‹ Annales des CauchoisChapitre 7 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

146 Al^NALES DES CAUCHOIS.

encourageait les traditions de Jumièges et de sainte Austreberte, qui avaient peut-être pour but d'effrayer les Normands * ; il envoyait en Poitou , contre ceuxci, une armée qui fut assez heureuse'.

An 869 II applaudissait au choix fait à Rothomagus, d'Âdalardus ou Adalard, comme archevêque^, lequel devait bientôt figurer avec quatre-vingt-dix-neuf autres prélats au concile de Constantinople. Il signait à Pitres un diplôme en faveur de Saint-Bénigne de Dijon ^, et il le datait du 21 juillet. C'est dans cette résidence qu'il arrêtait, avec le concours de plusieurs évêques et de beaucoup de seigneurs, un capitulaire sur les honneurs et les immunités des ecclésiastiques « et des Églises , mais aussi sur les précautions à prendre avant d'excommunier^. Il faisait dresser un acte important, le dénombrement des exploitations rurales dépendant des domaines des évêques , abbés et abbesses , le nombre de ses vassaux , la liste de leurs domaines, Timpôt nécessaire à l'entretien du domaine de Pitres^. Puis, vivement occupé par les conséquences que devait avoir pour lui la nouvelle qu'il apprenait de la mort de Lothaire , roi de Lorraine 7 et de Provence , qui ne laissait pas d'enfants légitimes, l'empereur Louis , n'étant pas en état de faire valoir ses droits, il partageait avec Louis-le-6ermanique ^ et prenait alors le titre d'empereur, comme Charle— magne et comme Louis-le-Débonnaire. La colère du

(1) Deshayes, p. 186. (2) Cordemoy, t. J, p. a59.

(3) Pommeraye, p. 215. — Gilbert, p. 155. — Servîn, l^ vol., p. 15. — La Chron. des archev. de Jean Dadré place à tort, en cette année, rélection de Riculphe, p. 111.

(4) M. A. Le Prévost, notes, p. 38. (5) Baluze, t. 2, p. 209.

(6) M. A. Le Prévost, notes, p. 38. (7) L'Art de vérifier les dales.- Hénault , p. 72. (8) Balaze, t. 2, p. 221.

pape, qui menaçait de venir lui-même en France, n'arrêtait pas ses pians ^ Ainsi, ce roi de Neustrie qui avait été sur le point d'être réduit au rôle du triste Clotaire, se voyait, comme lui, à la veille d'avoir un empire immense, et dont la gestion, il faut le dirQ^ était an-dessus de ses forces. Il se fait toujours couronner à Metz, le 5 des ides de septembre 869. Nous avons, et le capitulaire qui le décide, et le procès- verbal de cette cérémonie, à laquelle assistèrent beaucoup de seigneurs neustriens ^.

On dirait que les Normands avaient des espions, qui les avertissaient de tout ce qui se passait sur la Seine : dès que le roi s'est absenté pour aller traiter avec Louis-le-Germanique, les voilà qui remontent leur fleuve favori; ils surprennent même Paris, et pillent l'abbaye de Saint-Germain ^ ; puis brûlent les magasins de la ville, et le roi envoie traiter avec eux , plutôt que de revenir ou de diviser ses forces 4. Dans sa co- An m 1ère toutefois, et sur le mécontentement que lui donnait son fils Garloman, abbé de plusieurs monastères, qui voulait se mettre très-bien avec le pape, et qui parlait de se joindre à ses ennemis, il le privait de ses abbayes ^, et l'envoyait en prison à Senlis ^.

Est-ce un instant de repos pour l'historien nor- An 87i mand? On dirait qu'il est accordé seulement pour noter deux choses : l'avènement du grand Alfred sur

ta

(1) Millot, t. 1, p. 181. — Mennecbet, t. ly p. 172. — Isambert, t. 1, p, 70, 83. — Cordemoy, t. 2, p. 261, 268.

(2) Baluze, t. 2, p. 215, 801. — MeDoechet, t. 1, p. 272?— L'Art de vérifier les dates place le fait en 870, mais le procès-verbal parait devoir l'emporter. — M. Sim. de Sismondi n'a fait que suivre TArt de vérifier les dates.

(3) M. Depping, 1" vol. p. 198. (4) GesU Norm., apud Duchesne, p. 3. (5) L'Art de vérifier les dates.

(6) Cordemoy, t. 2, p. 279.

le trône d'Angleterre ^ trône qu'il a en tant de mal à conquérir', et le penchant de Charles-le-Chauve à mal choisir ses officiers et ses fonctionnaires '^ ce qui mécontentait tontes les classes.

