‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 37 sur 67 · OKI · texte numérisé non relu

OKI

aucmie connaissance du bruit qui courait en ville touchant Farrivee des rebellcs. Ce ne fut qu a Fapproche du jour indique quo je compris le mysterc de cette interrogation , lorsque je vis mi grand nombre de soldats venus de la metropole, s exercant tous les jours a la petite guerre avec des fusils et des canons. Par bonheur cependant Fennemi ne parut point, et ainsi tout fut fini. Be venous maintenant a notre recit.

Notre innocence etant constatee par tant de jugements , et le gouverneur superieur Che-fu en etant convaincu, le gouverneur Fang m appela un jour pres de lui et me dit : // J ai supplie en votre faveur pres du gouverneur Che-fu, et il consent a la mise en liberte de vos porteurs , pour lesquels vous avcz interpose votre mediation ; tachez done , par le moyen du pretre Cliinois Maur Ly (il etait venu a la connaissance de ce pretre an moyen d une adresse tracee sur une enveloppe qui se trouvait parmi nos effets) , de trouver une caution qui reponde de leur personne. Puis iaites en sorte de trouver neuf on dix autres de vos coreligionnaires , liommes probes et intelligents , gradues memo , s il est possible , qui se portent garant que vous ne fuirez pas si Fon vous met en liberte , mais que vous serez pret a vous presenter an premier rappel. // Je me mis aussitot en devoir d^executer son desir qui etait aussi le mien; et ayant trouve des cautions , les porteurs payens apres dix-neuf jours furent reellement renvoyes pour ce qui les concernait ; mais il en fut tout autrement de nous. Le gouverneur Che-fu, malgre sa bonne volonte , n osa nous renvoyer, a cause que notre affaire avait ete notifiee par le moyen des tribuns inilitaires aux mandarins superieurs de la metropole de Si-ngan-fu. Aussi fut-ce en vain que les chretiens reunis devant la porte du pretoire lui demanderent a haute voix notre delivrance ; il repondit qu il fall ait attendre la reponse de Si-ngan-fu. Cependant le 25 juillet les gouverneurs Pang et Kim, qui me traitaient plus poliment que de coutume , se mirent a me paiier de la inaniere suivante : / Le lieu on vous demeurez presentement est trop etroit; vous y souffrirez sans aucun doute une chaleur insupportable ; c cst pourquoi nous desirous que vous soyez conduit a la pngode voisine, Tu-ti-ss. // C est ce qui s executa le 20. Ce soulagement me fut (Fautant plus sensible qiFon y conduisit avec moi les deux chretiens , mes compa-

gnons de captivite, auxquels je me trouvai eufin reuni; il nous i ut permis aussi de nous raser la tete , ce qni se refuse toujours aux prisonniers. Ce lieu etait assez spacieux et propre; aussi nous y plaisions-nous , d autant plus que les chretiens pouvaient venir nous visiter et s entretenir a leur aise avecnous.

Sur ces entrefaites arriva Fordre de nous transferor a Si-ngan-fu. Le 28 nous dtimes done nous presenter de nouveau au tribunal du mandarin Che-iu, et la attendre assez longtemps queFecrivain eut dresse la note de tous nos objets sacres, et que celui-la nous eut remis une lettre pour les mandarins de cette ville. Nous fumes conduits ensuite au pretoire de Tao-tai, toujours en spectacle a une foule nombreuse de curieux. Ici encore ils firent je ne sais quelle ecriture, et finalement on s en retourna a la pagode. Je dois ajouter que le 27 aussi ayant etc appele au tribunal on se trouvaient les gouverneurs Tang et Kim,, j enrecus Favis suivant : // On recoit Fordre de Si-ngan-fu de vous y conduire. Mais n ayez pas peur; c est settlement pour voir si vous etes veritablement chretiens, car il y en a beaucoup qui sans Fetre se donnent pour tels. // Je repliquai aussitot que cette demarche etait superfine, attendu quails pouvaient certifier ce que nous etions. // La-dessus ils ajouterent : // Nos superieurs ne nous croient pas et partant veulent vous voir; bien plus, nous savons qu ils ont Fintention de vous etablir juge a Feffet de faire le discernement de tous les chretiens de F empire. //-// Mais prenez garde, repris-je, que notre affaire ne se complique la-bas de plus en plus ! // a Non, non, ne craignez rien, repliquerent-ils. Prenez garde plutot de vous declarer Europeen; dites que vous etes de Caolin, ou vous serez bientot rendu, a moins que vous ne soyez prepose a Feglise que vous avez dans la metropole Si-ngan-fu. // //Mais vous mentez ! dis-je alors. S il en etait ainsi, pourquoi voulez-vous que Jean Sie vienne avec inoi , lui qui est de Mien-hien dans cette province? // Nous n y pouvons rien; on a ecrit la-bas que vous etes Europeen, et vos compagnons de Cao-lin. // On verra dans la suite la terrible machina tion que ces scelerats avaient ourdie !

Cependant le 29 au soir, je fus de nouveau cite au tribunal du gouverncur Fang, qui avait pour second un nomme Ly , a qui nous devions etre remis pour etre conduits a Si-ngan-fu.

Ayant fait environ notre caisse, il vonlut voir , la note en main , si aucun objet n avait disparu. II la trouva en regie et nous aclressa encore de bonnes paroles pour nous rassurer. Mais je dis a Pang, de maniere a n etre pas entendu de Pautre : n Comment ponrrai-je affirmer que je suis de Cao-lin, si vons envoyez au tribunal de la metropole moil proces ou il est dit que je suis ne en Europe? // Et le menteur me repondit, en souriant : // Mais nous n avons garde de faire cela ! A la nuit tombante, le gouverneur Kim me fit chercher par I entremise de Maur Ly, me fit asseoir en compagnie de plusieurs nobles personnages, et en me presentant le the, il me repeta a son tour : Soyez tranquille. Puis me prenant a part : // Oh ! vous ne pourricz croire, ajouta-t-il, combien je regrette de vous avoir arrete ! Mais inaintenant il n y a plus de remede ! Puisque j ai mentionne le pretre chiiiois Maur Ly , je tiens a faire savoir que cet excellent ecclesiastique, autrefois mon eleve a Tum-juenfang, district de Cao-lin, ou nous avons une residence, me rendit en cette conjoncture de grands services, all ant caetla, partout oii il fallait ; il se rendit a ma demande aupres de notre Vicaire apostolique Monseigneur Chiais pour lui signifier tout ce qui m etait arrive et Tengager a ne point quitter le lieu de sa residence durant cette tempete. C est aussi par son moyen que j avertis un certain Jean ISFgan, venerable vieillard , qui est comme notre pere de famille a Cao-lin , que si quelqu 3 un venait prendre des informations sur mon compte, il repondit que, venu du Chansi, j avais habite pendant seize ans cette ville , mais que presentement je 1 avals abandonnee et ne dit point autre chose. Tons nos preparatifs termines , le 31 juillet nous partimes de Han-chum pour Si-ngan-fu , au milieu des larrnes et des adieux d un grand nombre de chretiens nos freres. Le susdit commissaire Ly-te-chum nous precedait ; comme il devait se transporter d une ville a Tautre pour y attendre d^etre envoye en qualite de suppleant, comme disent les Chinois , dans quelque tribunal, il trouvait moyen en nous accompagnant de s epargner les frais de voyage. Et en effet il recut bien du gouverneur Kim 50 onces d argent et 20,000 sapeques pour pourvoir a nos besoins et aux siens. Nous le suivions , moi dans une litiere a trois , et mes compagnons a cheval, escortes par six satellites. Quarante chretiens nous accompagnerent en signe

