‹ Annales des missions franciscainesChapitre 62 sur 81 · SOR · texte numérisé non relu

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n'iti portent pas le nom, comme il en est des Latins. « Ces paroles satisfirent le patriarche, mais d'autre part elles irritèrent vivement l'empereur, qui sur le champ déclara rassemblée dissoute et ordonna à l'archiviste de se rendre en prison, llecourant ensuite au ministère d'hommes savants qu'il avait près de lui, entre autres de l'archidiacre de Melitene, Georges de Chypre, et des quatre frères mineurs, nonces du pape, il composa un Mémoire, dans lequel, avec le secours de l'histoire et l'autorité des Livres-Saints, il prouvait que la doctrine des Latins ne contenait aucune erreur; puis il l'envoya au patriarche, pour qu'il y répondit, en s' appuyant également sur les témoignages de l'histoire et de l'Ecriture sainte. Le patriarche réunit donc sans retard autour de lui tous ses adhérents, auxquels, s'adjoignirent d'autres, qui peu auparavant s'étaient séparés de lui, mais qui pour le moment se réunissaient par le seul motif qu'il s'agissait de résister à l'Eglise romaine.

Cette assemblée, rehaussée par un grand apparat extérieur, se composait de nombreux prélats. La princesse Eudoxie, sœur de l'empereur, beaucoup de moines et jusqu'à seize cents savants hostiles aux Latins, y assistèrent également. Le moine Job Josita, aidé de quelques autres, entre lesquels on compte l'historien Georges Pachymère, se chargea de répondre au Mémoire mentionné ci-dessus. Il est impossible de dire combien en fut contrarié l'empereur, qui ne s'attendait à rien de semblable î Ayant en main cette pièce, pour montrer le peu de cas qu'il en faisait, il différa à dessein de la faire lire en assemblée publique, et s'apercevant en suite qu'il était tout à fait utile de chercher de ce côté des moyens d'accommodement et de paix, il se retourna de nouveau vers Vecco, qu'il essaya de gagner à la cause de la vérité et de l'union; et assurément il ne se faisait pas illusion, car Yecco était un homme droit et aimant avant tout la vérité. Celui-ci eut en conséquence plusieurs conférences avec les Franciscains, et lut tous les passages de l'Ecriture, des Pères, qui parurent favorables aux Latins. Dès lors, il commença a soupçonner qu'il s'était peut-être trompé en ce point, étant plus versé dans les études profanes que dans les études religieuses. Il eut donc de plus fréquents entretiens avec les religieux, et les pria de lui communiquer les ouvrages où ils puisaient leurs preuves, afin de les lire avec attention et de s'en pénétrer suffisamment. Dieu daigna bientôt éclairer tellement son intelligence et toucher son cœur qu'il ne s'arrêta plus à d'autres difficultés qui mettraient obstacle à l'union, d'autant plus qu'il voyait clairement que du côté des Latins il n'y avait plus rien qui put retarder davantage la conclusion d'une affaire si grave.

