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POME, SUCCESSEUR DU TRÔXE APOSTOLIQUE ET PERE SPIRITUEL DE

l'empereur1 . Et témoignant d'abord un grand désir de l'unite et de la paix, il le suppliait de lui députer, pour en assurer le rétablissement, des fonces qui en auraient l'esprit et la science, afin de mettre un terme à la funeste scission de laquelle résultaient tant de maux pour l'Orient non moins que pour l'Occident2.

Or, il est facile de penser combien une pareille ambassade réjouit le cœur du Pontife. Aussi conféra-t-il aussitôt de l'affaire avec son conseil naturel, c'est-à-dire les cardinaux, et s'empressat-il de répondre à l'empereur qu'il lui enverrait le plus tôt possible les Konces demandés, rien ne lui étant autant à cœur que de voir rentrer dans le bercail les brebis qui en étaient sorties3. Il fit connaître sur le champ ses intentions au Ministre-Général de l'ordre de St-François (c'était alors S^Bonaventure de Bagnorea), soit à cause de la réputation de grande vertu qui faisait regarder les Franciscains comme aptes à toutes les missions utiles, soit par suite du souvenir tout récent du zèle et du courage avec lesquels les Frères Aymon et Kodolphe, en premier lieu, avec leurs deux compagnons de l'ordre des Prêcheurs, et le

») Raynaldi, année 1263. — Wadding, année 1262.

2) Ibid.

3) Le désir ardent de travailler à la réconciliation des Eglises (grecque et latine) qu'exprimait l'empereur fit tressaillir de joie le Pontife Urbain. C'est pourquoi ayant consulté à cet égard les cardinaux , il renvoya avec le plus grand honneur les ambassadeurs impériaux, en les chargeant d'une courte lettre par laquelle il promettait d'envoyer bientôt lui-même des apocrisiaires. Wadding, dans ses Annales, tome IV, année 12G2.

V». Jean de Parme, cu second lieu, avaient su inspirer aux Grecs une haute estime et un véritable respect pour le Saint-Siège.

En conséquence St-Bona venture proposa quatre de ses religieux, savoir : Pierre de Moras, Pierre de Crest, Simon d'Auvergne et Boniface d'Ivrée. Le pape Urbain ne les connaissait pas, et ils résidaient dans des provinces de l'Ordre fort éloignées, néanmoins la confiance qu'il avait dans leur supérieur général suffit pour qu'ils lui convinssent parfaitement. Il leur écrivit donc de se rendre sans retard à Pome où ils recevraient du Siéoje Apostolique uu mandat authentique et les instructions nécessaires pour la mission dont il s'agissait1. Ils s'empressèrent d'obéir et n'arrivèrent pourtant à Pome que l'année suivante (1263), à cause du temps énorme qu'ils durent mettre pour se rendre de leurs résidences lointaines à la capitale du monde. Encore le Pontife ne les fit-il pas partir immédiatement après leur arrivée, parce que le bruit se répandit que Paléologue avait intenté une guerre injuste au prince d'Achaïe , qui était très-dévoué à l'Eglise2. Mais quand leur départ fut enfin résolu, Urbain leur remit pour l'empereur la lettre suivante que nous devons reproduire intégralement.

// A Paléologue, illustre empereur des Grecs. Puisse-t-il obtenir la grâce de connaître la voie de la vérité ! Xous avons reçu avec de justes honneurs et avec grande joie les ambassadeurs de votre excellence impériale, Alufardo Monaco, Andronic Muzalone et Michel Abalante, ainsi que les lettres qu'ils nous ont présentées de votre part, et nous avons parfaitement compris tant ce qu'ils nous ont dit, en présence de nos frères (les cardinaux), que le contenu de ces lettres. Ainsi vous commencez par saluer et reconnaître en nous le pape de l'antique rome, le successeur du trône APOSTOLIQUE, et le Père spirituel de votre empire. Puis, parlant des avantages de la charité, vous

M Raynaldi, année 1263, n° XXVI. — Wadd., loc. citât. — Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, liv. LXXXV.

-) Il fut impossible à Urbain d'envoyer ses apoerisiaires à Paléologue Tannée précédente, tant parce qu'il fallait faire venir de lieux éloignés les hommes choisis parmi les Frères mineurs (dont il voulait se servir) et proposés par S-Bonaventure, leur ministre général, que parce que, dès qu'ils furent réunis, le bruit courut que ce même Paléologue, qui déclarait vouloir s'unir à l'Eglise, n'avait cessé de persécuter, de molester et d'outrager de mille manières Guillaume de Villehardouin, prince d'Achaïe, très-dévoué à l'Eglise romaine, ainsi que les Latins habitant le même pays. Wadding, dans ses Annales, tome IV, annéel263.

dites que Votre Majesté la possède dans son cœur, en même temps que le zèle dont l'anime l'honneur de la loi de Dieu, et qu'en conséquence il n'y a que l'amour de la paix et de la concorde qui vous ait porté à nous envoyer des lettres et des ambassadeurs, comme il a été dit plus haut. Protestant en outre que vous êtes noire fils, vous vous plaignez que nous, votre père, nous ne vous ayons ouvert en aucune façon les entrailles de notre affection paternelle, bien que vous nous aimiez, comme un tendre fils aime son père; vous dites que malgré cela, quoique depuis la prise de Coustantinople vous nous ayez déjà écrit pour nous faire connaître vos vccux et les dispositions de votre ame, la vive sollicitude qui vous presse ne vous a point permis de différer de nous envoyer directement d'autres lettres et des ambassadeurs, en demandant que le père veuille bien se réconcilier avec son fils, afin de rétablir l'antique unité dans l'Eglise de Dieu; que, grâce à Dieu, la pensée de se révolter contre l'Eglise ne viendrait à personne, et qu'aucun prince ou roi ne pourrait résister au commandement apostolique. Tous ajoutez que vus sujets ont été profondément troublés, en apprenant que nous avions jugé bon de bannir les Génois de la communion des fidèle s, parce qu'ils avaient contracté avec vous une alliance dont nous nous efforcions de les détacher, et qu'ils s'étonnaient qu'occupant le poste de grand et premier Pontife, nous préférions la guerre à la paix, au préjudice de l'union entre des peuples chrétiens, tels que les Grecs et les Génois. Vous n'avez pas oublié de décrire tous les maux causés à la chrétienté par les conquêtes des Latins sur les Grecs, tels que la profanation des églises, la cessation des offices divins et toutes sortes de sacrilèges. Ne pouvant empêcher que tout cela ne soit arrivé, vous semblez demander par vos lettres qu'on fasse au moins cesser à l'avenir les inimitiés et les scandales, d'autant plus que, d'après ce que vous dites, vous le désirez de tout votre cœur, et que personne ne sera capable d'empêcher ce grand bien, pourvu que je veuille sérieusement le procurer. Tous n'hésitez pas, continuezvous, à nous dire, comme à un père, qu'il nous appartenait de vous devancer, ce que nous n'avons pas fait. Néanmoins, n'écoutant que votre générosité, vous nous offrez le premier la paix, protestant devant Dieu et devant ses anges que, si nous repoussions le fils qui accourt dans notre sein avec amour, vous n'auriez plus rien à vous reprocher. Enfin vous déclarez ne point vouloir traiter quant à présent des dogmes ni des cérémonies ou usages religieux, attendu que, si les deux Eglises présentent quelques différences sur ces points, il sera facile de s'entendre, dès

