II
sait de misère; il seolail tneo qu'il allait être dép^, et qa*on allait le traiter^ pour caose de faiblesse,
MM m comme il ayait traité son popille. Quant à Sigefiroyi il remontait et descendait son fleore de Seine à son gré ' ; il pillait la Bourgogne et la Neostrie par ses lieutenants ; il attendait le paiement de la somme promise. On a su qu'il avait été appelé vers la Frise et qu'il y avait péri ' ; ses Normands n'en revenaient pas moins chercher la somme offerte par le roi de France. Peu leur importait, en revenant devant Rothomagns»
àm m d'apprendre le décès de Tarchevéque Jean ^^ remplacé par un homme supérieur, Léon , qui avait été élu à cause de sa réputation, et qui pouvait arriver d'an moment à l'autre; ils mettaient plus d'intérêt à cet autre événement que Charles-le-Gros avait été déposé ^f et qu'il était décédé pendant l'hiver en Allemagne ^ ; que le seul prétendant était ce jeune homme qu'on surnommait le Simple; que les royaumes qui avaient composé Tempire de Charlemagne étaient de nouveau divisés, puis les duchés et les comtés saaè ordre ^; que le comte de Paris, Eudes, avait été éln par les seigneurs de Neustrie, roi de ce pays 7, et couronné le jour de Noël à Reims; qu'encore bien qu'il se fût reconnu pour vassal du jeune roi^, et que l'archevêque de Reims eût protesté ^, il était monarque de fait '^. S'ils s'informaieht du caractère de
(1) Gesta Norman., ap. Duch., p. 6. (2) A. Le Prevoet, notes, p. <^* (3) Pommeraye, p. 223.--Masse?ille, t. i, p. 331.— Ser?in, l»?el., p. 15. — Gilbert. (4) Sim. de Sismondi, t. 3.
(6) Cordemoy, t. 3. — Depping, t. 8. (6) M. Michelet, p. 68.
(7) Luitprand. — Cordemoy, t. S. — Bulletin de la soc. de rflist Fr., juillet 1835. — Sim. de Sismondi, t. 1, p. 148. — Millet, t. 1, p. 1 — Dopping, t. 3, p. 3i. — Thierry, 2e vol. p. 342. — Mennechet, t. p. 289. (8) Millot,t. 1, p. 197.
(9) Cordemoy, t. 2. (10) Ricber, 1. i, ch. 5.
cet Eudes ^ ils apprenaient qu'il avait été un des défenseurs de Paris; qu'il avait ^ en bien des occasions^ donné des' preuves de bravoure , qu'il avait reçu un coup de hache dans un combat ' ; qu'il était aussi éloquent que doué de belles manières; qu'il ne fallait qu'un homme comme lui pour remonter l'esprit des Neustriens ; que les ecclésiastiques et la noblesse s'unissaient à ce fils de Robert-le-Fort pour la réforme des abus ^ ; que des milliers de Normands avaient été rejoints par lui et défaits à Montfaucon ^, la veille de la Saint- Jean; que saint Clair prêchait avec éloquence la foi sur les rives de la Seine 4.
Ils ne reculaient pas toutefois devant ces nouvelles ; ils remontaient la Seine ; ils attaquaient encore Paris. Eudes lui-même était forcé de composer^, et, s'ils se divisaient, si les uns allaient vers la Champagne ou sur la Loire ^, si d'autres envahissaient la Bretagne et séjournaient à Saint-LÔ, c'était volontairement qu'ils commettaient cette imprudence, lors de laquelle ils abandonnaient quelques-uns de leurs vaisseaux, dont on admirait la fragilité, et dont un pourtant s'est conservé jusques à nos jours 7.
Un seul homme avait encore une fois changé la face des choses , et il méritait que les moindres actes de sa vie fussent recueillis comme ils l'ont été ^ : il
(1) Chron. de gest. Norm. (S) Baluze, t. S, p. 291.~Hist. t. 9, p. 3U.
(3) Gesta Nonn. ante RoU. apud Dnchesne, p. 6. — M. Gapefigue.— M. Mennechet, 1. 1, p. 289. — A. Le Prévost, notes, p. 46.
(i) Dict. hist. (5) Abbonis de Obsessu Paris, lib. duo, ap, Duchesne. — ^L'Art de vérifier les dates dit 889. — Depping, 2« vol.
(6) Ducbesne, p. 12. — Depping , 2« vol.
(7) Depping , 2e vol. p. 20.
(8) Biogr. Univ.— Ici commence THist. de Ricber, v. Notice critique sur sa vie , p. xxvij , éd. de la soc. de THist. de Fr. — Dict. hist. — Toustain de Richebourg, 1. 1, p. 61.
reprenait l'attaque à l'égard des hommes du nord vers la Marne ' ; il envoyait de forts détachements
▲n m pour les maintenir au-dessous de Paris '• Il usait de son influence pour faire élire à l'archevêché de RothomaguSy à la place de Léon^ décédé avant d'avoir pris possession de son siège ^, un prélat distingué dans la personne de Wido ou Witton 4 ; il comparaissait à Worms devant l'empereur Arnould, pour prouver que la nécessité l'avait forcé d'accepter la couronne ^^ et augmentait son crédit; puis, reprenant
An 890 l'offensive envers les Normands, qu'il tâchait d'éloigner des fleuves où ils avaient de la supériorité, il les poussait tous vers la Bretagne ^, où ils éprouvaient de la résistance de la part d'Alain. S'il revenait encore au-dessus de Paris de ces Normands qui avaient pillé la Champagne, et qui, malgré le pont fortifié qui leur barrait le passage , voulaient redes- . cendre la Seine, il les forçait à reprendre encore leurs barques , à les descendre à terre , et à regagner la
An 891 partie inférieure du fleuve 7, même à regagner la mer ^, sans une rançon nouvelle. Quatre-vingts bateaux prenaient leur direction vers les îles Britanniques. Eudes ne se bornait pas à cela : le 1 6 juin il allait vers Maëstricht, où une autre expédition de ces terribles hommes du nord voulait faire , comme depuis plusieurs années le long de la Seine. Il le&
(1) Richer, 1. 1. — Duchesne, p. 18. — A. Le Prévost, p. 46.
(2) Revep, Uggade.
(3) Gilbert.
(4) Pommeraye, p. 838. — Servin, 1" vol. p. 15. — La Ghron. des archevêques place Wido en 875, et lui donne pour successeur, en la mém£ année, Franco.
(5) Hénault, p. 181. (6) Cordemoy.
(7) Ann. de MeU. — A. Le Prévost, p. 47.
(8) Gesta Norm, ap. Duch. p. 7.
battait y ils perdaient plusieurs milliers de leurs braves^. On allait jusques à supposer qu'ils étaient dégoûtés pour longtemps d'incursions nouvelles.