Relativement à l'addition dans le symbole du mot Filioque, il s'en rapporta au texte de S. Cyrille, qui dit que le Saint-Esprit vient substantiellement du Père et du Fils, autorité si claire et si irrécusable, que par son moyen les deux frères mineurs, Aimon et Rodolphe, avec leurs collègues les religieux dominicains, avaient déjà confondu les subtilités des Grecs sur le Concile de Nicée1. Il usa aussi de ce texte de saint Maxime, disant dans une lettre à Palimi : Par où ils montrent qu ils enseignent, non que le Fils est la cause efficiente du S. Esprit, mais que celui-ci procède de celui-là, expression où se trouve prouvée l'union et l'inséparabilité de substance. Enfin il fixa son attention sur les paroles de saint Athanase qui dit : On reconnaît la personne du S. Esprit au rang des personnes divines, en ce qu'il procède de Dieu par le fils et n'est pas son ouvrage, comme l'enseignent les hérétiques. Ainsi convaincu et sûr de la vérité, Yecco se déclara pour la paix à la grande satisfaction de l'empereur, qui s'efforça d^s lors de faire plier aussi les évêques, pour que les nonces du pape ne fussent pas retenus plus longtemps. Il nous est pénible de dire que ces malheureux, obstinément rebelles à toutes les prières de leur souverain et toujours aveuglément tenaces dans leur opinion, fermèrent l'oreille aux douces et sages exhortations des religieux; ils allèrent même tous, sauf quelques-uns mieux avisés, jusqu'à souscrire une déclaration dictée par le patriarche Joseph, où ils juraient de repousser toute espèce d'union avec les Latins2. Néanmoins la conversion de Yecco parut si importante à l'empereur, qu'il n'hésita plus à renvoyer au pape deux de ses Apocrisiaires pour lui annoncer et lui certifier que désormais rien ne pouvait empêcher que cette paix de l'Eglise si désirée ne fût conclue et solennellement proclamée dans le concile qui allait se réunir à Lyon.

Les deux Frères Mineurs qui retournèrent porter cette nouvelle à l'occident furent les pères Raymond Bérenger et Bonaventura de Mugello. Les pères Jérôme et Bonnegràce demeurèrent pour compléter les dispositions commencées et accompagner bientôt les ambassadeurs de l'empereur, qui seraient députés au Concile. Xous laissons à l'imagination de nos lecteurs à se figurer quelle joie éprouvèrent ceux qui furent destinés à porter une si agréable nouvelle au pape Grégoire, et chargés de lui présenter la lettre de l'empereur Michel, qui la certifiait solennellement. Ce voyage et les autres qu'ils prévoyaient devoir peut-être encore

») Voyez l'Histoire des Missions Franciscaines, tome I, chap. 6. 2i Pachymère, liv. V, chap. 16.

entreprendre par la suite, les peines, les fatigues qu'ils auraient à essuyer, tout cela leur paraissait insignifiant, en comparaison du triomphe qu'allait remporter l'Eglise de Jésus-Christ, à laquelle ils portaient un amour si sincère et si ardent. J\Te s'étaientils pas consacrés à son service et à sa gloire, dans un apostolat continuel, comme doit Tetre en effet la vie du prêtre, et le fut toujours celle des institutions religieuses, dans leur exacte observance? Le vicaire de Jésus-Christ ne sentit pas moins de joie, en voyant à ses pieds ces bons religieux, et en apprenant de si excellentes nouvelles; il les embrassa avec une tendresse paternelle, et les félicita des heureux succès que leur ordre venait de procurer à l'Eglise. C'est animé de tels sentiments qu'il venait d'élever au cardinalat deux de leurs confrères, saint Bonaventura et Vicedomino de Ficedominis* . Peu de jours après il répondit à l'empereur, auquel, tout en exprimant la joie dans le Seigneur dont l'avaient pénétré les heureuses nouvelles qu'il venait de recevoir, il ne put s'empêcher de manifester quelques méfiances sur la droiture d'intention des grecs, seulement, disait-il, pour que l'empereur s'empressât de les dissiper entièrement par sa conduite. Beaucoup de personnages considérables, ajoutait-il, soutiennent que les grecs prolongent les négociations par des raisonnements artificieux et peu sincères. « jSous ne vous écrivons donc qu'afin de les engager plus vivement à agir de concert avec vigueur et sincérité, pour fermer la bouche à ces accusateurs, qui disent encore, à propos de la longue absence de nos nonces, que ce n'est pas la première fois qu'arrivent de pareilles lenteurs, parce que les grecs nourrissent le secret espoir que quelque incident imprévu viendra rompre les négociations2. « Le pape adressa ment des lettres à Philippe, empereur titulaire de Constanti nople, et à Charles, roi de Sicile, les priant de donner 'entière sûreté aux ambassadeurs de Paléologue3. Mais il importe surtout d :.. ntionner la lettre que le même pontife jugea bon d'écrire

