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le soupçonnait d'avoir battu une femme chrétienne, et sans qu'on fût certain de sa culpabilité; aussi tous les Indiens de ce lieu l'abandonnèrent-ils saisis de frayeur, et se réfugièrent-ils à la Mission, sous la protection des Pères! C'en est. assez pour prouver combien le gouvernement des colonies est brutalement absolu et despotique. Elles ne se composent d'ailleurs le plus souvent que d'aventuriers dépourvus de religion et de morale, grossiers, corrompus et corrupteurs, adonnés à l'ivrognerie et à toute sorte de vices honteux; et ces gens-là prétendent encore que, sons prétexte de l'intérêt de la religion, les Missionnaires souffrent, approuvent et même favorisent leurs brigandages! On les voit s'adjoindre pour compagnons tous les genres de délinquants, à la seule exception des voleurs et des assassins. L'intérêt est leur seul mobile; aussi ne reconnaissent-ils ni devoirs ni droits; aussi ne se soucient-ils ni de la propagation de la foi et du salut des âmes, ni de la civilisation et des progrès du pays ! Avec de pareilles gens près d'eux, il est aisé de comprendre quelle tristesse et quelle douleur doivent éprouver les Missionnaires, condamnés à se résigner non-seulement à toutes les plus dures privations de la vie et aux chagrins continuels que leur causent les Indiens, mais aux persécutions des catholiques euxmêmes, qui, au lieu de coopérer à leur noble et sainte entreprise, travaillent à augmenter l'abrutissement des indigènes du Chaco, à les pousser à la révolte, et à empêcher la propagation du catholicisme et le bien commun de la Confédération Argentine.
Telles sont les réclamations que j'ai présentées, avant mon départ, au gouvernement de la province de Salta, en même temps qu'à celui de la République, en implorant le concours de l'un et de l'autre, comme de tous ceux qui aiment leur pays. J'espère qu'ils travailleront efficacement à écarter tous les obstacles, et à fournir à ces missions tous les moyens dont elles ontbesoin pour mener à bonne fin une œuvre qui doit attirer toutes les sympathies.
Maintenant constatons les résultats que nous avons obtenus jusqu'ici; car certainement, après toutes les contradictions et les difficultés que nous avons rencontrées, on ne manquera pas de dire : mais que font donc les Missionnaires au Chaco? A cette question nous sommes heureux de répondre que, malgré tout ce que nous avons raconté, les Missionnaires sont parvenus à gagner tellement l'estime et l'affictioii des sauvages, que, comme me l'écrivait dernièrement le P. Michelini, il suffit, pour les jeter dans la consternation, de leur dire que les pères vont s'en retourner à Salta; et il ne faut qu'une de leurs paroles pour que
ces pauvres Indiens cessent leurs querelles, leurs cris nocturnes, leurs danses et leurs autres usages barbares. Ainsi, dès que, ver.-; la fin de 1S59, les Missionnaires eurent obtenu quelques lieues du terrain qu'on leur assignait, ils s'y transportèrent avec les indigènes, à trois milles de distance environ de l'ancienne colonie, en un endroit des plus élevés de ce canton, dit Tête du Tigre. C'est là que fleurit aujourd'hui un beau village, sous le nom glorieux de Y Immaculée conception de Marie. Us voulurentavant tout détruire des broussailles impénétrables, repaire habituel des serpents, des lions et des tigres, ouvrir des chemins, creuser des puits, puis se construire des maisons provisoires, grandes de vingt-quatre brasses, distribuées en plusieurs compartiments, destinés l'un à servir de chapelle où serait célébré le divin sacrifice, les autres, à l'habitation des pères, des maîtres et des ouvriers. Mais à peine en avaient-ils élevé les murs, qu'un orage, accompagné de tonnerre, de grêle et d'un vent impétueux, éclata subitement, jeta tout par terre, et combla de décombres un puits profond de cent brasses, de telle sorte que rien ne resta debout. Néanmoins les Missionnaires ne perdirent pas courage; ils firent couper d'autres arbres, cuire d'autres briques, et se mirent aussitôt à élever de nouvelles constructions, qu'ils développèrent sur une largeur de trente-cinq brassées de plus, de front sur la place du nouveau village. Les Indiens imitèrent leur exemple, oublièrent leurs cabanes, et travaillèrent également à se faire des habitations avec des murs et de la charpente, jaloux de créer un village en tout semblable à ceux des chrétiens.
Indépendamment de cela, les Missionnaires ont introduit dans îe Chaco tous les arts nécessaires à la vie, notamment des ateliers dirigés par d'habiles maîtres charpentiers et forgerons, qu'ils ont fournis de tous les instruments nécessaires pour travailler le bois et la terre, tels que des haches, des pioches, des piques, etc. et ils ont ouvert une école où l'on instruit les jeunes infidèles. Le montant du salaire payé dans le courant de l'année dernière à ces maîtres et artisans chrétiens a dépassé la somme de cent quarante piastres par mois, sans compter ce qui a été donné aux Indiens et les frais de l'entretien des premiers. C'est pourquoi ila fallu en congédier quelques-uns, tant à cause des grandes pluies de l'année qu'à cause du manque de vivres suffisants pour tout le monde; car ou est obligé d'aller les acheter très cher à Oran. Ajoutez à cela que la grande sécheresse d'une part, et les débordements du fleuve d'autre part font qu'il est bien difficile d'obtenir au Chaco une moisson abondante, et souvent l'on y perd les peines qu'on se donne, comme il est arrivé au