Eudes vainqueur, calmé, donnait des portions de territoire, des fermes, à ceux qui s'étaient bien conduits pendant la guerre ^, pour eux, leurs veuves et leurs descendants. Il se mettait en relation avec les Romains et en recevait des présents, notamment le cachet antique dont il se servait , et qui représente la tête d'Othon^. Il encourageait les hommes de lettres; mais ce même Hrolf, qui, tout jeune, était venu^ avec d'autres, dans la Seine, qui avait pris la direction des lies Britanniques, qui une autre fois, avait touché Chartres 4, voyant que la plus grande masse de Normands était vers les côtes de la Manche , certain de l'amitié d'Alfred ^,- repasse la mer avec un nombre plus considérable de bâtiments de guerre^; il se dirige vers Bayeux7; il prend la ville ^; on assure même qu'il enlève Poppa , la fille de Béranger, chef de ce comté ^, ou qu'il Tépouse more danico^^. On « assure que cette belle Bayeusine, qui obtint une condition meilleure pour son père et sa patrie, était un modèle de sagesse et de tenue ^'.
On donne le signal dans toute cette partie de la France, dans tout le pays de Caux, aux environs de
(I) J. Lips. Lo?anium, t. 3 de ses œuTres.^M. Depping, a» vol.
(5) V. Charte de RicbodoD.—MabilloD, Derediplom.
(3) V. Suétone, édit. de Haze. — Charte de Ricbodon. — Mionnet. (i) GhroD. Turon. p. 26. (5) Dudon de Saint-Quentin.
(6) Oursel , p. 9. •— Duohesne. — Gesta Norm.» p. 7.
(7) Ann. in Fuld. monast., p. 18.— Soc. des ant. de Norm. 1824 , p. 38. — Rob. Wace. (8) L'Art de vérifier les dates.
(9) GuilK de Jum,,ap. Duchesne, p. 289. — Cordemoy. — Dudon de Saint-Quentin, ap. Duch. p. 77. (10) Servin.
(II) QuiBtinîapus Veromand., 1. 2, deilor. nionnan.— Denyaldus, Pt 1 18,
Rotbomagus^ de fortifier les châteaux et de rendre An 892 utile le principe de la féodalité '• Un détachement de ces hommes , que Eudes appelle des Marcomans \ vient vers Évreux , par les ordres de Hrolf ^ tandis qu'un autre se dirige beaucoup plus vers la gauche \ L'évêque neustrien, Sebar, est très-heureux de trouver, dans la fuite, le moyen de n'être pas mis à contribution ^.
An 895 La zizanie se met entre Eudes et Charles^. Gelui-d &e fait reconnaître au concile de Reims et sacrer le 28 janvier 893 ^, tandis que Eudes traitait de séditieux ceux qui voulaient proclamer roi Charles-le-Simple. Enfin Foulques les met presque d'accord : Eudes doit avoir les pays qui sont entre la Seine et les Pyrénées; Charles , ce qui va de la Seine à la Meuse. Cette convention n'était pas un traité de paix 7 : il y eut même une rencontre, en Neustrie, entre Charles et Eudes ^ où celui-ci eut l'avantage. Quel était le sort des peuples? On comprend si, en des circonstances pareilles , on devait songer à autre chose qu'à s'unir entre particuliers dans une contrée^ qu'à entourer son manoir de fossés ou de murs, qu'à s'exercer aux armes entre voisins, qu'à faire le guet chacun à son tour, qu'à bien distinguer les bannières, qu'à entretenir une des vertus de la guerre, la vigilance.
(1) Isambert, 1. 1, p. 89, note a. — Sim. deSismondi , t. 1, p. 151. (S) DeppÎDg, t. a, p. 359. (3) Bhéginon, ap. DiMih., p. li. ,
(4) L'Art de vérifier les dates. — V. Richer et la Notice critique de» M. Guadet, p. xxvij. — • L. Dubois, p. 46. — A. Le Prévost, p. 49— Léoa^ Thiessé, p. 23. — Dumesnil, Chron. neust., p.«.
(5) Cordemoy, t. S.
(6) Isambert, 1. 1, p. 89. — Mennechet, t. 1, p. S90. — I^m. de Sismondi, 1. 1, p. 148. — Hist. génér., t. 3.— M. A. Le Prévost donne pour date le i février, notes, p. 49.
(7) HénaHtl, p« H, — A« Le Prévost, n(^t«s, ^ 49. <•) Cordemoy» t, i.
En cette année , 894, les mémoires historiques, les ad 894 diarte$9 lee n^anuscrits, comme on le comprend, se (jlisent. Pendant ce temps ^ les vassaux sont employés à 86 ralliera Leurs barons; ceux-ci ne sont occupés qu'à la défense de leurs seigneuries respectives , à la constrqption des tours. Un Français de bonne foi , supérieur à son siècle, aurait pu utiliser tant de forces en les réunissant : on assure même que des vassaux de Cbarlesrle-Simple ont offert la couronne à un An 89» guerrier, Ziventibold, ûls du roi de Lorraine, dont le noin n'est cité que par deux ou trois de nos historiens ^
Le Norvégien^ Hrolf, que les contemporains ont AOmmé Haroul, Rhan^, Rollo, Raoul , Rodo , Rou et mième Robert, que nous nommerons désormais Rollo, averti par des hommes intéressés à son succès, envahissait la France de plusieurs côtés, spécialement par le Maine ^ et par Bayeux^. il avait, à ce que l'on assure, voulu empêcher le despotisme dans son pays^; il savait combien de Normands étaient sur le continent et se rallieraient à lui. Comme les autres chefs normands, il avait apprécié surtout la beauté du sol cauchois, l'admirable position de Rothomagus, la belle vallée ébroïcienne^; il s'était familiarisé avec le langage mêlé qu'on parlait dans ces contrées, et cet héritier du chef de Mœre, l'une des Orcades^, con- 4ainné ou non au bapnissen^enl par un ihing ou
(1) YeUy, t. ? , p. 198. — Sim. de Sisraondi, t. 3.
(2) Catteau , Rév. de Norvège. — Notes sur Richer, p. 331. — Latena , Biogr. univ. — • Albéric , t. 9. — Capeûgue.
(3) De Serres, 1. 1. (4) Cordemoy, t. 2, p. 408.
(5) Chron. Stépban. Cadom. — Dudon. — Guill. de Jura. — Duchesne, p. $ai. (6) JH* Gapeflgue» p. 370 à 390.
(7) ftir^ , ». ?. (8) Ute»^» — M. Deppiog, t. », p. W et suiv.
verdict de son pays% s'étant assuré des intentions d'Alfred^ abandonnait pour toujours sa patrie , abandonnait le gouvernement de Mœre à Ivar, laissait Thorer etThorf, ses frères, dans le pays natal, emmenait avec lui Garin , son troisième frère *, et voulait positivement s'établir le long des rives de la Seine ^.