de leur grande tristesse bien loin hors de la ville , merchant toujours en avant. A ce spectacle je ne pus retenir mes larmes; ct dans P emotion dont j etais saisi , je fis arreter la litiere , j en sortis , et sans faire attention qne j etais entre les mains d ennemis payens , levant les yenx an ciel et etendant la main droite , je criai d une voix forte : // Qne la benediction de Dieu toutpuissant, dn Pere, dn Eils et dn Saint-Esprit descende snr vous, mes cliers enfants, et demenre snr vons a jamais ! // Et je les priai de s en retonrner cliez enx. Us s agenouillerent , firent le signe de la croix et obeirent.

Dans tontes les villes qne nons traversames , on nons faisaifc stationner devant la porte des pretoires, et on presentait aux superieurs 1 ordre de nons procnrer pour le jour snivant de nouveaux portenrs et des chevaux, avec denx satellites. Ensnite on nous menait a Tauberge publiqne on les mandarins out coutume de descendre, et on nous donnait a diner on a souper. (Test ce qui eut lieu a Pao-cliem, a Eong-hien, a Leu-pa, a Pao-ki , a Eong-liiam-fu , a Ki-ssan, aEu-sug, a Vu-Knn, a Him-ping, a Si en- jam. Mais il est a remarquer qn outre les deux satellites qui changeaient a cliaque ville , il y en avait six autres qui avec ceux-la nous escorterent depuis Leu-pa jusqu a Si-ngan-fu. L ordre du Preteur de cette derniere ville etait ainsi concu : // Amenez-le ici, mais non a la maniere d mi coupable , prenez meme garde qu il ne soit trop incommode par la chaleur en route. // Je dois avouer que les satellites se conformerent constamment a cette prescription. Pres la ville de Pao-ki il me fut donne d entrer dans TOratoire on les chretiens , prevenus de notre passage, s etaient reunis en nous attendant; et la, en presence de deux satellites qni m accompagnaient, on alluma les cierges et on chanta les lita nies de la sainte Yierge auxquelles je pris part; apres quoi nous nous rendimes an lieu qui nous etait assigne. Le soirje recus une deputation qui venait m offrir des presents de la part de toute la communaute chretienne ; j^embrassai ces pieux fideles en Jesus-Christ et les exhortai a la Constance. La rnerne chose m ; arriva a Eong-hiam-fu, on je trouvai m attendant a Tentree dela ville le Yicaire -General de notre Eveque, dont j ai parle an commencement de cette lettre, avec un autre pretre Chinois; niais nous ne pumes echanger que tres-peu de paroles , les sol-

clats ne voulant pas y consentir. Le second neanmoins, nomme Chang, natif de Han-chum, et autrefois mon elcve, trouva moyen de venir avec plusieurs chretiens a Fauberge, oil nous causames ensemble de beaucoup de choses. Finalement nous arrivames a cette ville de Si-ngan-fu , qui se compose de deux Hien, savoir Scliang-ngan et Hien-ming, et^nous fumes conduits, comme de coutume, d abord an pretoire, et puis, apres une station fort longue et tres fastidieuse, a Fauberge, ou nous accompagnerent les six satellites qui nous escortaient depuis Leu-pa , plus deux autres venus de Shang-ngan et un domestique du commissaire Ly. Nous y trouvames encore quelques chretiens qui, pre venus de notre arrivee, nous y attendaient et nous procurerent une bicn douce consolation.

Le troisieme jour apres notre arrivee nous fumes presented aux juges du tribunal du gouverneur Clie-fu, auquel notre cause avait etc remise par le preteur et qui etait aide par un commissaire nomme a cet effet. Ce commissaire appele Lew se mit a m interroger : // D ou es-tu? // II est bon de rappeler ici que je pourrais a juste titre et sans mensonge me dire Chinois et de la ville de Cao-lin, a cause de mon long sejour en Chine , et que d ailleurs j avais eu avis des gouverneurs Eang et Kim de ne pas me faire connaitre pour Europeen. Je reponds done nettement : // De Cao-lin. //Mais lui, regardant mi ecrit qu il avait en main : // Yotre reponse, me dit-il, ne concorde pas avec ce qu on m a transmis. // Ces paroles me firent^ soup Conner que j etais train. Mais ne sacliant pas de qui etait cet ecrit, pensant meme que c etait Touvrage du tribun militaire qui nous avait accompagne, je persistai a ne pas me declarer Europeen , en eludant adroitement beaucoup <T autres questions qu il me fit pour amener cet aveu. II arriva pourtant qu a propos d antre chose je connus clairement que Tecrit n etait autre que la proce dure faite centre moi parle gouverneur Eang, par celui-la meme qui m avait donne sa parole qu elle ne serait jamais envoyee a Si-ngan-fu ! Et en effet : Comment done , s ecria-t-il , avez-vous affirme que vous etes Italien? Mais comme je ne voulais pas le satisfaire : //Eh quoi! lui repondis-je, ne savezvous pas que la religion chretienne est venue ici d Europe , et nos peres de Fltalie, du temps de 1 empereur Tartare Timur? // Us ne se tinrent pas pour battus , et apres quelques

