‹ Annales des CauchoisChapitre 4 sur 18 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

la loi salique ^ Cela produisail un peu d'irritation. Les hommes du Nord crurent le moment favorable pour le troubler encore du côté de la Saxe, et amener un soulèvement ; il les frappa sur ce territoire dont il connaissait les moindres buissons ^ et retarda Timportation de ces saga que nous allons bientôt rechercher avec tant de soin^.

An 700 Le pape Léon III avait failli être victime d'un piège et d'une embuscade; bien des tentatives l'avertissaient de veiller à ses jours, on l'avait précipité de son cheval; Charles le fait venir pour lui prodiguer les plus grands honneurs^, puis, après l'avoir entendu, il le fait solennellement reconduire à Rome.

Malgré la répugnance du peuple à payer la dime, le roi la fait exiger, en ordonnant d'en faire l'usage prescrit par l'évéque^ de chaque diocèse.

Pour flatter encore davantage l'Église, il déclare que son intention est d'aller à Bome même entendre les expUcations sur la conduite des Romains. Il s'y prépare, et il commence le ix* siècle en parcourant les rivages du pays de Caux ou de ï Océan galUque^ suivant l'expression d'Ëginhard, et en établissant une flotte à l'embouchure de la Seine, dans ces parages que les Normands venaient flairer^. Il met au besoin des renforts sur la côte, il donne de l'importance au port de Kaldbec sur la Seine 7; il célèbre les Pâques dans le monastère de Saint -Riquier, dont il avait choisi récemment Tabbé dans sa famille^; il arrivée

(t) Baluze ,1.1, p. S8i à 3i3. — Isamberl , l. 1 , p. U.

(i) Éginharti. t. t, p. 235. — Sim. de Sismondi, t. 2. (3) Snorre, 1. 1, p. 56 el suiv. — Si^hla^or. — AdeUing. (4) Éginbard , 1. 1, p. Ui.

(5) MilUH » l. t, p. 138. (C) Égiuhaixl , l. 1, p. «W. — Depping, t. 1 , p. lOi. —A. Le PreviKM, Noies, p. 14. — Gaillard.

(7) Nool , I. i , p, iw. (8) Pomnieraye.

BothomaguSy où il est un peu froidement reçu à cause de la dîme y quoiqu'il soit félicité par l'archevêque Gilbert ' ^ quoiqu'il adopte le plan de la fondation d'une nouvelle cathédrale ^ ; c'est à Rothomagus qu'il passe la Seine pour aller visiter Tours, où il perd la reine Lutgarde^. Il traverse Orléans, Paris, Aixla-Chapelle, tient l'assemblée générale à Mayence; proclame un édit sur les honneurs à rendre aux évêques par les comtes et autres juges 4, rend un règlement sur l'administration de ses domaines privés, villœ et curiœ , un capilulaire sur le service des officiers du palais^. Quand il croit avoir mis un ordre strict et même exigeant dans toutes les parties de son gouvernement, au mois de novembre il part pour l'Italie. Le 24, il fait son entrée à Rome^. Le jour de Noël, il va dans la basilique de Saint-Pierre pour assister à la célébration de la messe. Éginhard raconte qu'au moment où, placé devant l'autel, il s'inclinait pour prier, le pape Léon lui mit une couronne sur la tête, et que tous les assistants s'écrièrent : Karolo magno augusto à Deo coronato; que Charles, paraissant ému d'abord, puis revenu de sa surprise, et cédant au vœu des Romains, porta le nom d'empereur et d'auguste, ce qui renouvela l'empire d'0ccident7 pour lui, tandis que Nicéphore était empereur d'Orient. Au point de vue historique où nous sommes , il nous est

(1) Pommeraye, p. 196. — Gilbert, Hist. de la cathédrale , p. 155. — Servin, p. 15. (2) Toustain de Richebourg , 1«' vol. p. 256.

(3) Éginhard, Vita Lud. pii. — Hénault, p. 52. (i) Isambert, t. 1, p. 45. — Baluze , t. 1 , p. 329.

(5) Baluze, t. 1 , p. 342. (6) Sim.de Sismondi, t. 2. — Mennecbet, t. 1 , p. 17. — Dict. hist. vo Charlemagne.

(7) Éginhard, t. 1, p. 249. — Masseville , t. 1, p. 70. — Ladvocat. — Gaillard. —Sim. deSismondi, t. 1, p. 117. — Biogr. univ. — Hénault, p. 52. — Michelet.

iiu|)o$sible do ne pas croire que tout cela n'ait été parfaitement concerté % et que, quand le roi s'occupait, le long de la Seine , de défendre la Neustrie contre les Normands, il ne méditât positivement de faire placer sur sa tête la couronne impériale , de quitter à cet instant sa tunique de Frank * et de se faire surnommer Magnus ou Charlemagiie. Ce qu'il y eut de bien sincère , du moins, ce fut, après la condamnation de ceux qui avaient déposé le pape , la clémence de Léon lui-même qui intercéda pour eux. Ce qui vient de se passer à Bome est la cause des nombreuses donations qui vont se faire au clergé. Des secousses de tremblement de terre se font sentir dans plusieurs parties de Tempire; les prêtres en profitent pour demander d'apaiser la Divinité par des offrandes. La terre tremble en Italie, aux environs du Rhin , dans la Gaule et en Germanie, et à ces malheurs succède une peste partielle; c'étaient autant de motifs pour donner en ce monde, afin d'avoir une meilleure position dans l'autre^.

AB 801 Rapprochez de ces événements le capitulaire sur les honneurs dus au saint-siége 4, le capitulaire sur la discipline ecclésiastique, la prescription des biens de l'Église, la recommandation de prier assidûment pour l'empereur, pour l'évêque, la défense faite désormais aux ecclésiastiques de porter les armes, la cession des lieux saints faite à l'empereur^, l'habitude même de celui-ci de chanter au lutrin (il se piquait d'y bien chanter), et vous verrez quel pouvoir notable l'Église allait prendre.

(1) Millot , t. 1 , p. 189. — Mennechel*. («) Dicl. hist.

(3) Éginhard, t. l, p. 25I, 252,253. (4) Baluze, t. 1, p. 358.-

Isambert , p. 46. (5) Hénault , p. 52.

Charlemagne ne pensait plus au bonheur de ses >«»<>« premiers compagnons ; il ne pensait qu'à éblouir l'histoire elle-même. Irène, héritière de l'empereur d'Orient, son fils, proposait à l'empereur d'Occident un mariage qui devait réunir dans la même main deux sceptres si lourds ' ; il acceptait par des ambassadeurs : sans la conspiration des grands de l'empire d'Orient, qui proclamèrent Nicéphore ^, conspiration suivie du décès d'Irène ^, il essayait de ce trône étourdissant, plein de vertiges. Ne fut-il pas plus raisonnable de fixer des limites avec Nicéphore lui-même, en envoyant d'autres ambassadeurs, dont les noms sont restés 4; de se borner à mettre de l'ordre dans la Pannonie, dans l'Esclavonie, chez les Huns; de faire une loi générale contre les guerres privées ^ ; de rétablir sur son trône le roi de Northumberland ; de soigner l'émission de nouvelles monnaies ^; de faire ces capitulaires si dignes d'étude sur les missi dominici, sur la justice civile, ecclésiastique et criminelle 7; de dicter ces instructions immortelles sur l'homicide, le parricide, et cette curieuse loi relative à nos contrées, qu'il est venu rédiger à Rothomagus ^, indiquant dès lors quelque inquiétude des Normands, laquelle portait que si des hommes libres, et même possédant au moins trois manoirs, habitant les bords de la mer, entendaient dire qu'il faut du secours, et n'en apportaient pas, par cela seul ils devaient payer une forte

(1) Dict. hist. (S) Hénault, t. 1, p. 53. (3) Dict. hist.

(4) Éginhard , 1. 1, p. 255. (5) Ducange , Dissertation XXIX sur Join- ▼ille. — Hénault, p. 53.

(6) Ann. de la Soc. de l'Hist. de Fr. 1841, p. 213. — M. Guérard , Système monétaire des Franks, Blois, 1837. (7) Baluze, t. l,p. 362.— Isambert, t. 1, p. 47.

