‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 15 sur 67 · GRECE, SYRIE ET PALESTINE · texte numérisé non relu

GRECE, SYRIE ET PALESTINE

Accroissement des Freres-M incurs dans tout TOrient;

mission de Frere Benoit d &rezzo envoye par

Saint Francois pour diriger et gouverner

ce mouveinent apostolique.

Deretour.de sa mission deSyrie, d Egypte et de Palestine, saint Francois fit part a sesenfants d ltalie des succes qu il avail obtenus. Nous renoncons a decrire 1 enlhousiasme qui accueillit ces recils. II y eul dans tout TOrdre un zele, une ardeur insatiable pour aller exercer 1 apostolat dans les contrees Orientales et surlout en Palestine. Celle terre sanctifiee par les enseignemenls et les exemples du Sauveur, marquee de ses traces, baignee de son sang; ou tout est sacre, Pair qu on respire, les monlagnes, les vallees, les fleuves, la mer, les arbres, les rochers, oil lout invite Tame a mediter sur les rnysteres les plus profonds de puissance, de justice, de misericorde, de joie et de douleur ; ce sol beni ou cbaque pas nous rappelle le souvenir de niomme-Dieu attirait tons les coeurs. Les disciples du serapbique Patriarcbe se mirent done en roule pour celte lerre de prodiges; ils parlireni, non pas en groupes isoles et peu nombrenx. mais en foule. De Cbypre a Consiantinople, de Constantinople au Caire, on les rencontrait parlout melesaux croises ou loin des camps; ici preiant leurs conseils et leurs secours a la sainte entreprise de la delivrance de Jerusalem el du Saint-Sepulcre, la se ptesentant avec courage devant les infideles et reclamant Tautorisation de parcourir la Palestine pour venir en aide aux pauvres chrtHiens.

A la vue du saint empressement de ses Freres, Frangois remercia Dieu d avoir ainsi beni ses travaux en Palestine. Rassure desormais sur la stabilile de son Inslitut, il envoya, sans delai, un Commissaire charge de conduire ce mouvement apostolique et de lui assurer tons les effels desirables. II ehoisit, pour eel office, Frere Benoit d Arezzo,

en Toscane, ho mine d un grand courage, d une generosite a toule epreuve, d unc haute probile, d une sainte intrepidite, d une pru dence consommee, d un zele fervent. Personne inieux que lui, ne convenait pour eel important el difficile emploi.

Ce celebre Franciscain etait un des premiers disciples du Fondateur qui Tavait rec,u lui-merne et 1 avait horiore de son propre habit. Sa vcrlti et ses grandes qnaliles lui avaieut si bien concilie Tadmiration de tons les membres de 1 Ordre, qu au Chapitre General tcnu en 1216, ils 1 avaient elu, de preference a bon nombre de Peres du plus grand merite, Ministre Provincial de la Marche. Celle position ne contribua qu a donner un nouveau lustre a son eminenle perfec tion, (l) Francois qui le connaissail el 1 appreciaii le fit venir, lui donna des compagnons pour sa nouvelle entreprise, Teclaira de tons les conseils el avis necessaires et 1 envoya remplir en Terre-Sainte les functions de Commissaire General. Sa juridiclion s etendait sur la Palestine, la Grece, PEgyple, la Syrie, en un mot, snr les conlrees Oiienlales.

II se dirigea d abord sur la Grece ou il arriva en 12:20. (2) S arretant a Constantinople, il mil ordre aux affaires de la Province Franciscairie de Romanic. On sail que d abord celte division lenito riale de 1 Ordre comprenail lout le pays soumis aux empereuis Grecs, successeurs des Remains : aujourd hui elle n embrasse que les villes de Constantinople et d Aiidrinople, les sangi^cats de Viza, Gnllipoli, Chir-Chillisia, Tcirmen. Chinstendil, Uscup, Salonique, Monasiir, une partie de ceux de Sofia et de Silistri et le beglic de Screz. (3) Frere Benoit demeura dans la capitale, juqu en 1229. II elaii hautevnenl eslime de Pierre de Courtenay, le troisieme des empereurs latins de Constantinople. Ce prince aimait a Tavoir aupres de lui ; il le consultait et prenait plaisir a lui accorder toules les faveurs possibles pour la Province Seraphique de Romanic qui devint bientot tres-florissante. Le nouveau Commissaire General traita egalernent d affaires imporlantes au nom du Pape Gregoire IX et s occupa du relour des Grecs schisrnatiques au sein de I Eglise Rormune. Puis, il se mil en route pour la Terre-Sainte.

