EMPIRE GREG
Origine des traites de TEglise Romaine avec les Grecs, par 1 intermediaire des Freres-Mineurs , afin de les ramener du schisme a 1 unite Catholique. Par cede intervention un grand nombre de Freres ont bien merite de 1 Eglise , et en particulier les Freres Rodolphe , Aimon, Laurent et le Bienheureux Jean Parenti de Parme. Enfm quelques mots du compagnon de ce dernier , le bienheureux Boccabadali de Modene.
Aimec 1232.
On sait generalement comment les Grecs se sont separes de VEglise Latine ; comment ils en formerent une autre , qui fut en quelque sorte leur Eglise propre sous le titre d Eglisc Grecque, et qu il leur plut appeler Orthodoxe, en opposition a celle dont ils venaient de se separer. Le but de ces Anrialos no nous permet pas dVxposer toutes les circonstances
de ce deplorable evenement, comme nous 1 avons fait dans notre Histoire universellc des Missions Franciscaines (1). En examinant de pres la question , Ton s apercoit que ce sclusme a pris son origine dans la translation du trone imperial de Rome a Byzance sous Constantin. Ainsi, nous voyons que Teveque de cette derniere ville, qui jusqtuilors avail ete un des moindres en dignite, meme de ces contrees, devint bientot en raison de Timportance nouvelle de la ville, une espece d iutermediaire entre Fempereur et les autres eveques , entre Tempereur et le Pape, et qu ensuite il devait lui paraitre Strange de se trouver encore en dignite hierarehiquement 1 inferieur des Exarqties, des Metropolitans et des Archeveques de I Empire. Aussi les prelats qui occupaient ce siege, voulant a toute force le rendre le premier de TEglise, ne reculerent devant aucune espece de sacrifice de la conscience et de I honneur pour atteindre a cette gloire. Malheureusement les Empereurs se mirent de leur cote avec une partialite passionnee par le seul motif que dans 1 elevation de 1 eglise de Constantinople ils voyaient un accroissement de leur propre splendeur. C est pour cette raison qu en 387 , le Concile general de Constantinople , convoque du temps de Theodose-le-Grand , confera a Nectaire , eveque de Byzance , la primaute d honneur , apres I eveque de Rome, et c est pour cela que I on appelait Constantinople la nouvelle Rome (2). Condescendance funeste , qui fournit des lors un pretexte meme pour combattre la suprematie du Pape : il en advint que Ton pretendait soutenir que cette supremalie n etait pas reellement de droit divin; que de S. Pierre elle n avait pas ete transmise a ses successeurs, mais qu elle provenait du privilege qu avait Rome d etre la capitale de Tempire; ce pri vilege ayant ete accorde maintenant a Constantinople , il etait juste que son eveque jouit de la meme dignite. C est un
(1) Livre I, cliap. VI.
(2) Voyez 1 Eglisc Orienlalc, etc., par Jacques G. Pitzipios, Prem. Part. Pomc , 1855.
fait certain , que ce canon , qui affirmc pourlant d une maniere si clairc et si precise la suprematie du Pontife Romain sur FEglise entiere, que ce canon, disons-nous , interprete judai quernent par le clerge de Constantinople, posa la pre miere pierre de ce mur fatal de separation qui s eleva en Ire les deux eglises d Orient et d Occident. En effet , depuis ce temps , les eveques de Constantinople s arrogerent le litre de Patriarchs, auquel ils ajouterent plus lard un pouvoir de juridiction supreme si etendu sur I Orient tout entier, que les Pontifes Remains ne purent se dispenser de voir dans cette condiiite une usurpation insolente des drolls de 1 Eglise Romaine et de s y opposer solennellement. Telle est 1 origine de celte lutte funeste qui , sourde dans le principe , devint manifesto sous le Pontifical de Felix III et le patriarcat d Acace. Elle fut renouvelee dans toute sa fureur premiere par Photius, qui alia jusqu a accuser les Papes d heresie, parce qu ils avaient tolcre, disail-il, qu on ajoutat en 44-8 an Credo le mot Filioque (et du Fils) : etrange accusation, qui se produisit pour la premiere fois 434 ans apres le fait (1) !
Cependant Tunion continua encore d exister , tant bien que mal, entre les deux Eglises jusqu au palriarcat de Michel Cerulaire, eleve a celle dignite en Fan 1054. Ce malheureux, rencherissant sur lous ses predecesseurs , deshonora le sacerdoce par sa conduite orgueilleuse et indigne , diametralement opposee a Fetat ecclesiastiquc ou il s e tait engag^; nouvel Erostrate , il ^ 7 oulait a tout prix se donner une renommee qu il n eut pas acquise autrement , et s ingenia des lors a effectuer une separation complete. Cependant, apres avoir reflechi , comme il irouvait que le pretexte de raddition du mot Filioque (ct du Fils) qui avail etc faite au Symbole des Apotres, n etait pas suffisante pour justifier un si grand crime ? il imagina d y joindrc quatre autres chefs d accusation contre TEglise Latine. Le premier elait remploi du pain azymc dans TEucharistie ; le second , 1 usage du
(i) Voycz Pilzipios , l(c. cit.