Une fois entré sur le fleuve, il en examine lentement les rives. Ce n'est pas seulement un point de débarquement, c'est un établissement qu'il médite. Il visite de nouveau plusieurs parties du pays de Caux^; suivant même les inspirations de Poppa, il cesse de faire des prisonniers; il séjourne assez volontiers à Jumiéges, se moque des moines qui accompagnent l'abbé, se repliant sur Rothomagus^ et flatte ceux qui comprennent ses projets.
Il y a là une sorte d'inspiration : les riverains de la basse Seine jugent avec bon sens qu'en offrant à cet homme, aussi brave qu'il était beau et fort^, de rester avec eux , d'être leur chef, et à l'avenir leur défenseur, ils pourraient recouvrer enfin un peu de tranquillité. Peu attachés, par la manière dont ils étaient défendus depuis tant d'années par les descendants de Gharlemagne, aux tristes restes de cette dynastie, ils viennent trouver l'archevêque Witton; les marchands
(1) Snorro. — Albéric. — Généal. des ducs de Norm. — M. Depping, ch. 8 et notes, p. 316. — Guill. de Jum. (2) M. Depping , 1. 1, p. 210.
(3) L'Art de vérifier les dates. — Gesta Norm. ap. Duch., p. 7. — Pommeraye, p. 235. •— Dissert, de Liquet sur les Histoires de Sismondi et Thierry. — Cordemoy, t. 2, p. 408. — Capefigue, sur les Fables de Guill. de Jum., p. .365. — M. Meunechet place le fait en 898. -^ Guicciardinus, Selandiae descriptio, 1630, ap. Maire.
(4) Robert Wace, lliOe vers.
(5) Id. 1I53« vers. — Gesta Norm. ante Roll. ap. Ducb., p. 7. —Guill de Jum., p. 22i. — M. Depping , t. 2, p. 71. (6) Palgrave. — Latena.
ANNALES DES GÂUGUOIS. 469
de Rothomagus se joignent à eux '; on engage le prélat à négocier une entrevue et à faire des stipulations. Witton réfléchit pendant quelques jours, en écrit probablement à un homme qui avait de Tascendant sur lui , Hervé , l'archevêque de Reims ^; puis , ne voyant plus d'appui dans Gharles-le-Simple, ému de pensées nouvelles, songeant même à faire RoUo chrétien, il accepte ce rôle de médiateur : iLira proposer au guerrier d'être le duc de cette contrée , de venir en cette qualité à Rothomagus dont les portes lui seront ouvertes, sans coup férir 3; d'accepter le fief 4 en con- An m servant les usages ^^ et d'établir là sa fortune et sa postérité. En effet , l'archevêque Witton se rend à Jumièges, dans son costume le plus brillant , il s'adresse en peu de mots à RoUo, il lui fait comprendre que sa conversion au christianisme peut, de tant d'ennemis, faire des sujets^; il n'a pas plus tôt fait ces ouvertures que les rôle» changent tout à coup. Le conquérant porte respect à l'homme d'église , il renonce au pillage; les habitants du Roumois , les habitants du pays de Caux, vont reconnaître plusieurs de leurs enfants sur la flottille ; elle monte en bon ordre et vue par tous les riverains jusqu'à Rothomagus ; elle s'amarre au portMorin, ou près l'église Saint-Martin, aujourd'hui à quelque distance de la Seine7. Rollo est regardé comme un conquérant et non plus comme un pirate. Un autre Normand, qui entrait aussi dans la Seine,
(1) Roman de Rou. — Les Mss. de la Bibl. royale cités par Depping, l. a, p. 78. (2) Dicl. hist. v» Hervé.
(3) Btist. des ducs de Nonn., éd. 1840, p. 6. — Chron. de Norm. Ms. de la Bibl. royale, n^ 9857, 7369. —Robert Wace, Roman de Rou. — M. Depping, t. 9, p. 72. — Guicciard., p. 411.
(4) M. Capefigue. (5) Pommeraye , ^ï. 235. (6) Sim. de Ssmondi, t. 3. (7) Mon. Floriac. — Duchesne , Hist. Norm., p. 32, p. 213.
470 ANNÀLBS DES CAUCHOIS.
avec cinq barques ^ et qui n'avait pas eatenda parler du traité, HunedéeS ne se met point sous les ordres de Rollo; mais il n'est pas son ennemi; il va s'établir, en remontant TOise, à Cboisy-sur- Aisne , ce qui suffisait pour occuper Charles. On apprit ensuite qu'il devait aussi embrasser le christianisme et rester dans le pays. Rollo empêche désormais ses guerriers de commettre le moindre excès ; il compare avec satisfaction le rôle qu'il est appelé à jouer avec celui qu'il aurait dans son pays : il voit la réalisation du plus beau de ses rêves ^.
hn 897 De son côté, Charles-le-Simple , poussé par un de ses conseillers , Hagenon , pensait à faire un accord avec Rollo ^, accord lors duquel il conserverait une supériorité au moins nominale, sauf à la rendre plus réelle, s'il venait à se débarrasser du voisinage d'Eudes, quand la mort de celui-ci, arrivée le 1*' ou le 3 janvier 898"^, lui donna d'autres espérances; il voulut faire croire à quelque combinaison profonde ^ mais la concession projetée envers Rollo , et une mauvaise transaction avec le duc de Lorraine^, et la pré^ tention de quelques Neustriens de déférer la couronne à un fils de Louis-le-B^gue7^ et les droits allégués par le frère d'Eudes et par son fils Arnould, et ce penchant reconnu à faire la paix à tout prix , l'avaient
An 898 fait mépriser. Un deuxième couronnement à Reims ^
(1) Ann. de Saint-Waast.
(a) Dudon de Saint-Quenlin. — Hist. des ducs de Normandie, p. 6.
(3) M. Liquet, p. 66. — Sim. de Sismon^i» 1. 1, p. 160. — M. A. Le Prevost nie la présence de Rollo à celte expédition , et même aVant 911 .
(i) Hénault , 1. 1, p. 82. — Sim. de Sismondi , 1. 1, p. 160. — Isambert, t. 1, p. 89. ~ Cordemoy, t. S.— Richer, 1. 1, c. 14, et la note de ^. 6uadet. (5) Gordemoy, t. 2.
(6) |jl^uit,t.l, p.8a.
(7)M^il^et,t.l,p.|^. ,(|8)lçL
ne pouvait produire un effet différent. Son armée n'était pas dévouée; on n'y voyait pas la discipline comme elle existait déjà chez les officiers et les soldats de Rollo.