AS tn Le décès de rarchevéqae Adalard , qui permettait d'appeler sur le siège de Rothomagus, Riculphe, fournit l'occasion de relever un fait vraiment curieux , et qai est un trait de mœors : le nouveau prélat possédait de grands biens dans le Beauvoisis; il en dotait son église^; il lai donnait entre autres la terre de Romilly sur Andelle, et cela seulement parce que, le 16 novembre y après avoir visité à Gany les reliques de saint Ouen, de saint Nicaise, de saint Quirin, transportées là par la crainte, des Normands , il avait eu la faculté d'ouvrir la châsse de saint Ouen, et d'en extraire pour lui quelques reliques ^.

L'ordre semblait revenir. Nous avons la formule do serment que les évoques , les laïcs , les prêtres devaient prêter au roi , selon le modèle daté de Gondulfe sur la Moselle ^.

AB S75 Charles se consolidait évidemment, quand il réanissait à Kiersy une assemblée plus nombreuse encore que de coutume (in generali placito), pour rendre un capitulaire qui obligeât tous ses sujets, sur la police générale du royaume, sur la punition des prétendus sorciers, sur le mode d'élection des échevins, sur les peines en cas de corruption, sur Tabus du droit d'asile ^. On devait croire à un grand avenir, '^ quand on voyait le roi prendre un parti vraiment

(1) Dict. hist. (2) Gordemoy, t. 2, p. 293. (3) Pommeraye, p. M. — Chron. rolh. — gervin , l«r vol. p. 15. — Gilbert. —Jean Dadré.

(4) M. A. Le Pri^ost, noies, p. 39.

(5) Baluze , t. 2, p. 225. (6) Id. p. 227.

habile à l'égard des Normands qui attaquaient la Frise ou qui manœuvraient sur Angers ' ; mais un événement vient atténuer ces espérances; il semble présager de nouveaux malheurs! Garloman voulait continuer le rôle de rebelle ; il rejetait sur la faute de son père une disette épouvantable ^ qui régnait dans une partie des États de l'empereur, et celui-ci , chose horrible à raconter, celui-ci père, celui-ci roi , faisait crever les yeux à Garloman ^ ! On dirait qu'à partir de là, une atmosphère funeste environne et Charlesle-Chauve et sa race ; c'est de ce moment que commence à figurer celui qui remplacera un jour en' Neustrie les descendants de Gharlemagne ; c'est de là que Hrolf se fait un nom ^ ; il échappe à un grand danger et il vise à la gloire; un contemporain le qua- . lifie de potentissimus^. Mais gardons-nous d'anticiper, car les événements vont assez se presser pour avoir, au contraire, besoin de beaucoup de recueillement et de critique ^.

Charles-le-Ghauve n'était pas satisfait d'avoir reçu An m le titre d'empereur seulement dans ses États; il lui semblait qu'il aurait beaucoup du personnage de Gharlemagne, s'il était aussi proclamé par la voix du pape: tous ses efforts tendaient à cela; il n'en était pas distrait par les événements qui se passaient dans la petite Bretagne 7, ni même par la disette qui con-

(1) Depping, t. 1, p. 204, 205, 206. — Rhéginon, apud Duchesne, . p. 7, 8. (2) Dulaare.

(8) Anii. de Saint-Bertin.— Cordemoy, t. 2, p. 298.— L'Art de vérifier les dates.— M. Sim. de j^smondi place le fait en 87i.

(4) Monacbus Floriac., apud Dachesne, p. 32.— M.Latena, Biogr. univ. vo RolloD.— M. Depping, t. 1, p. 209. (5) Monach. Floriaç.

(6) Le chron. Turon. avance itérativement Varrivée de RoUon, fioriacttm 60 monaehot trueidaviif Ducbesne, p. 26. .

(7) Chron. rheginoD, apud Ducbesue, p. 8.