instants de repit , ils me firent passer a la salle de Che-fu , ou , comme il faisait dejanuit, on alluma trois cliandelles de suif, une sur le bane du gouverneur, Fautre a terre et la troisieme siir une petite table devant moi. Alors celui-la me nxant en face dit : // II suffit de vous regarder de pres pour reconnaitre que vous n etes pas Chinois ! A ces mots les spectateurs qui se trouvaient a la porte laisserent echapper un eclat de rire : it Allons done, reprit-il, avouez-moi nettement d ou vous etes. // Mais comme je n entendais pas le faire -.//Excellence, repondis-je, j en ai dit assez. // Et pour ce soir ils me congedierent. On s etonnera peut-etre que j } en aie agi de la sorte; mais 1 affaire se compliquait de telle facon qu en verite je ne savais que faire pour eviter autant que possible de nuire a nos missions et a nos malheureux chretiens. Je pensais qu^il etait utile de caclier ma qualite d Europeen, et c est ce que m avaient porte a croire les mandarins Pang et Kim, ainsi que je Fai rapport^. Je savais d ailleurs par experience qu ils n ; aiment guere d^ avoir ajuger des Europeens , attendu qu on leur fait un crime deles avoir laisse penetrer dans T empire, j^eanmoins j avais demande par lettre 1 avis du Yicaire Apostolique sur la conduite que je devais tenir; mais la reponse arriva trop tard. Elle portait que j avais a me declarer Europeen, et cela paree qu\in commissaire du gouvernement , envoy e secretement de Cao-lin au lieu de ma demeure pour savoir si un certain Cum-ssan-lin (c etait moi) y avait jamais sejourne, etait parvenu a savoir que j etais Europeen.

Je vis done qu il ne m etaifc plus possible de soutenir avec dignite ma premiere ainrmation , d autant plus que Fautorite de FEveque m^enjoignait de declarer ma veritable origine. C est pourquoi ,, rappele au tribunal le jour suivant, a la question de savoir si j etais Chinois , voici quelle fut ma reponse : // Certainement je suis Chinois ; car depuis vingt ans que j exercele ministere apostolique dans ce pays , j y ai bien acquis le droit de citoyen; je suis meme Chinois en tant que membre d une societe qui a pour patrie lemonde entier, je veux dire la societe Catliolique, Apostolique et Komaine, fondee par Jesus-Clirist, Pere et Eedempteur de tous les homines. Ccpendant puisque vous trouvez que je n ai pas les traits caracteristiques de votre race, je vous dirai que reellemcnt je ne suis pas ne en Chine, mais

bien en Italic, dans les Etats du Pape, lequel, selon la voca tion que j ai recue du ciel, m a envoy e precher la loi divine dans votre province de Cliensi. Maintenant soyez certain que je vous ai dit toute la verite. Mais en meme temps je ne puis m empecher de vous manifester combien.je suis e" tonne et meme scandalise de la maniere d agir des gouverneurs Eang et Kim; tandis qu ils m ont supplie pour 1 amour dn ciel, en m envoyant ici, de ne point vons declarer que je suis Europeen, comme s ils en eussent redoute quelque dommage, ils vous envoient eux-memes la procedure de mon arrestation , oil ma qualite est exprimee, machinant ainsi ma mine en traitre ! Ils se sont trompes cependant; car, comme jeTai dit, je suis en meme temps Chinois et Europeen. Ainsi done, de quelque maniere qu il vous plaira de me traiter, il ne pent pas etre question ici depays, mais de religion; or, je ne vous 1 ai jamais cache, celle que je professe est la religion ctiretienne. Jugez-moi done tout a votre aise, car surce point je ne crains rien! // Chose etonnante! ce ton decide les surprit tellement que le juge n osa plus dire mot de ce qui paraissait devoir etre le principal dclit. II se mit au contraire a me demander si j^avais une femme , des freres, des soeurs, quand j avais quitte FItalie, par quelle voie j avals penetre en Chine; s etonnant surtout que j eusse compte notre pays parmi les plus beaux et les plus florissants de FEurope. Un assistant du juge me demanda ensuite pourquoi il n y avait pas d ltaliens a Changhai , ou il avait trouve des marchands de presque toutes les autres contrees de TOccident. Je lui repondis que cela provenait de la facilite qu ils out de commercer avec d^ autres pays moins eloignes. Ils me poserent en outre a 1 envi diverses questions touchant la position geographique non-seulement de 1 Italie, mais de TAngleterre, de la Eussie, de la Erance et de TAmerique; je les satisfis, et ils furent surtout remplis d admiration en in entendaiit dire que cette derniere contree se trouve dans un hemisphere oppose au notre, de sorte que ses habitants sont nos antipodes. Finalement ils voulurent connaitre ma dignite; je leur repondis que je suis du premier ordre, lequel en Chine equivaut au quatrieme, en faisant remar(|uer toutefois que cette dignite n a rien de commun avcc cclle des magistrats seculiers. Un ecrivain prenait note de toutes

mes responses. Interroge pour savoir si j avais mie carte de voyaye (ils voulaient dire de geographic), comme ils en avaient vu a un certain pere Seraphin Sam, je repondis que non, prenant ee mot dans la signification ordinaire de passeport on feuille de route j je pris ce parti de crainte qu en voyant ma carte geographique, ils ne soupconnassent que j etais en relation avec les Europeens qui en ce moment lenr faisaient la gnerre.

Je dois faire ici nne digression. Deux Chretiens vonlnrent m accompagner de Han-clmm jusqu a Si-ngan-fu, afin de m assister en route et dans cette derniere ville. Ils se nommaient tons deux Simon : Fun, qui demenra avec moi jusqu au 20 aout et pnis s en retonrna chez lui, etait surnomme Hang, Fautre Tsoei ; celni-ci ne vonlnt pas me quitter avant mon depart de Si-ngan-fn. En fait ils me fnrent (Fun grand secours, snrtout le second ; car prive pendant longtemps de toute communica tion avec les cliretiens, je n avais ame an monde excepte lui a qni je pusse ouvrir mon coeur. Et bien que, depuis notre arrivee dans la metropole, le gouvernement ne nous donnat plus pour notre nourriture que 70 teronces par jour, an lieu del 00 que nous avions pendant le voyage (quantite insuffisante pour deux personnes), il ne nous arriva guere de souffrir de la faim, grace aux secours qui nous venaient de la piete secrete de nos cliretiens. Que le Seigneur repande Fabondance de ses benedictions sur ces deux genereux enfants de son Eglise! J ajouterai que le 15 aout nous fumes transferes de Fauberge a la pagode, vulgairement appelee Cliem-lioam, tout a fait depourvue des ustensiles necessaires a la vie. Mais le jour suivant on nous fournit quelques planches a pouvoir former deux lits, et un mandarin fut prepose a notre garde. Nous n y demeurames cependant qu un jour, puis nous fumes conduits a une autre pagode, dite Lung- Yang (Dragon-Hoi), on nous trouvames toutes nos commodites, ce qui me fit appreliender quelque nouvelle vexation procliaine; mais il n en fut rien. Bien plus, malgre la rigueur avec laquelle on nous surveillait, il y eut tons les jours des cliretiens qui vinrent me voir, mais pas un senl pretre; a dire vrai, j^en etais afflige, mais le Sei gneur daigna aussi y songer, comme nous le verrons bientot.