Celui-ci y qu^ avait reçu la promesse des Rothomagiens par l'organe de leur archevêque, qui voyait venir à lui de ces hommes de haute taille restés dans le pays , et si semblables à ses Norvégiens ^ et à ses recrues, les admettait dans ses rangs; il fortifiait sa résidence nouvelle et en faisait sa place d'armes^, il augmentait ses barques à ce point que tout cela méritait déjà le nom d'armée et de flotte ; avec une divi* sion , il remontait la Seine jusqu'à OisseP, à Pont-de- TArche, aux Damps"^, à Meulan. Il se moquait encore des moines de la Croix-saint-Leuffroy qui emportaient leurs reliques à Paris ^. Il réfléx)bissait que dans les nionastères , il pourrait fonder d'autres établissements pu de même nature ou militaires. Il commençait des négociations avec un envoyé de Charles sur les bords de l'Eure^; il se dirigeait vers Chartres7 qu'il voulait aussi posséder. Mais, soit que les Normands de la Bourgogne aient paru envoyés par Rollo, soit que la victoire réelle remportée sur eux ^, ait donné quelque confiance à Charles, Rollo fut attaqué, le 20 juillet, dans son propre camp, aux portes de Chartres ; on assure que Charles s'était entendu avec Hastings, (][ui
(1) Ermoldus Nigellus, Ann. Francorum.
(2) Latent. — Biogr. univ. — Voltaire, Essai sur les mcours, p. 471.
(3) Bonamy. — Acad. des inscript., t. SO.
(4) Asdans, selon Dudoo de Saint-Quentin. — M. Depping, t. S, p. 76. — Velly, t. 2.
(5) Dulaure. («) Dudoa de Saint-Quentin. — GuiU. de Jum. — Rob. Wace. — M. Depping, t. 3 , p. 78 , 79.
(7) Denyaldus, p. 33. — Soc. des ant. de Norm. 1837, 8, 9, p. 76.
(8) A. Le Prévost, notes, p. 51.*
avait ce fief ^ Rollo perd des milliers de guerriers et en tue aussi beaucoup; on cite le nom de Rotland^ porte-enseigne du roi de France, qui a péri frappé de la main du chef normand^. Voilà des motifs de craindre Tinfidélité de quelques nouveaux compagnons d*armes. Rollo revient par Meulan, qu'il dévaste^, il fait même quelques courses aux environs de Paris, et, rentré par le Pont-de-l' Arche ^, il recueille de nouveaux guerriers sur la rive gauche de la Seine, marche avec eux, et avance ses possessions jusqu'aux environs de Bayeux^.
Aniw L'archevêque Witton, cependant, rendait compte au pape des espérances qu'il avait toujours conçues de convertir les hommes du nord, et spécialement Rollo; il recevait des encouragements^. Chose trèsintéressante, Hastings sollicite et obtient une entrevue politique avec Rollo, sur les bords de TEure; il lui propose d'être fieffataire du roi de France 7, et Rollo n'accepte pas encore^ parce qu'il se défie de Hastings dont il sait que Charles se défie aussi ^.
Anfoo Déjà, suivant que Ton se conduisait avec bonne foi ou non , on était bien ou mal traité par Rollo : les moines de Tabbave dWndelv, non-seulement ne se fiaient pas à lui , mais ils avaient facilité la marche de ses ennemis; le chef normand ordonnait la destruc- Uon de leur abbave^: il en était de même de celle de
vU Id.^miiet. (t^ Deiiy»ld«s , |i. 33. — Deppiag, 1. 1, p.81, 99. — L*AH lie vt^Hlier k» ikUs Ordèric-Yiul , p. S.
(3^ Iki^piiiy » 1. 1« p. «t. — Rob. Wace. — Ckit». de Roueo.
vl) IjiUmm* v^^ De|H^ng« p. fti.
\%> Rk^ber« c^ 33. — lusiraclNos lUrilMKes la pape leui IX , dans Us As Le Frc'xxi^t ; U n^i eie paipe qu'ea $•&« saîTant HéaMlt.
vT) IlisU diKi dMC!s p. «.
v3> M. ]>«p|^^ V*; I^^essKs u t.
Fleury'. Au contraire, le iàionastère d'Ouche restait calme , même il propageait les pensées de l'archevêque; il était confirmé dans toutes ses propriétés^. La mort d'Alfred, le protecteur de RoUo , de celui qui avait si bien apprécié ses talents , qui l'avait secouru dans l'adversité, et dont il avait, à ce qu'on assure, refusé de partager le trône ^; la mort du comte Béranger, père de la belle Poppa^, lui faisaient naître la pensée d'abandonner pour quelques instants la Seine; mais il y résistait. Ses compagnons d'armes le conjuraient de côtoyer sans cesse ce fleuve^, pour rallier d'autant plus de nouveaux braves et de s'attirer, par ses manières , tous ceux qui , aux environs de Rolhomagus, se dégoûtaient de Gharles-le-Simple qui, lui, ne faisait que se transporter d'une maison de plaisance à Tautre^. Rollo reprend tous ses premiers, tous ses sages projets : il entoure d'abord la ville de Rothomagus d'une enceinte de terre 7j il ne veut plus quitter, que quand il y sera forcé, cette espèce de patrie adoptive; il se contente d'envoyer vers Bayeux, Botto, un de ses compagnons; quand celui-ci est pris^, il ne veut pas, à la vérité, laisser sans vengeance cet événement; il se dirige rapidement sur Bayeux, et s'empare de cette ville, mais il revient vite à Rothomagus», emmenant avec lui Poppa dont il calme la tristesse. Alors se passe un événement de la plus haute importance pour cette partie de notre histoire; il est attesté
(1) Cordemoy, t. 2. — Dict. hist. — Monach. Floriac, ap. Duch., p. 33.
(2) Duplessis, t. a. (3) Depping, 1. 1, p. 286. —Monach. Floriac. — Dad. de Saint'<}uentiD. — Latena.
(4) Hist. des ducs de Norm., p. 9. —Depping, t. 2, p. 84.
(5) Ordéric-Vital, t. 2 , p. 8. (6) Cordemoy.
(7) M. Depping, t. 2. (8) M. Depping, t. 2 , p. 84. (9} Monach. Floriac, ap. Buchesne, p. 34.
par les contemporains, il est admis par la critique moderne : c'est alors , c'est en cette année , c'est au commencement du x® siècle , quand d'autres hommes du nord touchaient la zone septentrionale de cette partie du monde qu'on a depuis appelée l'Amérique', que Rollo est entouré par ses barons et par ses nou*veaux compagnons, qui lui font apprécier de plus en plus la fécondité de la terre, la beauté des forêts, les rivières poissonneuses *; on lui propose d'être chef perpétuel^. La condition de cette élection est bien simple ; c'est seulement que le culte de chacun sera libre, que l'on partagera, tout en reconnaissant la supériorité de Rollo et en lui donnant une large part; il accepte. L'effet immédiat, c'est que des guerriers, des ecclésiastiques déclarent qu'ils vont revenir en foule à Rothomagus. Un autre effet, c'est que l'on élève des forteresses ^ au lieu des fossés ; le commerce veut déjà faire sortir ses bâtiments du port et ses chariots le long des routes. Si des milliers de Neustriens avaient été enlevés par des pirates , ils vont revenir, ou du moins beaucoup d'entre eux, dans leurs familles; ceux des fugitifs qui revenaient déterraient les trésors qu'ils avaient enfouis.