430 ANNALES DES CAUCUOIS.

tinoait de ravager ses provinces'; et le pape qoi^ malgré le vœu de la plupart des évéques *, créait on primat des Gaules eo la personne d'Anségise, archevêque de Seusy s'entendait avec Charles, à ce point qu'il lui donnait le droit d'assembler des conciles, pourvu seulement qu'il voulût bien prendre le titre

An »" de conseiller secret de la cour de Rome ^. A ces conditions il lui conférait la couronne d'empereur romain^, ou le titre d'auguste, circonstance qui a fait émettre cette spirituelle réflexion, que la France devenait une théocratie, l'Italie une fédération de princes, l'Ailemagne une république^. L'archevêque de Rothomagus, Jean l" ^, applaudissait à cette résolution de son empereur, ainsi qu'à une cérémonie du 25 décembre, lors de laquelle Charles-le-Chauve recevait à Rome la couronne impériale; aussi, la haine qu'il s'attirait était à la connaissance de Hrolf , l'homme du nord dont on a déjà parlé deux fois, qui voulait visiter l'Angleterre, et qui, s'il était repoussé par Alfred-le- Grand 7^ était averti par ses songes même ou ses avisions, comme le marque un manuscrit du temps, qu'il régnerait sur cette Neustrie^, que Charles défendait si peu , et d'où il s'absentait si mal à propos.

An m Charles, couronné une troisième fois, s'empressa de convoquer un concile à Pont-sur-Yonne, et il eut

(1) Dulaure, (2) Dict. bist. yo Anségise II.

(3) Cordemoy, t. 2, p. 308. (4) Dacbesne , Hist. fr. — Biogr. Univ.— Gordcmoy, p. 308. — Dict. bist. Y» Gharles-le-Chauve (5) M. Sim. de Sismondi y t. 3.

(6) Gilbert. — Pommeraye, p. 216. — M. Depping place à twt le nom de Vitton comme arcbev. en cette année, 2« vol. p. 72, et les mss. par lui cités. — Adémarne place le couronnement qu^en 876. V. Duchesne, p. 19. (7) M. Liquet , t. 1, p. 49.

(8) Hist. des ducs de Norm. d'après deux mss. de la pD>l. du roi , p. 6 ei suiv. — Soc. des ant. de Norm. 1887, 8, 9 , p. 75.

même le plaisir d'y voir cinquante prélats, entre autres Tarcbevéque Jean/ qui stipulait avec ardeur les droits de Tabbé de Saint-Ouen^ Il se faisait rendre compte de ce concile de Pavie, où il était décidé que les vassaux doivent aimer le seigneur comme un père^; il faisait décider par le concile que personne ne cachât de rebelles, ne leur donnât aucun secours; et l'archevêque Jean se hâtait de signer ^. Charles consentait, sur la proposition de quelque prélat, que l'on fît l'épreuve du fer chaud, de l'eau chaude et de l'eau froide, pour savoir si la primatie d'Anségisa durerait^; pendant ce temps, une véritable famine désolait Paris ^. Le 14 septembre^, cent bateaux normands^ plus vastes que de coutume, les mêmes qui avaient déjà touché en Angleterre, et qui, jetés par une tempête à Walcheren , avaient signalé les noms, le courage, la générosité des chefs, s'étaient ralliés à l'embouchi^re de la Seine ^ comme à la principale porte de la France 7. Hrolf en avait certainement quelques-uns dans cette flottille ^, et Bernard le Danois, l'auteur de la tige appelée maison d'Harcourt, s'y trouvait^; ils remontaient le fleuve '°.

(l) Pommcraye, Éloge de Jean I«'. (2) Cordemoy, t. 2,

(8) Baluze, t. 2, p. 245. (4) Cordemoy, t. 2, p. 3t7.

(5) Puiaure, 1. 1, p. 464. (6) M. Capefigue, p. 174.— L. Dubois, p. SI.

(7) Strinholm , Hist. des Scandinaves. — L. Dubois, p. 39.

(8) Ordéric-Vital, 1. 5 , trente-neuvième distique. — Deppîng, t. 1, p. 21$ , 219 et notes. — Dud. de Saint-Quentin , ap. Ducb., p. 75 et 76. -> Ç^pefigiie, p. 174.— lis. de Sainte-Palaye.-— De rébus gest. et rege Angl. — Revue de Rouen, p. 213. — Corp. lûst. medii aevi. — Eccard place la ^te en 860. -^ AlbéTic en 882. — Lat^a en 876. — IJquet , p. 50, et A. Le Prévost, notes, p. 40 j ne reconnaissent pas que RoUon fut de TexpédUkm; il$ sont les seuls. V. Ms. dépoié à la Bibl. de TAcad. de Rouen, avec répîgr. Ades ô mihi,

(0) Delaroque, 4 vol. in-fol., Hist. de la M. d'Haixourt.

(Ift) GuiU, ^ lum. — Rob. Wace, vers 1148 « 1150. -r Noël , Ms. aux

•m a33xLMS^ ])£$ rll^OISOiS.

Âî}tr TiguE -ax S^msaÎE^ bàsMBÊà toît aux

•ot cGiDfpaniiiiiiL Â Ihoamck «i é& b Xorr^e.