que la paix sera établie entre les Latins et les Grecs; et qu'en conséquence vous n'aspirez qu'à recevoir près de vous avec notre réponse les fonces de ce Siège apostolique.

h Mais laissons ces préliminaires — après que nous eûmes examiné vos dites lettres en présence de nos frères les cardinaux, nous en avons rendu des actions de grâces infinies au Dieu tout-puissant, de qui tout bien procède, qui a dans sa main les cœurs des rois et qui les tourne dans le sens qu'il lui plaît. Et toute l'Eglise Romaine, votre mère, s'est levée pour bénir le ciel, en voyant que la grâce de l'Esprit Saint a éclairé les yeux de l'intelligence d'un si grand prince et lui a montré la voie de la vérité catholique, de sorte que la fille puisse être ramenée dans les bras de sa mère, que la partie puisse se réunir au tout et le membre au corps! car, en somme, l'Eglise de Rome a toujours désiré et a constamment cherché à obtenir que l'Eglise grecque soit reconfortée par le lait de sa tendresse maternelle et nourrie de l'abondance de sa divine charité, afin que le troupeau du Seigneur reçût la nourriture de la doctrine du salut sous la direction d'un seul pasteur, et invoquât plus utilement et plus efficacement le nom du Seigneur dans la profession d'un seul et même dogme de la vraie foi. En conséquence, voulant et hâtant de tous les désirs de notre cœur l'établissement de la concorde, nous avons promis à vos ambassadeurs de seconder vos vœux, sans perdre de temps, en vous envoyant, en qualité d'apocrisiaires, des hommes aptes à une si haute mission, et de la bouche desquels vous entendrez les réponses du Siège Apostolique. Malheureusement l'éloignement des lieux que se trouvaient habiter nos chers fils Simon d'Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d'Ivrée, religieux de Tordre des mineurs, porteurs des présentes et revêtus par nous de la dignité et de l'autorité de nonces, a été cause, à notre grand regret, du long ajournement de leur départ. Ce qui a encore contribué à ce retard, c'est cju'on nous a parlé, précisément en ce temps-là, de vexations, de persécutions et de guerres dont des sujets de votre empire se sont mis à assaillir le noble Guillaume de Yillehardouin, prince d'Achaïe, fils très-dévoué de la Sainte Eglise Eomaine, ainsi que les chrétiens demeurant dans les terres soumises à sa domination; car nous pensions que ce ne pouvait être sans votre conseil et votre consentement. Quoi qu'il en soit, une affaire aussi importante que celle dont nous nous occupons ne peut ni doit en aucune manière, autant qu'il dépend de nous, être empêchée par n'importe quelle circonstance, parût-elle contraire; car nous désirons par dessus tout que le peuple chrétien, formant

un seul corps gouverné et gardé par un seul pasteur, avance de plus en plus dans le bien par la même profession de la foi orthodoxe. C'est pourquoi, de l'avis de nos frères les cardinaux, nous avons résolu de vous envoyer sans plus de délai, et comme des anges de paix, les Franciscains sus-nommés, hommes d'une foi et d'une religion intègres et très-versés dans la loi du Seigneur. Xon seulement ce sont des hommes pacifiques, mais ils portent à la bouche le rameau d'olivier, ils professent la vérité évangélîque, ils pratiquent avec amour l'humilité; car, ayant embrassé par état la pauvreté de Jésus-Christ pauvre, ayant tourné le dos au siècle et à ses délices et à ses richesses, ils n'aspirent du fond du cœur qu'à la coDquête de la patrie céleste!

n Or, bien que, tenant sur la terre, sans aucun mérite de notre part, la place de Celui qui a enseigné, aimé, montré et prescrit la charité dans le monde, nous ayons accueilli avec bienveillance, ou plutôt dans toute la joie de notre âme, les paroles de charité par lesquelles vous avez commencé vos lettres, nous voudrions encore que vous fussiez pleinement persuadé que nous sommes vraiment inspiré par le zèle sincère de cette vertu, quand nous vous exhortons, vous et les peuples soumis à votre empire, à revenir à la vérité catholique, en rentrant dans le sein de votre mère l'Eglise. Alors notre joie sera pleine et complète, car alors il nous sera donné de voir tant de nations différentes de la terre réunies sous la bannière d'une même foi, ne formant qu'un seul peuple, suivant le vœu le plus cher de Jésus-Christ! C'est ce qui exciterait dans l'univers entier la plus vive allégresse : c'est si beau et si doux de voir les frères habiter ensemble dans la maison du Seigneur! Cette maison est l'Eglise de Jésus- Christ, solidement bâtie et affermie sur la pierre immobile de la foi orthodoxe par le sang précieux du Sauveur. Ici la multitude des fidèles n'a qu'un même cœur et une seule âme, dans l'unité d'un seul Dieu, d'une seule foi, d'un seul baptême, etl'universalité des croyants peut être comparée à un seul corps, suivant ces paroles de l'Apôtre : malgré notre grand nombre, nous ne formons qu'un corps en Jésus-Christ1. Cette unité du corps dérive de celle de l'esprit, qui, bien qu'unicjue, transmet à son gré des grâces variées aux membres de l'Eglise. Yoilà pourquoi le même apôtre dit, en énumérant les dons du Saint Esprit qui distribue à chacun ce qu'il lui plaît"2. Et un peu plus loin : nous avons tous été baptisés en un seul et même

1) Epitre aux Rom., XII, 2.

