‹ Annales des CauchoisChapitre 5 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

98 ANNALES DES CAUCHQIS.

ku m Dans une assemblée dlngilhem , il fallait des Iqis privilégiées pour les persoiines religieused; on s'oc-^ capait avec jalousie de ceux qui faisaient un oratoires dans leurs maisons; on statuait positivement sur la défense de corrompre les privilèges de l'Église et des clercs '. Profilant de ce que l'empereur avait à s'occuper de protéger contre les Sarrasins les frontières occidentales de ses États, d'empêcher les effets de la trahison des Catalans, et d'obtenir la paix de Godfried ^, les ecclésiastiques faisaient valoir, et la con* version qu'ils avaient obtenue de plusieurs Danois, et l'occasion donnée à l'impératrice elle-même de présenter la reine des Danois au baptême; ils invo? quaient comme preuve de leur puissance de nouveaux événements astronomiques tels, qu'Éginhard, qui était alors du conseil intime de Louis ^, dit qu'il n'est pas en la puissance d'un mortel de se faire une idée de leur nombre ^. Les reliques de saint Sébastien remplissaient aussi les Gaules et la Germanie du bruit dô prétendus miracles analogues ^.

AB 82T L'empereur accordait à Hériold de venir se réfugior en France, sur la rive gauche du Weser avec ses richesses ^ ; c'était par le clergé que celui-ci l'otbtengiti parce qu'il s'était fait baptiser 7. Des Normand9 ve^ naient à l'embouchure de la Seine, et leur cor d'ivoire, suivant l'expression d'un historien plein d'imagio^^ tion, faisait fuir vers l'abbaye voisine ^j çeïçi vont dire que le clergé faisait croire à une pQis3ance plu$ efficace qu'elle n'était réellement, A force d'égards,

(1) Bahize , t. 1, p. 6i7. (2) Éginhard, t. 1, p. 381. (3) Cordemoy. (4) Éginhard , t. 1 , p. 307.

(5) Notice sur Éginhard, t. 2, p. xij. (6) Ermoldus Nigellus, Ub. l. — M. Micbelet, p. 60. (7) M. Micbelet, p. 65. (8) Id.

les lég«(ts QbtQQai^nt, d^ Grégoire lY qu'il deiiDandàt à l'empereitr des Fraaks la coofirmatiou de son exaltation ' i, mais le clergé n'empéohait pas que les Nav^rrois ne ^'insurgeassent et ne se constituassent en royaume ^, malgré la prés^ence d'un des fils de Louis; il A'empèahait pas que les Bulgares n'exilassent leurs ducs fra^ks et ne se rendissent indépendants; il n'empêchait pas la révolution qui se faisait en Angleterre, et qui mettait fin à l'heptarchie^. Au surplus, Éginhard dit quei tout cela était aussi annoncé par des météores ^i qui traver^ient l'espace au milieu de la nuit, comme il afl^rme qu'il y en 9 eu lors de la translation en France des corps des martyrs Pierre et MarcelUn ^^

Ragnoard , archevêque de Rothomagus^, avait en ab m ces cir<;onstances un rôle difficile ; il aimait l'empe-» reur, il lui rendait la justice qu'une bonne discipline était SOQ but : ii étsait désigné pour ^ rendre au concile qui devait se tenir bientôt à Paris, afin , disait-on , de réformer les mœurs du peuple, et par là d'apaiser le cieL II disait qu'il voulait s'entendre avec ÉbOj l'archevêque de Reims, et avec l'archevêque de Tours, Dieu ayont permis aux démons de gâter Ifis bleds, et le diable l'ayant révélé lui-même par la bouche, d'une possédée 7, et tout le but du concile parut être de tracer les devoirs des princes. Malgré la résistance de Bernard, favori de l'empereur ^, comte de Barcelone, que l'on a donné pour l'amant de Juditl^, ce dont on s'occupa surtout fut la dignité^ la puissance épisco-»

(1) Maica , Ub. 8 , cap. 14. — Hénault , p. 61. (2) Hénault , p. 61. (3) Hénault. p. 61. (i) Éginhard , 1. 1, p. 391. (5) Éginhard, p. 393. (6} Pommeraye « p. 198. —Gilbert, p. 155. -* SerYin , 1«^ vol., p. 15. — La Ghron. des archev. dit en 829.