Un heureux voyage le conduisil a Ptolemai de (Saint Jean d Acre, en Syrie ) en 1229, a Tepoque de la trop fameuse expedition de Frederic II en Palestine. Tout le monde sail comment ce prince, comble des bienfaits de Gregoire IX, cncourut rexcommunication pour n avoir pas garde sa parole d aller au secours des Croises en

fl) Wadding, Annal. torn. II. an. 121G.

(2) Hist. Universellc des Miss. Franrisc. Liv. I. chap. Ill page 125.

(3) Voir le Grand Diction. Ge"og. Venise, 1853.

Terre-Sainte. Parti, quelque temps apres, sans s elre reconcile avec i Eglise, il se vit d abord accueilli a Plolema ide com;neun liberateur et comme roi de Jerusalem; rnais a peine apprit-on, dans cctle ville, sa rebellion contre Rome, que tous ses partisans et amis 1 abandonrierent. llonteux de cet echec, il voulut faire la paix avec Melealin, sultan des Sarrasins. Mais cet acte de politique ne suffil pas pour lui assurer la Iranquille possession du royaume de Jerusalem qui lui revenait. Car les habitants de sa nouvelle capilale se inontrerent fort mal disposes a sonegard. Cet excommunie leur faisait horreur et on n entendait parlout qu imprecalions a son adresse. Le Patriarche l.inca rneme l intcrdit a cause de sa presence : les temples furent fermes, les offices divins cesserent, comme si Frederic avail apporte avec lui la colere celeste. Le prince irrile s abandonna a d -s actes de violence qui ne firent qu augmenter la haine universeDe. Enfin, la situation etait si tendue des deux coles qu on pouvaits attendre a une lutte de Chretiens conlre Chretiens, a la destruction et a la ruine des deux parlis. (i)

La Providence amena Frere Benoil a Jerusalem, au milieu de celle effervescence et de ces dangers. Ses confreres et lui s interposerent pour retablir la paix et ils mirent lant de prudence et de sagesse dans leur mediation, qu ils deciderent Frederic a retourner en Europe. C elait preserver des plus grands maux ce royaume lalin deja si dechu de sa premiere splendeur et que bientol les discordes et les vices des chretiens feront tomber ejitre les mains des Musulmans.

Le zele Franciscain d Arezzo consacra tous ses soins a mellre dans un etat plus regulier et plus commode les demeures des religieux fondees auparavarit par le Patriarche de I Ordre. II ouvrit d aulres couvenls en divers lieux, el cut le bonheur de recueillir les fruits de la bonne scmence deposee par saint Francois et ses premiers disciples d;ms les contrees de 1 Orient. II reunit en Province les Freres qu une fondation encore recente et les vicissitudes de la guerre avaient lances sur differents points sans lien de hierarchic, et il etablit de I unite dans le gouvernement de celte Mission.

II parcourut ensuite la Syrie, visila le celebre Monastere de la Monlagrie Noire, ainsi que d aulres stalions, hospices, ermitages que le saint Patriarche avail procures a son Ordre. 11 fonda, dans i i ville d Anti jche une maison qui devint, par apres, un vasle college dc Mlssionnaires; enfin, il eleva le couvent de PtolemaMe, ou il la residence du Minislre Provincial et Custode.

C esl ainsi qu il se rendit encore en Grece, a Rhodes, en Chypre,

(i) Michaud, Hist, des Croisades, liv. XII.

en Syric, en Palestine, dans tons les pays ou il put introduce et multiplier les Freres Mineurs. La religion chretienne en relira d immenses avantages. Aussi, dans le Chapitre General celebre par saint Bonavenlure a Narbonne, fallut-il partager la grande Province Franciscaine d Orient en deux Custodies : la premiere et la plus impoitante, celledeSyrio et de Terre-Sainte, la seconde, celle deNicosie pour le royaume deChypre. La Province de Romanic ne futpas demembree. Pendant que Frere Benoil assurait en Orient Ics progres de son Ordre, Pierre de Courlenay, empereur de Constantinople, qui I aimait beaucoup, virit a mourir. Les Grecs, loujours impalients du joug des Latins, voulurent profiler de la minorite de Baudouin, son fils, pour se soulever. II fallut, pour rnainienir la conquete, meltre sur le trone Jean de Brienne. Ce dernier prince avail pour confesseur un Franciscain nomine Angelo.