Ib dâon^siuBBl a -xite parte «fas mes qpi fionne jvp:tinrkK à koa > boi^ d& brae Gmd-Ploiit, eC qK se si:iiiiiiaÊc ITle Sam i farta. L'archevêque Jean » preçtancait a «bx, ^ui ■lîl di tfps et les Nor- ■wdr aiiaBfiBl jefter f— ii jkk Ebaps '. Le nÂ, fnoccmpt 4e ka prse et foase^im de Booreaiix EcatéV'îf^ieSbB. sus feasetàstm aBcîeiiiie Neostrie, préveas eefHeadaHl par rardwêqœ Jean, se maleacaîc de bm dire à ÛMnd de se leodre vers la Seine areeqnelqves avtres «ervitens; aiab pour composer. Cehii-cî offirah asx kcMues da nord, el ils aocepiaieiit , cinq aiflle Imes pesant d'aryen! : ce n'élaîeal pas des Taleors moDélaires qn'Q leur fidlait, e^était une masse de métal, et elle était ler^ sar-lechamp, par contribulioD extraordîiiaire '. A ces conâiîiùos. Boihoiiiasii? et le lilloral de la Seine étaient respectés ^, et les Xonnands se reportaient vers Baveux*

Les délégués da roi avaient soin qo*il n\ eài que la partie de la Neostrie située ao nord de la Smne qui pavât cette triste redevance ^; pnis, soit qn*nne pl^i-

AftMtté de VAeaa. àe Eomb, pfcaier cMer, pw It.— A. Le Pievost, iMXei, — neppiag, 1. 1, p. tll.— liqvet, p. ».— MaUié.— L. DsboK, P' ^t.'FoMMtaye, p. tl9.^SernB, L 1. pw IS.^MisKnlIe, 1. 1, p* M.^DmMïHiil, Cbm. MKU., p. 7.

d) Chrfll. de Job., p. 9».— KeiiCT, Uspde, p. IT.^Iiqwl, t. 1, p.M.'lmtliitL inr. ^Soe. des ait. de Nonn. 1835, p.Sll.— Bobamy, Mes. de TAcad. des inseript. et belles-lettres, 1. 15 et 17. — GhroD. de fsint Denif.— nesbayes, Jom., p. *ô.

(f ) Mf. deSafaite-Psbye. ^ Dodoii de SaiaHhieBtûi.— DiMi Ronquet, t #, (•) Oipeigoe, p. I7#. (*) M. nepphig, t. i, p. ati.— M. A. Le Frefofi^ oolei, p. 41. — G(Mntoaj, 1. 1, p. S19.

ANNALES DEk CAUCHOIS. 463

résie dont le roi était attaqué , ait fait de rapides progrès, soit que les reproches qu'il dut se faire, et la pesanteur de la couronne devenue un joug, l'eussent écrasé, Cbarles-le-Cbauve était frappé de vertige.

Rien de plus triste que l'année 877, pour uneinsTr grande partie de la France. Le pape envoyait bien une couronne à Gbarles % en lui adressant les actes d'un synode de Rome^ portant confirmation de l'élection d'un fils de Louis ; mais un autre acte rédigé en France était intitulé : exactions des Normands dans la Seine, c'est-à-dire, contribution exigée par les Normands pour se retirer de la Seine ^. Un capitulaire était lancé sur le régime de l'Église et de l'empire , que l'on déclarait obligatoire pour le fils de l'empereur 3 ; un autre sur le gouvernement de l'empire et de l'Église au moment du départ du prince pour l'étranger, capitulaire qui devait être récité devant le peuple par le chancelier ^ ; capitulaire qui statuait sur l'élection des conseillei*s du roi, sur la fidélité à lui due, sur les investitures, les fiefs héréditaires^, la succession aux dignités d'un homme qui se retirait du inonde, le mode de délibérer au conseil : en tenant absolument à ce que l'impératrice fût sacrée à Rome ; mais l'Empereur sentait son incapacité augmenter avec les besoins qu'il avait de vastes lumières ^ ; il comprenait quels désordres allait amener sa politique

(1) Gordemoy, p. SM. (a) Balnze , t. s, p. S57. — Duchesne, p. 460.

(3) Baloze, t. S, p. S59.

(4) Baluze, t. 9, p. i59. — Gordemoy, t. S, p. S93, — Gazette des triiMinaux , juillet 1839. — Aut. cités par Isambert, 1. 1, p. 85.