laitage au careme et de la viande d animaux etouffes ; le troisieme , le jeiine du samedi ; le quatrieme , la suspension de Y Alleluia pendant le careme (1). Ce sont la autant de miserables arguties d un esprit lachement chicanier, on plutot d un esprit malin et captieux , detacher tant d imporlance a des sujets de pure discipline qui varie et pent toujours varier selon une foule de circonstances. Le Pontife Romain se mit en devoir de repondre sans tarder a ces subtilites , en envoyant a Constantinople des legats , afin de detruire ces artifices on de dissiper tant d ignorance. Mais ses legats ne purent pas meme se faire recevoir de Cerulaire; de sorte qu ils se virent obliges de lancer contre lui rexcommunication , a laquelle il devait d ailleurs s attendre a cause de 1 impudence avec laquelle il s etait declare schismatique. Mais Cerulaire ne tarda pas a excommunier les legats a son tour, et de cette maniere tout lien de communion catholique fut rompu et ce fut pour toujours! Sur la fin de ce siecle les Croisades ayant ete entreprises, il arriva, comme chacun le sait , que la haine des Grecs contre les Latins , au lieu de diminuer, s envenima tous les jours davantage. Ces derniers, s elant rendus maitres de Constantinople , y eleverent au siege patriarcal un eveque latin ; mais ce fait n empecha pas les vaincus de continuer leurs rites et leurs coutumes : ils choisirent comme par le passe des Patriarches de leur nation, qui residerent alors a Nicee.
Tel etait 1 elat des choses en Tan 1 232 , quand cinq Franciscains , qui voyageaient en Orient en mission aposlolique , s arreterent precisement a Nicee , ou ils entreprirent avec le patriarche Germain et 1 empereur Jean DucasValace, 1 oeuvre de reconciliation. Mais nous devons rappelerd abord comment, avant d arriver a Nicee, ils furenl arreles a cause de leurs predications et jetes par les Musulmans dans un noir cachot
(1) Voyez Pitzipios, loc. cit. Rohrbacher, Histoire univers. de TEglise Cathol. torn. XIII , et noire Histoire universelle des Missions Francisc. Liv. T. ohnp. VI.
d ou, selon quelques uns, le patriarche Germain lui-meme les delivra , en payant leur rancon , et les mil en liberte. Par leurs eloquentes paroles d une persuasion toute evangelique ils agirent ensuite si efficacement sur 1 esprit du patriarche qu ils le determinerent a se reconcilier genereusement avec 1 Eglise Romaine (1). En effet, edifie par leur pauvrete et la sincerite de leur zele pour le bien , il ecouta leurs propositions et en fit part a 1 empereur Jean son maitre; celui-ci, quelle que soit la cause qui Fait determine, per mit au Palriarche d ecrire au Pape, et 1 avertit qu il ecrirait lui-meme , en montrant le plus vif desir de voir s operer cetle reconciliation. La lettre du patriarche au Pape Gregoire IX , qui gouvernait alors 1 Eglise , commence par une priere a Jesus-Christ, qu il invoque comme la pierre angulaire , en le suppliant de reunir les deux nations dans une seule et meme Eglise (2). S adressant ensuite au Pape, il reconnait qu il a eu la suprematie du siege apostolique et le prie de vouloir condescendre du haut de son trone a 1 ecouter gracieusernent pendant quelques instants (3). II repete encore dans la suite de sa lettre qu il n a pas en vue de porter prejudice a la suprematie du Pontife Remain , et entrant en matiere, il ajoute : Cherchons avec toute 1 attention possible quels sont les auteurs de la discorde : si c est nous , decouvrez-nous le mal et administrez le remede ; si au contraire , ce sont les Latins , nous ne croyons pas que vous vouliez, par ignorance ou par une coupable obstination , nous exclure de 1 heritage du Sei gneur!.. Je sais bien que des deux cotes nous croyons avoir raison et ne pas nous tromper en quelque point que ce soit ; c est pourquoi tenons-nous a la Bible et aux livres des Peres.
(1) Wading. Annal. torn. II. ad an. 1332.
(2) Idem , ibid.
(3) Idem, ibid.
(4) Idem . ibid. Voyez encore noire Hist, uuivcrs, des Missions Franeise. loo. cit. pag. 213.