Jean de Brienne etail plus fervent catholique qu heureux prince el guerrier. Aussi ne tarda-t-il pas a comprendre la vanite des grandeurs hnrnaines. II se sentait pris au C03ur d un grand devout du monde el il savail d ailleurs qu une fois que le jeurte Baudouin serait en age de regner, la justice lui ferailun devoir de lui remeltre le sceptre et la couronne. Souvent il disculail avec Frere Angelo son projel de renonceraux embarras du souverain pouvoir. Toutefois pour ne rien negliger dans une affaire de cette importance, il voulut connaitre 1 avis du Frere Benoit d Arezzo dont loul 1 Orient admirait la profoncle sagesse. II le fit venir. Mais pendant loul le temps que le religieux mil a faire ce voyage, PEmpereur eiil a souffrir les plus penibles agitations d esprit, loule sorte de perplexites, de doules, d inquieludes. II fallul i arrivee du Pere pour le calmer. A sa premiere vue, le Prince se senlit renaitre et la joie la plus vive inonda son coeur. II lui communiqua ses plus secretes pensees, lui fit part de sa resolution et quand il Ja sut approuvee par cet homme de Dieu il remit definilivemenl a Baudouin les renes de 1 empire, remplaca la pourpre par le froc des Franciscains el vecut dans 1 Ordre des Mineurs, a la grande edification des habitants de Con stantinople, jusqu a ce que le Seigneur 1 appela a rimmorlelle couronne des cieux. (i) Ses restes morlels rt-posenl dans reglise d Assise que le Pape Gregoire IX a fail eriger comme une tombe magnifique sur le corps glorieux du Patriarche des Franciscains. Jean de Brienne avail, par son lestament ; demande cetle favour supreme.

(1) Hist Univ. des Missions Franscisc. liv.I. chap. III. Patrim. Sdraph. do Terre Sainte, par le P. da Porlo. Guall. Hist. Coron. sancli Pis. Conf. True. VIII.

Quand Frere Benoil eut accompli sa mission de justice et de cbarile, il retourna en Terre-Sainlc, riche de 1 affociion du nouvei Einpercur, Baudouin, sur le front duquel il avail, pour ainsi dire, pose le diademe. C elait vers 1240. Malhi ureusemerit, des cetle epoque, i histoire ne nous dit prcsque plus rien de cet admirable apolre de I Orient. Le peu quYlle nous a fait connailre de sa vie suilit nearnoins pour nous faire admirer en ce rdigieux un vrai prodige de vertu, de sagesse et de courage Seule, ia tradition nous le monlre longlemps encore travaillaril a sa mission et s acquittant de la chnrge quc lui avail confiee le saint Fondaieur. Prudent, zele, cher aux Princes, cstime par les souveraius Pontifes il dut faire beaucoup de bit-n et contribuer a la gloire de l Elise.

D anciennes chroniques racontent d elonnanles mervcilles au sujel de son relour en Italic. Que nos lecleurs nous pcrmettcnl d en dire un mot. Mytbes ou iegendes, qu on donne a ces recits le noin qu on voudra ; toujours est-il qn ils doivent avoir ele inspires pai % le souvenir d une vertu extraordinaire el qu on ne peul y voir que i echo de I admiralion universelle.

Des traditions nai ves rapportent done que, traversant la mer, par une furieuse lempete, il ful, cornme Jonas, lance par les mar ins au milieu des flots. Un arige le sauva et le transporta au Paradis lerrestre ou il s cntrtlint avec Enoch el Elie qui i urenl heureux d apprt-ndre que Saint Francois elail donne au rnonde. Toul-a coup, il se Irouva dans le port d Ancone, avanl les barbares rnalelots qui le croyaienl mort. (i) On dil aussi qu un dragon le Iransporta jusqu a Cabylone ou il oblinlun doigt du Prophele Daniel. (2)

Toules ces merveilles sont fausses el incroyables, mais I histoire peul en conclureque le Franciscoiri d Arezio jouissait d une immense reputalionde verlu. Les fables les plus monstrueuses sonl toajours une ombre de quelque fait hislorique ; il sulfit, pour s en corivaincre, de se rappeler les rnylhes de Thesee, d Orphee, d Hercule. Les qualiles exlraordinaires de ces grands holmes exagerees par 1 ignorance el 1 admiralion des peuples devinrent des prodigcs d une puissance surhumaine. D ailleur.s, on pourrait donner comme base des Iegendes donl Frere Benoilest le heros, les longs voyages du Franciscain, ses apparitions inattendues dans divers pays, ses depart* subils, la rapidile et 1 activite de ses courses evangeliques.(3) II mourut en 1280 dans la ville d Arezzo, sa cite nalale. II ful enierre dans une chapelle de la noble famille des Sinigardi, a laquelle il appartcnail. Une inscription funeraire porlait son nom et 1 abrege de sa vie. (4)

(,1) Pisan Conforrnit. loc. eit.

12) Id. ibid.

V3\ Hist. univ. des Miss. Francisc. loc. cit.

(4) Pisan. Conforrnit, loc. cit.

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