Revenons done a notre recit. Le lendemain dn jour ou j eus a subir devant le juge le long interrogatoire rapporte plus haut,

je fus de nouveau conduit au meme lieu, et Fecrivain me fit voir une carte recemment tracee en caracteres chinois. A mon grand etonnement j y lus beaucoup de choses, non-seulement touchant F Italic, mais aussi relativemeiit ami certain Matthieu Ly (Eicei), qui passa en Chine Fan 9 de Yan-Ly-nien, y precha la religion chretienne, et fit construire des eglises dans les provinces de Che-ly, de Ssan-tum, de Chan-si, de Chen-si, de Hun-cuam; en outre plusieurs indications touchant le Souverain Pontife de Eome, les saints Apotres Pierre et Paul, le Pantheon, la ville de Naples, et Fempereur Constantin qui, abandonnant Eome, batit sur le Bosphore une ville merveilleuse qui egalait la premiere, etc. Je remarquai cependant que ce n etaient que des notions ramassees confusement et extraites de differents livres sans discernement. Lorsque j eus examine cette carte, les juges me demanderent si elle disait vraie; je repondis afnrmativement et j y ajoutai beaucoup d autres choses, surtout concernant Fhistoire ecclesiastique. Sur ma prompti tude a repondre, ils dirent qu ils n^avaient plus de doute, et sur le champ je fus congedie. Mais je dus comparaitre de nouveau le jour suivant, et je trouvai au milieu de la salle ma caisse aux ornements sacres, qui furent tons verifies d^apres la note qu en avaient les juges. On s emerveilla de leur forme et on me demanda comment nous nous les ajustions: // Yous plait-il, repondis-je, de le voir de vos propres yeux?// et sur un signe d assentiment, aide par les deux Chretiens rnes compagnons d^infortune, je me revetis comme pour celebrer la sainte Messe. Ils me contemplerent quelque temps ainsi vetu, puis dirent que c etait assez ; cependant le mandarin Che-fu etant survenu vint aussi me voir clans ce costume, si bien que je dus m en revetir encore une fois. Entretemps on me demanda si j^avais apporte ces vetements d Europe, a quoi je repondis, conformemeut u la verite, que les uns avaient ete faits en Chine, les autres apportes de Canton. J eus ensuite a suer pour leur faire comprendre quand, d^apres le rite de notre religion, nous faisons usage du rouge et quand du blanc (les autres couleurs manquaient) , et a vrai dire, je ne sais s ils m^ont compris. Finalement ils se mirent a examiner les livres que j avais avec moi , tant chinois que latins. Ils ne firent guere attention cependant 11 ces derniers, comme aussi je n excitai que mediocrement leur

iuteret en leur parlant de 1 ancien empire de ce nom, dont la langue n existe plus que dans les livres. Passant cnsuite aux ouvrages chinois, je fis voir au gouverneur Toraisoii que nous recitoiis pour le mandarin du district, il la kit attentivernent et en parut satisfait. Je lui montrai aussi les prieres pour la con version des nations payenncs, mais sans en achever la lecture il ferma le livre. Au bout de quelques instants, le juge memontra le proces-verbal de cette audience pour voir s il etait exact, avaut de le remettre a Tautre juge, vulgairement appele Ngantsa-ssu. Je remarquai avec etonnement qu au lieu de lettres latines, on avait ccrit papiers latins, ces deux expressions etant synonymes dans cette province chinoise; mais je ne sais s ils Favaient fait a dessein, aim que le second juge ne sat pas que j avais des livres en langue etrangere. Cela m importait pen quant a moi, c est pourquoi je me tus. Interroge en dernier lieu pour savoir si j avais encore quelque cliose a moi appartenant ii Cao-lin, je repondis sans renechir que j y avais quelques habillements deliver, et ils en prirent note. Je leur dis bien que cela n ? etait pas necessaire, mais ils ne voulurent pas m ecouter. J ajoutai que je les ferais clierclier, ce fat pareillement en vain. Ils aimerent mieux savoir si j avais la quelque lettre dimissoriale de mes superieurs, Oui, repondis-je, j ai la patente de missionnaire qui m a ete remise par Gregoire XVI de sainte memoire , ou par la Congregation de la Propagande , ce qu ils annoterent pareillement. Et aussitot on envoya un delegue qui se rendit avec le gouverneur de Cao-lin au lieu de notre resi dence pour la clierclier, au peril de notre Eveque et de mes autres confreres, ce dont je ressentis une immense douleur. Le jour suivant nous voici de nouveau traines devant la porte du tribunal , en compagnie d\ine troupe de scelerats , selon 1 usage en Chine, car lorsqu on tient cour de justice, beaucoup de juges siegent en meme temps, de sorte que tons les prevenus, de quelque qualite quails soient, sont confondus pele-mele a la porte du tribunal, confies cliacun ii un garde, en attendant qu on les appelle a tour de role. Mais ce jour-la on nous renvoya a la prison sans nous interroger. Le lendemain on ne cita que mes deux compagnons de captivite ; ce qui me mit dans une grande anxiete, ne sachant si on voulait les renvoyer chez eux. Mais apres deux heures

environ, les satellites revinrent sans eux, et me firent savoir qu ayant refuse d apostasier la religion catholique, ils avaient etc jetes chacun separement en prison, savoir Matthieu Ly dans celle de Chang-ngan-liien , et Jean Sie dans celle de Hien-ning ; on leur ava.it assigne a chacnn un garde , et on avait incarcere de plus deux des six satellites qui nous avaient accompagnes de Leu-pa-ting. Et ces satellites quel mal avaientils commis pour qu ils dussent partager notrc captivite et nos tourments? Lorsque les quatre autres qui etaient avec moi siirenfe cela , ils etudierent le moyen de prendre la fuite et y reussirent ( peut-etre etaient-ils stimules aussi par la faim, le gouvernement ne nous donnant que 10 sapeques par jour ) , si bien qu il n en resta plus qu un seul. Depen dant le jour suivant je fus de nouveau appele an tribunal, pour y reconnaitre mes habillements et la lettre dimissoriale qu on avait apportes de Cao-lin. II y avait au milieu de la salle une caisse avec un paquet de mes ecritures , le tout scelle du sceau du gouvernement de la ville. Ayant ouvert le paquet et cherche le deeret apostolique qui m instituait Missionnaire pour la Chine, je ne le trouvai pas; ce qui me troubla considerablement , mais sans qu on s en apercut. En revanche je trouvai la dispense que Borne a coutume de nous accorder de certains preceptes de la Eegie et autres prescriptions ecclesiastiques en cas de besoin. Le juge me demanda : Est-ce la la lettre de tes superieurs qui ten* voyerent en Chine? // Je repondis adroitement : //Oui, c est bien la lettre de mes superieurs de Borne, avec laquelle je suis venudans votre pays. // - - Traduisez-la en Chinois, // reprit-il. Mais moi au contraire j ecrivis de memoire la dimissoriale de Missionnaire qu ils voulaient connaitre, et qui etait concue en ces termes : // Le 20 Decembre 1840. Notre Saint Pere le Pape Gregoire XVI, vu le rapport du soussigne Cardinal Prefet de la Sacree Congregation de la Propagande, a juge propre a etre envoye pour propager la foi catholique dans la province de Chensi en Chine Louis Martinelli, etc. // Ils la lurent et s en tinrcnt pour satisfaits; mais ils me demanderent comment nous autres Italiens nous savions qu il existait une province dc Chensi en Chine. Je repondis que c/cst au moyen de la carte geographique. Et ils me firent signe de sortir; mais je repris