Quant aux cinq Franciscains , il en fait un eioge qui est digne d etre rapporte. Mais le but etla signification de noire discours seront exposes a votre Saintele par ces Freres que des eveuements perilleux et un emprisonnement injuste ont amenes devant nous; leur nombre (cinq) est egal a celui des Vierges prudentes. Aussi la lampe de leurs ceuvrcs et la lumiere qui en jaillit resplendit aux yeux des hommes dans la gloire du Pere celeste; prudents et sages, ils versent sans cesse dans leur lampe 1 huile des bonnes oeuvres, afin qifelle ne s eteigne pas et qu eux-memes ne tombent dans le sommeil de 1 indolence, pour demeurer exclus du royaume de Dieu. Ils n ont pas de baton a la main ; cbacun d eux n a qu un seul vetement et ils n ont pas de cbaussures. C est pour ce motif que, suivant FApotre , je regardc comme beaux leurs pieds , car ce sont ceux d hommes qui annoncent la paix entre les Grecs et les Latins... Certes, ces religieux qui s appellcnt Freres- Mineurs en Dieu... furent conduits en notre demeure par la divine Providence, qui dispose le tout pour le mieux(l)! Germain ecrivit de meme aux cardinaux , et les exhorta a travailler a la paix, comme elant les conscillers du Pape. (2)
L allegresse, qui fit tressaillir le coeur du pape Gregoire IX en recevant cette lettre du Patriarchc Grec, pent se concevoir plus facilement qu on ne pourrait la decrire. Aussi, rcmpli des plus douces esperances de la paix de TEglise, le S l Pere lui repondit aussitot par une longue lettre, datee de Rieti, le 26 Juillet 1252, dans laquelle il promettait de lui envoyer des Religieux, qui lui expliqueraient plus amplement son intention , comme aussi celles de ses freres les Cardinaux. Entretemps , ii le priait de remarquer que TEglise Grecque, des qu elle se fut separee de TEglise Romaine, avait perdu sa Hberte en devenant esclave du pouvoir tcmporel , et qu ainsi enfin , clle s elait eloignec
(!) Jidein, ibid, ibid.
irisensiblemcnl de la foi et de la discipline en se perdant elle-meme si malheureusement. (1)
L annee suivante, 1235, le Pape choisit pour cette dif ficile mission et envoya en qualite de ses nonces les Franciscains Aimon et Rodolphe avcc leurs freres IJugon et Pierre de TOrdre de S. Dominique , qui s etant rejoints a Nicee en Janvier 1 254 , y recurent , tant de la part du patriarche que de celle de Tempereur et de chacun des Ordres de la ville, Taccueil le plus cordial et le plus solennel. (2)
Nous ne nous arreterons pas ici a decrire les conferences dans lesquelles ils defendirent FEglise Latine d abord a Nicee en particulier, et ensuite solennellement dans un concile de prelats Grecs rassembles a Nymphee en Bithynie, relalivement a Tusage du pain sans levain dans TEucharistie et a la procession du Saint-Esprit du Pere et du Fils. Ils deployerent en effet dans cette discussion tant de vigueur que le celebre abbe Rohrbacher a cru pouvoir dire dans son excellente histoire universelle et complete de 1 Eglise Catbolique , qu il a publiee tout recemment : Les quatre Religieux de S. Francois et de S. Dominique nous semblent reellement admirables, meme ils sont sans exemple par leur conduite et leur sagesse. Ainsi notre siecle, qui se dit un siecle de lumieres , serait-il capable de procurer beaucoup d hommes d un assez grand talent pour repondre aux arguties des Grecs, touchant les questions les plus ardues qui puissent se presenter, avec tant de justesse et d a-propos dans la langue des adversaires, avec les Docteurs memes de leur Eglise, au point d exciter leur ad miration? (5)
Ccpendant nos Freres ne tarderent pas a s apercevoir que leur peine etait perdue, ct ils se virent obliges de retourner sans avoir obtenu le succes qu ils esperaient.
(1) lidem, ibid.
(2) Voyez notre Hist, univers. des Missions Francisc. loc. cit.
(3) Hisl. univers. dc 1 Eglisc Calliol. liv. LXXIII.
Toutefois Fempereur les fit venir en sa presence et feignit de vouloir conclure la paix a tout prix, en leur faisant la proposition suivante : Lorsque , disait-il , il s eleve parmi les princes une contestation relativement a une forteresse ou une province, c est Fordinaire que Fun d entr eux se desiste d une partie de ses pretentious, afin d arriver a la paix. II me semble que nous devons agir de meme en cette circonstance , pour le differend qui s est eleve entre votre Eglise et la notre. Deux questions sont en presence : Tune portant sur la procession du Saint-Esprit, Faulre sur 1 Eucharistie. Si vous desirez sincerement avoir la paix, il vous est necessaire de ceder quelque chose sur Fun des points en lilige ; nous , en approuvant votre Sacrement de Fautel, vous de votre part, en laissant de cote votre symbole, c est-a-dire en faisant disparaitre votre ad dition , telle quelle, comme etant un point qui scandalise et met le schisme entre les deux Eglises. (1)
En entendant cette proposition , les Religieux eprouverent une sainte indignation et repondirent que ni le Pape, ni FEglise de Rome ne changeraient jamais un mot de leur sym bole de foi ! Aussitot ils se disposerent a retourner aupres du Pontife qui les avait envoyes. Mais cette resolution leur attira les plus grarides injures de la part des Grecs, qui ne voulurent consentir a leur depart et qui allerent jusqu a les poursuivre sur les routes du desert qu ils avaient a traverser pendant cinq jours consecutifs, avant d arriver a la mer de Constantinople. (2)
Ici se pose naturellement la question de savoir comment Fempereur Vatace pouvait faire la proposition de transiger sur des points qui regardaient la foi? L illustre Pere Louis Tosti Cassinese repond pour nous : Depuis le temps , dit-il , ou fut accomplie la separation entre les deux Eglises jusqu a la chute de Fempire Byzantin, Foeuvre de la reunion des
(1) lidem , ibid.