(8) Auct. incerto. apod Ducbesne y p. 298.

amende , dont moitié poar le fisc, et moitié pour le peuple'.

Trois missi dominici (l'archevêque de Rouen en était un), dirigés pour Texécution de cette partie des capitulaires, vers la Seine Rothomagienne , n'éprouvaient aucune difficulté ^• An S08 Un capitulairesur l'élection des évéques ^, un autre sur la correction des ecclésiastiques ^y étaient faits en grand synode; mais il y avait quelque despotisme quand on publiait encore un capitulaire sur les restrictions au droit d'asile des églises^; un autre sur la qualité des hommes entendus en témoignage, et qu'on ordonnait, en ces termes, de les regarder comme lois : domnus Karolns-Magnus , imperator jussit scribere in consilio suo et jussit cas ponere inter alias leges. On protesta, surtout en Neustrie ; aussi un capitulaire re* marquable sur la tenue des plaids, l'adoption des lois, l'uniformité des mesures^, la justice criminelle, le rôle des avocats, le témoignage de l'homme ivre, le faux témoignage, le rôle des missi dominici, la fausse monnaie; un autre sur la loi des Ripuaires, un autre sur les matières d'or et d'argent, sur le faux en écriture ; d'autres sur la responsabilité des délits commis par les esclaves, sur l'indignité en matière de succoHHÎon, sur la propriété des enfants des esclaves, le paiomciit dos dîmes, le recel des voleurs, furent-ils de

(1) llflhiîMî, 1. 1, p. 376.— Isambert, t. l,p. 48. — Thouret, p. 91,91. mmCMron, dn Rhngtnon, 1. 11. — Le moine de Saint-GaU. De reb. bell.

i$) M. A. f/O Vrdvoni, notes. — Ann. de la Soc- de THist. de Fr. 1838, Il Vif r tUmnwrnyiit HiHt. des archevêques. (3) Baluze , 1. 1, p. 379, - \^iu\mn , p. 4fl. (i) Baluze, 1. 1, p. 386. (5) Id. p. 387.

(0) (Ml NMiirii t\m C4{ fut à ce moment qu'on choisit pour mesure prinfvIpMift ofi tolfMt Im tMlll» do Cbarlemagne; et pour division son pied. (Pro-

suite présentés par l'empereur à l'assemblée générale , et le peuple eut la faculté d'en présenter un sur le privilège ecclésiastique , quant au service militaire '.

La confiance , la légalité, allaient donc de nouveau marcher de front. Alcuin, qui dictait une partie de ces mesures à Charlemagne , était comblé de distinctions et d'honneurs ^.

. Si des guerriers de l'autre côté des rives de l'Elbe au m voulaient faire reprendre les armes à l'empereur, celuici les battait, en ramenait des bataillons, les éparpillait dans la Gaule et la Germanie ^, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, consentant seulement, en leur laissant leurs lois civiles, à leur infliger peu d'impôts ^, et ne s'occupait plus que du mode le plus courtois de recevoir le pape dans sa ville de Reims, puis àQuierzy, puis à Aix-la-Chapelle.

Charlemagne montrait un vrai chagrin en appre^ nant le décès d' Alcuin , mort le 1 9 mai ^, dans^ son abbaye de Saint-Martin de Tours , et recommandait de bien recueillir ses manuscrits^, notamment ses œuvres grammaticales 7. C'était au son des cloches que ce malheur était annoncé ^ ; pour la première fois on enterrait l'abbé dans son église, et c'est un usage qui allait devenir général pour les autres chefs de corporations ^.

Chaque jour annonçait une conquête industrielle : An sos des ambassadeurs arabes apportaient comme présent

(1) Baluze , de 387 à 407. — Isambert , p. 49 et 50. (2) Ladvocat.

(3) Éginhard, t. 1, p. 97, p. 259.

(4) Depping , t. 1, p. 104.

(5) Dicl. bist. (6) Ladvocat. (7) V. À. Duchesne, in-fol.

(8) Godard Feulrier, p. 196.

(9) Pommeraye, p. 45.

nue horloge sonnante ' ; on allait l'imiter et en orner les monastères.

Ce qui occapait surtout Tesprit de Charlemagne, était le récit des pirateries des hommes que Ton disait sortis de la Dacie^f c'est-à-dire du Danemark; c'était pour mieux assurer la défense des frontières^ qu'il accoutumait Charles à lutter en personne contre Godfried, leur roi ^.

S'il accordait à l'empire des mœurs, dans l'assemblée générale de Thionville, que tout homme, après la mort de son seigneur, se pût donner à un autre, que le mariage fût permis entre personnes de ^•••royaumes différents*^; s'il créait, sinon l'institution, au moins le principe de ce que nous appelons aujourd'hui le ministère public, pour la défense des orphelins, des veuves^ des églises ; s'il statuait que personne no reçût un membre du clergé sans le consentement de son évéque ^ ; s'il publiait un capitulaire sur la défense de porter des armes, sur l'achat de certains animaux, sur les transfuges ^ ; un autre sur les tribunaux ecclésiastiques, sur les limites du pouvoir des évèques ot dos comtes; s'il renouvelait les vieux édits sur la punition du vol, de l'homicide, de l'adultère et de i'inceslo; s'il rendait un statut sur ce qu'on appelait dan8 un singulier latin, de marcha custodiendây ; un autre sur la forme du serment de fidélité à l'empereur, h iHH'OVoir par les missi daminiciy sur le détournement doH donioi^ publics, sur les mendiants, sur l'usure,

(I) MlUol, l, I, i>. 131.— Éginhard, p. «ri, place le &U en 807.

(«{ Ohlt^rio-VitAl , rrologiicêdit. Caen , laiS , I. l,p.a, et Texplie. «to M OiiIm»! Nur lo mot l>act>. (3) M. Mennecliet, p. 236.

(I) lîohloiimy. (S) Baluits t. 1, p. U5. — Hist. V. «7«.— bambert, I, I, p. Ml. (H) Hnhuo» 1. 1, p. UT,

(T ) Ouvdngo , v« Marcha. — Baluie , 1. 1 , p. U».

même sur Tavarice ', l'acte le plus important de tous était ce capitulaire, ou cette véritable Charte, par laquelle le royaume était d'avance divisé entre les trois fils du roi, en conservant leur alliaqce, en indiquant par quelles voies, par quels chemins, par quelles vallées, ils devaient venir au secours l'un de l'autre, acte qui portait accroissement au profit des survivants, et qui avait cette disposition, que Ton peut regarder comme un hommage à l'origine du pouvoir par le grand Charles lui-même, portant que, si le peuple voulait garder , élire le fils de celui des trois frères qui viendrait à décéder, les oncles devraient y consentir et permettre le règne du fils de leur frère ^. Ne manquons pas de relever le nom de celui qui devait gouverner notre Neustrie; c'était Charles : Franciam et Burgundiam, Alamaniarriy Austriam^ Nemtriam, Turingiam dilecto Karolo : ce sont les termes du capitulaire; n'oublions pas davantage la faculté laissée aux filles du roi de choisir celui de leurs frères sous la tutelle duquel elles voulaient rester. Parmi les faits de celte année figurent encore des événements importants pour les riverains de la Seine ; c'est l'arrivée au centre du pays, du prince qui devait en être le roi ^ ; c'est le capitulaire sur la catégorie des personnes qui doivent le service à la guerre 4. Le reste regarde, ou les relations extérieures de l'empire, comme l'ambassade des Dalmates , l'envoi au pape par l'intiermédiaire d'Égin-

(1) Baluze, 1. 1, p. 451. — Hist. V. p. 677. — Isambert , p. 53.

(2) Pitbou met en vain cette charte en cloute, v, Duchesne. — Baluze , t. 1, p. 439, jusques à 445. — Hist. V. p. 771. — Isambert, Jourdan, Decruzy, p. 52. — Hénault, t. l,p. 53, n'a pas traduit littéralement le passage.— V. Eckart^ t. 11, p. 41.— Millot, t. 1, p. 132. — Mabillon, Ânalect, t. 4, p. 34.

