbet.

(3) Biogr. univ. yo Théodulphe. (4) Cordemoy, p. 5S0.

IJi) Annuaire de TOise, p. 53. (6) Éginhard. r^Labruëre.— Ladvocat. — M. Th. Lavallée, t. 1, p. 147. — Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 109.

fait naître ces poëmes parfois sublimes % et qui se lisent aujourd'hui avec tant de charme , surtout en Neustrie, comme s'ils étaient des chants nationauXé Le trépas de Roland aurait été suivi du trépas de douze pairs ^, si Ton en voulait croire Nagerel. Ce qui est vrai^ c^est que douloureusement affecté^, mais non abattu, Charles revenait , visitait la Neustrie^, retrempait les idées pour retourner aux Saxons ^, et, pour calmer certains penchants à l'insurrection dans quelques provinces, déclarait son fils Louis, qui venait de naître ^, roi d'Aquitaine, et chargeait son gouverneur de séjourner pour ainsi dire comme sentinelle près des Pyrénées.

in 77» La quatrième incursion en Saxe n'offrit pas de vrais dangers 7. Charles, de retour, se livra de nouveau aux détails de l'administration intérieure. Ainsi il publiait un capitulaire en vingt-trois titres ^ sur la police , sur la justice, sur Tabus de regarder les églises comme des asiles pour les malfaiteurs^ sur l'abus des assemblées de villages. Les ghildes neustriennes , par lesquelles les riverains de la Seine s'arrogeaient le droit d'envoyer deux légats à l'assemblée annuelle, en dehors des attributions que nous avons notées, étaient regardées comme illégales ^.

AU 780 Peut-être qu'en 780 la cinquième incursion en Saxe

(1) Ann. de GesUs Car. magn. 1. 5. — Ariosto, Orl. for. — Cordemoy. — Ladvocat.

(8) Sur la question de sayoir s'il y avait alors des pairs, v. Pasquier, p. 95 ; il résout la négative , et il suffit d'une des raisons qu'il a données : il y aurait eu un pair de Normandie ; or la Normandie n'existait pas.

(3) Cordemoy. (4) Cordemoy. (5) Biogr. univ.

(6) Dict. hist. v<» Louis I«r. (7) Sim. de Sismondi. (8) Montesquieu, Esp. desL. l. 91, ch. IS.— Baluze, t. 1, p. 196. — Isambert, t. 1, p. 37

(9) Thierry, t. 1, p. 873. — Hénault, 1. 1, p. 48. — Gaillard. — Guill. de Jumièges, 1. 5.

offrait un peu plus de difficultés et portait la guerre jusque dans le Tyrol ^ ; mais Charles en profitait pour faire couronner ses fils de la main du pape ^. Pépin était roi d'Italie, et cette fois Louis était roi d'Allemagne^. An m Puis, à son retour, Charles pensait encore une fois à la législation, aux belles-lettres, aux arts; il créait des écoles de musique à Metz, à Aix-la-Chapelle "^j il ordonnait de créer des sociétés savantes , au sein desquelles chaque membre prenait un nom illustre : Homère, Virgile, etc., et lui-même en faisait partie^; il avait des entretiens savants avec Alcuin^ qui venait des îles Britanniques , et avait traversé la Neustrie en visitant quelques hommes instruits 7 ; il encourageait encore la propagation des belles cloches , mais défendait de les bénir^; il recevait des ambassadeurs de toutes parts : Irène voulait s'assurer son alliance et lui communiquer ses projets; on venait lui demander sa fille Rotrude, âgée de huit ans, pour l'empereur Constantin , âgé de onze^; une autre fille, Gisèle, naissait, et sa destinée paraissait également brillante *°.

Le titre même de roi d'Allemagne , donné à son fils, semblait agir plus que les victoires sur les Saxons , et Witikind, plus vaincu par cette mesure politique que par les combats, fut forcé de se retirer dans les contrées septentrionales de- l'Europe", puis d'offrir son dévouement à son vainqueur ".

Quelques Saxons voyant au milieu d'eux une as- An rsi

(1) Cordemoy, 1. 1. (2) Biogr. univ. — Gordemoy.^Mennecbet , 1. 1, p. 199. — Ladvocat. (3) Id. (4) Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 113. (5) Cordemoyy 1. 1, p. 530. (6) Cordemoy. (7) Dict. hist.

(8) Recueil sur les cloches, Cologne, 1757. — Bergier, Dict. de théolog. yo Cloche.— Gaillard , Hist. de Charlemagao , Cabrisseau , 1786. — Le P. Kirker. — Jean Struys. — Polydore Virgile.