(5) Gordemoy, t. S, p. 825. — Montesquieu , t. 7, p. 89. — $ini. de Sismondi.— Ratliery, lost. jud. en Norm. in-8.-* L'Art de vénlier les dates D6 voit paslà Thérédité des fiefe.

(6) Sim. de Sismondi , t. 3.

de chercher à reprendre avant de savoir conserver * ; il s'éteignait, et nous doutons, nous, qu'il ait été empoisonné par Sédécias, son médecin, comme on 1 affirme généralement ^ ; ce que nous remarquons, c'est que tandis que l'on rapportait, le 6 octobre, son cadavre du Mont*Genis, pour être enterré à Nantua, sauf à être exhumé et transféré à Saint-Denis^, Louis 11^ son 61s, surnommé le Bègue , qui montait sur le trône , n'offrait guères, bien qu'il eût plus trente ans, un caractère apte à rassurer la Neustrie. Les Neustriens le connaissaient déjà : accompagné de l'abbé Hugo , de l'évêque Walterus, de l'évêque Wala, de l'évéque Guillibertus , il était venu visiter , par ordre de son père, ces États dont il devait être l'empereur^, spécialement le pagus Tellau, et l'on n'avait rien remarqué dans sa tenue, dans ses discours, qui promit une amélioration au sort des gouvernés.

C'était presque malgré lui, qu'immédiatement après le couronnement qui avait eu lieu à Compiègne le 8 décembre 877 ^, et lors duquel il se disait roi par la miséricorde de Dieu et l'élection du peuple, il avait calqué ses promesses sur les demandes à lui faites par les évêques ^ ; c'était à contre-cœur qu'il avait promis de se rendre à un synode qui serait présidé AnsTspar le pape, à Troyes, Tannée suivante 7; synode pour lequel le pape avait fait les convocations^

(1) Millot, t. 1, p. 185.

(5) Gordemoy, p. 826. — Hénault , p. 73. — Biogr. «niv. — Dict. Mst — M. Depping semble partager notre doute, 1. 1, p. 228. — L'Art de vérifier les dates dit : empoisonné ou non par Sédécias.

(8) Gordemoy. — Hénault, p. 74. — L'Art de vérifier les dates.— Menaechet , 1. 1, p^. in, (4) V. sur cette visite et sur Tétymologie de TeUaUt Baluze , p. 771, tt« vol.» uie eiplicatioa fort daire.

(6) Baluze , t. a, p. 305. (6) Balu«e, t. 2, p. S71.

(7) Baluze, t. i, p. 273.

spécialement à Tacchevéque Rothomagien ^, et où Ton devait s'occuper exclusivement des honneurs dus par les puissances séculières aux puissances ecclésias* tiques , des secours mutuels que les évéques se de^ vaient^ et de la force de Texcommunication. Il avait beau créer de nouvelles seigneuries ^ de nouveaux duchés y de nouveaux comtés ^ , on croyait bien que ce n'étaient pas là des fondations durables. Quand on avait vu Hrolf et ses compagnons quitter la Seine , leurs fortifications provisoires ^ , et retourner vers d'autres contrées ^ , qui pouvait supposer qu'on ne reverrait plus ces Normands? Quand on voyait un homme qui se disait marquis de Gothie se saisir d'Êvreux et ravager le voisinage ^ , qui pouvait croire qu'il n'aurait pas d'imitateurs? Quand les impôts étaient accablants ^, supposait-on que des privilèges de toute nature allaient les diminuer ? Quand on citait comme extraoïdinaire que le roi avait rejeté un faux > acte que lui présentait Jean YIII^ qu'attendre du surplus 7 !

On dirait que ce malheureux Louis-le-Bègue entre- An m voyait que ses facultés ne pourraient suffire; il était heureux devoir se démembrer son royaume; il sentait qu'il n'y avait pas de roi possible s'il n'était chef d'unearméOi et il essayait même d'en jeter une en avant sur la Loire ^; mais tous les pouvoirs étaient paralysés par le clergé 9^ en même temps que par les invasions de toutes parts ; le pape lui-même^ après son

(1) Cordemoy, t. a, p. 335. (2) Hénault, 1. 1, p. 76. — Montesquieu.

(8) Soc. des ant. de Norm. 1835, p. 215.

(4) Depping, 1. 1, p. iSS. (5) Cordemoy. — Amud. de Sainl-BertiB.

(6) L*Ârt de vérifier les dates.

(7) MiUot, 1. 1, p. 191.— Hoùard, p. 17. (8) HénaulL-p-Ann. dtttant- Bertin —Cordemoy. (9) Mttlot, p. 190.