(3) Éginhard , 1. 1, p. 265. (4) Baluze , 1. 1, p. 447.

hardy de l'acte de partage ' Tenvoi d'une flotte contre les Maures; on des faits purement biographiques ^ comme le décès de Gervald, Neustrien, ambassadeur ordinaire de Charlemagne y et Télévation au titre de chancelier du savant Louis, bâtard de Roricon et d'une fille de l'empereur *.

An wt Voilà le moment de revenir un peu plus aux faits spéciaux à notre province. Nous pouvons fixer avec certitude la première opération des peuples du Nord^ ou Normands, vers la Seine, c'est-à-dire un des faits les plus importants de l'histoire des Cauchois et des Rouennais. Ces peuples n avaient pensé qu'à une diversion, vers rOcéan, des forces de Charlemagne, quand il aurait la prétention de recommencer ses incuirions vers les pays voisins du Rhin et du Danube^. Loi^ même que l'empereur avait annoncé qu'il ne voulait plus aller en personne à la tête de l'armée^, les Danois, les Norvégiens, les Suédois, pensaient à occuper ses troupes dans les parties de la France baignées par l'Océan , et à les empêcher d'aller vers la Saxe : leur prétention n'était pas plus élevée que cela; ils exerçaient l'art de la piraterie, ditÉginhard : Qui Dani vocantiir primo piraticam majore classe, etc. ^ Les ordres que donnait l'empereur pour tenir des vaisseaux prêts à Boulogne^, n'étaient que des mesures de précaution , comme lorsque , tout en recevant les cadeaux superbes du roi des Perses, il donnait à Bur« chard, son connétable, la commission de monter une flotte pour empêcher les incursions des Maures7. Char-

(1) Notes sar Éginhard , p. t. (i) GaUlard. (8) Gaillard. (i) Cordemoy. (5) Éginhard , 1. 1» p. 4i. ^ Jean de Tarpin , de Gestis Karl. M. (6) M. Mennechet , 1. 1, p. SS6.

(7) Éginhard,!. I, p. t7S.

lemagne ne paraissait pas inquiet des trois éclipses de soleil et des deux éclipses de lune qui se manifestaient', quoique cela fît beaucoup d'impression sur certains esprits^. Il veillait avec calme sur des détails législatifs, et, par exemple, sur le service militaire dû par les possesseurs de bénéfices^.

Mais lorsqu'il fut prévenu par Traserius, abbé de ad «os Saint- Wandrille, que les hommes du Nord s'accoutumaient à entrer dans l'embouchure de la Seine; que la seconde fois ils étaient plus nombreux que la première, la troisième fois plus nombreux que la seconde, une inquiétude véritable s'empara de son esprit; il commença par envoyer un de ses fils pour leur donner la chasse 4.

L'empereur revint à Rothomagus^; il savait que Godfried, roi des Danois, était entré avec une armée sur le territoire des Abrodites, vers l'Elbe, et ne s'était retiré qu'après une longue résistance , et après avoir détruit un port marchand sur l'Océan^; il avait fait établir des garnisons contre les incursions des Slaves7; il avait reçu Éardulf, roi des Northumbriens, parce qu'il était chassé de son royaume^, et il lui promettait de le faire rétablir par son intermédiaire ou celui du pape 9. Il vit lui-même quelques-uns de ces navires et la tenue de ceux qui les montaient; il jugea qu'après lui, ces hommes détruiraient le bien qu'il avait pu faire; des larmes roulèrent dans ses yeux'®.

(1) Éginhard, t. 1, p. 269. (2) Voyez Lettre de Gharlemagne dans Dom Bouquet. (3) Baluze , 1. 1, p. 457.

(4) L*Apt de vérifier les dates, p. 555.

(5) Dulaure, 1. 1, p. 411. — Servin, 1" vol. p. 73.

(6) Éginhard, 1. 1 , p. 275. — Depping , t. 1 , p. 104.

(7) Éginhard , t. 1 , p. 279. (8) Éginhard , p. 277. (9) Dict. hist. (10) Michelet, p. 57. — Le moine de Saint-Gall. — Chateaubriand,

une espèce de fièvre s'empara de ses sens ' ; il fit construire des vaisseaux qui devaient toujours rester armés. Il établit à Boulogne son principal arsenal; il fit relever le phare, ouvrage des Romains^, et dès lors, toutes ses pensées politiques furent absorbées par la défense de ces frontières.

On dirait que c'est à cette impression que sont dues les dernières ordonnances de cette année. Il a nommé le Neustrien Angilbert^ gouverneur du littoral de la Seine à TEscaut ^ ; il a pensé à établir des postes par tout Tempire, et même pour une partie de l'Espagne; il n fortifie les côtes et les embouchures des fleuves, slalùmesol exaibias; il a fait construire des vaisseaux 8ur loulo la partie inférieure de la Seine ^.

Vn |HHi remis de cette impression pénible, le prince voulut onoourager les peuples à aimer la patrie. Ainsi, il i^usait décider dans une assemblée ^^ la défense de poiulro personne sans jugement; il faisait ordonner dos peines contre le parjure; il faisait défendre de receler les esclaves fugitifs^, et pour qu'ils fussent plus facilement reconnus, il les faisait raser 7, ce qui accoutumait les classes élevées à porter une longue cheve- An M lure. Il faisait statuer sur l'élection des juges ^, sur le déni do justice, Thospitalité , le choix des avocats 9; il concluait la paix avec les Grecs; il retirait ses troupes d*Espagneet les concentrait dans l'Aquitaine '^ Pour

Éludes hist. t. 3 , p. S59. — Reiniccius. » Héniolt , p. &S. — Labraëre.— L*abbé Lebœuf. — Foncemagne. — Boargoing , 1805.

( t ] Éginhard , apud Duchesne , p. 101. (S) L'Art de vérifier les dates, p. 55. (3) Dict. hist. r* ÀDgilbert.

(4) HéuauU, p. 54.— Gordemoy.— Soc. des Ant. de Norm. 1835, p. 919.

(5) BoulaiDvilliers.— Thierry, Temps mérov. t. l,p. 60. — Lettre d'un conseiller au parlement de Rouen, au sujet d'un écrit de Boulainyiliiers.

(6) Baluze, t. 1, p. 463. (7) Id. p. 465. (8) Id. p. 469. (0) Éginhard, 1. 1, p. 870. (10) Id. p. 881.

mieux distinguer le caractère et la tenue des Danois, il acceptait une conférence avec Godfried , leur roi , près de TËlbe, et il crut que le mieux alors était de se fortifier au delà de l'Elbe % du côté de TEspagne et tout le long des côtes, enfin de s'arrêter désormais à la défensive au lieu de l'offensive , qu'il avait prise trop longtemps.

Bientôt en effet Charlemagne n'eut plus à s'occuper que de la défense du territoire, dont les limites demandent tant d'érudition pour être reconnues^, ou bien de réparer des malheurs de famille. Il apprit que les Maures avaient débarqué en Sardaigne et en Corse^; en même temps il perdait sa fille ainée; il apprit que les Normands avaient abordé en Frise avec une flotte de deux cents vaisseaux 4; que leur armée s'était avancée sur le continent; qu'un roi danois avait la prétention de faire un fossé ou danevick entre les possessions des Franks et les siennes^. Quoiqu'il eût beaucoup de peine à marcher, il allait retrouver l'armée; mais là, il apprenait la mort de son fils Pépin, roi d'Italie ^. Des détails de chaque jour apprenaient qu'il y avait une épizootie dans toutes les provinces de l'empire 7. Les ambassadeurs étaient forcés de faire une triste paix avec Hemming^ fils du frère de Godfried^; il fallait que l'empereur donnât des instructions toutes nouvelles à sesmmi dominici^} il revint

(1) Ëginhard , p. 283. (2) Ëginbard, l«r vol. p. i08.

(3) Id. t. l,p.277.

(4) Ëginhard. —A. Le Prévost, p. 15.

(5) Depping, t. 1, p. 105. (6) Ëginhard, p. 291. — Biogr. univ. — Mennechet , t. 1, p. 227. — Cordemoy. (7) Ëginhard.