(7) Pommeraye, p. 199.

(8) Dict. hist. — M. Mennechet, t. 1, p. 242.

pale ^ : on s'occupa peu des sept articles dont on avait prévenu qu'on pourrait traiter ^. L'assemblée tenue à Aix n'empêcha point ces effets. Le duc Richard y si célèbre en Neustrie vint à mourir; son corps était à peine porté en l'abbaye des Dames à Fécamp^y que Ernes, fils du duc Samson d'Orléans^ et qui y comme neveu de Richard , devenait duc de Neustrie à sa place, non-seulement refusa l'hommage à Louis-le-Débonnaire, mais prétendit être roi de France : il fallut qu'un homme dévoué à Louis tuât de sa main ce rebelle, ce qui rattacha la Neustrie à la couronne, sans intermédiaire, du moins encore pour quelques années ^. Puis des Normands curieux venaient encore à l'embouchure de la Seine recueillir tous ces tristes résultats^, sans pouvoir toutefois quitter leurs barques.

An 829 Vala vit alors le moment d'agir à découvert^; la raison donnée fut que Louis voulait mieux traiter le fils qu'il avait eu de Judith que ses autres enfants. Vala se dit envoyé par les grands 7; il va droit à l'empereur, il lui fait publiquement des reproches. Alors les enfants de l'empereur, comme exaltés par le clergé, s'insurgent; ils se plaignent que Bernard, mal à propos et gauchement nommé camérier du palais^, voulait donner au fils de Judith la Rhétie et la Bourgogne, déjà attribuées du consentement des peuples; ils se plaignent que leur père se laisse déshonorer dans sa propre maison^; qu' Adélard dissipe tous les trésors de

(I) Millot, Hist. de Fr. t. i, p. 165. (2) Baluze, t. 1, p. 654. (3) Nagerel. (4) Id. — Annal, in Fuld. mon. p. 14.

(5) Ademarus Monachus apud Duchesne , p. 19.— Cordemoy.— Nagerel.

(6) Cordemoy. — Millot, 1. 1 , p. 152. — L'Art de véritier les dates.

(7) L'Art de vérifier les dates. — Millot, t. 1, p. 153.

(8) Éginhard, p. 40t. (9j llénault, p. 61.

l'empire' ; en vain Éginhard écrivait à Lothaire, dont il avait été le précepteur ^; Pépin même s'avançait eq • armes jusques à Verberie^j Lothaire prétendait que c'était à lui de diriger le mouvement; mais tous étaient d'accord d'enfermer Judith et Louis 4. Le capitulaire incomplet de Worms s'occupait de la police générale^, de ceux qui; sans le consentement de Tévêque, font ou défont des prêtres, de celui qui paie une dime où il ne doit pas la payer, du cas si triste de gens qui ne cultivent pas leurs terres pour n'en pas payer l'impôt , du rejet des mauvais scabini et de leurs remplaçants, du soin que les missi dominici doivent avoir des pauvres, du meurtre d'une épouse légitime ; ce capitulaire n'était pas ce que voulaient les insurgés.

Éginhard, en de pareilles circonstances, craignait certainement et de ne plus donner ses conseils avec liberté, et de ne plus consigner ses souvenirs avec indépendance; aussi, devenu languissant, ce fut la dernière année qu'il assista à la fête d'Âix-la-Ghapelle , il obtint de se retirer à la campagne ; il ne se rendit pas à la demande que lui fit l'impératrice de venir la rejoindre, il s'en excusa en termes pleins d'une respectueuse obéissance; et à ce moment finissent ses annales ^.

L'état du pays est bien triste; les évêques deAnsso Lyon^ d'Amiens, de Vienne, favorisent les projets

(1) Montesquieu, U 31, ch. 29. (8) Éginhard, édit. de ta Soc. de l'Hist. de fr., t. 2, p. 17. (3) Duchesne , p. 359 ad 380. (i) Hénault, p. 68.

(5) Baluze> t. 1, p. 661. — Isambert, p. 68.

