‹ Annales des missions franciscainesChapitre 11 sur 81 · SUE LE MARIAGE · texte numérisé non relu

SUE LE MARIAGE

D. Quand un jeune homme veut épouser une jeune fille, que fait-il avant tout ?

R. Avant tout il s'assure si la jeune fille consent à l'épouser; puis il parle à ses parents pour arrêter le mariage, et convenir du nombre de vaches qu'il devra leur donner pour avoir la jeune fille.

D. Mais n'avez-vous pas fixé un prix qui dispense de toute convention ?

R. On fixe un prix, quand un grand seigneur [Begndid] prend la fille d'un grand seigneur. Alors l'époux doit donner 10 vaches et un taureau au père de l'épouse, et 10 vaches à la mère; et si elle a des frères, il en donne 5 à chacun ; puis il offre aux Sœurs quelque anneau de cuivre ou des perles de verre.

D. Et si le jeune homme qui veut se marier n'avait point de vaches?

R. Il cherche une femme dans une famille qui n'en ait point non plus.

D. Pouvez-vous prendre plusieurs femmes ?

R. Autant que nous pouvons en nourrir.

D. Et les femmes?

R. Elles ne peuvent pas avoir plus d'un mari.

D. Si la femme était méchante et manquait à son mari?

R. Le mari la bat, la chasse de sa cabane, et elle est mal vue et méprisée de tout le monde; mais si ses parents vivent encore, ils la prennent chez eux, et allant trouver le mari de leur fille, ils tâchent de l'apaiser par des cadeaux.

D. Et s'ils y parviennent ?

R. Alors le mari rappelle sa femme ; il prend un grand vase d'eau et en arrose la femme et ses parents; puis il leur dit de s'asseoir, mange avec eux et fait la paix.

D. Et le méchant qui la séduirait ?

R. Il devrait donner 10 vaches au mari en punition de son crime.

D. Et s'il n'en avait pas ?

R. Il devrait chercher à s'en procurer, autrement il aurait toujours un grand ennemi , et sa vie ne serait pas en sûreté.

D. Si un homme marié meurt, laissant sa femme seule sans enfants, à qui restent ses biens ? A la femme peut-être ?

R. Non ils restent au parent le plus proche, lequel doit épouser la veuve. Et «i elle a des enfants de ce second mari , c'est à eux qu'appartient le bétail du premier mari. Ces enfants, devenus grands, établissent leur demeure près de la tombe de celui dont ils ont eu l'héritage.

D. Si le premier mari avait laissé des enfants?

R. S'ils sont grands, la chose est bientôt réglée; ils prennent les biens du père et pensent à soutenir la mère. Mais s'ils sont encore petits, le plus proche parent, appelle près de lui la veuve et les enfants, jusqu'à ce qu'ils soient capables de se suffire.

D. Et si en mourant il avait laissé plusieurs femmes et plusieurs enfants?

lì. En ce cas il aurait distribué tous ses biens avant de mourir, pour empêcher les difficultés.

D. Et s*il avait, seulement laissé des filles?

R. Alors les vaches appartiendraient au plus proche parent, qui devrait avoir soin de la veuve, jusqu'à ce que les filles fussent grandes; mais il conserverait toujours le bétail.

D. Quand vos enfants commencent à parler et à entendre, qu'est-ce que vous leur dites, quelles choses leur apprenez-vous?

R. Nous leur apprenons la manière de bien élever le bétail, et nous leur disons : quand votre père sera mort, vous ferez ainsi : vous amasserez ce fumier en tas pour y mettre le feu la nuit, et avec la fumée qui en sort garantir des cousins les pauvres bêtes; vous porterez cette paille, etc. Pour exciter les animaux à paître et à boire, vous battrez des mains et vous élèverez la voix de telle manière; pour qu'ils tournent à droite, ou à gauche, vous sifflerez de telle ou telle façon , et ainsi de suite; en un mot, vous ferez ce que vous nous voyez faire.

D. Vous ne leur donnez point d'autres leçons; vous ne leur parlez point de Dieu?

R. Personne ne pense à leur apprendre autre chose que ce que nous avons dit. Et que devrions-nous leur dire de Dieu? Même nos médecins, Tiet, n'en savent presque rien. Mais ils savent bien parler avec le démon, et s'entendre avec lui. C'est du démon que viennent tous les malheurs, et il faut l'apaiser par des sacrifices; mais Dieu ne fait que le bien, et voilà pourquoi nous ne le craignons pas.

D. Et quand vous avez vu dans le ciel cette étoile à longue queue, qu'avez vous dit et qu'avez-vous fait?

R. Nous avions tous peur, parce que c'est un signe de grandes maladies et de mortalité. Mais nos grands Seigneurs (Begn-did\ , du moment où ils l'ont vue, se sont assemblés et ont sacrifié des bœufs au mauvais génie, et l'ont ainsi apaisé (Nous n'avons vu celte merveilleuse comète que le 1" octobre 1858, une heure après le coucher du soleil ; elle était à Vouest, ou très-près de l'ouest. Elle a disparu pour nous vers le milieu de novembre, après s'être éloignée d-1 soleil).

Page 1