(8) V. le poème d'Olaiis Verelius.

(9) Leber, p. 106. — -Michelet. p. 57. — Mably, t. 1, p. 142. —Gaillard. — Cette mission a fait douter de la définition originaire de ces officiers.

donc dans ses États, attristé, flétri, quoique non encore abattu par tant de malheurs publics et domestiques. An 811 Rentré à Aix , il provoquait des lois sur le devoir des comtes et celui des abbés ' ; il adressait un capitulaire aux évéques sur les jeiines ^ ; il faisait un acte solennel, qu'il nommait son testament, par lequel, en présence de onze évéques, de neuf abbés et de quinze comtes , dont on a les noms et la biographie, il a réglé la division de ses trésors, telle qu'elle devait être opérée après sa mort. Il les distribuait à vingt-une métropoles, commençant par Rome , et dans lesquelles Rothomagus se trouvait comprise. Il réglait jusqu'aux subdivisions; il s'occupait du mobilier de sa chapelle; il décidait que ceux qui voudraient avoir de ses livres en achetassent, et que Targent fût distribué aux pauvres, sachant bien que cela devait beaucoup produire. Il établissait ce principe que, quand les peuples, par leurs contributions ou leurs victoires, ont rempli le trésor royal , il est juste qu'il se répande sur eux comme une rosée, à tout avènement nouveau ^. Puis il envoyait une ambassade à Constantinople, composée d'un comte, d'un évêque et d'un duc 4, et en même temps il faisait face aux riverains de rOder, aux Huns et aux Bretons. Dans le but de visiter les flottes dont il avait ordonné la construction, il se rendait à Boulogne ; il était satisfait de voir ce phare, qu'il avait fait reconstruire; il ne quittait ce port de mer que pour visiter l'Escaut et la flotte préparée aussi le long de ses rivages ^ ; il tenait les états

(1) Baluze, 1. 1, p. 477. (2) Id. t. 1, p. 470.

(3) Id. t. 1, p. 490. — Éginhard, ViU K. M. p. 109 à 112, le texte entier. (4) Éginhard, t. 1, p. 293. (5) Éginhard, t. 1, p. 297. —A. Le Prévost, notes, p. 16.

à Aix-la-Chapelle ' ; et à son tour il se plaignait de quelques excès du clergé. Le décès inattendu de son fils aîné Charles ^, venait encore apporter du trouble dans son âme à la fin de celte année 81 1 .

Revenant sans cesse à la mission de ses envoyés An su royaux, il faisait lever par eux une armée ^. Il organisait aussi des règles pour le service des vaisseaux et des troupes de terre 4, pour l'exemption de ce ser- .vice, pour le sort des prisonniers faits sur l'ennemi ; pour la juridiction des évéques et des comtes entre eux 5.

S'illaissait, avec une joie permise en politique, les successeurs d'Hemming, roi des Danois, avoir une querelle entre eux et se livrer même un combat où périrent près de onze mille hommes; s'il apprenait aussi les troubles de l'empire d'Orient et les regardait comme un instant de repos pour lui, il avait à veiller sur les incursions des Africains , des Espagnols , sur la Corse et la Sardaigne, sur une flotte de Normands qui débarquait en Irlande^; il faisait lui-même une expédition contre les Wiltzes, et n'accordait la paix à Hériold et Regenfried, rois des Danois, en leur rendant leur frère Hemming, fait prisonnier, qu'au moyen d'otages 7.

La multitude d'Espagnols réfugiés dans les limites An m de l'empire, nécessitait une ordonnance pour les protéger^; l'empereur s'empressait de la rendre et en même temps proposait un résumé des droits des comtes

(1) Éginhard t. 1, p. »95. — Millot, t. 1, p. 139. (i) 4 décembre, 17. Gordemoy. — Sim. de Sismondi. (3) Baluze, t. 1, p. 489.

(4) Baluze, t. 1, p. 493. (5) Baluze, 1. 1, p. 495.

(6) ChroD. Rheginon , apud Duchesnc. — Éginhard , t. 1 , p. 300. — Millot, 1. 1, p. 134. (7) Éginhard , t. 1, p. 301.

(8) Baluze ^ 1. 1, p. 499.

et des évêques, de l'emploi de la dîme, c'est-à-dire qu'il consolidait autant qu'il était en lui, la féodalité^ Il s'occupait du trouble occasionné par ceux que l'on appelait faidosi ^ ; il faisait un résumé sur la justice à rendre d'après la loi salique, les lois romaines, et la loi Gombette, résumé soumis à une assemblée d'évêques, d'abbés, de ducs, de comtes, de fidèles^.

Après avoir publié un capitulaire, en 46 articles, sur les délits, il crut que c'était une mesure politique urgente d'associer à Tempire le fils qui lui restait, Ludwig , Ludovicus ou Louis 1", et de le faire cou- An 8H ronner empereur; de déléguer à son petit-fils Bernard le titre de roi d'Italie, en chargeant Éginhard de provoquer la mesure ^. Il appela au couronnement des délégués de l'armée, des évêques, des ducs, des comtes, des abbés, des vicomtes ^, et suivant l'expression de Thégan, des loco-posés (loco-positi)^. Profitant de l'occasion pour faire une allocution solennelle, l'empereur demandait à tous, depuis le plus élevé jusqu'au plus modeste en grade, s'il trouvait bien une transmission héréditaire ; chacun répondit : c'est un avis de Dieu, et Charlemagne alors retira la couronne de sa tète et la plaça sur celle de son fils 7.

Ce nouvel empereur partit pour l'Aquitaine; mais Charlemagne le rappelait de temps en temps. Bien que ce fût pour lui une occupation quotidienne de comparer la version grecque des Évangiles avec la version latine ^, il donnait, en présence de conseillers intimes,

(1) Thouret, p. 83. (2) Baluze, t. 1, p. 501.

(3) Baluze, 1. 1, p. 505. (4) Notice sur Éginhard , édit. de la Soc. de THisl. de Fr. p. yi.— Ermoldus Nigellus. (5) Thégan. — Hénault, p. 54. — Tabl. de Versailles. (6) Thégan , de Gest. pii imp. II, p. in-fol. ap. Duchesne , p. 273 et suiv. (7) Thég. p. 276.

(8) Thégan.— L'Art de vérifier les dates.

des coDôeils à son fils sur les excès du clergé'. De leur côté les grands, les paysans de Neustrie, repoussèrent, par un mouvement spontané, les Normands montés sur treize vaisseaux qui paraissaient à l'embouchure de la Seine ^, et l'empereur en fut tellement effrayé^ qu'il fit établir en plusieurs endroits, des sta* tions et des vigies, pour leur fermer désormais tout passage ^.

Ici se place un fait, objet de narrations pleines d'esprit, mais qui demande vérification; nous voulons parler du mariage d'un homme qui est devenu ensuite abbé de Saint-Wandrille, c'est-à-dire d'Éginhard. On a dit, on a imprimé, on a célébré en vers 4, qu'Éginhard a séduit une des filles de Gharlemagne; que celle-ci avait porté son amant , sur son dos, à travers la neige; que son père l'a surprise, puis l'a donnée en mariage au ravisseur ; c'est un conte : Ëginhard, qui ne s'est marié qu'une fois, en 814, à une Emma qui n'est point la fille de l'empereur, et qui a possédé avec elle de beaux domaines, s'est rétiré ensuite dans la vie monastique^.

L'an 814 devait être encore, sous d'autres rapports, digne de la mémoire des hommes ^, non-seulement en Neustrie, mais dans l'Europe entière; elle. est de celles que l'histoire montre souvent comme servant à ses grandes divisions , quoiqu'elle ne puisse être une des nôtres ; elle vit certes l'événement le plus sensible qui

(1) Ëginhard, p. 303. — Eckart , p. 77. (S) Dudon, Gesta Norm. — Liquet, l«r vol. — Edda.— Scaldes runes. (3) Ëginhard, 1. 1, p. 56, 307. — L'/rt de vérifier les dates. —Gibbon. — Bonamy, Sur Tétat de la Fr. lors de l'invasion des Norm. -<- Acad. des inscript, t. 15 et 17.