(2) Voyez notre Hist, des Missions Fraucisc. Joe. cil. pag. 243 et suiv.
Grecs aux Latins fut employee par les successeurs de Constantin comine un moyen politique de remedier aux dangers qui menacaient leur trone. Us pouvaient agir ainsi , car lorsquune religion ne tire plus sa vie d un principe surnaturel, grace a Fegarement du pouvoir qui lui donne sa forme , elle n est plus que stupide superstition dans le peuple et hypocrisie dans le prince. Par suite, les empereurs Byzantins pouvaient d un signe de leur sceptre pousser les Grecs vers FEglise Romaine, ou les en eloigner au moyen de la religion d Etat ; le peuple ne songeait pas a leur resister, parce qu il n est que la partie materielle et passive du culte, et les princes de leur cote ne rougissaient point de faire bon marche des principes auxquels ils n ajoutaient pas foi. Jean Ducas Vatace, homme de grande vertu guerriere et doue d un esprit tres-subtil dans Tart de tromper les fils <f Adam a Faide des artifices de ce que Ton appelle la politique, fut le premier qui donna une demonstration claire de tout ce que j ai affirme, et instruisit tous ses successeurs dans la methode de faire de la religion d Etat un instrument dont on use, on mieux dont on abuse, en faveur du pouvoir.
II avait arrache Fempire des mains des Latins ; les avait chasses de FAsie en detruisant a Lampsaque Farmee de Fempereur Robert de Courtenai ; en Europe il conquit par la force de ses armes la Chersonese , la Macedoine et la Thessalie, et restreignit Fempire des Latins aux murs de Constantinople, ou il se mainlenait a peine. Cependaut le jeune Baudouin avait fait contre lui en Occident les preparatifs d une croisade , et le pape Gregoire IX le soutenait de toutes ses forces. Mais Fempereur, pour prevenir les effets de Fentreprise , commenca par manifester ses regrets de Introduction du schisme et son vif desir de voir le peuple Grec uni a FEglise Latine. Les Papes dans leur zele ardent, etaient impatients de voir retourner an bercail de Jesus-Christ ces brebis egarees ; ils eurent toujours confiance dans la bonne foi des Grecs ; aussi , quand ils
c laient informes qu un cmpereur Byzantin manifestait quelqu intention de se reunir a TEglise de Rome, c etait pour eux le triomphe d une paix deja recouvree, et sans avoir egard aux hommes, ils se meltaient a Toeuvre sans en demander davantage. Ils acquirent ainsi des merites devant Celui qui scrute les intentions du co3ur , mais ils furent toujours les victimes de la perfidie , et les resultats demeurerent impossibles. C cst ce qu eprouva Grcgoire IX, apres avoir accueilli avec une si grande allegresse les letlres de Vatace , qui voulait retourner an catholieisme. (1)
Cela n empecha point cependant les successeurs de ce Pontife de continuer 1 ocuvre qu il avait commencee, et de tenter les moyens d amener ce peuple a resipiscence et de le faire rentrer dans le giron de notre Mere la Sainte Eglise. Nous trouvons meme que pen d annees apres, en 1246, Inno cent IV envoya tout a coup , dans le rncme but , a Constanti nople un autre Franciscain , nomine Laurent , dont la patrie est inconnue (2), avec la mission de visitor en meme temps, en qualite de legat de sa Saintete pour tout 1 Orient, 1 Armenie, TEgypte, Jerusalem et Tile de Chypre, et de trailer avec chacun des patriarcbes et des eveques de ces lieux, afin de les mettre en garde contre les flatteries et les intrigues cachees des Grecs. Ceux-ci, en effet, comme il est naturel, s etudiaient de tous leurs moyens a accroitre, autant que pos sible, le nombre des dissidents, afin qu a la face du monde, leurs pretentions parussent de quelque poids en presence de 1 opposition de TEglise Romaine (5). Nonobstant, que Ton remarque ici la justice ct la cbarite du Ponlife Remain , il lui donna la mission, dans des lettres expresses qiul lui remit,
(1) Histoire du schisme Grec, Vol. II. page 50. Florence, par Felix Le Monnier, 1856.
(2) Voyez notre Histoire des Missions Francisc. liv. I. chap. XII, pag.
(3) Hist, univers. des Miss. Francisc. loc. cit. Wading, arinal. torn. III. ad ann. 1247. Raynald. ibid. Kohrbacher. Hist, univers. dc rEgliseCathol. torn. XVIII.
