‹ Annales des missions franciscainesChapitre 23 sur 81 · IU · texte numérisé non relu

IU

que chose. Et, lorsqu'il aura ainsi fait, nous nous emploierons, en nous conformant à sa réponse, sans nous en écarter en rien, à ce qui peut tourner au bien universel, de telle sorte que nous puissions nous en faire un mérite devant Dieu. Voilà les choses que nous avions à vous faire connaître, et par lesquelles le bien, avec l'aide de Dieu, deviendra plus grand. Ecrite le septième jour du mois de Maharran, qui fut la lune d'août. Louange à Dieu seul, dont la bénédiction descend sur notre prophète Mahomet et sa postérité. Et qu'il soit notre paix1. »

Telle est la réponse que Malek-Saleh-Nodgeddin-Ayoub envoya, par l'intermédiaire du nonce franciscain, à Innocent IV, avec des assurances de respect et de vénération. Quelques auteurs d'histoire ecclésiastique ont voulu y puiser un argument pour établir que ce pontife prétendait obtenir que le souverain Egyptien rompît la trêve que son père, Malek-el- Kamel, avait conclue av*c l'Empereur Frédéric; mais, en vérité, on ne saurait tirer cette conclusion du texte de ce document; ce serait, au contraire, sottise et en même temps témérité d'affirmer que le Vicaire du Dieu de la paix, au moment même où il tâchait d'attirer à la foi catholique ce sultan et l'engageait à se maintenir en perpétuelle amitié avec les chrétiens, se contredît assez étrangement, pour l'exciter à violer ses conventions, et cela à leur préjudice"2. Il nous suffit d'avoir indiqué cet argument.

SYKIE.

Lettre du Pape Alexandre IV aux Franciscains de Syrie , laquelle confirme le précèdent récit de la ruine que causèrent les Ka ris mi tes à leurs confrères à Jérusalem, et rend hommage à la haute vertu avec laquelle ils restèrent courageusement attachés à cette Mission.

Nonobstant les dispositions douces et bienveillantes de Melek- Saleh-Nodgeddin-Ayoub envers le Pontife et les Franciscains , et qui permirent même à ces derniers de retourner aussitôt au Mont Sion et près du saint Sépulcre, où tous leurs confrères venaient d'être égorgés par les Karismites, cette mission n'en devint pas

*) Voir De Gip.eun.vtis, de. iliss. antiq., pag. 490; et Cylahomu. Uiat. chronolog. de lu Syrie, etc., liv. II, chap. XVII.

^Vuir De Gliseijnatis, lue. cit., pag. 491.

moins difficile et périlleuse. En effet, Fissile malheureuse de l'entreprise guerrière tentée, à cette époque, par saint Louis, roi de Trance, dans les mêmes contrées, pour rétablir le royaume Latin, hâta la rapide décadence de ce même royaume , à tel point qu'il n'en resta bientôt plus de traces, et que les barbares Sarrasins purent s'enorgueillir de leur triomphe sur les chrétiens, jusqu'à inspirer une juste terreur1. Qu'on lise, en effet, comment une lettre, expédiée de ce pays en 1255, en dépeint l'état misérable.

// La Terre Sainte est, parmi toutes les autres régions, la plus exposée aux incursions des infidèles, qui l'assaillent de toutes parts avec une effroyable fureur. Dernièrement elle a été dévastée par les Karismites, et elle ne cesse d'être en butte aux attaques et aux déprédations des Turcomans et des Sarrasins. Les Prélats et les Seigneurs du pays, les Maîtres des ordres militaires et le peuple fidèle, comprennent bien que la situation de la chrétienté, agitée elle-même par des discordes intestines, ne permet pas de leur envoyer de nouveaux secours. Et en attendant, les infidèles deviennent chaque jour plus nombreux et plus forts; déjà les chrétiens du pays se trouvent réduits à un très-petit nombre ; et ce petit nombre est menacé, à chaque instant, de perdre cette faible partie de la Terre Sainte qui est encore en son pouvoir! Puis, surtout, les infidèles s'enhardissent, sachant par expérience qu'il est impossible qu'aucun prince chrétien reste longtemps chez eux afin d'y mener à ferme une entreprise qui, assurément, demande de longs efforts. Ils espèrent donc que la Terre Sainte n'obtiendra jamais qu'un secours passager, venu de loin, tandis qu'eux-mêmes sont établis dans le voisinage, toujours prêts à l'attaquer. Aussi ne se décident-ils à conclure ni paix ni trêve avec les chrétiens, parce qu'ils sont convaincus que ce faible reste du royaume de Palestine ne peut manquer de tomber promptement en leur pouvoir"2. »