(4) Millevoye. — A. de Vigny. (5) Ëginhard, édit. Soc. de THist. de Fr. Notice , p. vii , xxix , xxx et suiv. — Art de vérifier les dates.

(6) Duchesne, t. a, p. 107 et suiv.

eût existé, jusque -là pour le pays dont nous avons suivi péniblement et dont nous allons suivre désormais avec plus de facilité les annales. Le 5 des kalendes de février, 28 janvier % ce colosse humain, Gharlemagne, septuagénaire, paya sa dette à la condition essentielle de Thumanité, le néant. Après avoir regu les derniers sacrements de son aumônier Hildebald, et après avoir dit ces paroles : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains, » il expira^. Son tombeau existe encore après mille ans^ et il a inspiré des pensées pleines de profondeur et de respect ^ ; les descendants même de ceux auxquels il avait inspiré tant de haine et de fanatisme ^, partagent ces sentiments de vénération.

De toutes parts, surtout en Neustrie, surtout vers les bords de la Seine^ on était attentif à la conduite de son héritier. Charlemagne avait eu quatre femmes et cinq concubines , c'est-à-dire neuf femmes, car ces dernières étaient mariées suivant les jurisconsultes^; on les nommait femmes du second rang^. Après le décès des princes dont nous avons signalé les noms, celui qui devait monter sur le trône était, sans contestation, Louis V'7. Il était alors en Aquitaine à cent quatre-vingts lieues de son père, et n'avait reçu la

(1) L^Art de vérifier les dates. — Égiuhard , t. 1, p. 95,80§.— -Le moine de Saint-Gall. — Mennechet, 1. 1, p. 331. — Ladvocat. — Isambert, 1. 1 , p. 38, 59. — Masseville , t. 1 , p. 71. — Hénault, p. i7. — Dulaure, t. 1, p. 409. — Gaillard. — Si m. deSismondi, 1. 1, p. ISi.

(8) Cordemoy.— Thégan, de Gest. Lud. pii.

(à) V. Hugo, Hernani. — Montesquieu , Esprit des Lois, 1. 31, eh. 18.

(4) L. Dubois, Résumé de THisl. de Norm.

(5) Cujas.— Cordemoy, t. 1, p. 650.

(6) Noies sur É^jinhard, édil. de la Soc. de THist. de Fr. t. 1, p. 413.

(7) V. un excellent article sur Loyis-le-Débonnaire , Dict. univers. V» Louis I«r, le Débonnaire ou le Faible.

nouvelle de sa mort que cinq jours après ^ Il se rendit à Âix-^la-Chapelle^ et fut proclamé empereur par le consentement unanime des ducs^ des comtes , du clergé et de l'armée^. Si nous en croyons Éginhard, il donna audience aux ambassadeurs de diverses nations et notamment à ceux de Constantiuople : il se fit mettre sous les yeux tous les trésors de son père^ et fit exécuter le testament^. Il tint une assemblée générale; il envoya des commissaires dans toutes les parties de l'empire; telles furent ses occupations immédiates. Éginhard ne peut s'empêcher de dire que c'était pour rendre la justice et aussi pour remédier à certains abus y qui pesaient sur le peuple : ad oppressiones po^ pularium relevandas^. Il renvoya en Saxe beaucoup de familles qui demandaient la faveur de revoir leur patrie, en promettant de rester fidèles^. Il fit venir son neveu Bernard, roi d'Italie, s'assura de ses intentions, et ne le congédia que comblé de présents. Il confiait à ses enfants, Lothaire et Pippin ou Pépin, la Bavière et l'Aquitaine. La querelle des princes danois lui enlevait quelques inquiétudes; il accueillait Hériold l'un d'eux7.

On eût dit à ces actes, que la rare activité du père, que le coup d'œil d'ensemble, qu'un cœur vraiment exempt de vices®, allaient rendre les peuples encore plus heureux, et qu'ils devaient jouir des effets de leur gloire; le ton du commandement même semblait continuer.

(1) Eckart, t a, p. 113. —Notes sur Éginhard, t. 1, p. 309.— God. Feutrier.— Thégan , De Gest. Lud. pii, ap. Duchesne, p. 87*.— Vita et Acla Lud. pii, auct. incerto, ap. Duchesne, p. 286.

(2) Éginhard, t. 1, p. 309. — Isamberl, p. 69, dit, par erreur, que ce fut le,28 janvier. (3) Thégan. (i) L'Art de vérifier les dates.

(5) Éginhard, t. 1, p. 311. (6) Dict. hist. v^ Louis 1er. (7) Éginhard, t. 1, p. 313. (8) Montesquieu, I. 21, eh. 20.

Le nouvel empereur prenait aussi des précautions pour la défense des frontières, de l'embouchure des fleuves'; hé bien! il est vrai de dire, qu'il parut injuste même aux moines et ne se fit pas aimer de ses autres sujets'. On ne lui a pas rendu assez de justice : il a voulu punir les désordres de ses neveux et de ses nièces, et les placer dans des monastères, cela révoltait certains esprits puissants ^. Les hommes du Nord, qui abandonnaient leurs glaces et leurs neiges pour faire le métier de pirates 4, ou pour placer l'exubérance de leur population, ou pour se venger de Gharlemagne, ou par suite des dispositions constitutives de leurs royaumes qui envoyaient de jeunes princes , dont nous avons les noms^, conquérir des États nouveaux^, ces hommes du Nord, disons-nous, furent bientôt informés du peu de faveur, du discrédit de ce souverain. L'abus résultant de ce qu'il n'y avait aucune forme même pour la tenue des assemblées législatives, si ce n'est la volonté de l'empereur, fut connu d'eux 7. Ils montèrent des flottilles, pour faire de la France, et surtout de la Neustrie, le théâtre de leurs vengeances.

Louis V% au lieu de trouver son appui dans les assemblées de mai, ne les aimait pas beaucoup, il est vrai ^. Il voulait bien respecter, comme Gharlemagne, le principe des élections épiscopales ^; mais il négligeait les arts que Gharlemagne prisait avec tant de goût, et ne s'occupait point, comme lui, de veiller

(1) A. Le Prévost, notes, p. 16. — Thégan , de Gest. Lud. pîi.

(2) Hénault, t. 1, p. 56. — Millot, 1. 1, p. 147.— Sim. deSismondi, t. 1, p. 121. (3) Montesquieu, ch. 20. — L'Art de vérifier les dates.— Nitardus, apud Duchesne. (4) Servin, 1. 1, p. 74.

(5) Servin , t. 1, p. 75, 76, 77. (6) V. pièces envoyées à F Académie de Rouen , elles sont dans ses archives. (7) Thourel, p, 97. (8) Tlïouret, p. 99. (9) Thouret. — Michelet.

sur l'éducation publique. La négligeuce des professeurs et des chefs de famille produisait cet effet, que la langue latine allait devenir la langue romane'.

Lors de la première assemblée générale , l'empereur An sis n'avait proposé qu'une chose , une décision pour la protection des Espagnols^; cette négligence lui donna pour ennemis des fonctionnaires civils. Il s'en fit aussi dans le clergé , en disgraciant le savant Âdelard, autrefois ministre de Pépin en Italie , et devenu abbé de Corbie^. Traserius, abbé de Saint-Wandrille , se démettait de ses fonctions 4. Âdelard j quand il entendait parler de quelque irruption des pirates du Nord, ne manquait pas de dire que c'était une vengeance de Dieu, à cause de l'injustice de l'empereur^. Celui-ci voulut envoyer une armée vers l'Elbe , son général ne put effectuer le passage; il eut beau donner des ordres pour que tous les comtes des Saxons et toutes tes troupes des Âbrodites se réunissent et se portassent sur l'Eyder, ses troupes ravagèrent la contrée ^, parce qu'elles n'avaient pas d'autre solde, mais elles n'eurent plus de discipline et ne firent plus de pointes, comme du temps de Gharlemagne.

Des nobles romains conspiraient contre le pape; l'empereur chargeait son neveu Bernard d'y mettre ordre; mais celui-ci tombait malade en arrivant. Les débordements du Rhin, des secousses de tremblement de terre 7 semblaient, dans ces temps, non des événements naturels, mais bien des menaces de plus grands malheurs.