de proteger dans son voyage , la ou besoin serait , les Grecs conlre les vexation^ des Latins , et il lui dit : Nous t enjoignons de prendre sous ta protection , avcc 1 autorite apostolique dont tu es revetu, lous les Grecs et chacun d eux en particulier, quel que soil leur nom ; de ne jamais tolerer qu ils aient a souffrir aucun trouble ni aucune violence; et pour les injures ou offenses qu ils ont deja pu endurer de la part des Latins , de demander a ceux qui en ont etc les auleurs une satisfaction convenable en leur ordonnant en meme temps qu ils aient formellement a s en abstenir a i avenir; enfm de reprimcr et de punir les rebelles, la ou il s en offrirait, au moyen des censures ecclesiastiques. (1)
Pourvu de plein pouvoir et muni de ses instructions , le Frere Laurent se rendit a sa mission , et fut partout generalement bien recu et accueilli avec honneur. En Armenie , a Iconium , a Jerusalem , en Chypre , partout il opera un grand bien, accreditant, par sa presence, dit M. Henrion (2), sa grande reputation de prudence et de saintete qui i avait pre cede. II s acquitta surlout avec tant de delicatesse et de tact de cette partie de sa mission , qui etait de proteger les Grecs centre les vexations des Latins , que les habitants du royaume de Jerusalem en profiterent pour arriver a leur but, qui etait de se soustraire entierement a la juridiction du Patriarche Latin de cette cite, juridiction a laquelle ils etaient soumis par delegation apostolique. Non-seulement les Grecs en general, mais encore leurs prelals, qui de meme dependaient de 1 administration des Patriarches Latins de Jerusalem et d Antioche , suivirent les instruclions du Legal Franciscain , et en prirent occasion et pretexte de s affranchir du joug qui leur etait impose; ils le firent avec d autant plus de resolution, qu ils virent ce dernier les proteger, d apres la charge qui lui avait ete donnee, avcc une autorite forte et constante. Cependant, pour mettre fin a ces exces d une licence incompatible avec
(1) lidcm loc. cit. et Spond. ad an. 12i7.
st. des Miss, catliol. torn. I. page 24.
les intentions du Souverain Pontife, ce dernier, par ses lettres datees de Lyon , resolut d indiquer a Frere Laurent les regies precises d apres lesquelles il devait se conduire en traitant de de 1 union des deux Eglises. Elles portaient que ceux des pasteurs Grecs, qui etaient soumis aux Patriarehes d Antioche et de Jerusalem , ou a d autres prelats Latins , resteraient con stants dans leur soumission et leur obeissance, attachant surtout un prix important a ce que leur Patriarche, par lui-meme ou au moyen d homraes revetus d une autorite suffisante , se determinat a se presenter devant le saint Siege apostolique , afin que ce dernier daignat accueillir leur soumission (1). Frere Laurent , suivant fidelement les instructions du Pontife dont il occupait la place dans une affaire aussi importante, n epargna aucune peine dans les negociations de tout genre , delicates atitant que difficiles , si bien qu a la fin il sut flechir Fesprit du Patriarche et de 1 empereur et les amena a la conclusion des articles de cette union tant desiree; ils les ratifierent si promptement que le Pontife n eut plus qu a deputer des apocrisiaires porteurs de lettres qui les accrediteraient.
Des que le Pape Innocent en fut averti , il appela aussitot a cette mission importante le Ministre General de 1 Ordre entier des Franciscains , le Frere Jean de Parrae , et lui adjoignit pour compagnon le Frere Gerard Boccabadati de Modene; ils avaient encore d autres confreres dont le nom ne se trouve pas enregistre dans les memoires de cette mis sion. Ce choix fut heureux ; en effet, le Frere Ministre General, autant que qui que ce flit, d une profonde science, d une haute sagesse , a la parole puissante , en meme temps que plein de douceur et de bonte , etait rhomme par excel lence pour entrer en negociations avec une nation cauteleuse et habile dans Tart des sophismes, telle que l^tait surtout la nation Grecque. II avail donne des preuves ecla-
(1) Voyez le Wading, annal. torn. XII. ad an. 1247. Raynald. Spondan. ibid. Floury, Hist, ecclesiasliquc, etc.
tantes de ses eapacites dans radministration de son Ordre, dont il etait charge depuis une annee. Aussi est-il a-propos d en dire ici quelques mots, afin que Ton connaisse par quelles preparations de rigoureuse discipline Dieu produit et alimenle d ordinaire avec les influences de sa grace, ces puissantes energies de Fame, d ou jaillissent dans les differentes conjonctures de la vie publique ou privee les vertus les plus admirables dcs hommes d action, de conseil et de grand merite.