B) Ep. aux Corinth., 1, 12, v. 11.

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esprit, afin que nous formions tm seul et même corps1. Cette merveilleuse unité du corps de l'Eglise se trouve excellemment figurée par la robe sans couture du Seigneur restée l'héritage d'un seul, tandis que ses autres vêtements furent partagés2. On en trouve encore une figure dans la piscine probatiquc, où le bienfait de la guérison était réservé à un seul, tandis que tous les autres malades en restaient exclus11; car les impies, qui errent à. l'entour4-, refusent d'y entrer pour obtenir le salut. C'est encore à cette unité que faisait allusion l'époux des cantiques quand il disait : ma colombe est unique5. Pour conserver à l'Eglise sa beauté entière et inaltérable, le Seigneur lui a donné pour chef et unique maître le bienheureux Pierre, prince des apôtres, qui devait en former le dernier couronnement comme la voûte supérieure de l'arche de ISoè* , hors de laquelle tous les animaux périrent dans les eaux du déluge6. C'est pourquoi l'y investissant de la primauté et de la maîtrise, après lui avoir demandé à trois différentes reprises s'il l'aimait, il le chargea de paître ses brebis et ses agneaux, et lui donna les clefs du royaume des cieux avec le pouvoir de délier et relier7, en obtenant par une prière efficace que sa foi ne défaillit jamais8. Aussi arriva-t-il que beaucoup d'autres églises (particulières) se souillèrent des erreurs des hérétiques, tandis que celle de Rome seule, ayant eu pour maître le bienheureux Pierre, se tînt perpétuellement à l'abri de la plus légère tache. Voilà pourquoi les autres apôtres, témoignant un respect inviolable pour cette institution du Seigneur, même après qu'il fut monté au ciel, reconnurent le bienheureux Pierre pour son vicaire, ayant en toutes choses la dignité et les droits de la primauté. Ainsi, c'est quand s'étant levé, il prit la parole au milieu de ses frères, qu'ils procédèrent unanimement à l'élection de Mathias9. C'est que, parlant tout enflammé du Saint Esprit, il tenait la place du maître qui lui avait confié son troupeau; car tous se tournaient vers lui, qui était assis au premier rang parmi eux. Et sa parole convainquit môme ceux qui auparavant blasphémaient les apôtres et l'esprit saint lui-même; car des milliers d'hommes se convertirent10; tant il surpassait les autres par le zèle avec lequel il prêchait, comme il convenait au vicaire de Jésus-Christ. Aussi ne voyonsnous pas qu'aucun des pères ait opposé aucune objection à cette institution du Seigneur; tous, au contraire, vénérant le prince

i) Id. 13.— 2) Matth., XXVII, 35.— 3) Jean, V, 4.— -«) Ps. XI, 9. — 5) Cantiques, VI, 8. — G) Genèse, VI, 19. — ') Jean, XXI. — 8) Matth. XVI, 19. — 9) Actes des Apôtres, I, 15. — 10) Ibid. II, 41.

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des apôtres comme le véritable lieutenant de Jésus-Christ, recoururent toujours à lui dans leurs doutes touchant la foi, et condamnèrent les hérésies en vertu de son autorité, à laquelle ils adhéraient comme des membres unis au chef, c'est-à-dire au trône apostolique des Pontifes. C'est à lui qu'il appartient de chercher ce qu'il faut tenir et croire, car c'est à lui seul, qui tient la place du fondateur de l'Eglise, et qui en a reçu dans toute sa plénitude une autorité dont nul autre n'a été investi, c'est à lui qu'il incombe de statuer, d'ordonner, de prescrire, de disposer, de délier et lier. Devant ce trône dont ils reconnaissent le droit divin, on voit s'incliner avec respect, tous tant qu'ils sont, les simples fidèles et les potentats qui professent la vraie foi, et ils obéissent à celui qui y est assis, comme ils obéiraient au Seigneur Jésus lui-même; ils se tournent vers lui, comme vers le soleil d'où leur vient la lumière de la vérité et de la foi pour le salut : c'est ce que manifestent beaucoup d'écrits des pères tant grecs que latins. Mais puisque cette autorité, cette puissance souveraine de l'Eglise est prouvée jusqu'à la dernière évidence soit par les textes évangéliques, soit parles témoignages d'une foule de saints docteurs, nous croyons inutile de produire d'autres arguments; car il nous paraîtrait étrange de vouloir augmenter l'éclat du soleil au moyen de petites bougies, c'est-à-dire démontrer avec abondance de preuves ce qui est déjà notoire pour le ciel et pour la terre! Plaise à Dieu que vous n'oubliiez point en pratique la juste opinion suivant laquelle vous nous reconnaissez expressément dans votre lettre pour le successeur au trône apostolique, pour le père spirituel de votre empire ! Plaise à Dieu que vous nous rendiez en effet l'hommage de votre respect filial ! .-/ Quant à nous, nous vous dirons comment la puissance du Saint Siège tourne à l'avantage des princes qui sont dans sa communion et sa bonne grâce. Car s'il arrive que des difficultés et des dissentiments s'élèvent dans leurs Etats avec des menaces de guerre, le Saint Siège s'interpose aussitôt, comme un père à la fois plein de tendresse et d'autorité entre ces enfants qui ne respirent que la colère et le carnage, il leur arrache des mains des armes déjà prêtes à verser le sang, il rétablit et affermit entre eux la paix fraternelle. De même, c'est avec une sollicitude toute paternelle qu'il travaille à pacifier les rois catholiques, quand ils sont brouillés entre eux pour un motif quelconque, ou quand leurs sujets se révoltent, s'ils s'adressent à lui pour réclamer ses conseils ou son appui. Bien plus, il joue le rôle d'un véritable père et d'un tuteur en faveur des princes parvenus au trône en minorité : il les dirige, les protège et les défend,