456 ANNALES DES GÂUGUOIS.

départ de France, faisait un autre roi d'Italie '• Ce triste roi succombait après quelques mois de règne, comme son père avait fait après tant d'années. Le 10 avril 879, il quittait la vie ^.

Alors il y eut une convention assez curieuse, et qui promettait de meilleurs jours. Louis III et Carloman, tous deux enfants d'une femme que Louis-le-Bègue avait répudiée, aidés par Boson, le beau-père de l'un d'eux, déclarent qu'ils vont régner. Ils décident que la Neustrie et une partie de la Bourgogne sont à Louis; que Carloman a l'Aquitaine et la Septimanie ^. Or comme leur rival était un enfant, ils avaient du temps pour se consolider. D'abord, ils se font couronner par l'archevêque de Sens, le 1*' mars, ils restent dans une parfaite intelligence ; puis Louis III qui avait la Neustrie ^ se met très-bien avec les seigneurs. Il pense à faire mériter tous les titres donnés par son père , au

AB sto moyen d'actions d'éclat. Si les Normands paraissent vers l'Escaut , pour incendier des villages situés sur ses bords ^, il se hâte de s'y rendre et gagne une véritable bataille contre eux ^. Enfin il s'unit à Carloman pour défaire Boson lui-même en plusieurs combats 7.

An 881 Louis III ne quitte Carloman que s'ils reconnaissent tous les deux que les Normands font des progrès trop effrayants à Amiens, à Saint-Valery-en-Caux, et qu'ils font des ravages du côté d'Eu et d'Abbé-

(t) Gordemoy, t. 8. (8) Isambert, t. 1, p. 87. — Vennechet.— Gopdemoy donne la date du 9 avril. — Hénault, t. 1, p. 77.— Masseville, t. 1, p. 77. (3) Hénault, p. 78.— Isambert, t. 1, p. 88. — Baliue, t. 8, p. 877.

(i) L*Art de vérifier les dates.— Masseville, 1. 1, p. 77. — Hénaalt, 1. 1, p. 78, (5) Ann. in Fuld. Mon., p. 17.

(6) Rhéginon, ap. Duchesne , p. 10.— Hénault , 1. 1, p. 78, 78. <— Gordemoy. — Goube , Hist. de Non»., 1. 1, p. 58.

(7) GhroD. Turon. — Hénault , 1. 1, p. 78.

ville ' ; alors il va au-devant d'eax, les rencontre à Saucoart ^; il adresse à ses nobles une exhortation brève et bien sentie: il leur jure qu'il ne s'épargnera pas lui-même y que tout ce qu'il demande c'est qu'on le suive. Selon les mœurs du temps, il entonne ensuite un cantique, et toute son armée, après avoir répondu kyrie-eleïson , se bat avec intrépidité et remporte des lauriers, ainsi qu'on en recueille presque toujours avec des chefs résolus. En un mot ce fut une victoire ^; 8,000 Normands restent sur le champ de bataille.

Malgré les causes de discorde qui existaient en An u% Neustrie, il y avait encore à espérer; mais précisément ce jeune roi qui ramenait l'ordre et les lauriers, se tue, en courant après une jeune fille le 3 , le 4 ou le 5 août 4, et Carloman reste seul pour remplir le trône de France si menacé ^. Il sent un peu les inspirations de son frère ; il rend à Compiégne, et du consentement des fidèles, un capitulaire contre les rapi- àa sn nés ^i dans le court espace de temps pendant lequel il a régné, il a laissé la réputation d'un homme bon et généreux. Les Normands de la Somme, qui s'étaient retirés vers Amiens, où ils avaient passé l'hiver 7^ non découragés par la victoire de Louis III ,

(I) Gordemoy, t. 8. (a) L*Art de vérifier les dates.

(3) M. Depping, 1. 1, de p. 233 à 236. — Ann. Benedict. — Duchesne place le fait près de Beauvais, p. 5. — M. de Chateaubriand, Études hist., t. 3, p. 132, rapporte le chant teutonique qui célèbre cette victoire.

(i) Masseville, 1. 1, p. 79. — Le Dict. hist. dit i août. — L*Art de vérifier les d^tes, le 3 août; les Ann. de Fuld., le 3 des kalendes de décembre. —M. Mennechet, M. Isambert, 1. 1, p. 88, disent le 5 août.-^Gordedemoy, le 6 décembre 884. — Rhéginon dit qu'il a succombé à une maladie le 13 des kalendes de septembre. — Les notes sur Richer, p. 321, disent seulement qu'il est mort en 882.

(5) Hénault, p. 79. (6) Daluze, 1. 1, p. 233.