(9) Ann. Moissac. — Cordemoy. (10) Éginhard , Se vol. Add. et Corr. à la fin du 2e vol. (il) Cordemoy. (18) Dict. hist. vo Charlemague.

5a ANNALBS DES CAUCHOIS.

semblée du printemps' et comment on statuait sur les besoins généraux , préférèrent ces mœurs à celles qu'ils avaient pratiquées; d'autres se déterminèrent à obéir à Charles , quand ils virent rétablissement d'Aix-la-Chapelle^. Si quelques-uns firent encore des soulèvements^ ils en furent promptement dégoûtés^. An 788 Witikind lui-même étudia le christianisme^, parce que pour lui, sa conviction religieuse , la cause de la guerre, commençait à fléchir.

Ayant moins à s'occuper des Saxons, Charles revint vers nos contrées; il avait à châtier les Bretons qui avaient voulu aussi troubler ses frontières du côté de rOcéan^, lorsqu'il était appelé vers le Rhin. Il se contenta de leur envoyer Andulf , son sénéchal, avec un corps d'armée^, et lui, il allait soumettre toute la Grande-Bretagne 7 qui profitait de la digression^. On conçoit que cela n'a pas eu lieu sans un grand mou-^ vement de troupes , sans un grand emploi de matériel, et que tout s'agitait en Neustrie. On n'a point ce3 détails précieux; seulement, on sait que les domaines de la couronne étaient peuplés d'esclaves saxons et bretons; qu'Alcuin en a eu deux mille sous sa dépens dance^, près de son abbaye *®; qu'il en a été amené à Pitres, à Arelaunum ; que parmi le^ fonds de terre qui ont été cédés , avec leurs habitants , pour récompenser tel ou tel comte ", figura le comté du Vexin ''.

C'est en cette année encore que Charles, qui ayait

(i) SÀm. de Sttsmondi, t. 8. «-Éginbard, 1. 1, p, t$2. (3) Mennechet, 1, p. S03. (3) Gordemoy. (i) BîQfpr. uni?. (5) Éginhard , p. 99. (6) Éginhard , édit. de la Soc. de THist. de Fr. l«r vol. p. 35, et auteurs cités. •— Cordemoy, t. a. — Ducange , v» Coquus.

(7) LadYOcaU— Hénault, t. i, p. 50. — Éginhard. — Dom Bouquet.

(8) Éginhard, t. 1, p. 197. (9) Gaillard.— Si m. de Sismondi, t. U p. ild.--HéDault , p. 50. (ip) Ladvocat. (1|) Sim. de Sismondi, p. 115.

(la) tigioiMurd place le fait ep 7S6.

eu cinq enfants d'Hildegarde , décédée en 782, a épousé Fastrade, fille du comte Raoul ^

En 784, une insurrection nouvelle en Saxe, sou- aotm tenue peut-être par les Norvégiens et les Danois, irrita tellement le roi, qu'il crut devoir donner des ordres plus que sévères, cruels méme^; il fit massacrer les prêtres, ravager le territoire, pour eÉFrayer ces ennemis pleins d'acharnement^. On assure que la nouvelle reine n'était pas étrangère à ces mesures opposées aux antécédents de Charles^.

Mais enfin cette guerre cessa, et par la crainte de^^^ss nouvelles cruautés, et par la résolution de Witikind de recevoir le baptême^, et par le serment de fidélité qu'il prêta au gouvernement du roi des Franks^, comme duc d'Angrie; et la Saxe elle-même vit qu'il était de son intérêt de penser à repeupler ses campagnes désolées. L'assemblée générale de mai , tenue à Paderborn7, fut la dernière où l'on eût à s'occuper des Saxons. Celle qui fut tenue à Attigny sur Aisne, ^ ^w eut même ce caractère curieux que Witikind y siégeait en sa qualité de duc frank ^. Il envoyait son fils à la cour de Charles, et celui-ci le voyait avec beaucoup de plaisir 9. Le roi , distrait par des sujets assez graves, comme la réduction des Bénéventins , la réception des ambassadeurs de Constantin à qui il refusait sa fille, alla célébrer les Pâques à Rome ^®.

L'assemblée tenue en 787 avait un caractère calme An tst à la fois et solennel. Le roi voulait soumettre le duc des

(1) Gordemoy. (S) Dict. hist. v» Gbarlemagne. (3) Sim. de Sismondi , t. 8. (4) Id. p. 301. (5) Éginhard , t. 1 , p. 197. — Ladvocat, yo wiUkiud. — Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 119. — Cordemoy.