même à ses risques et périls, contre l'audace des usurpateurs. Si donc vous rentrez dans le sein de l'Eglise, elle réunira autour de votre trône, pour le soutenir, non-seulement les Génois et les autres Etats Latins, mais encore en cas de besoin, tous les rois et princes catholiques du monde. Mais tant que vous resterez séparé de sa communion, nous ne saurions, à vrai dire, jamais admettre ni souffrir que les Génois ou autres peuples de notre croyance vous prêtent leur aide. Aussi votre puissance et votre sagesse impériales vous feront bien comprendre qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si nous avons procédé contre les premiers avec la rigueur d'un père de famille prévoyant; car, en agissant de la sorte, nous n'avons pas préféré la guerre à la paix, nous avons seulement., comme c'était notre devoir, satisfait aux obligations de notre rôle, tandis que vous profitiez de votre alliance avec ces mêmes Génois pour combattre l'Eglise Eomaine et en opprimer les enfants fidèles sous ses propres yeux. Or, tenant la place de la vérité infaillible qui a dit : Je suis la voie, la vérité et la vie1, non-seulement nous ne pouvons nous dispenser de l'aimer, mais nous sommes encore obligés par notre ministère à la montrer du doigt, à la suivre, et même à l'énoncer à tout le monde jusque sur les toits. C'est pourquoi nous ne pouvons, ni ne devons ni ne voulons vous taire que tous ceux qui, en s'appelant chrétiens, n'obéissent pas au trône apostolique, s'élèvent contre les institutions du Seigneur, se rendent coupables d'une erreur mortelle à l'égard de Dieu, et blessent grièvement les yeux de la Majesté divine. Quant à la malice abominable que renferme la désobéissance, elle résulte clairement des paroles du prophète Samuel, déclarant que le péché de la résida ace ed aussi coupable que le péché de la magie, et que l 'insubordination est comme le péché d'idolatrie*. Elle résulte encore de l'exemple de Dathan et Abiron , engloutis pour une pareille faute par la terre avec tous leurs sectateurs3. En vous disant ces choses, nous imitons le hardi médecin, qui ne se contente pas de palper la tumeur, mais qui la perce afin de la guérir. Ecoutez donc patiemment nos paroles, nous vous en conjurons, en leur donnant l'attention nécessaire pour que, avec la grâce de Dieu, elles tournent à votre salut : car, suivant le proverbe de Salomon les blessures faites par un ami valent mieux que les baisers perfides d'un ennemi4. Quant à nous, lorsque la réprimande est néces-

') S'-Jean, XIV, 6. — 2) Quasi peccatum est arîolandi repugnare, et quasi scelus idolatria; acquiescere nulle; les Rois, I, XVI, v. 23. — 3) Les Numbres, XXVI, 9.— «) Proverb. XXVII, G.

saire, il ne nous est pas permis de nous taire comme des chiens muets qui ne savent pas aboyer; c'est au contraire pour nous un grave devoir, suivant l'Apôtre, d'arguer, de conjurer, de gronder même dans toute patience et doctrine1. Quant aux maux déplorables qu'a essuyés le peuple chrétien depuis que s'est produite cette funeste division, en vérité, nous ne les ignorons pas; nous en gémissons avec larmes sur ceux qui, se soustrayant les premiers à l'obéissance de l'Eglise Eomaine, ont élevé un sujet de scandale si grave entre les Grecs et les Latins. En définitive, et à bien voir les choses, si ceux-ci ont en divers temps attaqué les autres, ce n'a pas été à la seule fin de s'emparer de leur territoire et de leurs richesses temporelles, mais plutôt pour leur donner cette intelligence du bien qu'ils ne voulaient pas recevoir'-. Si donc quelques églises ont été livrées en proie aux voleurs et saccagées, comme il arrive presque toujours dans les guerres, il ne viendra dans l'esprit d'aucun homme sensé d'imputer ce malheur à tous les Latins; il est juste de l'attribuer aux seuls pillards en particulier, ou plutôt à ceux qui ont semé la zizanie de la discorde entre les deux nations3. »

Indépendamment de cette lettre si sévère adressée à l'empereur Michel, le pape Urbain investit des plus amples pouvoirs ses quatre nonces Franciscains, pour cju'ils fussent à même de faire tout le bien possible, de tranquilliser les consciences et de remplir tout l'empire grec d'une sainte joie, pourvu seulement que Paléologue et ses évêques les accueillissent avec l'intention sincère de se réconcilier, en acceptant leurs propositions avec leur Mère l'Eglise. Or, voici cruelles étaient ces propositions'1. On absoudrait de l'excomunication tous ceux qui l'avaient encourue, pour s'être séparés de l'unité du Siège apostolique, quand même ils auraient en cet état reçu les ordres sacrés et célébré l'office divin ; ce bienfait s'étendrait même à ceux qui auraient été promus aux ordres mineurs avant l'âge voulu ou postérieurement, aux ordres majeurs. Tous ceux qui prouveraient la sincérité de leur retour pourraient habiter et communiquer avec les leurs, et, s'ils étaient clercs, jouir du privilège du for ecclésiasticrue. Ils pourraient entendre les confessions de qui que ce fût, et affranchir de toutes censures, même des censures canoniques, pourvu que ceux qui auraient souffert des dommages ou des injustices en fussent in-

«) Timothée, IV, 2. — *) Isaïe, LVI, 20. — 3) Voir Raynaldi , année 12C3; Wadding, ibid. — <) Voir Wadding, dans ses Annales, tome IV, année 1263. La lettre porte l'adresse suivante: aux Frères Simon d'Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d'Ivrée, de FOrdre des Frères Mineurs, partis pour la Grèce : comme l'heure est venue, etc. Raynaldi, ibid.