(7) Gordemoy, t. 2.

reviennent an mois d'octobre ' vers la Seine ^. Xomièges qni s'était fortifié apprend à les combattre ^ ^ ou à faire une composition moins rainease ^; Ton reconnaît tellement la loyauté des efforts de Carloman^ que pour acquitter un énorme et nouveau tribut^ qu'il a promis ^ f on fond le calice de Saint-Remi à Reims, et Foulques, l'archevêque de cette ville qui a décrit ces exigences ^, n'exprime pas un mot de blâme. Si les Normands pénètrent dans l'Oise, l'abbé Hugues amène des secours au roi , et mérite d'être fait comte d'Anjou et d'Orléans : il a aidé à les vaincre vers Laon; il les a forcés à se replier sur Saint-Quentin et Amiens, et si l'on a acheté encore leur départ, par l'intermédiaire de Sigefroy, un de leurs compatriotes, converti à la religion chrétienne, du moins on a commencé par résister, mieux que ne faisait Charles-le- Chauve.

Ao 9M Les Neustriens de la Seine surtout voyaient bien que le roi voulait réparer tant de maux. Les seigneurs ne trouvaient que des éloges pour les quatorze articles du capitulai re sur le culte de Dieu dans le palais du roi, sur la composition pour vol, parce qu'il y avait nécessité de faire de l'argent pour le fisc; ils trouvaient bien qu'on limitât les droits des coadjuteurs des évêques 7, et que Ton pût porter plainte devant ces coadjuteurs, comme devant l'officier da comte ^. On applaudissait à l'uniforme que le roi voulait introduire en partie dans les habits de l'armée, ou

(1) Gesta Norm. ante RoU., ap. Ducbesne, p. 3. (S) M. A. Le Prévost» p. 48.

(3) Soc. des ant. de Noitn. 1835, p. 823.

(i) Masseville. (5) Gordemoy, t. 8. (6) Dict. hist. t<» Foalqnes.^ M. Depping , t. 8 , p. 258 , 853. (7) Baluze , t. 8 , p. 884. (8) M. Thierry, Réc. méro?.

au moins dans les chaussures' ; et puis quand Tannée venait presque de s'écouler sans trouble, quand chacun retournait à ses travaux^ et qne les seigneurs faisaient y autant que possible , comprendre aux paysans que la fortification de chaque manoir tenait à la défense commune, et que dans quelque temps on pourrait bien ne plus craindre les Normands, quand même un roi aurait la faiblesse de Louis-le-Bègue ; le 6 décembre on apprend que le roi Carloman a été blessé à la chasse dans la forêt de Lyons * ojx Bézu, et et qu'il est mort des suites de sa blessure; on raconte qu'afin de ne pas perdre celui qui, par imprudence, l'a blessé à mort, le roi s'est dit blessé par le sanglier qu'ils chassaient, trait de générosité dont l'abbé Millot^ a tort de dire qu'il se perd au milieu des crimes et des misères publiques; les contemporains l'ont au contraire recueilli; nous le répétons avec soin 4.

De toute la dynastie de Gharlemagne, il ne subsistait qu'un enfant, nommé Charles III, et que la postérité a surnommé le Simple^, et celui qui allait être roi de fait, était Charles-le-Gros , fils de Louis-le- Germanique , déjà empereur, et le plus proche parent

(1) DuUure. — M. Lacpierrière , t. 8, p. 167.

(2) Masseville, t. 1, p. 77.— Hénault, p. 79. ^ L^annaliste de Fulde dit qu'il a été blessé par un de ses gardes. — M. Isambert dit qu'il est mort à Baisieu— M. Deppiug, 1. 1, p. 256, dit aussi que c'est dans la forêt de Baisieu; il tire le fait des Ann. de Saint-Waast. Ces auteurs ne disent pas où est ce Baisieu, Basiu-Sylva,^ M. A. Le Preyosttire d*nne charte, datée â*Andelys, le 10 décembre , que c'est Bezu ou Lyons; v. p. iS de ses notes. —Hhéginon dit qu'il fut enseveli à Saint-Denis, ce qui peut s'entendre de Saint-Denis en Lyous , et confirmer Texplication de M. A. Le Prévost.

(3) P. 19B. (4) Bhéginon , ap. Duchesne , p. 31.

(5) Depping, t. i,p. S56. — Hénault,t. 8,p. 80.— Millot, p. i9i.— VeUy. — Sim. deSismondi, 1. 1, p. U5.— Micbelet.

de ce Charies- le -Simple. En réunissant ses États 9k ceax de son royal pupille, il avait une grande partie de l'empire de Charlemagne , mais dans une situation bien appauvrie'.