r Voir Wadding, Annales, tom. IV, an. 1273, n' XL

ïam piures magnse conditionis et status asserunt, unionis prœdictœ tractatum ex grœcorum parte diutius »n figmentis verborum et simulate deduc- ;.icpt autera illis creduli tatis aures non duxerimus inclinandas, hrec lanieri Excellentiœ tuœ ad stimulum quasi sollicitudinis exponimus, ut ad cod-

tionem praedicti negotii... sic solerter intenda*, et efficaciter in ventate [uod, iute permissionis effectu per evidentiam operis apparente, obur ora inique loquentium, qui celsitudinem tuam libenter forte notarent on in sinceritate debita hoc tara salubre negotium prosequaris. ■ Wadding, dans ses Annales , tome IV. année 5 273. z Idem, et Raynaldi, ibid. — Labbe, tome XI, p. 3ó0.

aux deux frères mineurs restés à Constantinople, c'est-à-dire aux pères Jérôme d'Ascoli et Bonnegràce de Persiceto, et dans laquelle, après leur avoir vivement recommandé l'œuvre menée au. point où elle en était, il les exhorte à terminer la grande affaire qui leur avait été confiée, et qui devait produire un si grand bien au monde chrétien, un si beau triomphe à l'Eglise de Jésus- Christ, et un tel accroissement d'honneur pour leur institut lui-même. Cette lettre porte : « Aux Pères Jérôme d'Ascoli et Bonnegràce de San-Giovani à Persiceto, de Tordre des Mineurs! En considérant les choses au point de vue de l'affection naturelle, il est vrai que vos fatigues nous inspirent une grande compassion pour vos personnes; mais quand nous levons plus haut le regard de l'intelligence, quand nous songeons que vous travaillez pour Celui qui ne laisse personne sans récompense, pourvu qu'on se dévoue à sa cause sainte, nous sommes porté à dire que nous éprouvons plutôt le doux besoin de vous en féliciter. Mais il ne siérait pas d'enseigner cette science du dévouement à des hommes qui ont assez prouvé qu'ils la connaissent; nous aimons mieux vous exhorter à persévérer avec constance dans ces lourds travaux et dans l'ardeur du zèle que vous avez montré en les entreprenant, certains de l'ineffable rétribution qu'ils vous vaudront. S'il était même possible que, pour hâter la fin de la mission dont vous êtes chargés, ce zèle redoublât en vous, et que vous vous en occupiez avec une plus vive sollicitude, nous vous y exhorterions par notre présente lettre, sûrs comme vous devez l'être que vous en recevrez une ample récompense du Seigneur, et un accroissement de la bienveillance du Siège Apostolique, dont vous jouissez déjà. Ce que, du reste, nous voulons surtout, c'est que vous insistiez fortemenr près du magnifique et illustre empereur des grecs, Michel Paléologue, pour que, les négociations terminées par vos soiiiïi, il vous renvoie le plus tôt possible, en compagnie de ses nonces, afin que vous puissiez, comme nous le désirons, assister en personne au Concile. Lyon, ce 25 novembre, deuxième année de notre Pontificat1. » — Maintenant il sera intéressant de les voir se conformer exactement aux désirs du pontife Grégoire; car ils terminèrent heureusement les négociations, et arrivèrent à temps au Concile, où la réunion des grecs à l'Eglise latine s'accomplit solennellement, au milieu des cantiques d'allégresse et de bénédiction de tout le monde chrétien.

>) Aux Pères Jérôme d'Ascoli et Bonnegràce de San-Giovanni à Persicetu de ]"Ordre des Frères Mineurs : Labores veslros, etc. Voir Wadding, loc. cit. ; De Gubernatis, etc.; Raynaldi , ibid.

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