(6) V. la note dans l'éd. de la Soc. de THist. de Fr., t. 1 , p. 401 , et la lettre d*Éginhard à Timpératrice , t. s, p. 71. -pV. Notice sur Éginhard, p. xviij.

deValaS qui est secondé par Hilduin'. Des seigneurs et des évêqnes déclarent l'empereur déposé ^. Louis Veut en vain recourir à des conciles, ou bien rappeler ses traits de courage à ses vieux ducs ^; il est raillé; il finit par se mettre à la merci des rebelles , tout en prêtant l'oreille à un moine habile qui lui dit qu'il se charge de les diviser^, et à un autre homme d'Église^ l'archichapelain Foulques, abbé de Jumièges, qui entretient son courage^. Il finissait par ne pas trouver mauvais que Judith et Louis se retirassent chacun dans leur monastère 7. Judith d'abord est rasée, voilée et enfermée à Sainte-Radegonde ^. Un moine de l'abbaye d'Eu , Watfroid ou Godfroy, consigne en secret seulement quelques vers sur l'exil de son impératrice 9. Louis convoque une assemblée à Compiègne ; il Veut parler avec une entière humilité, ne cherche point à blâmer la conduite des enfants de son premier mariage envers Judith ; la diète le force de s'asseoir sur le trône *^. Lothaire persistait à vouloir que Louis s6 fit moine; mais ce moine dont nous avons parlé, Gombaud, sème la division entre les princes"; il prend du temps : l'empereur demande de remettre la diète au mois d'octobre.

En octobre, enfin, la diète est tenue à Nimègue;

l'empereur a repris de son autorité , et même Lothaire

lui demande pardon.

Ao 151 On eût cru que le souvenir de l'énergie de Charle-

magne, et le seul sentiment de sa bravoure person-

(1) Dict. hist. yo Louis-le-i>éb. (2) Cordemoy. (3) Millot , t. 1, p. 152. (i) L'Art de vérifier les dates. (5) Millot, p. 15i. (fi) Deshayes, p. éd. (7) taénault, t. 1, p. 62. (a) Tbégan. — L'Art de vérifier les dates. — Le Dict. bisU v» Lothaire et vo Louis atteste ces faits. (9) Apûd buche^ne , p. d38. (10) L'Art de vérifier les dates. (11) Id.

nellè, allaient faire retrouver à l'empereur un de ces élans q\ii changent les cours et les peuples en un instâtit ; on patlait déjà de porter la guerre en Ârmorique'. Il perd le temps , il ne commence pas par extraire Judith de sa prison ^ ; il fait instruire , en pleine diète, le procès des conspirateurs; ils sont condamnés à nnort. Vite il se hâte de leur faire grâce à toM \ personne ne songe à le blâmer de sa clémence; mais, pour toute peine, il les relègue à leur tour dans des monastères; Vala lui-même, seulement am lieu d'être le riche abbé de Corbie, devient un simple moine sur les bords du lac de Genève. Il en êfit de même d'Hilduin ^. Judith revient ; mais à la condition qu'elle se purgera par serment qu'elle n'a pas commis les fautes qu'on lui impute. Enfin, il 6st convenu que Lothaire est réduit à son royaume d'Italie, et chacun des trois autres fils du roi est renvoyé dans ses États ^.

Daâs <!^tte bizarre conspiration , suivie d'une sentence pltls bizarre encore, Bernard n'avait pas retrouvé isa puissance. Yala était bien anéanti; mais c'était Oombaud qui prenait sa place : cela n'était pas suifilàant pour l'ambition d'un ancien premier ministre. Bernard s'entend avec Pépin pour tenter une nouvelle révolte^; c'est en Aquitaine que sera le noyau de i^tte conspiration ; c'est là qu'on appelle les nobles M \t& ecclésiastiques qui ne sont pas contents de l'état deë cho^ses.

Louis retrouve de l'action; il laisse Gombaud à la An ssi

(1) Asuononus, eup. 44, p. llO.-^Sismondi, 3« YoL-^NIthardus.— Annales de Metz.

(1) HénaiH» ^ 6«. (8) Corriêltioy.

(4) L'Art de vérifier les datas. (6) L'Art êè ?ériler les dates.

tête de radministration^ et celui-ci fait élever le savant Aldric à l'évêché du Mans '. L'empereur se met à la tête de Tarmée : il se rend vers l'Aquitaine , culbute l'avant-garde de Pépin , arrive à lui , le fait arrêter , l'envoie prisonnier à Trêves, et s'il n'est pas assez obéi quand il ordonne de le bien garder , si Pépin s'évade^, il n'en est pas moins vrai qu'un monarque d'un caractère si difficile à définir s'est élevé à la hauteur de son rang.

