‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 21 sur 67 · JEAN PAUL · texte numérisé non relu

JEAN PAUL

I)amas eii Syric.

Nous sommes heureux de fa ire savoir h nos lecteurs qu entin deux Frariciscains Missionnaires de Terre-Sainte sont retournes a Damas pour s y fixer d une maniere stable

et definitive, afm de s y vouer a I administration spirituelle et au soulagement des pauvres Chretiens latins e chappes au carnage de 1 annee derniere. Ce sont les Peres Henri Collado, d Espagne, et Valentin de Vernazza, de la province de Genes. Tout le monde sait combien la situation des Chre tiens en Syrie est encore pleine de perils. Aussi les puis sances europ^ennes ont par humanite consenti a la continu ation de la gene reuse intervention de la France dans ces contrees. Quant a ces religieux, ils sont prets a donner, s il le faut, leur vie pour le salut de leurs freres.

Voici une lettre assez importante relative a la situation de Damas que le P. Valentin adressait a cette e poque au R. P. Custode de Terre-Sainte.

Tres-Reverend Pere. Beyrouth 17 Janvier 1861. Pour satisfaire au de sir de votre Paternite reverendissime, je viens vous rendre compte de mon second voyage a Damas. Parti de Beyrouth le 29 Novembre j arrivai heureusement ici le l er De cembre sans rencontrer sur ma route le moindre ac cident. J ai e te prendre mon logement clans la demeure d un certain Nahum Peccatore, Maronite d une grande pitie, et surtout d une admirable resignation. En effet, a Fe poque du grand massacre accompli dans cette ville, cet homme e tait un des principaux parmi les Maronites; il possedait un riche magazin de soieries et d autres objets de grande valeur qu il faisait venir d Europe ; maintenant il se voit reduit pour gagner sa vie a vendre des faiences : et cependant, nouveau Job, il ne cesse ainsi que sa fainille de remercier Dieu de tout ce que lui est advenu. Le lendemain de mon arrive e, je me rendis chez le Consul de France qui me lit connaitre la necessite d avoir a Damas un missionnaire de notre ordre qui put assister les pauvres Chretiens, spe cialement les La tins, au nombre de 30, reste s dans la ville : troupeau de sole, sans pasteur. Mais en meme temps il ne me cacha pas le peril d un nouveau soulevement dans la supposition que les soldats francais vinssent occuper Damas pour proteger les Chretiens, qui dans 1 attente de nouveaux malheurs sont re-

ellement comme de pauvres colombes etourdies par la tempete. Le premier dimanche de 1 Avent, j eus la consolation de ce lebrer la sainte messe dans ce qu on appelle Feglise des Maronites, c est-a-dire dans une chambre qui n a d autre signe distinctif d une eglise ou d une chapelle qu un petit crucifix de cuivre L autel est une table dresse e dans le creux d une fenetre, recouverte de trois morceaux de nappe et portant la pierre sacree de notre eglise detruite, recueillie par un pretre lazariste. Les ornements sacres se reduisent a une vieille chasuble et a un calice en cuivre argete , retrouve dans une mosquee turque appelee Salehie. Ce meme jour, j administrai les saints Sacrements de penitence et d eucharistie a plusieurs Chretiens latins, chalde ens, armdniens et maronites. Oh ! quelles paroles pourraient exprimer, ReVerend Pere, le bonheur qu eprouverent ces bons catholiques a me voir cele brer la sainte Messe ! Us pleuraient a chaudes larmes ; ils benissaient Dieu tout haut, les mains jointes ; ils me remerciaient moi-meme de leur procurer cette grace, avec un sentiment que je ne puis renclre. Cette consolation inesperee fit place a la douleur lorsqu ils apprirent que dans quelques jours j allais de nouveau retourner a Beyrouth; mais je les rassurai par la promesse que vous ne tardriez pas a leur procurer un missionnaire a demeure fixe qui serait pour eux un pere et un protecteur. Le jour suivant je voulus de nouveau visiter les ruines de notre couvent. Je me fis accompagner d un cavas du consulat de France et d un Algerien, et m etant mis a fouiller avec les mains dans les de combres d une chambre e croulee, j en tirai unedouzaine de livres que je confiai au cure des Maronites. Peut-etre en eusse-je trouve d autres si mon escorte avait eu la patience de m attendre mais ils voulurent s en aller. J ai encore vu dans cet endroit plusieurs squelettes humains dont les chairs avaient dte devore es par les chiens. Quant aux Turcs, ils ne nous ont pas fait la moindre avanie, mais nous les voyions fremir de rage ; et s ils avaient e te libres, ils nous auraient certainement mis en pieces : mais ils

