DE FRERE RODRIGUE SANTAREM
Les histoires en forme de romari inspirees par les actions mervciileuscs del heroi sme Chretien obtienneni de nos jours une vogue extraordinaire, el deja plusieurs ecrivains du premier merite ont consacre leur talent a ce genre de lillerature. II suffil de ciler la Fu~ bioladu Cardinal Wiseman, la Callista de Newman, le Ftavien de M r Guiraud, les Ruines de mon couvcnl par le Frere frariciscain Em manuel de Calasanz, et avant ceux-ci les Martyrs de Cha enubriant, ct loules ces scenes hisloriques du moyen age Chretien qu a f.it revivre I immortel Manzoni. Nous tenons a faire observer comment 1 hisloire des croi^ades cl le sejour des Freres M incurs en Terre- S iinle, au milieu de terreurs de tout genre que nous decrivent Ics chroniques de 1 epoque, se prelcnt a fournir des episodes iiUeressants el varies dont un ecrivairi pounail lirer parti pour fa ire un bon livie el s acquerir un rcnoni merite, Qu on vcuille bii-n remarquer qu ici [ imagination n aurait point a se crecr des fictions arbitraires, mais a choisir dans une foule d evenemenls marquanls, emprunles a Thistoire et eminemment dramatiqucs qui se ratlachent a des entreprises religieuscs oil a la personnalite dt-s missionnaires. Tel nous parait, pour citei un cxempl- , le fail stiivanl rapporte par plusieurs ecrivains (res serieux, tcls que Wadding, Gonzague et Artur de Monstier.
Vers le milieu du XIII siecle, Don Rodrigue de Saritarem, jeune chevalier portugais s eprit d une demoiselle de haul lignage, qui fiere de sa beaute, dedaigna ses voeux. Rodriguc avail recu en pariage opulence, noblesse, talents, bravoure ; mats il etait prive de cet avanlage d une jolie figure qui a tant de prix aux yeux des femmes adonnees a la vanite. Neanrnoins, ayant aborde cette personne, il lui dernanda sa main avec touln la confiance d un sentiment passionne ; mais elie ne lui donna que cette teponse pkine d une meprisante ironic : Va-t en d abord aux eauxdu Jourdain pour te rendre plus beau, car sans cela tu n obtiendras jamais ni ma main, ni irtori coeur. A ces mots, Sanlarem, croyanl a peinc? ses oreilles.
Tons vos desirs, s ecria-t-il, soril pour moi des ordres : bienlot
vous saurez combien grand est mon amour Et sans hesiter, il
fail voile vers la Palestine, ii arrive apres des efforts et des perils
infmis aux rives desirees, il se plonge dans les eaux du Jourdain,
il en remplit une fiole qu il destine a ternoigner de faccomplisse-
ment de son voyage. Et reprenant erisuite le chemin de sa patrie,
il rencontre a S l Jean d Acre un missionnaire franciscain, porlugais
comme lui, auquel il demande d attester par sa signature Panther) -
ticite de I eau du Jourdai i qu il comple apporter en Europe Le
Franciscain y consentit volontiers, pensant que Rodrigue teriait a
monlrer en Portugal un pieux souvenir de son pelerinage. Mais
ayant eu cormaissance des folles intentions qui I avaieril amene en
si lointain pays, il ne crai^nit pas de lui faire les plus sanglans
reproches Eh quoi, malheureux ! tandis que 1 elile de la cheva-
lerie d Europe, disant adieu aux pompes du siecle et aux feles
des palais viu.il affronter ici la fureur des elements et la rage des
Sarasins pour delivrer le tombeau du Christ, lu profanes les plus
belles armees de ta vie au service d uri amour insense, tu foules
la lerre sanctifiee pas les par du Redernptcur avec des sentiments
indignes d un pelerin, indignes d un chevalier ! Et tu crois trou\er
le bonheur dans un amour qui a mis cent fois en danger ta vie, et
qui t a fait profaner celte lerre sacree qui est aujourd hui Kar6ne
des martyrs ? Pars, miserable ! ou tu pense trouver I enivrement
et la joie, tu rencontreras la dece[tioii et le malheur ! n L austere
franciscain continuait encore cette brulante invective, et deja San-
tarem ne I ecoutait plus. I! monla sur le vaisseau qui allait ie rarnener de la rade de Ptolemuiie aux rives desirees du Portugal. 11 arrive, il est au comble de ses voeux ! Ce que 1 amour n avail pu sur le coeur meprisant de la jeune fille, 1 orgueil Pavait conquis; et souriant a 1 ardeur du jeune homme elle lui met sur le front la couronne de Thymeuee. Qu heureux est mainlenant Santarem ! Mais que dis-je ? Une douleur affreuse a envahi la demeure nuptiale ! Dans ces salles encore parees des ornements de fete, on sus pend les noires tenlures du deuil. Les trisles prieres des defunls onl remplace les chants d allegresse. Qu esl-il done arrive ? La fiancee si eperdument aimee, n est plus !.. Rodrigue degoute du monde, et cra gnant de profaner par une affection nouvelle la purete de son premier amour, Rod; igue dit adieu au siecle et prend 1 habit de Saint Francois. II s adonna avec lant d ardeur a la pnere et a 1 elude qu il merila le respect de ses contemporains et des agesfuturs. Apres avoir sanctifie les monasteresde sa patrie par I exercice de toutes les vc-rtus monastiques, il devint missionnaire en Palestine pour achever 1 oeuvre de sa sanctificlion aux lieux meme ou la premiere in spiration lui en etait venue. Mais ici 1 liistoire le perd de vue, et ne dit pas s il acheva sa vie au milieu des fatigues de 1 apostolat ou parmi les tourments du martyre !