(6) Ladvocat, v» Witikind. — M. Mennechet. (7) Éginhard , t. 1 , p. 195. {9) M. Gaillard. (9} Servin, 1. 1, p. 77.

(10) Éginhard, t. l,p. 901.

Bavarois^ Tassilon, fils d'une sœur de Pépin , dont la race remontait aux premiers Mérovingiens , qoi pensait^ à l'aide des Hans, à ressusciter la guerre des Saxons; Charles convoquait les États à Worms', et demandait les subsides nécessaires; il était secondé par le brillant évoque d'Évreux, qu'il commettait à l'administration de l'abbaye de Fontenelle^. La guerre ne fut pas longue j au moyen de cette harmonie des États avec le roi : vainqueur de Tassilon, il le faisait condamner^ dans une autre assemblée à Ingelheim, à être conduit dans un couvent^. Il ne lui faisait pas crever les yeux comme on l'a prétendu; il le déposait dans un vaisseau , ainsi que son fils Théodon , et ordonnait de diriger ce vaisseau par la Seine à Jumiéges, dans le couvent fondé par Philbert. Ce sont là ces prétendus énervés dont nous retrouvons les statues avec la couronne ducale y et que Ton avait attribués à des temps antérieurs^, énervés dont il est tant question dans les annales de Jumiéges.

An 78$ Des faits qui rendent Tannée suivante bien digne des regards de la postérité et de l'attention des Cau^ chois, c'est qu'elle a été témoin de l'introduction en France des moulins à eau^, qui ont reçu depuis de si grands perfectionnements dans nos contrées; c'est que Charles ordonna l'institution d'une école de lecture et

(i) Éginhard , p. SOS , édit. de la Soc. de THist. de Fr. (a) Langlois, p. lU. (8) Éginhard, p. 206.

(4) V. HônauU , p. 50. — Desbayes, Hist. de Tabb. de Jumiéges, p. 31, place le fait on 79t. — Sira. de Sismondi, 1. 1 , p. 111. —^M. A. Le Prévost , notes, p. 13, et M. Mennecbet pensent comme nous que le couvent désigné est Jumiéges; Tauteur des notes sur Éginhard , édit. de la Soc. de ruist. do Fr., p. 207, croit que c'est à Saint-Goar sur le Rhin.— Eckart, Corn, dereb. fhinc. orientalis, t. 1, p. 726, désigne Fulde. ^ Mabillon décide que c'est Jumiéges, p. 443 et suiv. V. nos réflexions à Tannée 651.

(5) Corderooy,

d'écriture dans chaque évêché Ml ne faut pas négliger de dire encore que les livres d'offices ont été formés comme celui que nous voyons de nos jours à la bibliothèque du Louvre * ; que quelques hommes du Nord, que Ton appelera bientôt Normands faisaient une apparition en Angleterre^; que Charles, se moquant d'eux d'abord, et pour leur ôter toute pensée pareille sur la Neustrie, faisait établir une fortification à Bertivilla, où depuis a été la ville de Dieppe^; qu'enfin, comme Richard avait été un soutien puissant et fidèle, Charles le créait duc de toute la Neustrie^.

Une année sans guerre y si ce n'est cette petite que- am m relie née de la colère de Constantin, et qui se passait sur le territoire des Bénéventins ^, et la démonstration contre les Wisigotha7, permit à Charles de continuer la fondation des écoles , et d'en introduire même une dans son palais^ sous ses yeux^; d'avoir des entretiens érudits avec Pierre de Pise , qui parcourait les bords de la Seine ^; de faire venir les savants des Iles-Britanniques*®; de faire perfectionner l'étude des langues au moins dans les villes ^ car l'armée avait du roman, du tudesque et du celtique"; de chasser les troubadours à cause de l'indécence de leurs représentations"; d'empêcher l'habitude de consulter l'Écriture sainte pour en tirer des prédictions de l'avenir ; de proposer et faire admettre un capitulaire pour pro-

(1) Baluze, 1. 1, p. SOS.— -Isambert, p. 39. — Vie d'Éginhard , p. ij, S« vol. ad finem. (9) Baluze, t. 1, p. 205. — Isambert, t. i, p. 40.^ Catalogue de la Biblioth. du Louvre, 1841.

(3) Sim. de Sismondi , t. 2.