An m Rollo était bien un peu contrarié de voir Chartes, roi de France, épouser la tille d'Edouard, le nouveau roi d'Angleterre ^; mais il était calmé par une ambassade en forme que lui envoyait aussi Charles, par suite de l'avis de son conseil ^, et qui lui proposait
(1) J. T. Smith, deuxième édition , 1842. — Malte-Brun.
(2) Dudon de Saint-Quentin.
(3) Strinbolm , Hist. des Scandinaves. — Adhémar, t. 8 des Hist. de Fr. — Depping, t. 2, p. 85.
(4) Depping, t. 2, p. 86. — A. Hugo, Fr. pitt. (5) Hume.
(6) Hist. des ducs de Norm., p. 10.— Dudbn de Saint-Quentin^
certaiiles terres, s'il voulait se faire chrétien. Ceci amenait nécessairement une trêve '• Roilo était encouragé à continuer de jouer un rôle supérieur en politique, par la naissance d'un fils, naissance à laquelle applaudissaient ses officiers ^, ses Rothomagiens et ses Cauchois.
Au lieu des missi dominiciy institués par Charlemagne, Rollo pense déjà à créer un office de sénéchal; il laisse le latin être la langue des actes solennels, et parle la langue romane dans les relations ordinaires ^, tandis que ses compagnons importaient des mots de la langue du Nord ^. Charles va jusques à proposer à Rollo tout le territoire situé sur la droite de la Seine, depuis Andely jusques à la mer, c'est-à-dire le Vexin et le pays de Caux ^, et Rollo prend consistance de plus en plus, à mesure qu'il demande plus de temps pour réfléchir; enfin il exige tout ce qui est dans la direction de l'Epte jusques à la mer ^ en franc fief et franc alleu , sans devoir au* cune prestation ni service, et de manière à pouvoir en disposer héréditairement. Comme la Neustrie était ruinée, il demande même la Bretagne 7^ sauf à la conquérir^. On ne tombe pas d'accord; mais le roi de France est hors d'état de troubler l'homme du nord, et le laisse vraiment s'établir. Gagner du temps pour le nouveau venu c'était gagner des sujets ;
(1) M. Deppiqg, t. S, p. 93. — Dudon de Saint-Quentin. — Golll. de Jam. ap. Dach., p. 229. — Robert Wace, iiW^ vers. — Ms. de la Bibl. du roi, numéro 9857.
(2) M. Dumesnil.— Il a eu aussi une fille, Adeline ou Adèle, v. M. Depping, t. 2 , p. 85. (3) M. Raynouard , sur le Bornant de iloti.
(4) V. Ihre, 1769, in-fol., Proœmium plein d'érudition.
(5) Hist. des ducs de Norm., édit. 1840.
(6) mst. des ducs de Norm. (7) Goube, Hist. de Norm., 1. 1 , p. 87. (S) Saint-Foix, t. 3, p. 14.
mais il emploie encore des moyens non moins habiles qne la temporisation. Il agit sur les alliés da roi, tout en recevant des tributs des populations , auxquelles il procurait la tranquillité '• Il entretient des relations avec les autres Normands qui occupent d'autres parties de la France *; il envoie de ses nouveaux officiers dans la Bretagne ^ jusque dans la cour de
An Ma France ^; il fomente, autant quMl est en lui , les dissensions qui avaient un caractère de guerre entre les grands du royaume de France ^. Il parle de lois de police sur les deux rives de la Seine ^. Il fait revenir du Nord les Neustriens qui n'avaient pas été vendus ^ ou échangés.
An 908 Les peuples, autres que ceux de laNeustrie, voyant le calme amené par ce génie de l'ordre, demandaient, on le comprend , la paix à tout prix 7, ou bien ils menaçaient de faire comme dans l'empire, où tout devenait électif ®. On disait aux Cauchois qu'il y avait alors réunion solennelle des États pour cet objet ^.
An 904 L'armée de Rollo était si disciplinée, qu'à la moindre résistance de ceux à qui il demandait de lui fournir des subsides , il les corrigeait : le clergé de Tours excitait à une espèce de rébellion; Rollo allait brûler l'église de Saint-Martin *®, et rentrait triomphant dans sa ville de Rothomagus ", que dans son idiome il
(1) Dudon de Saint-Quentin, p. 77. (2) M. Depping , t S, p. 91. (3) Cordemoy. (4) Hénault, t. 1, p. 8«.
(5) Miliot, 1. 1, p. 198. — Servin, 1. 1, p. 97, 100.
(6) P. E. MuUer. — M. Depping, t. 2, p. 87, 88.
(7) Robert Wace , Roman de Rou. -— Hénault, t. 1 , p. 83. — M. Depping , t. 2 , p. 102 , 103, et aut. cités.
(8) Hénault, 1. 1, p. 83. (9) M. Depping, t. 2, p. 104, 105.
(10) Cordemoy. —V. sur ces quatre années, Don Lobineau. — M. de Verlot. — Servin 1. 1, p. 96. (11) Goube, t. 1. — Masseville, 1. 1, p. 331.
ANNALES DÈS CAUCHOIS. 4l1
prononçait Rhoëm , en altérant la prononciation latine. Il se moquait d'un diplôme par lequel Charlesle-Simple donnait à son chancelier, le diacre Emuste, onze serfs du domaine royal de Pitres ' : Pistas super fluvium Sequanarriy pago Rothomagensi; ce n'était pas vers la haute Seine qu'il dirigeait ses vues. En l'an 906 , le conquérant commence à élever à l'endroit où, de nos jours, on a vu le couvent des Cordeliers, un fort qui lui servira de palais^. Il introduit en Nenstrie l'usage d'entretenir la vigilance des guerriers, au moyen d'un cornet sonore ^.
S'il apprend que le roi de France pense à s'appuyer An mt sur les Bourguignons, pour reprendre quelque ascendant vers la basse Seine, mais aussi que Haganon, devenu premier ministre de Charles, a aliéné le cœur de la noblesse '^, il laisse une forte garnison à Rhoëm et se rend en Bourgogne avec ses guerriers si bien disciplinés, dont il appelait chacun un gessel ou vassalm, ou vassal, ce qui voulait dire compagnon ^ dans son idiome primitif, et donne ainsi une telle distraction aux Bourguignons qu'ils ont assez eux- ad sos mêmes de se défendre ; puis il se hâte de revenir à Rhoëm ^, pour continuer ses fortifications.
Tant d'empire, dans toute la Neustrie, était déjà ad 909 accordé aux mœurs, à l'ordre, à l'ardeur, à la personne de RoUo , que lors de la tenue du concile de Trosly, près Noyon , un seul des sufiFragants de l'archevêque de Rhoëm s'y rendait7; enfin, dans l'esprit
(1) A. Le Prévost, notes, p. 55. — Soc. des ant. deNorm., 11* vol., p. li. (2) Servin, t. 1, p. 96. — Masseville, t. 1, p. 83. (3) Olaï Vormii de cornu Danico Westen, Amsl. 1676. (i) Dict. hist. vo Charles. (5) M. Th. Lavallée, t. 1 , p. 88.