Des que le bienheureux Jean prit en main la direction de son Ordre, il travailla par tous les moyens qui etaient en son pouvoir pour lui rendre la forme pure de son institution pri mitive. En effet, ayant trouve qu il y avail dans FOrdre une grande confusion , par suite de la mauvaise administration de son predecesseur, le Frere Crescenzio, que les Peres deposerent de sa charge a cause de son incapacite,ilparvint enpeu de temps, dit un de nos chroniqueurs , d abord par les exemples et les admonitions , ensuite par la prudence et la discretion , afairc disparaitre les dissensions, a corriger ceux qui etaient en defaut, a consoler ceux qui souffraient la persecution, a soutenir les humbles et ceux qui aimaient la vertu, et il finit par rendre a FOrdre une paix si profonde qu il n en connut jamais de plus belle et de plus consolante. Ceux qui donnaient du scandale et se montraient incorrigibles etaient chasses ; il rappelait a la regie et a la discipline ceux qui s en etaient eloignes, ranimait les faibles, recevait avec affection les simples, protegeait et favorisait ceux qui avaicut le gout des lettres, en les stimulant a perseverer , ainsi que toute sa vie leur en donnait Texemple ; a tous cnfin il rendait cheres Thumilite, la charite et surtout Tobservance de la Regie, qu ils avaient juree solennellemcnt devant Dieu. Plusieurs compagnons de Saint-Francois, contemporains du Bienheureux Jean, tels que les Freres Egide, Leon, Matthieu et Ange, voyant se reveiller en lui dans toule sa force Tesprit de leur Patriarche, s ecriaient : Nous vous rendons des graces infinies , 6 Seide vous (Hre souvenu de nous, vos servileurs. en
nous dormant un Prelat, qui nous guide et nous mene dans la voie de votre divine volonte! (1)
Pour ce qui regarde sa conduite personnelle, il suffira de remarquer avec son biographe, qu il visita tout son Ordre, praliquant 1 austerite et la pauvrele les plus grandes; pas plus qu eri d aulres temps non-seulement il ne changeait jamais d habit, mais il voulail faire durer toute sa vie celui qu il portait. Toujours il refusa d aller a cheval ou en voiture , ne voulant pour compagnon de route qu un seul frere , bien qu il eiit quelquefois besoin d en avoir deux ou trois. II marchait si humblement, son maintien etait si modeste, que, quand il lui arrivait de saluer quelqu un sur la route, il lui semblait qu il n etait pas digne d une reponse. Jamais il ne prevenait les Freres de son arrivee dans un couvent ; en outre , il recommandait a son compagnon de cacher son nom a qui que ce fut, et encore plus sa dignite, pour ne pas etre entoure d honneur et de respect. Quand il elait en chemin, malgre la lassitude et la fatigue qu il eprouvait, il ne s asseyait jamais lorsqu il disait son Office , et il ne cberchait pas a se reposer en s appuyant contre Fun ou 1 autre objet; au contraire, il se tenait debout et la tete decouverte. Sans les cas de necessite, il se conformait toujours a la vie commune de ses Freres, se contentant d un seul mets, le premier qu on lui servait, quel qu il fiit, agreable ou non, fiil-il meme mauvais. Jamais on ne 1 entendit dire : Je voudrais avoir ceci, je desirerais bien cela! II imposa a sa langue un si grand frein , depuis son entree en Religion , qu il put dire a 1 article de la mort qu il redoutait bien plus pour le grand jour du jugement universel le compte qui lui serait demande de son silence que celui qu il aurait a rendre de ses paroles (2). Tel etait I homme a qui le pape Innocent IV confiait la mission de legat en Grece, pour faire aboutir a la conclusion de la paix les nego-
(1) Marc de Lisbonne , Cliron. part. II. Liv. XXXV ct Wading.
(2) Chron. ct Wading, loc. cif.
ciations commencees par Frere Laurent; c csl cet homme que le Pontife lui-meme nommait YAnge de paix dans ses lettres a Tempereur et an patriarche des Grecs. (1)
II partit done I annee 1247, avec le groupe de compagnons choisis que nous avons nommes plus haut. A son arrivee a Nicee, il se conduisit avec tant de prudence, et il edifia si bien Tempereur, le clerge et le peuple par son exemple, ainsi que par ses manieres et le charme de sa conversation, qull leur semblait voir en lui un des anciens Peres de FEglise, on plutot un Apotre de Jesus- Christ. Persuades et convaincus par ses raisonnements , ils se deciderent a envoyer leurs commissaires au pape Inno cent a Lyon, a i effet de confirmer le traite qui avait etc arrete, Mais tout a coup les intrigues habituelles des mechants, qui ne voulaient absolument pas entendre parler de paix et d union , vinrent se Jeter en travers. Ils arment en secret une bande de furieux, qui vont se mettre en embuscade pour attendre les Apocrisiaires au moment ou ceux-ci partaient pour TOccident et leur arrachent des mains les instruments de la commission. Cet acte de violence amena forcement de nouveaux delais, qui eveillerent dans Tesprit du Frere Jean le soupcon que les Grecs voulaient par la se jouer de sa sincerite et de sa bonne foi. II supporta cette e preuve avec une prudence genereuse et ne fit semblant de rien , en sorte qu il reprit les negotiations. Les articles furent rediges de nouveau, et il fit si bien par son eloquence entrainante, animee par la charite catbolique, qu il decida pour la seconde fois les commissaires a reprendre la route de TOccident. Mais les troubles qui agitaient TOrient a cctte epoque et finalement la mort du Papc, survenue en 12o4 et suivie de pres par celle de rEmpercur, embrouillerent de nouveau les affaires , a lei point que les commissaires interrompirent leur voyage et s en retournerent dans leur pays. Tant dc travaux, tant d cmbarras et tant d esperances furent
(1) lidcm , ibid, ct Sancf. Anton. III. part. Hist, lit, XXIV. cap. IX.