(4) Noël, 1. 1, p. 66. — Duplessis, t. 2, p. 103. (5) Nagerel. (6) Éginhard, t. 1,p. 209. (7) Id. p. 211. (8) Hénault, p. 50.

(9) Id. (10) Cordemoy, 1. 1, p. 550. (11) Delarue , p. xxyiii. — Bullet, p. 28. (12) Dalloz , Dict. de Jurisp. v"" Tbé&tre.

hiber et punir l'ivresse % dont le goût avait &é rapporté d'Italie; de ramener les eodésiastiqa» à une discipline qui les distinguât par leurs mœurs de ceux qui avaient moins d'éducation ^ ; de faire un r^lement pour les moines , lequel a cinquante-quatre titres et est une véritable constitution monacale ^; enfin de soigner l'état des personnes, comme dans les temps les plus aptes à la législation^. Ces capitulaires sont dignes d'étude aujourd'hui , précisément parce que les prohibitions portées peignent les mœurs que le pouvoir royal et la nation voulaient changer.

AB T90 Si ensuite Charles fut forcé de s'occuper un peu des Huns ^7 pour régler leurs limites entre euK^, ce fut assez de leur envoyer un lieutenant, et lui , il continuait, tout en résidant à Worms, quoique son palais fût en grande partie consumé par les flammes 7, de fonder ou de permettre l'établissement des monastères, mais selon les règlements, et à condition que les bonnes mœurs seraient la première loi. Ainsi c'est à lui qu'est due l'abbaye si admirablement située de Saint-Valery en Caux^, dont les premiers r^lements étaient si purs. Il s'occupa aussi d'une fondation, laquelle à cause de la puissance du fondateur,

An m et de la pureté du premier serment, devint une institution admirable chez la nation française , nous voulons parler de la chevalerie. Ce fut lui qui ceignit l'épée à son fils, avant même que celui-ci devînt roi d'Aquitaine, et qui continua cet usage à mesure qu'il éprou-

(1) Thierry, Réc. mérov. 1. 1, p. 272. (2) Isambert, 1. 1, p. 40, 41.

(3) Baluze, 1. 1, p. 242. — Isambert, t. 1, p. 42.

(4) V. M. Guérard et Tanalyse de son ouvrage, Bnlletîn de la Soc. de mist. de Fr. 1844, p. 155. (5) Cordemoy, t. 1. — Sim. de Sismondi, t. 2. (6) Éginhard , 1. 1, p. 213. (7) Id. p. 215.

(8) T. Duplessis, première partie.

vait le besoin de récompenser la foi^ la bravoure, le mépris de la mort , par une accolade qu'il donnait ou qu'il autorisait à donner en son nom ^ •

Gela ne l'empêchait pas d'expédier des renforts à ' ses ducs Théodoric et Megenfrid, contre lesHuns^ ; de consulter les assemblées politiques sur quelques mo- ad 79s diûcations à apporter à la loi salique^; de veiller sur une conspiration ourdie contre lui , par son fils Pépinle-Bossu ; il usait même de clémence , parce qu'il réfléchissait que les duretés de la reine Fastrade, avaient pu donner un prétexte à l'insurrection ^.

Quand la guerre des Huns devenait un peu dou- ad 795 teuse, il y allait en personne et la terminait vivement ^^ profitant de l'occasion pour joindre deux fleuves par un canal , et se rendant même là avec toute sa cour, sauf à la transporter ailleurs , s'il était appelé par une invasion vers la Septimanie.

Si, lors d'un concile tenu à Francfort, pour statuer ^n 7*4 sur la doctrine de Nestorius, et sur le sort des biens possédés par les évéques avant leur nomination , les évêques de sa chère Neustrie négligeaient d'y envoyer des légats, Charles les mandait positivement, et ils faisaient leur devoir^. Si dans ce concile, Félix et Élipande ne regardaient pas qu'il y eût de punition contre les ecclésiastiques rebelles aux capiUilaires, le roi en- • voyait promptement Alcuin pour les combattre avec

(1) M. Gaillard.— Boulainvillers. — Fia vin, Théâtre d'honneur.— S'il {allait croire ÏNagerel, Charles aurait créé, dès Tan 768, Robert-le-Diable» ehevalier; il cite même la date du jour, le Si juin, mais il ne cite pas ses sources.

(fe) Éginhard , t. 1, p. 815. ~ Sim. de Sismondi. — Gordemoy.

(3) Bignon , sur Marculfe , éd. Cramoisi , t. 1, p. 665. (4) Éginhard. ~ Gordemoy, 1. 1, p, 569. (5) Sim. de Sismondi , t. 8. — M. Mennecbet.