(1) Millot, t. 1, p. 147. — Mém. de Bonamy, Acad. des inscript. (a) Baluze, t. 1, p. 550., (3) Millot, 1. 1, p. 148. — Die. hist. vo Ade* lard. (4; Langlois, p. 144. (5) Thouret, p. 101. (6) Éginhard, 1 1, p. 315. (7) Ëginhard, 1. 1, p. 317.

An 816 Si, pour exécuter les pensées de son père, Tempereur faisait recueillir par un Neustrien^ par Anségise, abbé de Saint-Wandrille, tous les capitulaires et les publiait , en faisant recopier le manuscrit dans le couvent par plusieurs moines , on ne lui en tenait aucun eompte^ Les missi dominici envoyés de nouveau*, n'étaient plus ces hommes supérieurs qui faisaient exécuter fermement les ordres de l'empereur et lui rapportaient de même la vérité. Les Romains donnaient un successeur à Léon III, et s'occupaient peu de savoir s'il plaisait au fils de celui qui avait été couronné à Rome; et cela n'empêchait pas qu'à la première rencontre, Louis, indififérent, se prosternait tout de son long devant ce pape, toto corpore dit Thégan, et faisait ensuite frapper une médaille dont la face présentait sa figure et le revers un temple de la religion chrétienne ^. La paix faite avec le roi des Sarrasins, Abdérame^, était plutôt reçue que stipulée. Un concile où fut rédigée la règle des chanoines et des religieux ne convint pas à beaucoup de corporations, et les individus se retirèrent dans des maisons particulières^. Ce capitulaire même, fait le 6 des ides de juillet, en une assemblée de beaucoup d'évêques, d'abbés et de notables, sur l'élection des abbés, sur l'établissement des presbytères, sur les villages nouveaux et les nouvelles églises, sur les prêtres qui avaient des femmes dans leurs maisons, sur ceux qui se tenaient avec des religieuses^, ce capitulaire enfin, quoique rempli d'excellentes intentions, de bons pré-

Ci) Langlois, Hist. de sdnt WandriHe , avant-propos, xt. — Biogr. imiT. vo Ghariem. (2) Anquetil. (3) Mennediet , t. 1^ p. S3«. — Mionnet. (4) Hénault, p. 56. (5) Hénaalt, t. 1» p. 5Q.

(6) Baluze, 1. 1, p. 56®.

cepteSy ne fut pas suivi. On eut beau envoyer de nouveaux missi dominicif on éprouva le mal d'une loi non exécutée.

Si l'armée , ou du moins la partie de l'armée composée des Saxons restés fidèles et des Franks orien* taux y battait courageusement les Slaves Sorabes, les Gascons s'insurgeaient au moindre prétexte et il fallait deux campagnes pour les réduire*.

L'empereur parut vouloir assigner une partie de ses An an États à ses trois enfants , Lothaire, Pépin et Louis, issus de son mariage avec Hermengarde, laisser même une certaine supériorité à Lothaire sur ses frères ^, se borner, lui, au rôle de généralissime; mais le fond de son caractère , bien apprécié par la postérité et par Montesquieu qui, si avare de lignes, lui consacre quatre chapitres, et qui certes n'a pas ici ce certain esprit de parti que M. de Sismondi lui reproche^, démontre qu'il ne fit que céder à l'importunité de ses enfants, lesquels demandaient à partager sa puissance^. Après avoir tenu une conduite assez ambiguë avec Nicéphore, ambassadeur de l'empereur de Constantinople^ avec les envoyés d'Abdalrahman, avec ceux du roi des Danois^ que Ton trahissait en secourant Hériold; après avoir abandonné la ville de Rome aux papes ^j après avoir été encore sans influence dans l'élection du successeur du pape Etienne , mort le 9 des kalendes de février; après avoir failli être victime de la chute d'un portique de bois sous lequel il passait et d'un éclat qui l'avait blessé à la poitrine, à l'oreille

(1) Éginhard. (2) Montesquieu , 1. 31 , cb. 33.

(3) Sim. de Sismondi , l«r vol. p. xi.

(4) Dict. bist. v« Louis-le-Débonn. (5). Depping. 1. 1, p. 107. (6) Dict. bist. p. ai«.

droite I à la cuisse droite; après s'être trop distrait des détails du pouvoir par les plaisirs de la chasse ; après avoir fait cloîtrer les eufaots naturels de son père, il fléchit tout à fait en faveur de ses fils : à Aix-la-Chapelle, lors de l'assemblée générale, il fit couronner Lothaire, l'aîné, l'associa au titre d'empereur, prit seulement l'utile précaution de lui donner Éginhard pour gouverneur',' donna à ses deux autres fils les titres de rois d'Aquitaine et de Bavière ^ et retourna chasser. Recevoir les ambassadeurs du nouveau pape, apprendre la défection des Abrodites, et la nouvelle que son neveu Bernard, roi d'Italie, voulait se rendre indépendant et fortifiait ses villes ^, ne lui donnait pas plus d'énergie ; pourtant à la première démonstration qu'il faisait contre son neveu , et quand il menaçait seulement de partir, à marches forcées, pour l'Italie^ Bernard, abandonné des siens, lui était livré à Châlons, et livrait lui-même les chefs de la conspiration. Bernard et ses complices étaient condamnés à mort par le jugement des Franks. Cette fois, on ne trouvait pas mal que l'empereur usât de clémence en consentant qu'ils fussent seulement privés de la vue; puis quand on sut que Bernard et son chambellan avaient succombé trois jours après l'opération 4, cela devint un nouveau sujet de plaintes , d'imprécations. L'empereur avait fait un faible effort pour réunir l'Italie à la couronne ^, il revenait vite , ou à la chasse , ou à ces

(1) Notice sur Éginhard , p. xliy.

[%) Baluze, t. 1, p. 573. — Hist. des Gaules, t. 5, p. i(M(.— Isambert, 1. 1, p. 60. — Millot , 1. 1, p. 14». (3) Thégan.

(4) Éginhard, t. 1, p. de 321 à 329. — Ch&teaubriand , Études hist. t. 3, p. 250. — Soc. de l'Hist. de Fr., juillet 1835 , p. 990. — Ladvocat. — Millot, 1. 1, p. 148.— M. Mennechet, 1. 1, p. 238, place le fait en 818.— Le Dict. hist. aussi, v» Louis I». (5) Millot , 1. 1, p. 150,

matières dont il s'occupait avec tant de connaissance ; par exemple y et probablement avec Taide d'Éginhard, qu'il faisait élire abbé de Saint-Wandrille % il faisait décider des articles sur la discipline des moines^ sur la nécessité de leur faire apprendre la règle de Saint-Benoit, sur la nécessité qu'ils lavassent eux-mêmes leur linge, sur l'heure du lever et du cou- • cher, sur leurs bains, sur la défense de manger de la volaille, sur l'usage des laitues, sur la propreté des pieds, sur la défense de tenir école dans le monastère, si ce n'est pour les oblats, sur le dortoir, sur le poids de leur pain, sur les mufles, de muffulis monachis dandis ^.

C'était par inclination qu'il confirmait les donations faites au pape par ses prédécesseurs et décrétait que cela fût bien observé par les générations et les siècles futurs! per futuras generationes et secula ventura cmtodiatur, en foi de quoi , il signait avec ses trois fils, dix évêques, huit abbés, quinze comtes, un bibliothécaire, un mansionaire, mansionarim, et un ostiaire, ostiarius ^.

Ce qui fit que les comtes et tous les autres seigneurs An sis franks^ qui avaient amené la soumission et la punition de Bernard, conçurent une véritable haine pour Louis I^', ce fut sa conduite après la mort de Bernard. Se disant troublé par des remords, quand il n'était troublé que par ses confesseurs^, quand il n'avait fait qu'user d'un pouvoir nécessaire , même de clémence , selon les mœurs du temps , et qu'il ne dût

(1) Langlois, p. 145.— Notice sur Ëginhard, p. viij. — Chron. de Fontenelle. (3) Duchesne, Hist. Fr. p. 323.— Baluze, t. 1, p. 579. — Ducange, yoMuffuli. (3) Baluze, 1. 1, p. 591. — Isambert, p. 63.