la parole et clis : //Excellence, je vous prie avant tout et par dessus tout de faire grace a mes deux compagnons de captivite. // II me repliqua avec hauteur : // Songe a toi-meme; quant a eux, il y a une loi selon lacjuelle ils doivent etre juges. //

En effet, au bout de quelques jours, ils furent de nouveau cites au tribunal , ou on leur proposa encore une fois d apostasier s ils voulaient recouvrer la liberte. Ils protesterent quails souffriraient plutot mille morts ://Non, non, reprend le juge, vous ne vous opiniatrerez pas dans votre dessein; je vais faire apporter ici une croix que vous foulerez aux pieds, et alors vous sortirez libres.//Par bonlieur il y avait parmi les assesseurs un ex-gouverneur de la province de Kamsiu, nomme Tsao-ta-lao-je, qui a une tante chretienne; il demanda avec emotion au juge s il savait ce que c est la croix. Celui-ci repondit que non : // Et comment done, reprit Fautre, voulez-vous qu elle soit foulee aux pieds ? Or sachez que c est Finstrument sur lequel est mort Notre Seigneur Je sus-Christ pour nous racheter ! A ces paroles le juge tout confus ordonna que les deux chretiens fussent reconduits en prison. On me demanda a moi si j aimerais de retourner en Europe. Je repondis que non, attendu que je me croyais appele a travailler a la propagation de la foi catholique en Chine jusqu a la mort. Et des ce moment il fut perinis a beaucoup de personnages distingues de la ville de venir me voir. Ils m^interrogerent touchant les affaires d Europe et specialement sur le veritable motif de ma venue dans leur Empire. Je leur repondis, en saisissant adroitement Foccasion de leur parler de la necessite de notre divine religion. Ils en temoignaient hautement leur admiration ct affirmaient n avoir rien oui de pareil. Alors je leur presentai un ouvrage de polemique en langue chinoise; ils en lurent quelque chose, mais ils ne le comprenaient pas ou faisaient semblant de ne pas le comprendre , en sorte que cette conference ne reussit pas a leur toucher le co3ur. Quant a mon affaire , je ne pus pendant plusieurs jours en savoir autre chose que ce que j ai dit; seulement on disait dans le public que je serais conduit au rivage de la mer (orientale ou meridionalc, on ne savait); des juges pas un mot. Puis on dit aussi que la cause etait referee a

Fernpereur; mais tons n y croyaient pas. Cependant le 3 octobre, les mandarins de premier ordre se reunirent dans cette ville pourles sacrifices solennels; et Chefn, apres la ceremonie, etant venu s asseoir anpres de ma chambre , je lui demandai a quoi abouteraient tant de tribulations supportees par mes compagnons et par moi. II me repondit qn on attettdait les ordres de Fempereur. En sorte que, ne sacliant ce qui allait m advenir, vu la guerre alliance entre les Chinois et les Europeans, je priai le Seigneur de me soutenir dans sa sainte volonte.

Le 11, le cornmissaire a la garde duquel j etais confie vint me visiter, et apres m avoir entretenu de cliff erentes choses, il me dit aussi qu il s etonnait que le rescrit imperial se fit si longtemps attendre; mais qu il arriverait sans faute un jour on Fanfare. Et il ajouta : // Suppose qu on vous renvoie en Europe, pourriez-vous encore vous habituer aux usages et a la nourriture de la-bas ? // Je repondis que oui , et la finit notre conversation. Mais le 13, je sais que le gouverneur Kim, cause premiere de tons nos manx, etait de retour. Dieu veuille le lui pardonner ! mais lui-meme en verite ne devait pas trop se feliciter de son fait , suppose que le gouvernement ent mis a sa charge tout les frais occasionnes par notre affaire. Enfin, grace a Dieu et a notre illnstrissime Eveqne, ce jour-la meme je pus me purifier dans le sacrement de penitence, TEveque m 1 ay ant envoy e a cet effet le pretre Valentin Nang , autrefois mon eleve.

Les paroles ne sauraient rendre la consolation que mon amc en eprouva; car depuis mon arrestation je n avais eu ce bonheur qn une seule fois, savoir dans la prison de Han-Chum, ou j avais etc visite par le pretre Pie , aussi nomine" IMang. Ensuite le 15, j eus la joie ineffable de recevoir le corps ado rable de notre Seigneur Jesus-Christ. Et voici comment la chose se passa. Un de mes satellites m avait promis de me conduire de bon matin cliez une famille chretienne pour y assister an saint sacrifice de la Messe et communier, en mettant entre temps un autre prisonnier a ma place; mais ensuite, saisi par la crainte, il ne voulut plus en entendre parler. Or voici que la bonte divine y supplee; car tandis que je recitais Matincs, je vois paraitrc le pretre, auquel je demandai aussitot s il apportait avec lui le Saint- Sacrement, et sur sa reponse affir-

mative, je m agenomllai et recitai le Covjiteor. II me donna F absolution et me communia , sans qu aucun des gardes s en apercut. O que notre Dieu cst bon et riche en misericordes ! que toutes les nations de la tcrre le louent, que tons les peuples lui rendent grace! vons surtout, mes confreres, quelqnepart que vous soyez, remerciez-lc du bienfait qu il m a accorde ! J avais a peine recu dans mon creur le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, que le garde entre dans ma cellule; rnais il ne put rien soupconner de ce qui s etait passe cntre nous.