comme emporles par les vents , et { union desiree , qui etait si pros de saccomplir , resta sans aucun effet (1). Aussi Frere Jean revint-il a Rome decu dans son espoir, et comme son coeur etait anime d un zele ardent et sincere pour la gloire de Dieu , il ne put se consoler de longtemps de cet echec. Seulement le temoignage de sa conscience le tranquillisait, a la pensee que pour tout ce qui avait dependu de lui, il avait employe tons les efforts d esprit et tous les soins dont il etait capable , pour faire aboutir la glorieuse mission qui lui avait ete confiee par le chef de 1 Eglise. (2)
Quant au reste de sa vie, nous dirons en abrege, qu il continua a elre humble et mortifie comme auparavant, tout occupe de 1 accroissement et de 1 observance des regies de son Ordre , dont il etait le Superieur. A peine cependant le Chapitre General fut-il convoque, qu il voulut se demettre de cette charge, malgre tout ce que le Pontife (Alexandre IV) et plusieurs cardinaux lui dirent pour Fengager a la continuer encore. Mais il pourvut admirablement au bien de son Ordre pour ce qui concernait son successeur; car, comme on lui demandait , a qui on pourrait avec avantage remettre le gouvernement de la famille Franciscaine , il designa, comme en effet on elut dans la suite, le frere Bonaventure de Bagnarea, alors lecteur de Theologie sacree a Paris, et qui devint plus tard ce Docteur distingue , ce Cardinal de la sainte Eglise, que maintenant, comme lout le monde le sail, nous venerons sur les autels. Apres cela il se retira, avec la permis sion du nouveau Prelat General , pour se sanctifier soi-meme dans la solitude de Grecio dans TOmbrie , au fond des vallees de Rieti , sur le penchant escarpe d une montagne ; lieu bien cher a son coeur, en partie parce qu a chaque pas on y rencontrait des souvenirs du sejour qu y fit le saint patriarche Francois , lequel y institua la ceremonie sacree de la creche de Jesus-Christ, et en partie parce qu il etait totalement
(1) lidem , ibid, et Histoire univers. des Miss.Francisc. vol. I. chap. XII.
(2) lidem, ibid.
ecarte de la frequentation des peuples voisins. Ce fut la que , pendant 1 espace de trente annees a peu pres , il mena , je ne sais Irop comment m exprimer, une vie angelique ou humaine, console de Dieu par la suavite des visions celestes , ravi presque dans la contemplation des choses divines (1).
Finalemerit cet insigne Franciscain , etant arrive a 1 age avance de quatre-vingts ans, mais toujours anime d ardeur pour le salut des ames et la gloire de TEglise , fut envoye de nouveau Tan 1 288 par le Pape Nicolas IV en Grece , afin d y reprendre I ceuvre, deja si bien conduite par lui sous Innocent, de la reconciliation des Grecs. Et le venerable vieillard enlreprit ce long et difficile voyage, plein de zele, de courage et de confiance dans le Seigneur. A peine cependant arrive a Camerino dans les Marches , il sut par une revelation di vine , qu enfin il etait parvenu au terme de son terrestre pelerinage. II ne tint point cachee cette revelation , meme lorsqu avec ses compagnons il entra dans le couvent du litre de Saint Francois de cette ville : Ici , leur dil-il , est mon lieu de repos dans les siecles des siecles. Et en effet, ce fut la qu il rendit son ame a Dieu dans la paix des Justes (2). Le ciel fit connailre sa saintete au monde par des prodiges si nombreux et si eclatants, que 1 Eglise lui decrela Thonneur des autels. Sa memoire se celebre le vingtieme jour du mois de Mars. (5)
Mais, avant de terminer cet article consacre a la memoire du bienheuretix Jean de Parme, nous ne pouvons omettre de faire mention d un de ses compagnons de voyage, nous voulons dire le bienheureux Gerard Boccabadati de Modene, a cause d un fait qui se rapporte au malheureux succes de la premiere expedition de Saint Louis, roi de France , pour reconquerir les Lieux-Saints , quand il tomba entre les mains des Sarrasins, et qu il fut fait prisonnier
(1) lidem, ibid, et Brev. Rom. Seraph, die XX. Martii. Voyez aussi THistoire univers. des Miss. Francisc. loc. cit.
(2) Brev. Rom. Seraph, loc. cit.
(3) Ibid.