(4) Dict. hist. yo Louis.

pas être responsable du mode d'exécution^ il s'humilia encore devant son clergé ^ il parut , lui empereur, en habit de pénitent , dans une assemblée à Attigny-sur-Aisne; là, il confessa son prétendu crime^ On comprend que la fidélité des chefs dut s'anéantir. On explique, ei l'on ne justifie pas, l'habitude qu'au- • raient prise, dès lors, beaucoup de comtes, de barons, de chevaliers , de résider dans leurs terres , et d'abandonner l'empereur Louis et ses fils ; on comprendrait jusqu'à cette autre habitude de ne plus se rendre aux assemblées générales, et par suite la pensée de ne plus les convoquer; mais, quoique avancé par Thouret, ce dernier fait est sujet à une juste critique, et nous ne voyons pas où il l'a puisé; au contraire, nous voyons que Louis, pour conduire lui-même une armée en Bretagne, armée qui fut victorieuse, tint l'assemblée générale à Vannes. Le décès de l'impératrice Hermengarde arrivé alors, le ramenait à Aix; il revint parRothomagus, Amiens et Cambrai. En chemin , il reçut les présents du duc de Bénévent et les députés de beaucoup de nations^. Il eut probablement aussi connaissance du travail de son cher abbé de Saint-Wandrille sur la vie de Charlemagne, travail dont on compte aujourd'hui soixante-quatre manuscrits^, comme des chroniques projetées par Friculfe^. Il donna ordre à ses missi dominici de destituer les comtes et vicomtes coupables de tyrannie ^ ; «ne armée de Franks orientaux et de Saxons était envoyée

(1) Thouret, p. 98, 99, 100. — Sim. de Sismondi , t. 1, p. 130 et Hénault placent le fait en 822.

(3) Auct. incerto, apud Duchesne, p. 300.— Ëginbard, 1. 1, p. 381, 882. — Montesquieu , ch. 20.

(3) Notice sur 'Ëginbard , xlyij et suiv.

(4) L. Dubois, HisC. de Lisieux , t. 2 , p. 219. («) Dutaure.

au delà de TËIbe pour punir le roi des Âbrodites de sa perfidie y et son royaume était donné à un autre '; à l'assemblée tenue à Aix-la-Chapelle en 819, le ministre a fait déterminer les fonctions des missi domi" nici^f ce qui n'avait pas été fait du temps de Charlemague; on a eu bien soin de les faire envisager comme stipulant les droits des pauvres, des veuves et des mineurs; on a bien défini ce que c'était que la dime; on a nettement déterminé la peine de la fausse monnaie; on s'est occupé des ponts publics, des avocats ecclésiastiques, même de la dépense des missi dominici^; c'était le ministre qui provoquait de tels règlements.

Louis, que les Romains surnommaient le Pieux, Pius, ce que les grands de son royaume ont traduit en Débonnaire^y n'occupait spontanément l'assemblée nationale que des clercs, des moines, des églises^; mais il a pris ensuite une mesure qui, pour n'avoir pas été heureuse cette fois, n'a jamais eu assez d'imitateurs; après s'être fait présenter les filles de la plupart des familles nohles y procerum filias , dit l'auteur rapporté par Duchesne, p. 300, plerisque nobilium filiabus inspectiSy dit Éginhard^ , il a choisi pour compagne Judie ou Judith, fille du comte Huelp Welfin7 ou Welf®. Nous verrons si le caractère de cette femme et la jalousie des fils du roi ne devinrent pas les causes de beaucoup v des malheurs du

(1) Éginhard, p. 333. (2) Baluze, t. 1, p. 613. — Hist. t. 6, p. 425. — Isambert, t. 1, p. 65. (3) Noël, ms. envoyé à T Académie de Rouen, deuxième cahier, p. 86. (4) Hénault. — Isambert, t. 1, p. 67. —V. son histoire dans Astronomus, traduction de Cousin.

(5) Baluze, 1. 1, p. 619. — Hist. t. 6 , p. 428. —Isambert, p. 65.

(7) Duchesne, p. 300. (8) Thégan.

9i ANNALES DES GAUGUOIS.

pays^ Dans les commencemeDts elle ne cherchait qu'à distraire son époux des peines du gouvernement; elle ne s'en mêlait pas; elle voulait seulement assister à des combats, et le seul crédit qu'elle demandât était de faire créer Rodolphe son frère ^ abbé de Jumièges; mais depuis elle ne s'en est pas tenue là.

Louis ne fut pas heureux dans une guerre en Pannonie contre Lindwit ; et pourtant il ne voulut pas accepter des conditions honteuses ; son lieutenant Baldric, plus tactitien que lui^ rétablit les choses^ et à la fin Lindwit fut vaincu. Un des fils de l'empereur, Pépin^ obéissant aux ordres de son père, pacifiait la Gascogne, et l'empereur ne rentrait à Aix-la-Chapelle, près de la belle Judith , que quand tout était tranquille ^.

An sao On eût pu croire qu'il n'y aurait point d'assemblée nationale en 820, parce qu'il y en avait eu deux en 819; il en fut tenu une, et elle eut lieu au mois de janvier, à Aix-la-Chapelle. On y arrêta, que trois armées seraient mises en mouvement. Il y eut durant cette assemblée une provocation par Béra^ comte de Barcelone, contre un accusateur, à un combat à cheval; cet accusateur soutenait un soupçon d'infidélité à l'empereur 4, et Béra fut vaincu. Déclaré coupable de lèse-majesté, parce que son accusateur était le plus heureux, Béra fut condamné à la peine de mort. Louis V" voulut bien commuer sa peine et l'exiler à Rothomagus^. On comprend que de telles décisions

(1) Hénault, t. 1, p. 58. — Mennecbet, t. 1, p. S39. — Sim. de Sismondi, 1. 1 , p. 129. —Montesquieu , 1. 31, ch. 20. (2) Desbayes, p. 34. — Mennecbet. — Hichelet. (3) Éginhard, 1. 1, p. 337, 338.

(4) Ëginbard, Vita et Acta Lud. pii. — Cordemoy, t. 2, p. 18.

(5) Éginbard, t. 1, p. 339. — Ermoldus Nigellus, 1. 3. — A. Le Prévost, notes, p. 12.

n'intéressent pas seulement ane localité, elles fixent le souvenir sur des traits de mœurs.

Les trois armées dont nous venons de parler, sans avoir de grands succès stratégiques, ravagèrent le pays ennemi, et détachèrent de nous certains alliés.

Les Sarrasins aussi rompirent le traité fait avec eux; des pirates pillèrent les côtes de Flandre; ils firent en grand nombre les mêmes tentatives sur le pays des Cauchois, à cet endroit où depuis, fut construite la ville du Havre ' ; mais les gardes organisées du temps de Gharlemagne leur opposèrent de la résistance; les pirates perdirent quelques-uns des leurs *. Cette défense était tout à fait due aux gens du pays ; elle faisait même paraître des noms nouveaux ^, et les pirates se retirèrent sans avoir réussi ^ : plus heureux sur les côtes d'Aquitaine, ils ne retournaient chez eux que chargés de butin. Les rives de la Seine étaient défendues^ quoique abordables.

Cette contrée, comme une grande partie de l'empire, fut attaquée par des débordements de fleuves, par des maladies contagieuses. Des dispositions générales d'indemnité, comme cela a lieu sous un bon gouvernement, ne réparaient point ces malheurs; quoiqu'il eût fallu attendre le printemps pour faire les semences de toute nature^, il n'y avait pas de retard pour l'acquit des charges publiques.

Il n'était pas question de cela non plus dans l'assemblée générale où ne venaient que des abbés, des ecclésiastiques et des grands, tous dévoués. L'empe-

(1) Éginbard , p. 343. — Toustain de Richebourg, p. 36. — Dulaure, 1. 1, p. 411. (2) Éginbard, p. 3i2.