Entretemps le 19 octobre eurent lieu dans la pagode ou j habitais les funerailles solennelles de je ne sais quel magistrat de Ghe-hiam , rnort a Chens! , et dont la famille demeurait a Si-ngan-fu. Unit bonzes de la secte de Fo y internment pour le prix de 5000 sapeques; moyennant quoi ils prierent en presence de tons les parents du defunt, depuis le matin jusqu^a 10 lieures du soir, sauf trois longues interruptions pour le dejeuner, le diner et le souper. Ils chantaient en s accompagnant de certains instruments de musique qu ils toucliaient par eux-memes, mais il ne me fut pas donne (Fen comprendre un seul mot. La pagode etait ornee de draperies de soie rouge et de fleurs de diverses couleurs. Quant aux bonzes, ils portaient leur tunique jaune, des especes de chappes, faites de telle sorte que leurs bras restaient libres. Eien de plus ridicule que les ceremonies qu ils pratiquaient, et surtout leurs processions de la pagode a la maison de la famille du defunt, les mouvements de leurs personnes , les elevations des mains, les gesticulations des doigts , specialement du premier bonze ou celebrant, et les inflexions de sa voix en chantant, et bien d autres choses qu il serait trop long de detailler ici. Que Dieu ait pi tie de leur folie et de leur aveuglement! Le 21 le secretaire du mandarin vint m apprendre que le pretcur de la province avait ecrit a la cour imperiale a mon sujet, le 18 dc la septieme lune, et que la reponse etait arrivee le 28 de la huitieme; c^etait que je fusse conduit au rivage de la mer pour etre embarque. Le 23, Kim vint aussi me trouver et me rcpeter la meme chose; puis il ajouta : // Yoyez commc les temps sont changes! Naguere on mettait les etrangers amort, maintenant ils sont traites avec honneur ! Le rcscrit imperial qui vous

concerne present que vous soyez conduit avec tons les egards possibles jusqu au rivage, pour vous en retourner dans votre pavs ! n Je pouvais lui rcpondre ; // Bel honneur que de m empecher cfexercer le ministere apostolique dont m a charge le .Dieu qui est au-dessus de tous les monarques du monde ! // Mais je me retins, me souvenant de cette parole de TEsprit- Saint : Ubi non est auditus , non effundas sermonem. Et je n avals deja que trop de preuves que ces messieurs ne voulaient pas reconnaitre les droits du Maitre supreme de Funivers. II me dit encore : // N etait que les Anglais nous font la guerre, on vous aurait laisse ici en paix, mais dans les circonstances presentes cela n est pas possible; allez-vous-en done, et puis , si bon vous semble, revenez.

De la sorte nous etions arrives au 4 novembre, ce jour-la je

fus appele au tribunal du mandarin Che-fu. II etait absent, et

jc ne trouvai que les ministres, lesquels me restituerent tous

mes effets et me communiquerent 1 ordonnance imperiale , qui

prescrivait que je fusse mene a Kuam-tum (Canton) aux frais

du tresor, en passant toutefois par Kai-fong-fu, capitale de la

province de Ho-nan; j eus avis de ce dernier point par le

commissaire Cham de la province de Cliansi, lequel vint me

voir le 5 au soir aim de faire ma connaissance. Le meme

jour je fus prie dialler administrer les derniers secours de la

religion a un malade. Apres une longue discussion entre les

gardes, les uns voulaient m^accorder la permission, les autres

s ; y refusant; le parti favorable finit par Femporter, grace a la

promesse de 800 sapeques que leur fit la famillc du malade.

Je me transportai done la nuit pres du patient , lui administrai

les sacrements de la penitence et d extreme-onction, et lui ap-

])liquai rindulgence a V article de la mart; et apres un pen de

rcpos je fus reconduit a ma prison. J ai insinue que cette faveur

n avait etc obtenue de mes gardiens qu ; a prix d argent : je

dois dire a ce sujet quails en ont une soif vraiment insatiaLle ;

plus on leur en donne, ct plus ils en veulent. C est par le

inrme moyen que j^obtins aussi que beaucoup de fideles pussent

venir cliaque jour librement me visiter, en sorte qu on pent

appliquer aux Cliinois , avec plus de verite pcut-etre qu a

aucunc autre nation, le fameux vers : Ad quid non mortalia

jpectora cocjis auri sacra fames ! Mais pour en revcnir a mon

recit, le 9 novembre je sus que le susdit commissaire Cham de la province de Chansi , qui etait charge de me conduire au rivage de la mer, s y refusait; plusieurs autres en firent autant; enfin on en tronva a graiuFpeine un qui accepta. Nous nous mimes done en route le 22 , encore accompagnes de deux chretiens, nommes Clement Pei et Dominique Ju. J en avais recu ordre des la veille par Fentremise du minis tre du commis saire, auquel (vu qu il m etait interdit de voir encore les man darins superieurs ) je fis la demande d une litiere; on me repondit que je demandais la une chose fort difficile, que tout au plus on m accordait d etre transporte sur un chariot. C est en effet ce qui arriva. Nous fumes ballotes pendant presque tout le trajet sur un miserable vehicule, tout plein de brigands qu on transportait en exil. Je dis aussi que je ne voulais point partir si Fon ne nous allouait 5 onces d argent par jour durant le voyage ; mais on me repondit que le tresor public etait vide; on en assigna done 20 au commissaire et on me munit d une carte pour reclamer 60 teronces par jour des preteurs des villes par ou nous devious passer. Ayant fait observer en route a plusieurs reprises que cela ne suffisait pas pour moi et mes compagnons , on les porta d abord a 80, et puis a 100. En realite, je partis profondement afflige , non pas a cause des circonstances queje viens de relater, mais parce que je laissais en prison, confondus avec des scelerats de toute espece, mes deux compagnons d infortune , Jean Sie et Matthieu Ly; car je prevoyais qu ils ne serai ent jamais rendus a la liberte s^ils ne renoncaient a la foi catholique. Je leur fis dire de tenir bon dans leur resolution , en pensant a la couronne qui les attendait au ciel ; et ils me firent repondre de ne rien craindre , quails demeureraient fideles a Dieu , meme en face de la mort. Nous voila done en route pour un voyage de plus de 1240 ly (une ly egale 360 pas). Nous marchames presque sans relache pendant 19 jours. Dans chacune des villes ou nous passions, on nous fournissait deux chars et trois chevaux, le commissaire etait dans le sien tire par deux mulcts. Dans deux endroits , le fils du gouverneur vint me visiter , et dans (Fautres il sc formait des attroupements considerables sur la route pour voir ce que c etait qu un Europeen. Le commis saire etait escorte de trois ministres, dont Fun le precedait