demnisés. Ces propositions consistaient, en outre, à accorder toutes les dispenses nécessaires aux réguliers ou aux clercs, à qui quelque empêchement ne permettrait pas de s'immiscer au ministère ecclésiastique, pourvu que cet empêchement ne provînt pas du crime d'adultère, d'inceste, ou simplement de fornication, de la part d'un sujet lié par des vœux religieux; — à affranchir de la coulpe et de la peine ceux qui auraient tué des personnes sacrées; à fonder de nouvelles églises et à restituer au culte celles qui auraient été profanées d'une manière quelconque; — à dispenser des indulgences, à commuer les vœux et à bénir toute espèce d'ornements sacerdotaux, etc. De plus, Urbain recommanda vivement les nonces à tous les patriarches, évoques, abbés, prieurs de couvents privilégiés, de S* Benoît, de Cluny, de Prémontré, de S11 Augustin, de Citeaux et autres; ainsi qu'aux doyens, prévôts, archiprètres, chapitres, grands maîtres et prieurs des chevaliers du Temple et de l'hôpital de Jérusalem, afin que tous, ne se contentant pas de les recevoir dans leurs maisons comme ses chers fils, leur fournissent tous les secours dont ils pourraient avoir besoin, en leur qualité de représentants de l'Eglise Romaine1. Il écrivit également des lettres au même effet à Guillaume Yillehardouin, prince d'Achaïe, et à tous les nobles barons de ses Etats, en recommandant les dits Eranciscains Simon d'Avergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d'Ivrée, comme des hommes d'une science et d'une habileté peu ordinaires à traiter les affaires même les plus difficiles, comme des hommes puissants en œuvres et en paroles, qui, jouissant de toute sa confiance, se rendaient, anges de salut, dans les provinces de l'empire grec2. Toutes ces recommandations nous prouvent à la ibis quelle importance le Souverain Pontife attachait dans son esprit à cette mission, qui était en effet tout à fait extraordinaire, et quelle vive et sincère sollicitude animait le Siège apostolique afiu de procurer, à l'empire grec en même temps qu'à l'Eglise entière, une paix si ardemment désirée.

Ainsi préparés et munis de tout ce qu'il leurs fallait, les Nonces se mirent en route , sans toutefois s'écarter en rien de cette simplicité et de cette sévérité de vie franciscaine qui se concilie si bien avec les plus hautes dignités, quelles qu'elles

i) Patriarchis, archiepiscopis, etc., ad quos littene istœ pervenerint! Ut ea guœ ad oflìcium nostrum pertinent, etc. Voir Wadding, Annales, tome IV, année 12*i3.

-1 Nobili viro Guillelmo de Vilihardouin, principi Achaiae, ac universis Baronibus illarum partium! Inter alias sollicitudinis nostrœ curas, etc.

soient, et attire à celui qui en est re velu à la fois l'affection et une vénération profonde. Ils parvinrent, grâce à Dieu, àia cité de Constantin. Mais dès leurs premiers entretiens avec Paléologue, ils durent se convaincre que de tout autres motifs que des projets de réconciliation avec l'Eglise Eomaine avaient déterminé l'empereur à demander cette ambassade au Souverain Pontife. C'était surtout le désir de gaguer du temps, en éludant sans cesse le point essentiel des questions, en lassant les Nonces par cette éternelle et si ennuyeuse sophistique à laquelle la langue grecque fournit tant de ressources, en les égarant, s'il était possible, dans un labyrinthe inextricable de disputes minutieuses, ridicules, incohérentes, puis en finissant par rejeter sur eux la responsabilité de l'inutilité des négociations pour conclure la paix. Néanmoins ces bons et prudents religieux persévérèrent pendant près de trois ans à supporter avec une patience admirable les ennuis et les supercheries de ces rebutantes discussions, espérant que malgré tout les Grecs finiraient peut-être par accéder aux conditions raisonnables moyennant lesquelles l'Eglise Eomaine était prête à les recevoir au sein de l'unité.

Malheureusement, chose douloureuse à dire! ils jugeaient mal, d'après la bonté et la loyauté de leur cœu>', des dispositions des Grecs, dont ils n'eurent que trop à expérimenter l'obstination et l'endurcissement dans leurs prétentions schisma tiques, de sorte que, de toutes leurs sollicitudes, de tous leurs témoignages de patience et de prudence, ils ne recueillirent qu'un amer désenchantement. Pauvres fils de saint François! Comme ils ont du se sentir le cœur pénétré d'une cruelle douleur quand ils sont revêtus d'une mission si solennelle et commencée au milieu de si grandes espérances pour l'Eglise, n'en emportant, lors de leur retour à Borne, cpie le témoignage de leur conscience; car, cette mission, ils l'avaient remplie avec Là plus grande fidélité, et avec un zèle égal à l'amour ardent qu'ils avaient voué à la religion; c'est pour une tâche si ingrate qu'ils s'étaient arrachés à leurs chères études, aux délices de la solitude, aux douceurs de leurs ferventes prières du jour et de la nuit, parmi leurs frères chantant incessamment les hymnes de l'amour divin, et ils n'avaient fait que jeter au vent tout ce temps qu'ils auraient pu consacrer à la sanctification des peuples de l'occident, à l'honneur toujours croissant de leur institut ! Oh ! il n'est pas possible que mille pensées de ce genre ne s'élevassent dans leur esprit pour affliger leur cœur! D'autant plus que Paléologue, avec une fourberie insigne, que les Nonces

dans leur simplicité ne soupçonnèrent même pas, avait compromis leur réputation aux veux de l'Eglise Romaine, dont ils détendaient les droits et la dignité, espérant ainsi soit d'obtenir tout ce qu'il prétendait, soit de faire, accroire à tout le monde que le Saint-Siège ne traitait pas avec lui de bonne foi. Or, voici comment les choses se passèrent.