(6) HénauU, p. 51. — Ëginhard, t. 1, p. M5. — Gordemoy, t. 1, p. 553.

U ANNALES DES ClUCHOISL

mccés'* Poar qaà rareoir, ni son fils ni d'aafares n*efiâ0ent la pensée de conspirer^ il demandait et on rédigeait ooe espèce de code des consfûrations ^.

On conçoit que le décès de la reine Fastrade^ le distrayait peu ; il était autrement occupé par le soin de répandre des Huns dans toute la France^ et par Tas-

AM im semblée nationale tenue à Mayenœ.

Le calme était si effectif que Ton recueillait, que Ton répandait les mots du roi : revenant toujours contre les médecins, il disait qu'il n'en avait jamais eu qu'un ^ la sobriété^. On assure que lorsque des savants arrivèrent des Iles-Britanniques et lui furent présentés, il dit à F un d'eux : Avez-vous science à vendre? sur la réponse affirmative, il reprit : Noas n'aurons donc qu'à débattre sur le prix ^, et il fut généreux.

An 7M La pensée d'un nouveau mariage l'excita à orner d'une manière majestueuse sa résidence favorite d'Aixla-Chapelle 7, remise à neuf. Les ducs^ les comtes, les nouveaux chevaliers s'y rendaient de toutes parts, soit pour une assemblée nationale^, soit pour des fêtes de la cour, car si le service militaire était gratuit^ de la part des officiers, ils avaient tous été récompensés avec luxe et couverts des largesses royales*®. Rien de plus somptueux que les appartements du grand chapelain y du grand référendaire , du sénéchal , du conluHable, du grand maréchal. Il n'est pas jusqu'aux veneurs, aux fauconniers, au portier de la salle des bains, dont les demeures ne fussent ornées de meubles

(t ^ r.iHxieiiMjr, — L»dvocat (à) Ttùeny, Récits méroT. 1. 1, p. tTS. (S' ^inh;jkn) « |k ttS. ->Coi\)eiDoy, t. 1 , p. 5i3. — Suiu deSismondi. ^4) HOlMUlt « p &U v^) »îlk>l , p. ta& ^6; Piuc scripC Ap. DlH vlKt^\ v"?^ Stm. do SisttHMKiL L ». (8^ HêttMlt v»^ $iw. vW S)$iihMiai« p. lit. (10) Égiuloni.

rapportés d'Italie ou de la guerre des Huns'. Ce n'était que par un lieutenant que le roi mettait à fin la guerre des Âbases; par un autre^ l'abbé de Saint-Riquier, qu'il recevait le serment de fidélité du peuple romain*. Comme emblème de son pouvoir, il recevait une lettre du pape Léon III , qui lui faisait hommage de ses possessions à la mort d'Adrien , et pour réponse , il composait lui-même, et faisait graver en lettres d'or^ l'épitaphe de celui-ci ^.

 Âix-la-Ghapelle encore, il recevait les ambassa- ad 797 deurs qui venaient réclamer son alliance, au nom des Siciliens ^ , les Arabes de Barcelone , les envoyés d'Alphonse II, roi de Galice, ceux de Constantin Y. Il ne se dérangeait pas d'abord pour étouffer quelques étincelles d'insurrection vers le nord^; même pour conquérir Majorque et Minorque; il se contentait de donner un ordre et un plan ^. Mais il emmena avec lui toute sa suite quand il fallut, par une incursion, punir de nouveaux Huns qui ne se trouvèrent pas bien avertis par un lieutenant ; il les corrigea de manière à leur ôter le goût de recommencer; il tua plusieurs milliers d'hommes, ravagea tout le pays, en partagea les dépouilles à ses troupes, en parcourut comme à plaisir les extrêmes limites, et il y séjourna, après avoir reçu de magnifiques présents. Ce fut en Saxe qu'il reçut un ambassadeur du roi des Asturies, et qu'il célébra les fêtes de Noël et de Pâques 7.

Alors, touchant à la constitution, il acheva ce qu'il An 798 essayait depuis longtemps , c'est-à-dire la révision de

(1) Cordemoy, t. 1. — Hénault. (2) Éginhard, t. f , p. 229.

(3) Cordemoy, t. 1, p. 575. (4) Éginhard, p. 235. — M. Mennecbet.

(5) Sim. de Sismondi, t. 2. (6) Hénault, p. 52.

(7) Ëginhard , 1. 1, p. 235.

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