(6) Toustain de Richebourg, t. 1, p. 76. — Polydore Virgile.
(7) Tome 9 du Recueil des conciles. — Cordenioy, p. 441 .
de modération y et par suite des vues politiques dont il se pénétrait, ce chef se faisait positivement înstroiFe du christianisme ' ; l'archevêque de Reims s'entendait avec celui de Rhoëm à cet eSet ^ ; Rollô ne tenait plus du tout aux pratiques de Tidolàtrie, et cela sans faire aucune tentative pour entraîner personne à changer
AD 910 de religion avec lui ^. Ce qui acheva surtout sa conversion fut l'élection, comme archevêque de Rhoëgi ^ de Franco, Thomme distingué avec lequel il avait déjà eu des entretiens, et qui avait aussi la confiance du roi de France^. Il accorda un rôle politique d'upe telle importance à ce prélat^, que ce fut celui-ci qui ménagea une entrevue entre Charles et le conquérant d'une si belle part de la Neustrie 7.
An 9u ^^^^ Français demandaient la paix à grands cris^. Le roi fit consulter de nouveau les anciens ^; on reprit les bases du traité déjà proposé. Si Rollo déclarait vouloir constamment tout ce qui était depuis l'Epie jusqu'à la mer, à droite et à gauche de la Seine, il ne demandait plus que quelques points en Bretagne, comme Dol, Rennes, etc.; Charles, au lieu de lui rien céder de celte dernière province, lui offrait sa fille Gisla ou Gisèle en mariage; puis demandait
(1) ServÎD , p. 100. (a) A. Le Prévost , p. 54.
(3) Velly, t. 2, p. 194.
(4) Hist. des ducs de Norm., p. 9 et suiv. — Pommeraye , p. iSft.*- Gilbert, p. 156. — Voir Texceliente Dissertation de Pommeraye sar h date probable de la conversion de Rollo, et sur les erreurs de Dudon et Guill. de Jumiéges. — Guicc, p. 411.
(5) Dudon de Saint-Quentin. — Pommeraye, p. 236.
(6) Denyaidus, p. 106. — Depping , t. 2, p. 93.
(7) Denjaldus.— Pommeraye.— M. A. Le Prévost et M. Liquet donnent cette date pour Parrivée de Rou; les rapprochements que nous avons fofts nous paraissent démontrer leur erreur.
(8) Ordéric-Vital , t. 2, p. 8.
(9) Depping, t. 2, p. 114.
un avaa dii^ect ou une reconnaissance de vassalité ' . Franco fit ressortir aux yeux du conquérant, et le peu de difficulté de cet hommage, et Tavantage de consolider sa possession par une alliance avec le roi de France, ce qui ne devait pas empêcher que le fils de Poppa, que lui, ecclésiastiquement parlant, ne traitait pas d'épouse légitime, quoiqu'elle fût sage et pieuse ^, ne restât pourtant l'héritier présomptif de ses états. Gisèle, dont l'union, dont l'existence même est niée par des critiques de nos jours ^, était la fille issue d'une première alliance de Charles-le-Simple , ou au moins c'était une fille naturelle ^.
Enfin, on demeure d'accord, dans un rendez-vous An 91a solennel, à Saint-Glair-sur-Epte, lors duquel une foule de barons, tous les barons même, suivant Robert Wace, s'étaient réunis^. Rollo n'a plus de prétentions
(1) Soc. des ant. de Norm. 1837, 8, 9, p. 76. — Denyaldus, p. 39. — Hume, t. 1, p. 46i.
(S) Denyaldus» de Matrim. RoUonis, p. 118, lai, 126, 127.
(3) M. Liquet.— Mém. deTAcad. de Rouen , 1828, p. 144, 145.~M. A. Le Prévost, notes, mais, v. la réfutât, de M. Deppiug, deuxième édition, 1844, 1. 1, p. 425. l\ établit que Gisèle avait douze ans lors des fiançailles, et d^ailleurs tous les contemporains ont cité le fait d^une façon qui doit paraître irrécusable, comme on va le voir bientôt.
(4) L'hist. des ducs de Norm., p 16. — Will. Pict. — Will. Malmesbury.— Fr.Oursel, 1769.— Ord. Vit. t. 2, p. 8, et les distiques, p. 39.— Gesta dom. Ambaz. auct. incert. ap. Duch. , p. 25. — Monach. Floriac , p. 34. — Robert Wace. — Hénault , p. 87, et Velly, p. 212 , disent que Gbarie&-le-Simple s'est marié trois fois, et que Gisèle est issue du premier mariage. — Servin, t. 1, p. 101. — Dict. hist. — Guill. de Jum., p. 230.— Gordemoy, p. 448. — Palgrave, Hist. des Saxons, p. 163. — Saint-Foix. — Soc. des ant. de Norm. 1837, p. 76. — Toustain de Rich., 1. 1, p. 6i.— Sim. de Sismondi, t. 3, p. 324.— Denyaldus, p. 39. — Briito. — PhiUppidos, 1. 8. — Hist. Franc. 1596, p. 323.— L'Art de vérifier les dates dit : Charles-le-Simple accorde Gisèle.— Mennechet, t. 1, p. 293. — Deudemarre, p. 144. — L'abbé Prévost , Hist. de Guillaume, préface. — Journal des sav. de Normand., p. 140.
(5) Roman de Rou.— Denyaldus, préface, p. 2. — Depping, tome 2, p. 107 à 116. — Ricber, 1. 1, ch. 4, et la note curiense de rédition de
sur la Bretagne ' ; seulement il voudrait les deax comtés appartenant à Alain et Bérenger^; il reconnatt que Belesme ne devra point faire partie de son duché ^ ; sur la rive droite de la Seine, il a tout ce qni a appartenu de ce côté à la haute Normandie, c'est-àdire que tout le pays de Caux s'y trouve compris ; sur la rive gauche l'Eure et TAvre forment la ligne de démarcation ; tout le territoire d'Évreux lui est concédé; il faut rejeter comme erronées une foule de variantes, émises par plusieurs auteurs, et dont quelques-unes ont été poussées jusqu'à l'extravagance^. Le roi exprime la pensée que ce qu'il fait est poar la garde même de son royaume, pro tutela regni; il le dit à ce moment et le répétera dans une charte postérieure ^. On laisse en franc-fief toute la partie concédée ; elle est regardée comme franc a lues sans siervice faire, dit un manuscrit presque contemporain ^.
A la suite de cet acte si important, le guerrier païen consent à se convertir au christianisme 7 ; sa raison, sa politique, vont l'en rendre un des plos sages partisans. Robert, duc de Bourgogne, auquel
1845, par la Société de THistoire de France. — Dudon de Saint-Qaentin.