Après que l'empereur eut tenu les religieux susnommés en suspens pendant près de trois ans, il eut à la fin l'idée de leur proposer quelques articles qu'il avait rédigés sur l'objet de la réunion, en y joignant un semblant de profession de foi, aussi conçue au gré de son caprice, et de les prier de porter ces pièces à Rome, en demandant qu'ils tâchassent de les faire accepter et confirmer par le chef de l'Église. D'abord, les Nonces refusèrent de se charger de ce message; cédant néanmoins ensuite aux importunités du monarque, et ne voulant point paraître se faire juges en matière de foi, et outrepasser ainsi les limites de leur mission, ils se décidèrent à prendre ces pièces et les remirent au pape1, qu'ils prièrent de les examiner et de voir quelle réponse il lui plairait de donner à l'empereur grec. On voit par là que, loin d'excéder leurs pou voirs, ils firent preuve d'une charité incomparable, en montrant qu'il ne tiendrait jamais ni à eux, ni à l'Eglise qu'ils représentaient, que l'unité et la paix ne fussent pas rendues au monde chrétien, faute de patience, d'efforts et de soins de toute sorte. Mais tout aussitôt on chargea quelques Grecs, envoyés comme ambassadeurs au Souverain Pontife, de suivre de près les quatre Franciscains. Eux aussi se présentèrent au pape avec des lettres au nom de leur maître, demandant qu'il voulût bien ratifier ce que déjà ses Nonces avaient cru pouvoir accepter à Constantinople : c'étaient les articles sus-énoncés et la profession de foi y jointe qu'ils avaient, disaient-ils, promis par obligeance et d'une manière officieuse de déposer aux pieds du trône pontifical. On ne pouvait ourdir une trame plus artificieuse contre l'honneur du Er. Simon et de ses compagnons; mais, grâces au ciel, Clément qui ne connaissait pas moins que son prédécesseur la piété et la profonde doctrine de ces religieux, et d'un autre côté, la mauvaise foi des Grecs, ne tarda point à venger le Saint Siège et ses ambassadeurs de cette infâme calomnie, en attestant par un témoignage solennel qu'ils avaient fidèlement rempli leur mandat et mérité sa pleine satisfaction. Ce témoignage est contenu dans une lettre qu'il importe de rapporter

') Clément IVj qui avait succédé à Urbain, mort depuis deux ans.

textuellement : tant elle est honorable pour ces excellents Frères et ponr tout l'Institut auquel ils appartenaient :

// À Paléologue, illustre empereur des Grecs, à qui soit donnée; la grâce d'obtenir la gloire dans le siècle futur! Nous avons faitbon accueil et avons même témoigné notre joie à vos prudents et honnêtes apocrisiaires, qui nous ont remis les lettres dont vous les aviez chargés, et que nous avons reçus en audience solennelle, en présence de nos frères les cardinaux, où l'intervention d'habiles interprètes nous a permis, suivant nos désirs, de nous entendre parfaitement. Nous avons lu avec plaisir le commencement de ces lettres , que vous avez emprunté aux psaumes de David pour manifester la joie qu'a justement inspirée à votre cœur l'espoir d'entrer bientôt dans la maison du Seigneur et d'y voir réunies les nombreuses tribus1 des grecs et des latins. C'est précisément ce que nous désirons avec toute la tendresse de nos entrailles paternelles, et ce que nous ne cessons de demander avec ferveur au Seigneur dans l'auguste sacrifice, afin qu'il lui plaise de les attirer de tous les coins de la terre, pour les réunir dans son Église. Oui, certes, nous sommes impatients de voir ses ruines réparées, ses blessures guéries, ses murs relevés et gardés par ses saints anges. Car nous n'ignorons pas les graves dommages qu'a déjà causés au peuple chrétien la trop longue et trop funeste division des grecs et des latins , exposés par là même à la fureur des ennemis (les Sarrasins), dont ils n'ont pu vaincre les terribles phalanges, parce que jusqu'ici ils se sont affaiblis par leurs discordes intestines, tandis qu'ils auraient remporté sur eux un certain et magnifique triomphe, si la concorde et la charité fraternelle les avaient animés d'un seul esprit.

// Déjà exprimant votre pieux désir de l'unité par d'autres lettres semblables et par l'organe d'autres ambassadeurs, vous avez, pour y arriver, prié notre prédécesseur Urbain IV, d'heureuse mémoire, de vouloir bien vous envoyer ses Nonces, hommes vraiment amis de la paix et doux disciples de Jésus-Christ, qui ne mettraient point leur gloire dans de vains discours et ne préféreraient point le faste de la sagesse mondaine aux avantages de la réconciliation désirée, mais qui emploieraient plutôt tous leurs soins et tous leurs efforts à la procurer. C'est pour satisfaire vos vœux et répondre à vos désirs, qu'il vous a envoyé, munis de ses lettres, les frères Simon d'Auvergne, Pierre de Moras, Pierre Crest et Boniface d'Ivrée, de l'ordre des Mineurs, religieux d'une

») Psaume CXXI, 2.

vertu éprouvée, pauvres des choses de ce monde, mais riches de foi et profondément versés, comme il le fallait, dans la loi du Seigneur. Toutefois, bien que notre susdit prédécesseur eût reçu avec une vive satisfaction ces lettres, comme paraissant pleines d'une grande piété, il ne jugea point utile de suivre dans la négociation de l'affaire Tordre que vous proposiez : il vous semblait avant tout convenable de conclure une paix politique entre les Grecs et les Latins, pour en venir ensuite aux dogmes de la foi et à la diversité des rites ecclésiastiques; et vous essayiez de prouver qu'une telle méthode était conforme à la raison, par beaucoup d'arguments tirés des Ecritures, et en faisant surtout valoir que la charité est le fondement de toutes choses. Il ne s'attacha point à combattre un à un tous vos raisonnements; mais protestant qu'il n'était pas moins tendre que la charité même, pratiquée si pleinement, si généreusement par l'Eglise, jusqu'envers ses enfants ingrats, il observa seulement que la charité doit avoir son premier et plus ferme fondement dans la foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu1, et répondit avec justice que c'était de la foi qu'il fallait traiter avant tout. Dieu nous garde de dire que l'Eglise romaine, qui a toujours été sans ride et sans tache2, et, aujourd'hui comme autrefois, toujours inébranlable dans la même vérité de foi, haïsse les fils qui s'éloignent d'elle; car, également affectueuse en tous les temps comme une mère, soit envers les justes, soit envers les pécheurs, désobéissants et rebelles, on ne peut certainement pas dire qu'elle ait changé, parce que, suivant la loi de la justice, elle a quelquefois brisé la force des pécheurs3 qui refusent de se rendre à ses avertissements salutaires. De même, une saine appréciation ne permet pas de dire que ce soit la haine qui inspire le médecin qu'on voit employer le fer et le feu pour guérir une plaie à laquelle ont été inutiles toutes les autres ressources de l'art. Nous voulons donc l'alliance de la foi et de la charité. Mais ceux qui portent atteinte .à la première s'aliènent par là même la seconde, à laquelle il ne leur sera point donné de revenir, si d'abord ils ne reçoivent dans toute sa pureté et dans toute son intégrité la foi qu'ils n'ont pas connue, ou qu'ils ont répudiée, après l'avoir connue; car c'est la foi qui est la source de la charité, à laquelle il est impossible de participer par une autre voie. Or, c'est pour aplanir le chemin qui conduit à la paix, que ces religieux Franciscains ont été

i) Hébr. XI, 16.