L'empereur n'a pas fait un acte de résolution, qu'il faut de suite qu'il commette un acte d'extrême com- An 855 plaisance envers Judith : il ôte l'Aquitaine à Pépin pour ia donner à Charles ^. Il semble justifier, et même susciter ainsi une nouvelle révolte des trois princes du premier lit 4, qui, cette fois, pour faire plus de frayeur à leur père, ont l'art de mettre le pape Grégoire IV dans leurs intérêts ^.

Louis va encore pourtant au-devant de ses fils : des ecclésiastiques , des nobles , des guerriers de toutes les parties de la France prennent parti dans cette guerre aussi préjudiciable aux intérêts de la nation qu'elle est impie ; on se rencontre sur la rivière d'Ill , dans^ une plaine justement nommée depuis le Champ du Mensonge ^. Le 24 juin, le pape demande un entretien au roi; comme cela a été reconnu tant de fois, avant et depuis, le temps de parlementer est funeste 7 ; pendant la nuit les princes font de belles promesses aux chefs, au clergé; l'em-

(1) Dict. hîst. vo Aldric. (2) L'Art de vérifier les dates. (3) Ibid.

(i) Gordemoy, t. 2 , p. 62, 63. — En cette année, 833, commence le Chronieon de Gest, Norm, in Franc., pour finir en 996, «a; antiquo exemp, carth, mont, apud Duchesne.

(5) L'Art de vérifier les dates. (6) Thégan , p. 282. — L'Art de Vérifier lesdates. — Hénault, p. 68. (7) Montaigne.

pereur était venu là avec son fils Charles , avec Judith ; on les arrête tous trois; un des enfants même retire le glaive du commandement de la ceinture de son père % et c'est de cette façon ridicule que se termine la bataille préparée. Judith, rasée de nouveau, est confinée dans un nouveau couvent à Tortone ^ ; Charles , son fils , est rasé et envoyé à Tabbaye de Pruym ou Prom ; l'empereur est rasé et conduit à Soissons dans l'abbaye de Saint-Médard ^.

Quel est le roi effectif de nos contrées ? ceci n'est pas défini : la jalousie des trois frères reprenait son cours; ce que l'on voulait d'accord, c'était d'anéantir les droits du fils de Judith, puis d'appeler tous ceux qui tenaient des bénéfices à se prêter aux nouveaux pouvoirs 4. Le i^^ octobre on tire l'empereur de son clottre; on l'amène à Compiègne au sein d'une diète convoquée par les ordres de Lothaire. Là, Louis F' lit les huit prétendus crimes sur un modèle donné par des évêques^; on assure qu'un de ses attentats était d'avoir fait marcher des troupes en carême^; il change de costume; il revêt un habit gris; Ébo, archevêque de Reims, le met en pénitence ; il reste six mois dans un cloître à la disposition de Lothaire 7 ; celui-ci le conduit à Saint- Médard de Soissons ^, puis à Saint-Denis ^, et déprécie lui-même la source de son pouvoir. ad 854

(1) Thégan. («) Thégan.— L'Art de vérifier les dates. —Auteur incertain ; apud Duchesne, eampus mentitui : qui fidem imperatori promiitehant meniiti sunt.

(3) L'Art de vérifier les dates. — Hénault , p. 63.

(i) L'aut. anonyme de la vie de Louis-le-Débonnaire , ch. 48^ 49.

(5) Çtordemoy. — Sim. de Sismondi , t. 3. (6) Dict. hist. vo Louis-le- Débonnaire. (T) L'Art de vérifier les dates. (8) Cordemoy.

(9) Mennechet , 1. 1, p. i53«.-^ L'Art dé vérifier les dates.

Cependant la puissance du clergé exécutait, le long de la Seine, le testament curieux d'Anségise, abbé dé Saint-Wandrille, mort le 20 juillet', qtii avait créé l'évêque Ragnoard un des légataires, et distribué ses largesses à quatre-vingts églises, parmi lesquelles figurent Jumièges, Loges, abbaye de femmes, Montivilliers , Saint-Ouen de Rothomagus, Sainte-Marie, Saint-Martin-sur-Renelle , Préaux, la Croix-Saint-Leuffroy, les villes d'Évreux, de Lisieux, de Bayeux.