(1) Lobineau. — M. Devilie , Soc. des ant. de Norm., t. 6, p. 47. — Id. Précis de TAcad. de Rouen, 1831. — Servin, t. i, p. 162. — Deppiog, 2e vol., p. 122.— Velly, t. 2. — lUém. remis à TAcad. de Rouen, 18S?, p. 107 du procès-verbal.
(2) Velly, p. 174. (3) Soc. des ant. de Norm. 1835, p. 115.
(4) Will. Malmesb. — Denyaidus.— Roilo Norlh. Britann. 1660, préface, et p. 12, 13, 60etsuiv. — Guillaume de Jumiéges. — V. Notes sor Richer, p. 331.
(5) Historiens de Fr., t. 9, p. 536.— M. Deppiog, l. ïp. 112.— Chrofl. des hislor. de Norm., publiée par ^. Francisque Michel, 3 vol. in-4, imp. chez DiJot. (6) Uist. des ducs de Normandie.
(7) Denyaldus, p. 3. — Dudon de Sainl-Quentin , p. 82, 86. — Monacb. Floriac , p. 34. — Guill. de Jum., 1. 2, ch. 17, 18. — Guicc, p. 411.
Denyaldas donne le titre de comte de Paris, que Gaicciardini dit frère de Eudes , sera son parrain , et lui donnera son nom, que l'on prononçait alors Rudbert^ Le filleul est bientôt comblé de présents^. Il donnera le nom qu'il voudra à sa province ; il créera des dignitaires y des fonctionnaires à son gré ^.
Ce traité, écrit ou non, est exécuté. N'était-ce pas un spectacle imposant, attachant, tranquillisant pour les peuples, de voir un homme robuste encore, quoique déjà avancé en âge, d'une physionomie remarquable et d'une belle attitude ^^ déjà courbé par les fatigues de la navigation, de la guerre, de la politique même, entouré de ses Danois, de ses Norvégiens, de ses Cauchois, de ses Rothomagiens , s'incliner encore davantage devant l'archevêque deRhoëm^, au milieu des chants de l'église , garder sept jours la robe de néophyte chrétien, et ne plus montrer envers ces hommes pieux, qu'il avait tant effrayés, que des sentiments de tolérance et de générosité^.
Lorsque RoUo tenait la main de la très-jeune fille du roi de France, qui avait de la grâce, et même était fort belle, suivant ce qu'assurent les contemporains, il se pouvait bien qu'on remarquât chez le vieux guerrier 7 quelque regret de la peine qu'il faisait à la
(1) Monach. Fioriac, p. 34.— Thiessé, p. 30.— Sim. de Sismondi , t. 3. — Cordemoy. — L'Art de vérifier les dates.
(a) Chron. Roth. — Denyaldus, p. 105, 110, 11!.— Masseville, t. 1, p. 87. — Ann. de la Soc. de THist. de Fr. — Depping , p. 117. — Servin recule le fait jusqu'à 913. (3) Latena.
(4) Cbron. ms. Biblioth. du roi , numéro 8957.— Depping , t. 2, p. 108.
(5) Denyaldus, p. 107. (6) Chron. des archev.— Orderic-Vital, 2« vol., p. 8. —Denyaldus , p. 3, lOi. — TousUin de Richebourg , 1. 1 , p. 71. — Calculus, 1. 3, cap. 18. — Depping, t. a.
(7) Denyaldus , p. 119. — Dudon de Saint-Quentin, p. 5S. — GuiU. de luDk — Robert Wace.
sage Poppa; mais chacun laissait facilement naitre dans son esprit la réflexion qu'elle n'était pas tout à fait retirée de la scène politique, elle qui en avait rempli un des plus beaux rôles.
Ainsi Rollo est duc ; mais à chaîne de foi et hommage entre les mains du roi de France '• Avant toute distribution de biens à ses compagnons d'armes, il fait des dons importants aux églises de Rhoëm, d'ÉvreuXy de Bayeux, de Jumiéges^.
Robert, son parrain, qui était venu le conduire dans sa capitale ^, retourne vers le roi de France entouré d'une escorte nombreuse; le nouveau duc montre sa jeune épouse, sans flétrir en rien la mère de Guillaume; il exprime une reconnaissance véritable envers l'archevêque , qu'il appelle son bienfaiteur.
Compléter les fortifications et faire de Rhoëm une citadelle^; fonder la porte Robec, c'est-à-dire de la rivière de Rou^; faire bâtir à Auga, limite de la Picardie, un fort dont les restes subsistent^; fonder le nouveau port de Dieppe7 ; penser à faire autour du pays de Gaux, et aussi vers Harflear, des citadelles capables d'empêcher des tentatives, comme celles que lui-même avait faites, sont les projets qui paraissent à son imagination les plus aptes à occuper ses guerriers et à protéger ses possessions; mais c'est avec ses chefs qu'il délibère pour savoir quel nom* on donnera au dwhé. Ils pensent qu'on peut lui imposer
(1) Monach. Floriac— -M. Michelet. — Soc. de THist. de Pr. 188f.- Mém. mss. remis à TAcad. de Rouen, en 1823.— Guill. de Jumiéges, 1. 2, ch. 7. — Denyaldus, p. 39. — André Dachesne , Ant. et redl. des Tilles, t. 2, p. 356. (2) Denyaldus, p. 106. — Depping, t. 2, p. 169.
(3) Cordemoy. (4) Mullié. (5) Richard, DissertaUon sur les portes de Rouen, (é) M. Va lotit, Hîst. du palais d'Eu.
(7) M. Eslanceliu, Reclierches.
ce nom, objet d'effroi jusque-là pour les peuples, mais qui est le souvenir de leur patrie ' ; ce beau , cet admirable duché s'appellera Noruuigmendi , ou, en d'autres termes , pays des hommes de Norvège *, nom que la prononciation a changé en Normandie. Le Vexin est divisé en normand et en français^. RoIIo distribue à ses chefs les villes, les châteaux, les cités, les champs, les prés et les moulins : Anti-quo fane geometricali ^. Ceux qui ne veulent pas être propriétaires terriers reçoivent des chevaux et des harnais ^; il ne trouble pas les Neustriens qui l'avaient reconnu de suite, seulement ils restent aussi ses vassaux ou bénéficiers^. Que nous devons regretter de ne pas avoir l'origine exacte des hommes qui ont ainsi partagé ces belles terres , ces belles forêts , ces belles vallées, et de ne pas avoir la nomenclature de tous les comtes, de tous les évêques, de tous les chefs d'abbaye 7 ! Nous savons bien que Bernard , nommé par Guillaume de Jumiéges le Danois, Danm, parDudon, leDacigène (Dacigena), a eu le territoire
(1) Adamus. — Alb. Grantzius. — Denyaldus. — Rollo North, Britaon. IMO» préface et p. S, S , 4, 5, 6, 7.— Guiil. de Jum. apud Duch., p. SiO. — Guicc., p. 413.