toujours a, cheval , afiu de prevenir les employes des pretoircs de notre arrivee, et de faire preparer immediatement le diner ou le souper, ainsi que les chars et les chevaux pour continuer la route. A mi-chemin nous rencontrames les courriers de PEveque, qui rebroussaient chemin, attendu qu il ne leur etait pas permis d avancer jusqu a Chang-liai , a cause de la grande multitude des rebelles et des brigands qui infestaient la partie orientale de la province de Ho-nam. Arrives a la ville de Kai-song, je restai quelque temps seul avec les domestiques du commissaire dans Tauberge publi que; ces domestiques pen dant tout le voyage se moutrerent tres-bien taut a mon egard qu envers les deux Chretiens qui m accompagnaient. Mais ici un de ces derniers, savoir Clement Pei, aima de s en retoiirner, et Dominique Juresta seul avec moi. C etait une auberge detestable que celle ou nous nous trouvions, bien moins a cause de Thumidite , que parce qu^elle regorgeait de femmes de mauvaise vie qui mirent tout en ceuvre pour nous seduire. Heureusement pour moi que Dieu covfixit tirnore siio carries meas; ajudiciis enim ejus timed Mais il me consola par la visite d un bon nombre de chretiens de Pekin, que je trouvais dans cette ville. Us m apprirent que les choses de la religion prenaient en ce moment une bonne tournure dans tout Tempire, a cause de la paix qui venait d etre conclue a Pekin ; ou deja Ton avait restitue aux chretiens leurs anciennes egiises. II me semble voir Tombre de notre fameux Jean de Mont-Corvin , qui, des Tannee 1307, archeveque metropolite dans cette ville, capitale de toute la Chine, en batissait deux, surmontees de la croix et de cette devise : Christus vincit, C/iristns regnat, Chrislus imperat ! Ah ! que la memoire d un si grand , d un si merveilleux apotre de Tempire Chinois revive au milieu dc cette chretiente qu^il a fondee le premier , il y a plus de cinq siecles !

Sur ces eutrefaites le commissaire qui m avait accompagne jusqu^alors recut ordre de retourner, et fut remplace par un autre , nomine Miao , qui devait nous accompagner 1 espace de trois jours, c est a dire jusqu a Siu-chou. A celui-ci qui, je dois le dire, nous traita avec bcaucoup de bonte, succeda un nomme Tsao , egalement bon et poli , qui fut pour nous une compagnie agreable jusqu a la derniere ville de la province

de Ho-nan, elite Sim-jam-chou, c est a dire pendant six jours. De cette ville jusqu au premier pretoire de la province de llu-pe, nous euines un nomine Sic, qui ressemblait aux pre cedents. Mais a partir de cet endroit, appele Jm-ssaii-jcm, je recommencai a etre traite assez durement. Traine de la pagode, oil j avais passe la nuit, an tribunal, j essuyai de la part des employes inille vexations; ils voulurent savoir si j etais Anglais, et oil se trouvait la France, 1 Italic, FAngleterre, sans etre jamais contents de mes reponses. Cette torture dura pendant les deux jours que nous mimes pour arriver a Tangan-fu, oft nous attendaient de plus grandes tribulations. Conduit a la porte du pretoire, j y fis d abord une station de deux heroes et plus, par un froid insupportable; apres quoi je fus jete dans un cacliot, malgre mes reclamations centre 1 injus tice d un pareil traitement. Puis, lorsque je commencais a me reposer, on voulait m en retirer, ce que je refusai. Le lendemain je fis route avec un autre commissaire fort bon, qui m assurait que la nuit suivante je dormirais a Tauberge; c est ce qu il se promettait du gouverneur du lieu ou nous devious passer la nuit, lequel etait un Tartare de sa connaissance. Mais tout au contraire nous trouvames Fhomme le plus detestable qui soit au monde; non content de nous enfermer, il nous jeta dans un cacliot si affreux que je pensai en niourir. Neanmoins quelques pieux cliretiens purent venir me visiter et m apporter a souper, et a dire vrai ce me fut une bien douce con solation. Puis le matin ( cliose inouie ! ) j eus la faculte non-seulement de dejeuner a Thotel aux frais de ces memes cliretiens, mais de visiter leur oratoire, d y prier avec eux et de leur donner la benediction. J en eprouvai tant de con solation que j oubliai en cet instant toutes les souffrances passees. Dans la suite je ne fus plus accompagne par des commissaires , mais par des soldats dont le nombre variait (Vim a trois.

C^est ainsi que j amvai de Te-ngan-fu a, la ville dc Siaongan-jem. La le satellite qui m^escortait presenta aux juges dn pretoire les lettres du gouvernement qui me concernaient ; mais, je ne sais pour quelle cause, il y manquait le document que les Chinois appellent Xau-piao, c est-a-dire le papier indiquant de quelle maniere le prevenu doit etre recu , traite et

conduit a la ville suivante. En sorte qu ils ne vonlurent me recevoir en ancune facon et me renvoyerent a Fauberge. Mais an point (lu jour, par suite d un conseil tenu entre eux, le gouverneur me munit de la piece neccssaire pour la ville suivante, vers laquelle je me dirigeai sous Fescorte de trois satellites et d un pretorien. Cette ville s appelait Hoang-pihien; nous y arrivames en deux jours de marche, et la encore force nous fut de passer la unit an cachot; puis le matin en route a travers la neigc etlaboue, jusqu au fleuve Han-chou, et de la sur une nacelle jusqiFa la ville de Han-jam-fu. Ici encore on voulait me jeter dans la prison; mais peut-etre a cause des plaintes du chretien Dominique Ju, qui m accompagnait, on consentit a me laisser passer la unit a la pagode, (lite Chem-Hoam. J y recus un accueil fort distingue des bonzes, auxquels, sur leur demande , je fis sommairement un expose dogmatique, moral et liistorique de notre religion. Le jour suivant, accompagne de trois satellites, je passai le celebre fleuve Kiam, et j arrivai an pretoire de Yu-cliam. On me logea dans la partie nominee Pu-tim-ja-men , ou aussitot on m apporta a manger par ordre du magistrate Je vis le gouverneur qui me montra beaucoup tV affection et munit les satellites d une somme sufnsante pour me bien traiter en route ; mais ils retinrent Fargent pour eux et me contraignirent de grimper sur un char a une seule roue, mis en mouvement par deux porte-faix, dont Fun tirait et Fautre poussait. II etait vraiment impossible de s y tenir , de sorte que d abord le chretien Dominique Ju et puis moi a mon tour nous dumcs descendre , et patauger pendant trois jours dans un veritable bourbier. Nous arrivames ainsi plus morts que vifs a la ville de Sien-lin-liien , ou je passai la nuit en prison. Ensuite nous fumes hisses sur une charette composee d une planche attachee avec des cordes a deux travers, et apres deux jours de march c dans la boue et la neige nous arrivames a la ville de Pu-clriliien, ou j eus pour abri une etroite et humide prison. Puis, apres cinq jours d un voyage fastidieux, j arrivai au premier pretoire de Hu-nam a Jo-che-fu. Ici on nous mit sur une barquette du fleuve , sur lequel nous avions a parcourir plus de 190 ly, et on ne nous donna que 200 sapeques, en nous assignant pour compagnon un Pekinois envoye en exil dans