▲B sw Un des premiers soins de ce prince , dont les forces n'étaient pas suffisantes pour une œuvre comme celle qu'il osait entreprendre ^, et qui consistait k purger le territoire d'ennemis , à le fortifier, à réprimer la noblesse, à faire rentrer le clergé dans ses limites, à se rendre indépendant du saint-siége , à former une forte garde et une armée , à créer des finances , à rétablir l'amour des lois, à proléger les sciences, à appeler les belles-lettres , à mettre de l'ordre enfin ; un de ses premiers soins, disons-nous, fut non pas de se battre , mais de négocier avec les Normands ^. Une masse de ces hommes belliqueux , que l'on a évaluée à plus de trente mille , qui avait sept cents voiles ^, sous la conduite de Sigefroy, avait remonté la Seine. Le 25 juillet, elle s'était emparée de Rothomagus^, elle avait mis à mort une partie des habitants; les fortifications particulières seules devenaient utiles; l'archevêque avait fui. Les vainqueurs remontaient la Seine : ils stationnaient à droite et à gauche; ils se ravitaillaient en corsaires, malgré quelques troupes répandues sur les rives; en novembre, ils brûlaient Pontoise; le 25, ils assiégeaient Paris; ils passaient

(1) MassevlUe^ 1. 1, p. 78. (a) Millot, 1. 1, p. 1M.

(3) Nigellus, lib. i. — Capefigae.— M. Sim. de Sismondi. — Goobe, 1. 1, p. 60. (i) Abbon. — Bouquet, t. 9, p. iS. — Gapefigue.-— M. Depping, t. a.

(5) Ghron. Turon. ap. Duch., p. 26. — Hénault, t. 1, p. 80. — A. Le PreTosl, notes, p. 4i. — M. Depping, t. 1, p. i61. — Mennechet, t. !, p. 283.— M. Potier, Revue rétrospective.— L'Art de vérifier les dates croit que Rollon était de l'expédition.

le reste de Thiver sous ses murs*. L'histoire^ a recueilli les traits de prudence et de bravoure de Gauzlin, cet évéque glorieusement et, pour ainsi dire^ philanthropiquement belliqueux, qui a succombé pour sa patrie^; du comte Eudes qui avait de si belles possessions en Bourgogne, qui depuis est devenu roi, du jeune Hemé qui a fait des actes de courage dignes des temps les plus héroïques ^y de Henric, qui avait un certain pouvoir en Neustrie ^, d'Ebbolin, qui était abbé de Saint-Wandrille , et qui, comme Gauziin, était un véritable homme de guerre ^ ; hélas ! que de noms oubliés ! Le 30 novembre 7, Sigefroy était forcé An sse de lever le siège; il allait s'emparer de Saint-Germain-des-Prés, et revenait encore sous les murs de Paris. Charles-le-Gros avait envoyé au secours des Parisiens, il y venait lui-même; mais, le croirait-on? lui, étant à Montmartre, il faisait proposer aux assiégeants sept cents livres d'argent, et ils les acceptaient à la condition qu'ils auraient le libre passage le long de la Seine^. Ils tiraient leurs barques à terre et les portaient vers la partie inférieure du fleuve ^, laissant chanter cette triste litanie : A furore Nonnannorum libéra nos. Domine.

Charles-le-Gros avait le sort qu'il méritait; il péris-

(1) Asser Meneyensis, ap. Duch., p. 22. (a) Abbon a décrit en assez mauvais latin le siège de Paris. — Duplessis, p. 5.

(3) M. Gapefigue. — M. Depping. — Aimoin, 1. 1. — Cordemoy, t. 2. — A.. Le Preyost, notes, p. 4i. — Sim. de Sismondi , t. 1, p. 146. — MuUié.

(4) Dict. hist yo Hemé. (5) Ann. in Fuld. mon., p. 17. .

(6) Langlois, Hist de Saint-Wandrilie , p. 147.— Cordemoy, t. S.

(7) L'Art de yérifter les dates. (8) M. Gapefigue. — Saint-Foix , t«f vol. p. ao. — Sim. de Sismondi , p. 147.

(9) Vita Alfredi , ap. Duch., p. 22. — Cordemoy. — Rhéginon. — Montez, Mém. sur la man. de navig. des Norm. 1821. — Depping, p. 21. — V . une grayure curieuse représentant ce siège , par La Coste , sur le dessin de Gagniet, publié par L. Mercier.

Page 1