2) Enhes. V. 27.

s) Psaume LXXIV, 12.

envoyés à votre grandeur, et chargés par leurs instructions d' arrêter avant tout les dogmes et les rites ecclésiastiques, puis de discuter les conditions propres à amener la bonne harmonie entre vous, votre peuple et notre prédécesseur. Mais les lettres qu'ils vous ont remises portaient expressément que, dans le cas où les négociations aboutiraient à un heureux terme, vous auriez à envoyer des ambassadeurs extraordinaires, munis de pleins pouvoirs pour en poser les conclusions et les accepter, ou chercher, avec Faide de Dieu, d'autres moyens de mettre fin à une affaire si grave. Néanmoins, ces quatre Frères Mineurs, ayant passé quelque temps dans votre cour et s'apercevant qu'ils ne pouvaient obtenir ce qu'ils demandaient, prirent ce qu'ils purent et adhérèrent, d'après ce que vous dites, à un écrit de quelques articles, qu'ils vous ont promis de recommander à ce Siège apostolique. Or, quand vos ambassadeurs furent arrivés ici, nous leur donnâmes audience, d'abord en secret, comme ils paraissaient le désirer, puis en présence de nos frères les cardinaux, et nous essayâmes de leur parler un peu des dogmes de la vraie foi, non dans des disputes sophistiques, mais dans des entretiens faciles et pleins d'une franchise et d'une simplicité tout évangéliques. Voyant que ce moyen ne leur agréait pas, nous songeâmes à leur proposer de discuter familièrement avec quelques membres de notre conseil, pris entre les mêmes cardinaux qui pourraient discuter avec eux, dans les formes et les conditions qui leur paraîtraient propres à terminer l'affaire de l'union et de la paix. Ils ne se prêtèrent point davantage à ce parti ; ils ne voulurent, au contraire, insister que pour faire accepter et ratifier les conventions que, disaient-ils, Fr. Simon et ses compagnons avaient reconnues bonnes et raisonnables, déclarant qu'ils étaient venus pour cela, et non pour disputer, quoique, en définitive, ils avouassent devant nous et devant nos frères qu'ils n'avaient pas le pouvoir d'y apposer leur sceau, quand même ils auraient trouvé de notre part une entière condescendance. En vérité, une pareille conduite nous a grandement surpris, surtout quand nous les vîmes demander avec une telle obstination la ratification d'un écrit qu'ils n'avaient eux-mêmes ni mission ni pouvoir de ratifier, et les lettres de votre grandeur qu'ils nous présentèrent en votre nom ne contenaient à ce sujet aucune indication, d'où pût résulter au moins quelque preuve ou quelque indice qu'il fallait ajouter foi à leurs assertions. Mais afin de ne leur donner aucun motif de se croire personnellement mal accueillis par nous, nous tâchâmes de leur faire comprendre qu'il n'était pas possible que l'écrit proposé eût été le moins du monde approuvé au nom du Saint-Siège par

les quatre Franciscains, attendu qu'ils n'avaient aucun pouvoir de le faire. Ils avaient été envoyés pour préparer, et nullement pour terminer l'affaire, sur laquelle ils étaient chargés d'adresser un rapport au Siège apostolique lui-même, qui s'en réservait le jugement ;. C'est, du reste, ce qu'ils ont eux-mêmes déclaré

EXPRESSÉMENT A LA FIN DE CET ÉCRIT. IL EST DONC ÉVIDENT QU'ILS N'ONT PAS USURPÉ UN RÔLE QUI NE LEUR APPARTENAIT PAS, ET QU'ILS ONT SIMPLEMENT PAIT ACTE DE POLITESSE, EN PROMETTANT, AUTANT QTj'lL ÉTAIT EN EUX, DE RECOMMANDER A QUI DE DROIT l'eXAMEN ET L* APPROBATION DE LA PIECE. CELA MONTEE A VOTRE GRANDEUR AVEC QUELLE FRANCHISE ET QUELLE LOYAUTÉ ONT AGI CES RELIGIEUX, EN SE TENANT DANS LES LIMI- TES DE LA MISSION ET DES POUVOIRS Qu'lLS AVAIENT REÇUS, ET EN

insérant dans l'écrit une déclaration conforme1 . Par conséquent ils n'ont ni approuvé, ni eu l'intention d'approuver, dépourvus à cet égard d'un mandat suffisant, les articles que vos apocrisiaires nous ont présentés. »

Assurément l'ordre des mineurs et notamment ses quatres membres Simon d'Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d'Ivrée, chargés par le Saint Siège de travailler à la réconciliation des grecs d'Orient, ne pouvaient attendre un éloge plus solennel et plus plein d'autorité que celui sorti de la bouche du lieutenant de Jésus-Christ sur la terre, dans des conjonctures telles que l'empereur grec s'en serait sans doute volontiers passé; car il ne pouvait lui être agréable de se voir ainsi publiquement démasqué comme l'auteur de toutes ces fraudes et de tous ces mensonges. Mais cela devait le convaincre que si, en tout temps

') Si le pieux abbé Rohrbacher avait fait attention à ce passage si préc's de la lettre de Clément, il n'aurait certainement pas écrit dans son histoire que dans cette mission à Constaûtinople les nonces franciscains outrepassèrent leurs pouvoirs (Histoire universelle de l'Eglise, édition de Milan, livre LXXIV). Il importe toujours, quand il s'agit de points historiques si graves, de consulter minutieusement mot à mot les documents qui s'y rapportent. Autrement on s'expose, même avec des intentions droites et de la bonne foi, à prendre le change d'une manière extrêmement fâcheuse sur des points qui peuvent intéresser l'honneur, non-seulement de personnages respectables, mais encore de l'Eglise elle-même. Nous sommes persuadé qu'ici Rohrbacher s'est fié à ce qu'avaient dit avant lui Fleury et Henrion; mais devant le document que nous avons reproduit in extenso, nous sommes porté à croire que ceux-ci n'ont pas remonté aux sources. Le document cité se trouve tout entier et sans aucune apparence d'interpolation dans tous les annalistes et les historiens les plus fidèles soit de l'Ordre Séraphique, soit de l'Eglise, tels que Wadding, Raynaldi, etc.