(3) Montesquieu, 1. 31, cb. ai. — Tbégan,de GestisLud. pii.

(4) Éginbard , 1. 1, p. 343. (5) Id. p. 3i».

reur faisait confirmer la nécessité de soutenir la guerre ' ; il décrétait certains privilèges ou exemptions de péages y et plusieurs additions à la loi salique. A Nimègue, dans une autre assemblée^ il faisait confirmer^ sous la foi du serment, le partage fait entre ses fils ^. En octobre, une troisième assemblée était tenue à Thiônville; elle avait quelque éclat cette fois: des députations des rois slaves, sarrasins, danois^ arrivaient. Malgré la rigueur de l'hiver^ quoique la Seine ait porté trente jours de lourdes voitures, les grands de Neustrie s'y rendirent en foule ^. Il s'agis- • sait du mariage de Lothaire, le fils aine de l'empereur. Ces Neustriens, connus sous le nom de Francs-Romains pour les distinguer des Francs-Tudesques 4, espéraient avoir quelque privilège en se rendant à ces États, et An 832 ne pensaient pas à la population générale ; ce qu'ils eurent seulement, c'est que l'empereur fit épouser par Pépin, son second fils, la fille du comte deMadrie, Neustrien, et qu'il l'envoya de suite dans les contrées de l'Ouest 5.

Ce mépris ingrat montré par les ecclésiastiques pour certains édits de l'empereur, leur donna une puissance vraiment blâmable^. Le prétexte , c'est qu'ils étaient le produit de l'élection ; mais cela devint tellement scandaleux que partout la population réclamait. Âdelard reprenait sa puissance à la cour 7; Anségise, abbé de Saint- Wandri lie, à la place d'Égin-

(1) Éginhard , p. 345. — Baluze, 1. 1, p. 621.— Isambert, 1. 1, p. 65.

(2) Éginhard, p. 345.

(3) Le moine de Saint-Gall, 1. 2, ch. 28. — Éginhard.

(4) Notes sur Grég. de Toure , édit. de la Soc. de THist. de Fr. t. 2, p. 538. (5) Vie d'Éginh ird, p. 89.

(6) Hénault , t. 1 , p. 58. — Abbé Dubos.

(7) Dict. hist. vo Adelard.

hard, appelé à figurer aux conseils de rempereur, avait trois abbayes avec le titre d'intendant des bâtiments^; l'archevêque Wilbert, le comte Ingobert t^ naient de solennelles assises ^^ sans demander permission; Hélisacar, abbéde Jumièges, chancelier^^ faisait rendre un édit qui chargeait Ébo, Tévêque de Reims^ d'évangéliser (evangelisare) les Normands 4. Un capitulaire ^ qui inventait des peines nouvelles contre ceux qui insulteraient les clercs ^^ était dû à l'imagination de Wala/qui avait aussi une abbaye et dont le sentiment avait la force d'une loi; enfin Louis faisait une pénitence publique pour se réconcilier avec ses frères naturels 7.

Une chose importante et à laquelle l'empereur n'osait plus s'élever, était la surveillance de l'Italie. Il se contentait d'envoyer son fils Lothaire pour recommander l'obéissance si le pape couronnait celui-ci An 825 comme roi le jour de Pâques ^ ; ce fils allait bientôt perdre son rôle par la naissance d'un fils de l'impératrice Judith ^, car la belle souveraine ne se contentait plus d'un duché pour son enfant; non satisfaite que l'empereur soignât son éducation , elle voulait pour lui un royaume et cela devenait un sujet de discorde dans la famille.

Un capitulaire sur la police générale , assez mal divisé, à la vérité, mais fort important, nous est conservé : s' occupant du rôle de la Providence dans le gou*

(1) Ëginbard, t. a, p. 380. — Langlois , Saint-Wantl. (2) Baluze.— Floquet, Hist. du parlement ^ 1. 1, p. 4. (3; Deshayes, p. 32.

(4) Ann. ia Fuld.mon. ap. Duch. 1619, p. U. (5) Baluze, t. 1, p. 625. — Isambert, 1. 1, p. 66. (6) Baluze, t. 1, p. 625. (7) L'Art de vérifier les dates. (8) Héaault , p. 60.

(9) La Biogr. univ. fixe le 13 juin ; VArt de vérifier les dates confirme la date à Tart. Gharle^le-Chauve.

vemement, du mÎDistère des évêques, des écoles , d'une instruction aux comtes, aux laïcs, des honneurs ecclésiastiques, de l'aide des comtes , de la monnaie, des péages non dus , des noms de chaque localité où les missi dominici devaient agir (et l'on voit que ceux envoyés à Rothomagus étaient l'archevêque Wilbertus ou Guilbert, et le comte Ingobert), il finissait par une instruction sur la manière dont ces envoyés devaient se conduire'; mais une épidémie, la famine, des météores effrayants, une grande Qiortalité qui frappait sans distinction d'âge , venaient troubler ces bonnes pensées et contrister la population ^, qu'épouvantaient aussi beaucoup d'ecclésiastiques ennemis de toute réforme, ▲n SM Ces derniers événements retardèrent même un projet de l'empereur, qui voulait aller en personne dans la Bretagne soulevée , et le forcèrent de retarder son expédition jusqu'à l'automne; à ce moment il se dirige sur Rhedones (Rennes); H donne lui-même l'ordre du jour pour la disposition de son armée; il la divise en trois corps, en confie deux à Pépin et Louis, se réserve le troisième, et laisse ses lieutenants ravager la Bretagne pendant soixante jours. Il veut revenir par Rothomagus ; il ordonne à la belle Judith d'y attendre son arrivée ^ , et le 1 5 des kalendes de décembre , il l'y rejoint 4. Il reçoit aussi dans cette ville les ambassadeurs de l'empereur Michel, Fortunat, patriarche de Venise , et ne quitte Rothomagus que pour aller à Aix-la-Chapelle , où il avait résolu de passer l'hiver.

(1) Baiu'/e , t. 1, p. 625 à 641. — L'Art de vérifier les dates porte par erreur ia date à 825.

(2) Éginhard, p. 367. (3) A. Le Prévost, p. 18. (i) Éginhard , t. 1, p. 371, 372, 373.

ANNALES DES CAUCHOtS. 97

C'est là qu'il reçoit la promesse faite par le clergé et le peuple romain , de ne pas élire de pape ou de ne point le consacrer sans lui avoir fait prêter serment devant des missi dominici '. Comme s'il voulait montrer sa colère contre ce qui est instruit en matière ascétique , il élève les gens de la plus basse classe et sans éducation méme^ aux plus hautes prélatures ^; il irritait les évêques déjà puissants, sans augmenter sa puissance personnelle. Il tient dans la même ville une assemblée, lors de laquelle il fait défendre aux clercs d'accepter des donations au préjudice des enfants et proches parents ^, ce qui en d'autres temps est une excellente mesure; ici, elle était mal soutenue par la force impériale: l'ancien clergé ne s'en faisait pas moins remettre des richesses immenses, il n'en avait pas moins des esclaves dans une proportion prodigieuse, eu égard aux autres classes de sujets; puis, si un phénomène terrestre ou céleste se déclarait , comme par exemple la peste, une forte grêle, une aurore boréale^, les ecclésiastiques faisaient retomber la cause du fléau, dans Topinion des peuples, sur l'empereur seul. Celui-ci à la fin s'en moquait ou s'en distrayait , il est vrai , en se rendant à ses chasses ordinaires, en posant des limites entre les Bulgares et les Franks, en recevant des ambassades, en donnant audience à des Northmans qu'envoyaient vers lui les fils de Gk>dfried , et en traitant avec eux ^, en aidant à donner un roi aux Danois ; mais le clergé conspirait sourdement, constamment, discrètement.

(1; Baluze, t. 1, p. 647. (2) Gordemoy, t. 2. (3) Millot, t. 1, p. 163. — Cordemoy, t. 2. (4) Éginhard, p. 375. — Hénault.

(5) Éginhard , t. 1, p. 359. — Hénault , t. 1 , p. 61 . — L'abbé Prévost , préf. deTHist. de Guillaume-le-Gonquérant.

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