n oserent settlement nous lancer de loin des regards furieux en grincant les dents. Au contraire, les Chretiens que je rencontrais, me saluaient les larmes aux yeux, et se mettant a genoux, s e criaient tout emus : Soyez be ni, Seigneur, qui avez eu pitie de nous, etnous renvoyez nos Freres de Terre- Sainte ! Sur ces entrefaites, je me rendis de nouveau, mardi, chez le Consul de France qui m entretint longuement de 1 indemnite que la Porte nous a promise pour les dornmages que nous avons soufferts, etm assura avoir ecrit a Constanti nople tout spe cialement pour cet objet. II ne fait aucun doute du resultat de sa requete, parce que le massacre de nos freres est, a ce qu il dit, un outrage fait par les turcs a la France, a laquelle ces religieux eiaient attaches par leur office de chapelains du Consulat : de maniere que son gouvernement veut a tout prix une reparation soleunelle de cet

outrage.

Enfin, le 6 Decembre, je me mis de nouveau en chemin pour revenir a Beyrouth : mais les pluies torrentielles qui tomberent firent durer trois jours et trois nuits ce petit voyage. La premiere nuit, je logeai a Dimas, chez une famille turque ; la seconde a Magdad chez un chef turc qui me prenant pour Consul en de pit de ma robe de Franciscain, me fit 1 accueil le plus respectueux ; enfin je passai la troisieme nuit a Schei-mie, village habite par les Druses, et dans la maison meme d un de leurs chefs qui me traita avec beaucoup d humanite et de courtoisie : le lendemaiii il voulut meme me faire accompagner par les siens jusqu a la grand route que j avais quitlee la veille vert une heure et demie pour m assurer d un logis. Voila, Reverend Pere, ce que j avais a vous faire coniiaitre touchant inon deuxieme voyage a Damas. Vous voyez que la haine des Turcs pour les cliretiens est tout aussi aniente qu auparavant. En ce moment meme je recois la iiouvelle que les Druses ont saccage a Sahnaja 30 maisons de Chretiens, et qu a la suite de cette destruction ils se sont relnvs dans le Hasuran tandis qu une centaine de chre tiens prenaient le chemin de Beyrouth. Ah !

taut que les Francais n occuperont pas militairement Damas, c est en vain que Ton voudra assurer 1 existence des malheureux serviteurs de Jesus-Christ : Benissez-moi, Tres-Re verend Pere, et permettez-moi de me dire

Vo(re tres humble serviteur et fils en Jesus-Christ, Fr. VALENTIN REZASCO de Vernazza

Miss. Ap. Min. Obs.

eii I*erOM.

Parmi les 24 Colleges de missions que les Franciscains entrctiennent dans les deux Ameriques pour la conversion des sauvages, se trouve celui de Santa Rosa d Oropa situe dans la ville de Lima, au Pe rou. Le P. Francesco Espoy, Gardien de ce couvent, e crivant au Ministre General de 1 Ordre, en date du 9 de cembre 1860, lui rapporte entr autres choses que la mission entreprise chez les Sauvages du Saracayu a ete couronnee d un tel succes qu on a du mettre la main a la construction d un nouveau village qui portera le nom de Saint Michel : tel est le re sultat des travaux apostoliques des Peres Vincent Calvo, Antonio Bruno, Bonaventure Cornelias, Joseph Marie Batellas, et Vincent Vargas, assistes du frere lai Henri Portales.

Avis utiles a tons les ordres reJiyieuj; uppeles a fournir fie

bons m iss ionn a ires .

Nous croyons etre utile a 1 Ordrede S l Francois et a tous les ordres religieux, en intercalant au milieu de ces recits vane s, 1 article suivant du a la plume d un de nos amis, et ou se fait sentir 1 inspiration d une haute sagesse. II trail e des conditions qui influent sur la bonte et Faction des missionnaires et il indique les moyens de t aire des ordres reli-

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