Cependant aussi l'empereur qui avait de si bonnes qualités s'il eût su choisir ses ministres, qui avait tant d'activité s'il eût su la diriger, dévorait ses soucis dans les froides galeries d'un monastère ', sans domestiques, et la gracieuse Judith s'occupait peut-être encore de coquetterie sous le voile; s'il ne nous est pas permis de nous élever sur le «sommet des Alpes et de voir quel va être le sort de Tltalie, de l'Allemagne , de la partie méridionale de la France, élevons-nous à la hauteur de nos clochers tout nouveaux; considérons quel est l'état de la Neustrie : la Bourgogne conspire ; TAustrasie veut redevenir indépendante ; la Bretagne est déjà ea pleine insurrection contre les trois successeurs de Cbarlemagne sans distinction ^ ; l'Angleterre est sous une puissance compacte ; les Normands augmentent leurs flottes ; d^s nobles viennent s'établir dans les abbayes les armes à la main, à moins qu'ils ne trouvent de ces abbés qui avaient naguère porté le

(1) ËginhftTd, éd. de la Sec. de IWsl. de Fr.-, pw 3.— A. Le Prétest, ùùies, t>* 13.«^Lâiiit^ois, Saint-Wàndritte , p. 143. — Qerdenoy, C s, p. 50. (2) Mènàechet , 1. 1, p. 253.

(3) AstroBOnMift, «ap. Hy p. UO. ^ Amulei ée Metz.

baudrier d'or, les éperons, et les couteaux enrichis de pierreries '. C'est dans ces circonstances que tout ordinairement dépend d'un homme, ou là ruiné ou une nouvelle énergie ; cet homme sera le moine dont nous avons parlé, ce sera Gombàud, et il siégera un jour à l'archevêché de Rothomagus.

Gombaud comprit que la division des trois fils de l'empereur * et la bonne foi de celui-ci ^ rétabliraient les choses dans leur état légitime ; il trouvait d'ail^ leurs chez l'impératrice une énergie telle qu'elle pou^ vait, comme il est arrivé souvent aux femmes, servir d'exemple dans le malheur aux hommes les plus résolus.

Gombaud finit par mettre du côté de Louià un duc Egghebart; celui-ci, assisté du comte de l'Estable, assemble le plus de partisans qu'il peut en Neustrie ^. On provoque le 1"mars une assemblée nationale à Nimègue^. Pendant qu'il envoie des hommes de confiance près de Lothaire^, Egghebart fait comprendre au roi d'Aquitaine les vues secrètes de Lo^ ihaire, qui voudrait régner seul ; il agit de même près du roi de Bavière 7; il entretient le zèle de Ragnoard, l'archevêque de Rothomagus*; il favorise l'élection de Foulques, abbé deSaint-Wandrille^ ; Louis, dans son «lottre, reçoit un billet qui lui donne du courage'^. Lothatre était lui-même un homme irrésolu " ; il savait bien s'însui^er, mais ne savait pas agir chez seé

Xi) Monlesqtâéu , notes, 1. 31, ch. 9\. (S) Hénault , p. e^.

13) Sim. de Sismondi, t. 3, p. 16. (i) Gordemoy, p. 63. — Auct. incert. apud Duchesne. (5) Hénault, 1. 1, p. 62. — L^Art de héritier les dates dit à Saint-Denis. (6) Auct. incert. apud Duchesne.

(7) Hillot, t. 1, p. iSi.^Mennechet, 1. 1, p. iu. (S) t>oinlméraye.

{H) làn^bis, t». U<(. (tO) Cordemoy.

(11) Sim. de SisliidiiA , t. 3.

rivaux. Pépin, pour se rendre son père favorable, marche enfin contre L^thaire, avecEgghebart; celuici somme le fiis de mettre le père en liberté; il avance et délivre Tempereur'. La diète déclare Lothaire exclu de l'association à l'empire^, et Louis-le-Débonnaire est reconduit à Aix-la-Chapelle dans son palais 3. Il retire Judith du couvent; il lui fait jurer encore qu'elle est innocente des crimes dont on l'a accusée ; elle se soumet à l'épreuve du feu , usage absurde et si bien détaillé par le président Hénault 4, et les voilà ensemble replacés sur un trône si singulièrement étayé.