(i) Aimoin. — Dudon de Saint- Quentin. — • Rhéginon. ■— Rîgordus. — A. Duchesne» Ant. et Rech., t. 3, p. 355. — Hist. des ducs de Norm., p. 2. Robert. Wace, vers 5S20 et suivants. — Adamus. — Alb. Grantzius.—
— Denyaldus, préf., p. 33 et suiv. — Lecoq de Villeray, Abr. de THist. ecclés. ciY. et pol. ms. t767 à la Bibl. de Rouen. — Delafoy, Constitution depuis RoUon, in-8 . 1789.
(3) Soc. de rnist. de Fr., 1838, p. 243.
(4) Robinrt Wace.— Suger.— M. Depping, 2« vol. p. 125 , et la note 2.
— Soc. des ant. de Norm. 1824, p. 173. — Dudon de Saint-Quentin.- Le moine de FOntenelle. — Guillaume de Jum., c. 19, apud Duchesne» p. 232.
(5) Ghron. ms. Biblioth. du roi , 9858. — M. Depping, t. 2, p. 124, note. (6) Délaraé» Essai hist. de Gaen , t. 2.
(7) Làtena , Biogr. univ.
et le titre de comte d'Harcoart (cornes Harcurianus^); que Lancelot a été comte de Briquebec ^ ; que Ralf a eu le territoire de Kailly ou Gailly^; que le comte Osmond ou Osmundus a eu des terres vers Gisors; que son fils, qui en a joint d'autres à celles-ci^ s'est appelé Osmundus cornes centum villarum, qu'on a traduit son nom en Osmont de cent villes; que Oulry, oncle de Rollo et son porte-étendard, a eu des terres, sur la rive gauche de la Seine, et s'est appelé Oulry de Toësny4; que Drogon a été comte du Vexin, cornes Vilcassini ^ ; que Bothon a été comte du Bessin^; que Sperlane ou Âsperlane a été comte du Vaudreuil7; nous pourrions même peut-être encore faire quelques citations; mais notre goût pour l'exactitude nous empêche ici de rien hasarder.
Le duc régularise le système féodal^, et même, par des exemples qui servent de modèle au reste du royaume 9, il a autorité sur son grand sénéchal et sur ses comtes; ils ont autorité sur les vicomtes et le prévôt, et ceux-ci sur les paysans'*^. 11 rend à ce sujet, et de l'avis des comtes, plusieurs sagas à l'exemple des gouvernements du Nord". Le plus grand fief est celui du comte deRhoëm^Ml régularise l'échiquier'^
(I) Denyaldus, p. 158. — Mém. de la maison d'Harcourt.
(8) Vide infrà. (3) Mém. Ades ô mihi. (4) Mézeray, t. 4, p. 371.
(5) A. Le Prévost, Supp. aux notes sur Rou , p. 8.
(6) Toustain, 2« vol. (7) Ms. deLemaitre, chez M. Marcel, àLouviers. (8) Sim. de Sismondi , t. 1 , p. 164.
(9) M. Mennechet, t. 1, p. 295.— Mss. adressés à TAcad. de Rouen, 1823. (10) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 164, 165. ^Mémoire présenté à TAcad. de Rouen : Il faut éclairer, etc.
(II) V. Arch. de la Tour de Londres. — Ms. Ades ô miAt , Acad. de Rouen, 1823. — Noël, ms., 1»^ cahier, p. 14; 2« cahier, p. 23.
(12) Ms. de PAcad. de Rouen.
(13) M. Floquet, Hist. du parlement. — Farin. — toustain, p. 100.— Trévoux , \° Échiquier. — Mém. Acad. de Rouen, 1823. —M. Depping.
dont le nom venait du siège recouvert d'un drap divisé en carreaux'; il recommande une justice telle que Ton assure, du moins comme emblème, qu'il aurait déposé ses anneaux ou bracelets d'or dans une forêt, qu'ils y étaient restés pendant trois ans auprès d'une mare, et que personne n'aurait osé les dérober; que le pays en a porté le nom de Roumare ^. Ce qu'il y a de certain, c'est que le vol était puni si sévèrement, que c'est de là que dale, dans le pays de Caux, l'usage de laisser les charrues dans les champs, usage dont nous signalerons aussi la fin ^.
Au commencement de l'année 914, sous le rapport au 944 civil , le gouvernement était féodal ; sous le rapport militaire, la discipline était de la plus exacte rigueur; sous le rapport agricole, les fermiers encouragés reprenaient leurs habitudes sages et régulières; sous le rapport religieux, la foi catholique avait acquis une véritable gravité , et l'Église était respectée , obéie dans de justes limites, et sans qu'elle fût un sujet de craintes pour le gouvernement ou l'administration; le chef et le peuple n'allaient plus être, suivant une expression très- spirituelle, des éléments inertes et presque effacés 4.
L'autorité judiciaire, c'est-à-dire cette puissance dont les mœurs et la rigueur sont le meilleur appui des lois, devenait savante, et se bornait à faire exé-
t 2, p. 151, dit que Torigine de Téchiquier est incertaine, et remonte au moins à Etienne.
(1) Mém. : Ades à mihi, Acad. de Rouen, 1823. — Madox. — Hoiiard. — Trévoux , v» Échi«juier. (2) Mém. Ades ô mihi, — Goube. —Masseville. — Deppiug. — Denyaldus, Rollo North. — Anquelil, 1. 1, p. 394.
(8) Veromand. Decan. lib. 2, de morib. Normann. — Denyaldus. p. 128.
(4) Notice critique sur Richer, 1845 ; édit. de la Soc. de PHist. de Fr., p. Ixij.
4M ANNALES DBS CAUCHOIS.
cater les décisions rendues par le pouvoir régulateur. En un mot , la constitution était changée ; elle était d'accord avec les mœurs; elle avait l'appui de la force publique , et les anciennes lois romaines et les ordonnances des rois restaient en vigueur, momentanément, sauf les changements nés et à naître de la modification si importante de la constitution, et par les assemblées telles qu'elles étaient pratiquées en Norvège sous les noms de ping et husping ' . La forme même du pays allait , pour ainsi dire , changer aussi. Chacune de ces parts qui avaient été attribuées aux compagnons de RoUo , allait avoir pour centre des masures, avec des fossés entourés de hêtres, d'ormes ou de chênes , et créant , pour ainsi dire , des tles au milieu de ces vastes champs. C'est cet aspect, qoi subsiste encore, qui n'est imité que dans quelques autres fractions du territoire français, et qui, encore aujourd'hui, après neuf siècles écoulés, donne an pays de Caux cette physionomie si particulière , qu'il semble, en août, que l'on voie des lies plantées de hauts arbres, au milieu d'un océan de récoltes.
(1) Mém. adressé à FAcad. de Rouen, 1823, ayant pour VtiteAiBsé niÂhi y etc. Nous ne pouvons admettre çelta prétentioa élevée par quelques auteurs, qu*aucune loi de RoUo n*ait été écrite. V. Soc. des Ant. de Nom., 1839, p. 167.