Dans cet état de choses, il est bien facile de comprendre que les Franciscains, au milieu de ces nations barbares, où ils étaient, il est vrai, l'objet de quelque vénération à cause de leur pauvreté, de leur humilité et de leur douceur, eussent à supporter d'amères tribulations, tant faute de liberté pour opérer le bien qu'ils auraient voulu, que par suite de leur courage, qui les obligeait souvent à s'exposer aux plus graves périls, ne fût-ce que pour subvenir aux besoins des chrétiens, ici vexés par d'injustes oppresseurs, là gémissant dans les prisons, et pour porter à tous les secours de la religion. Mais malgré tout cela ils ne quittèrent

f) Jfist. Univers, des Miss. Francise., loc. rit !) Voir Fleluv, Hist. Ecclésiastique, liv. XXXII.

pas un seul instant leur sainte Mission; et certes, n'eût-elle consisté qu'à prêcher aux Musulmans la justice et l'humanité envers les chrétiens captifs, elle nous semblerait encore digne de l'admiration et de la reconnaissance de l'Europe civilisée et catholique. Aussi le saint Pontife Alexandre IV, successeur d'Innocent dans le gouvernement de l'Eglise, en fut-il tellement touché qu'il voulut leur en rendre témoignage en face de l'univers, par la lettre suivante du £8 mars 1254, que nous aimons à reproduire. Il leur disait :

// Alexandre Evêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers tils, Ministre et Frères Mineurs de la Province de Syrie, salut, et bénédiction apostolique. Par le rapport de personnes dignes de foi, il est venu à notre connaissance que, non sans péril de votre vie, vous prêtez fidèlement votre aide et votre secours au peuple chrétien, qui combat pour la défense de la foi contre les Sarrasins de ces contrées; et, en outre, que vous vous employez à tel point, au profit de ce peuple, par des prédications, par des avertissements salutaires, et en entendant les confessions, que quelques-uns de vos confrères, appliqués à de semblables œuvres de piété, ont reçu la mort de la main des ennemis de la foi, pour le nom de Jésus-Christ. C'est pourquoi afin d'animer de plus en plus votre zèle à de pareils travaux, nous avons résolu de vous encourager par quelque récompense agréable et salutaire. En conséquence, confiant en la miséricorde du Dieu tout-puissant, et de l'autorité de ses bienheureux Apôtres Pierre et Paul, à vous tous, ensemble et séparément, qui, pénitents de cœur et confessés, vous consacrerez aux œuvres susdites ou autres œuvres de piété, autant qu'il sera en vous, jusqu'au terme de votre vie, dans la Province de Palestine , Nous accordons le pardon des péchés que le Concile Général applique à ceux qui vont outre-mer secourir la Terre Sainte. De Eome , à Latran le 28e jour de Mars de la troisième année de notre pontificat1. »

Telles furent les premières chances de l'apostolat Franciscain en Syrie et en Terre Sainte; apostolat d'autant plus pénible que le courage des religieux, tout en manifestant le zèle qu'ils apportaient dans l'accomplissement de leurs fonctions, produisait de nouveaux périls et de nouveaux échecs dans la lutte soutenue par les troupes chrétiennes. Celle-ci finit bientôt, ainsi que nous le verrons, par l'expulsion complète des croisés de ces contrées, qui retombèrent au plein pouvoir des Sarrasins.

1) Voir Quaaksmius, Eludei. Te r/\ Sancì. j, etc.

Page 1