Louis^ au lieu de penser au sort des peuples, et de reprendre peu à peu toutes les parties du gouvernement; de s'entourer d'hommes plus dévoués, de recruter l'armée en lui promettant de justes récompenses, de parcourir son evipire et de mettre des sentinelles aux frontières^ Louis ne pense qu'à sa vengeance contre son fils; c'est contre lui qu'il marche d'abord^. Il est heureux de le forcer à demander pardon, de lui faire jurer qu'il partira pour l'Italie et ne reviendra pas sans ordre; mais c'est à peine s'il veut s'occuper de ces réunions que Charlemagne, au faîte de la puissance ^ regardait comme le vrai moyen de connaître An S55 les besoins de la nation. Il veut bien qu'une assemblée à Thionville, dans laquelle figurera l'évêque de Rothomagus ^, déclare absolument nul tout ce qui a été fait contre la couronne ; mais il se réjouit que Ton provoque un procès contre les évéques complices de

(1) Gordemoy. (a) Hénault, l. 1, p. 62.

(3) L'Art de vériûer les dates, (i) !•' vol. p. 62. (5) L'Art de vérifier les dates. (6) Id. — Pommeraye, Vie de Rag- Doard. — Sim. de Sismondi , t. 3. — Dict. bist, p. i45.

ses fils ' ; la mort de Pépin ne l'attriste point ^ ; dès ao m qu'il a favorisé l'élection de Gombaud à Tarchevéché de Rothomagns^^ qu'il a visité Éginhard^, tout son ad m soin est de s'occuper d'une comète^. C'est à peine s'il a le temps de permettre l'armement d'une flotte pour agir contre les Normands ^. Aussi la reine sut encore faire que sa prédilection pour son fils donnât naissance à de nouveaux malheurs. La voilà qui emploie tout son art , toute sa rancune , tout son empire sur l'esprit de son époux à lui pei^suader qu'il fallait indemniser son jeune fils des humiliations qu'il avait subies en commun avec ses parents. Elle fait assembler une diète, plus nombreuse que jamais , à Aixla-Chapelle. Un nouveau partage va être opéré entre les fils qui restent à Louis-le-Débonnaire. L'impératrice fait entendre qu'il serait bien que celui qui porte le nom de son aïeul eût comme lui la Neustrie : Quam homonymus Karolus habuit, id est Nemtriam7 ; cette opinion est accueillie^. Nithard désigne avec détail toutes les parties des Gaules qui formaient ce royaume : ce qui se trouve dans l'angle formé par la rive droite de la Seine et par l'Océan , en est ^. Les fonctionnaires, le peuple sont témoins. L'empereur attache au côté de son fils son épée ; il le ceint d'une cou-

Ci) Miilot, 1. 1, p. 160. (2) L'Art de vérifier les dates. — Hénault.— Sim. de Sismondi. — Ces deux derniers auteurs portent la date à 838.

(3) Pommera]fe, p. 202. — Gilbert. — Servin , p. 15.

(i) Vie d'Éginhani, p. xx. (5) Francœur, p. 181. — Cordemoy, t. 2, p. 80. (6) Duchesne, Ann. Fuld. p. li.

(7) Astronomus, apud Duchesne, p. 316. — Miilot, 1. 1, p. 161.

(8) Baluze, t. 1, p. 685. — Monlfaucon, 1» vol. — Masse ville , t. 1, p. 73.— Isambert, 1. 1, p. 70. — L'Art de vérifier les dates, art. de Louisle-Débonnaire, reportait , par une erreur évidente, le fait à 839; à Tart. de Charles-le-Chauve , la date 837 est rétablie.

(9) Apud Duchesne, p. 361.

ronne royale. Avant de Tenvoyer pourvoir à la sécurité de ses domaines, il invite les docs^ les comtes, tons les fonctionnaires de Neostrie qui sont là, à mettre leors mains dans celles de Charles, à lu prêter serment ', saof à compléter cette formalité par la prestation de serment des antres s^gnears en Neustrie.