par cux. Mais nous voulons d abord raconter en abrege, comment, missionnaire de paix entre les villes de Tltalie qui , livrees alors aux deux factions des Guelfes et des Gibelins, s entre-dechiraicnt cruellement, comment Gerard Boccabadati, dis-je, sut si bien gagner Festime universelle qu il fut cree Potentat de la ville de Parme. Nous rapporterons ceci en nous servant des paroles du professeur Louis Maini , tirees de son opuscule public en 1856 (1). Dans les pre miers lustres duXIII c siecle, dit-il, la paix de la malheureuse Italic fut troublee par des factieux. Quelques-uns embrasserent le parti des Guelfes ou du Pape , et d autres celui des Gibelins ou de Fempereur. Mais 1 interet particulier et le desir d une vengeance privee dorninaient dans le coeur de chacun d eux, plutot que le but de soutenir la paix de TEglise ou de 1 empire. Non-seulement les villes frontieres aspiraient a se detruire mutuellement , mais encore les fa milies d une meme ville souillaient souveut leurs epees du sang de leurs concitoyens. Dans cette calamite, un saint enthousiasme enflamma le coeur des Freres-Precbeurs et des Freres-Mineurs , et les engagea a devenir des mediateurs de paix dans presque toute Tltalie , tant entre les personnes privees, qu entre les villes turbulentes ellesmemes , qui a chaque instant recommencaient a se molester, malgre la foi juree. Dans ce but quelques Freres- Dominicains et Franciscains se rendirent a Parme dans 1 annee 1233 et tous se mirent avec un grand zele a precher au peuple qui accourut en foule pour les ecouter. A la parole divine qui tomba de leurs levres ardentes, nobles et plebeiens, tous furent emus et sentirent leur cosur renaitre a des sentiments plus doux. Entraines par une charite nouvelle, ils voulurent tout de bon conclure cette paix qu on tachait de leur inculquer par tant de moyens,
(1) Des bienheureux Gerard Rangoni et Gerard Boccabadati de Modene de I ordre des Mineurs , dissertation de 1 abbe Jerome Tiraboschi , editee par les soins du docteur Louis Maini, avec des addilions specialement re latives au bienheureuT Gerard Boccabadati.
etant disposes a 1 accueillir meme comme une obligation perpetuelle de penitence. Parmi ces ouvriers evangeliques etait le Frere Gerard Boccabadati de Modene, qui mieux que les autres avail su s insinuer dans Fesprit des Par mesans. C est pourquoi le Conseil de la ville, voyant la grande part qu il prenait dans ces affaires de paix , et ayant congedie le Potentat Ansaldo de Mari , de Genes , tourna ses vues sur lui, le proclama Potentat de Parme, et lui donna des pouvoirs plenipotentiaires pour conclure la paix comme il le jugerait le plus avanlageux, depuis le 29 Juillet, jour de son election, jusqu a la fete de S. Michel, avec autorite de corriger, reformer et amplifier les statuts selon son bon plaisir. II est probable que ce choix fut aussi insinue par Rolando Rossi , Potentat de Modene, qui etait interesse a voir la concorde retablie entre ses amis. Le Frere Salimbene parle de 1 election du Frere Gerard comme Potentat. Du jour qui est indique ci-dessus, on semble trouver une certitude dans le statut ancien Ms. (lib. III. fol. 137.), comprenant dans les arti cles de la paix les coupables : Ante diem veneris, qui fuit tertia cxeunte Julio MCCXXXIII , postquam Prater Gherardus habuit potestatem faciendi pacem. Ce fut une chose vraiment etrange que de voir un Frere-Mineur gouverner a sa guise une ville et un comte tout entier et commander a un peuple soumis a ses volontes. Mais au lieu de rencontrer de I etonnement, le Conseil de Parmc trouva meme des imitateurs de sa resolution; puisque le bienheureux Jean de Vicence , qui est a juste titre regarde comme le porte-etendard de ces freres pacificateurs, s e tant rendu depuis dans la campagne de Verone sur 1 Adige, le 28 du mois d Aoiit, fut nomme compromissaire des Gibelins et des Guelfes de Verone , qu il avait pacifies en pre sence de tout le peuple de cette ville, de Mantoue, de Brescia , de Padoue , de Vicence , avec le concours des habitants de Trevise , de Venise , de Bologne , de Ferrarr et d autres villes, et Fintervention des eveques de Verone ,
de Brescia , de Mautoue , de Bologne , de Modene , de Reggio , de Trevise, de Vicence , de Padoue, et de plusieurs autres personnages. Le bienheureux Jean, dis-je, fut elu de la meme maniere par les Veronais pour etre leur Potentat.
Mais arrivons au fait qui se rapporte a Tissue malheureuse de la premiere expedition de Saint-Louis , roi de France, lorsqu il fit Fentreprise de reconquerir les Lieux-Saints.
On sait comment ce saint monarque dans la journee de la Massoure, apres avoir opere des prodiges de valeur, fut fait prisonnier par les Sarrasins et fut emmene dans leur camp charge de chaines. (1)
Or, Vhistoire raconte comment le Frere Gerard, precbant precisement ce jour la a Constantinople au milieu d im grand concours de peuple, interrompit subitement son sermon, et fixa pendant quelque temps les yeux au Ciel, ravi par une sublime vision.
Revenu de celte extase, il se tourna vers le peuple en versant d abondantes larmes : A cette beure , s ecria-t-il , Louis, roi de France, est fait prisonnier : priez Dieu pour lui et pour tous ceux qui partagent sa caplivite ! Ces pa roles plongerent toule la ville dans la consternation, car le Frere Gerard etait deja depuis quelque temps connu pour son don de propbelie. En effet, les assistants ayant tenu note du jour et de Fheure ou cette prophetic avait etc lake, on sut que c etait exactement en ce moment meme , que le Saint Roi etait tombe entre les mains des ennemis de sa nation et de la foi de Jesus-Christ. (2)
(1) Voir Michaud. Hist, des Croisades, Raynald. Wading, Fleury, Rohrbacher, et 1 Hist. univers. des Missions Franciscaines.
(2) Wading, et Hist, univers. des Missions Franciscaines. loc. cit.