et en toute circonstance, il eût trouvé dans l'Eglise de Rome une mère indulgente, prête à se réconcilier avec des fils égarés, pourvu qu'ils reviennent sincèrement à elle, il ne lui en serait pas plus facile de la surprendre par les artifices de la mauvaise ibi, ni de l'intimider par la puissance; car il n'y a rien au monde qu'elle puisse craindre, dût tout l'enfer se conjurer contre elle; c'est toujours en vain qu'il réunit ses forces pour la combattre et qu'il y déploie sa plus habile stratégie. La lettre porte la date du 1 mars 1267; en la terminant, Clément y joint, par opposition à celle de l'empereur, une profession de foi claire et précise sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, la procession du Saint-Esprit du Père et du Eils, l'unité de la divinité de l'Eglise et du baptême, le purgatoire, l'enfer, les sacrements, et particulièrement celui de l'Eucharistie, où le pain se change véritablement au corps et le vin au sang de Jésus- Christ. Quant à l'Eglise romaine, il déclare qu'on doit lui reconnaître la pleine et suprême primauté et principauté sur toute la société catholique, qu'elle sait avoir reçues en même temps que la plénitude de la puissance du Seigneur, dans la personne du bienheureux Pierre, prince des apôtres, dont le pontife romain estsuccesseur, que c'est à elle qu'on peut en appeler dans toutes les causes ecclésiastiques, et qu'elle reconnaît les privilèges de toutes les Eglises particulières, mais comme émanant de la source de son autorité souveraine. Foi aussi pure que solide, dit ensuite le pontife, foi conforme à l'Evangile, enseignée par les pères et confirmée par les pontifes romains dans les conciles, que nous nous garderons bien de soumettre à un nouvel examen, puisqu'il suffit amplement d'en avoir fait un simple exposé, et pour la défense de laquelle nous sommes prêts à sacrifier jusqu'à notre vie. Néanmoins nous avons décidé de vous envoyer cette fois encore nos nonces, qui nous ramèneront euxmêmes quelques-uns des vôtres, afin que nous leur donnions, en cas de besoin, les explications convenables1. Ces nouveaux nonces du pape, chargés de cette même tâche, furent, il nous est vraiment doux de le dire, pris dans l'ordre de nos chers et excellents Erères Prêcheurs, qui partageaient avec leurs confrères les Mineurs les sollicitudes de l'apostolat catholique pour le salut des peuples et le soutien de l'Eglise. Ils n'obtinrent toutefois pas plus de résultats; les grecs se jouèrent de leur mission, comme de toutes les précédentes, et le bon Clément IX descendit sur ces entrefaites dans la tombe, avec la douleur de laisser l'Eglise de Dieu déchirée par cet absurde schisme d'Orient.

1 Wadding, Armalesj tome IV, à l'année 1267, et Raynaldi, ibid.

Malgré tout cela, Paléologue, par une incroyable malice, feignait de temps en temps d'insister pour la conclusion de la paix entre les deux Eglises, comme si le pontife romain s'y était opposé. Mais on dovine ses dispositions. : il ne se tournait vers Rome que quand l'y poussaient les préparatifs de guerre des potentats de l'Occident. Car pour lui-même, dans les secrètes pensées de son cœur, il avait de Home la même horreur que les évêques de son rite, chez lesquels, à bien observer l'histoire du schisme oriental, on trouve toujours le même esprit qui animait Photius, comme s'il revivait en chacun d'eux. C'est cet esprit qu'a dernièrement si bien dépeint sous ses couleurs particulières un de ces écrivains distingués dont s'honore aujourd'hui le clergé de France, nous voulons dire l'illustre abbé Jager1. Cependant l'empereur Michel, voyant que Charles d'Anjou s'était, après la défaite de Conradin, affermi sur le trône de Sicile, et y avait accpiis une telle puissance que non-seulement il n'avait plus d'ennemis à craindre en Italie, mais qu'il aspirait à la conquête de Constantinople, ou du moins à faire valoir d'une manière quelconque les droits lui provenant de Baudouin, se sentit en 12072 comme saisi d'épouvante; car il n'avait ni sur mer ni sur terre des forces suffisantes pour lui résister avec quelque espoir de succès. Il était donc tout à fait incapable de lutter, et en outre rien n'était plus facile à Charles cpie de se transporter rapidement de Brindes à Durazzo. Il se mit alors à envoyer de nouveau des messagers au Pape, le suppliant pour l'amour du ciel de ne pas permettre à, Charles de porter la guerre aux grecs, chrétiens eux aussi, et tout disposés à vénérer le pontife, comme leur père spirituel, premier et suprême évêque de l'Eglise. Il promettait de travailler à l'extinction définitive du schisme, auquel il ne restait plus aucun prétexte depuis la restitution de Consfcantinople. Il ne manqua point de chercher à séduire les cardinaux par des présents, pour qu'ils pliassent le pape à ses désirs3. Il envoya également à saint Louis, roi de France, des ambassadeurs chargés de demander qu'il s'interposât comme arbitre entre lui et le Siège apostolique, en l'en conjurant avec les plus vives instances par le sang de Jésus-Christ et par le jugement dernier, et en l'assurant que de son côté il ferait tout ce qui lui serait prescrit'1.

Que si ces bas artifices d'une hypocrisie, aussi vile au moment

') Histoire rie Photius, patr. de Constant, auteur du Schisme de? Grecs, d'après les documents originaux, la plupart encore inconnus, etc. Paris 1854. — 2) Ducange, liv. V, in-4. — z) Fleury, Histoire ecclés., liv. LXXXVI. — *) Raynaldi, année 1270, n° 3; Wadding, id.

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