On comprend qne cette désignation donne lieu à de nouvelles rumears chez Lotbaire, chez Louis, diez leurs partisans ' ; ils semblaient presque avoir le droit pour eux. Des troubles allaient reprendre dans toutes les parties de Tempire.

Les Normands, habitués à vivre sur mer ^, comme de raison , faisaient leurs incursions curieuses et dévastatrices : ils pillaient quelques parties des Iles Britanniques , la Frise, les lies de Walcheren et de Donstadt, puis se retiraient ^. Ils surprenaient Marseille ^^ et remportaient bien vite quelque proie, dans la crainte que la pensée ne vint de leur fermer le port. Avant que Charles eût pu visiter les rives de la Seine et les fortifier, un Champenois, Hastings, qui, né près de Troyes, affectait des manières de pirate étranger ^ jouait le rôle de forban , et se mettait à la tète d'une flottille normande, remontait ce fleuve avec quelques barques de cent à deux cents hommes; il abordait la

(1) Astronomus, loc. cit. (i) Nithardus, apud Dachesne, p.

(3) Depping, 1. 1, p. 16.

(i) Mallet, Hist. du Danemark « 3 vol. in i. 1TS6. — P.Fréd. Snhm» Origine des peuples du nord, 1770. — Hist. de Témigr. des peuples du nord, S vol. in-4. 1772, 1773. — Schœning , Hist. de Norwége, i vol. in-i , Copenhague, 1771, 1781. — Chron. de Gestis Norm., t. 8 , p. 594. L^Art de vérifler les dates. — Âdemarus monach. apud Duchesne, p. lH. — - Sim. de Sismondi , t. 3. — Gordemoy, t. 2, place le fait en 83e.

(5) Sim. de Sismondi , t. 1, p. 134.

(6) Belfonts, Ann. Franc, préf. xyii.

ANNALES DES CAUCHQIS. 441

rive droite; il desceadait à Fontenelle ' Qt forgait Foulques, ohhé de ce monastère , à lui verser six livres pesant d'argent *.

Loais, fils du Débonnaire, croit que l'occasion est An m bonne pour se révolter contre soa père ^ ; il n'obtient pas de parti^aqs aux états de Kiersy-sur-Oise ^ -, mais, avec une armée dévouée, il s'empare de plusieurs villes à ^a convenance ^ et force son père à venir à ^ rencontre ^. On use de pourparlers; on se rend, le 30 i^ai , à la diète de Wornxs: l'empereur ne veut donner que la Bavière à Louis et partager le surplus entre Lothaire et Charles 7; celui-ci aurait non-seulement la Neustrie, mais l'Aquitaine ^, mais l'Austrasie et la Bourgogne ; Lothaire seul aurait le titre d'empereur 9, Alors le roi Louis s insurge tout àfait^ sans même demander désormais de partages; il se moque de l'envoi qui est fait à Lothaire, par l'empereur, de l'épée , du sceptre d'or enrichi de pierres précieuses, à charge de rester fidèle à Charles et à Judith '°; il parle ouvertement de guerre. L'empereur va faire un dernier effort de courage, une action commence; il met son fii& en fuite' '; mais ne pouvant plus tenir à tant de traverses, ad 84o è tant d'émotions, il fléchit, il tombe malade* Une

(1) L*Art de vérifier les dates.— Aimoio. — M. Mennechet , p. 9^6. -< Toustain de Richebourg place le fait en 835.

(i) Langlois, Hist. de Saint-Wandrille, p. IM. (8) Duchesne , p. 917, meutioune une c^^ronologie en 34 pages i^-fol.,,qiû coœmeQce en ostte année et conduit à 896.

(4) Sîm. de Sismondi.

(5) L'Art de vérifier les dates. — Hénault, p. 64.— M. Deshayes, p. 34 , place par erreur à 838 une charte de Pépin, du .23 avril , qui accordait à Herbert, abbé de Juraièges, la restitution de certains biens.

(6) Hénault, p. 64. (7) L'Art de vérifier les dates. —Mennechet, 1. 1, p. S56. — Sim. de Sismondi. (8) L'Art de vérifier les dates.

(9) Millot, 1. 1, p. 161. — L'Art de vérifier les dates. (10) Duchesne, p. 317. (11) L'Art de vérifier les dates.

éclipse et deux comètes à la fois lui semblent des événements trop extraordinaires pour ne pas présager la mort d'un empereur; pendant six semaines il ne prend pour toute nourriture que Thostie; le 12 des kalendes de juillet ou le 20 juin à Ingilhem ', dans une île sur le Rhin^ ce monarque^ dont un auteur contemporain, Thégan^ nous a laissé deux portraits, Tun au physique l'autre au moral, si vrais qu'on croirait le voir et l'entendre encore ^, descend dans la tombe, pardonnant, dit-on , à Lothaire ^, prévoyant bien que le rôle de Judith n'était pas fini, laissant l'héritage de Charlemagne dans un état misérable, anarchique, débordé de toutes parts.

Quoique donnée à Charles en présence d'une grande assemblée, et quoiqu'il eût reçu le serment de fidélité de ses seigneurs, la Neustrie n'était pas tranquille. L'activité de Judith qui venait , dans ses habits de deuil, intéresser les Neustrieas, mais dont on soupçonnait les moeurs^ malgré ses deux serments , n'était pas une garantie suffisante; on comprenait pourtant qu'une bonne armée, bien compacte, bien commandée, pourrait donner encore à la Neustrie son ancienne position. Tous les ducs, tous les comtes , tous les abbés s'occupèrent d'assembler des soldats. Lothaire voyait à son tour qu'il fallait et une irruption subite et une diversion. Il fait prévenir les Normands, sous main, d'entrer par la Seine; lui-môme, avec le fils de son frère Pépin, tandis que Charles II était dans

(1) Ordéric Vital, I. 5, à Fart. Grimbaldus. — L*Art de vérifier les dates. — Isainbert, t. 1 , p. 59. — Hénault. — Dict. hist. — Sim. de Sismondi, t. 3, p. 46. — Mennechet , t. 1, p. 257. — Ladvocat. — A. Le Prévost, p. 17.

(i) Duchesne, Hist. de Fr., p. 317. (3) Millot, p. 162. •

l'Aquitaine, vient vers notre fleuve et se dirige le long de la rive droite '. 11 fait ramener vers cette rive tous les bateaux. Hastings remonte ^^ vient vers la ferme royale d'Arelaunum et la bouleverse, vers l'abbaye de Jnniièges, et les moines sauvent leurs trésors qu'ils envoient en Flandre : on a recueilli le nom d'un moine mort en défendant son couvent ^.

Charles accourt par la rive gauche du fleuve^ le tra- An t4f verse sur des navires marchands , le 31 mars ^; un combat entre les.deux frères va être sanglant... Ils ont une entrevue ; un armistice pendant lequel chacun se fait des partisans dans la noblesse et le clergé ^ est suivi d'un traité, et Charles se borne à céder une partie de la Neustrie ^. Il s'éloigne de ce théâtre de la guerre pour retourner vers les autres limites, contre le roi Louis ; hé bien, il n'est pas plus tôt parti que, le 1 2 mai, d'autres Norvégiens bien plus nombreux, malgré les gardes préposés à l'embouchure de la Seine 7, y montent avec le flot ^; leurs armes défensives sont : un bouclier, un casque mal fait^ qui se prolonge sur le nez, et des cottes de mailles; leurs armes d'attaque sont : une pique fort aiguë, une épée courte, des haches, des javelots ^; leurs barques sont allongées et tirent peu d'eau; ces hommes sont d'une belle taille, d'une grande agilité; ils sont sous la conduite d'Ogé-

(1) A. Le Prévost, notes, p. t7.— Nithard, a. — Ann. met.

(9) Ghron. Taron. apud Duchesne, p. 25. . (3) Deshayes, p. 38.— Guill. de Jum. apud Duchesne, p. 219. (4) Sur la forme des navires, v. Musée pittoresque, juin 1844, p. 192. (5) Montesquieu, 1. 31, ch. 23.

(6) Hénault , p. 66. — Mullié. — Cordemoy, t. 2. — M. Michelet. — Nithard , 1. 2. (7) M. Capefigue , 1823.

(8) M. A. Le Prévost, p. 18. — L'Art de vérifier les dates.— Ghron. de Fontenelle ou de Saint- Wandrille : elle commence en cette année et dure jusqu'à 856. — L. Dubois, p. 7.

(9) Th. Bartholini , ant. dan. — Goldsmitb. — Pinnock, 1840.

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