une ville nominee Hu-nam, tres-honnete homme, condamne par calomnie , sans qu il ait pu se liberer faute d argent. Nous fumes en deux jours a Siam-im-jen, oii Ton nous enferma en prison, le Pekinois et moi , laissant Dominique Ju a Fauberge. On nous empecha de partir pendant deux jours , en refusant de pourvoir aux fraisdu voyage, et ce ne fut qu avec peine qu on finit par nous assign er 100 sapeques pour la barquette et 10 pour la nourriture. Apres deux jours de inarche nous debarquames dans la metropole de la province de Ho-nam, appelee Cliam-ssa-fu. Elle comprend deux Hien; conduit d abord au premier, j y fus encore une fois jete en prison, puis envoye le lendemain au second, en faisant un trajet de cinq ly dans la fange, outre une pluie battante qui nous tombait sur le dos. Mais ici le gouverneur ne voulut pas nous recevoir, alleguant que c etait un jour de fete (savoir le 25 de la derniere lune), en sorte qu il nous fallut retourner a notre point de depart. Cependant le lendemain de bon matin, j eus occasion de voir le gouverneur, qui vint visiter les prisonniers; je reclamai contre mon incarceration , attenclu que je n etais coupable d^aucun delit , et que settlement en qualite d etranger j etais conduit par ordre de Fempereur a Kuam-tum : il fit semblant de ne pas m entendre.

Cependant le jour suivant un noble seigneur de la province de Kiam-siu etant venu me trouver en compagnie dc plusieurs pretoriens, et s etant assis, me fit raconter les tribulations que j avais essuyees. Les ayant ecoutees, non sans emotion, il me dit : a Ayez bon courage, il n ; en sera plus ainsi desormais, et bientot vous serez a Kuam-tum. // Je lui montrai alors le passe-port que le consul francais m avait envoye plnsieurs annees auparavant. II le prit et le porta an magistrat, puis revint le soir avec une litiere et une bonne collation. Lorsque je fus restaure, il me fit transporter au pretoire d ou j avais ete repousse , et forca les juges a. me recevoir pour me laisser par tir le lendemain. Mais ce protecteur s en etant retourne, les juges voulurent me voir et m interroger sur bcaucoup de clioses, apres quoi ils me chasserent a la prison , en disant que c^etait la Fraiberge des etrangers : prison affreuse et plus cpouvantablc que la mort ! Le lendemain nous partimcs en litiere et suifisamment pourvus , pour la ville de Siam-tan-liien , ou nous

nous reposames a Fauberge , avec le consentement du soldat qui nous escortait. Mais a la pointe du jour on nous fit lever pour nous conduire a la porte du pretoire, ou deux pretoriens qui, par ordre du juge, s etaient mis a nous poursuivre depuis la metropole , et nous dirent tout uniment : Le grand juge de Cham-ssa (la metropole) nous charge de vous reconduire dans cette ville, car vous devez vous y arreter jusqu a la nouvelle annee. // J essayai bien de m y opposer, mais inutilement ; il nous fallut retourner avec eux en arriere. Arrive a la metro pole, je trouvai au pretoire cet excellent seigneur de la province de Kiam-siu qui m avait tant encourage precedemment. II me fit de grandes demonstrations de joie : // Je me felicite , me dit-il , de vous revoir parmi nous ; vous resterez ici jusqu au nouvel an, et celapar un effet de la compassion du grand juge, qui a reflechi qu il est penible de voyager ces joursci, a cause qu on ne trouve pas a se pourvoir convenablement dans les auberges. Demeurez done ici avec nous pendant cinq jours du nouvel an, et puis vous partirez muni de toutes les choses necessaires. // 11 m accompagna ensuite a Fauberge : a Commandez ici , me dit-il , tout ce qui vous est utile ou agreable, le magistrat paiera. C est ce que je fis, etant laisse tout a fait sans gardiens et libre de me promener en ville, ou 1 on s empressait a Fenvi de me voir. Cependant ayant su qu on avait afiiche publiquement Fedit imperial touchant la paix conclue avec les Europeens a Pekin, je courus aussitot le lire, et je me rejouis surtout de Fartice 1-3, relatif a la liberte accordee a notre sainte religion. Je compris alors la raison de toutes les politesses dont j avais ete Fobjet a Chamssa : c est qu on avait peur de Fempereur des Francais dont j^avais montre le passe-port. Finalement le 9 du nouvel an, on me laissa partir en liberte, en me donnant bien 4000 sapeques. De cette facon je me rendis de nouveau a Siam-tan-hien avec mon compagnon Ju, ou ayant exhibe nos lettres de voyage , nous fumes menaces par les soldats de la prison et de la veste rouge ( accoutrement des criminels ) ; mais ils ne voulaient que nous intimider et extorquer de F argent, car le magistrat ne s occupa pas plus de nous que si nous eussions ete des naturels du pays. Le jour suivant, nous nous mimes en route pour la ville de Hen-nan-hien, et puis pourHem-chou. Ici

on m appera de Fauberge an pretoire, et en apprenant quc j etais chretien , les satellites me dirent que liors de la porte et a pen dc distance il y avait nne eglise catlioliqne avec un pretre Europeen. Port etonne de cela, j envoyai Dominique Ju pour voir si c etait la verite ; il revint en effet avec le pretre Chinois, Stanislas Lo, aiicien eleve du college de la Propagande a Borne. Nous nous embrassames , et il n est pas a dire quelle joie nous eprouvames Tun et Tautre en ce moment! Ce pretre fit aussitot avertir de mon arrivee Monseigneur Michel Na varre, de notre Ordre, Yicaire Apostolique de Ho-nam, qui se trouvait pen eloigne de nous. Cependant nous ne puines nous voir; mais cet excellent prelat m envoya aussitot des presents, avec une nouvelle robe, pour remplacer celle qui m avait ete derobee dans la prison de Cham-ssa.

Le lendemain, apres m etre confesse , je pris conge du bon pretre Stanislas Lo , et je poursuivis ma route. J avais encore quatrc villes a traverser pour arriver a la province de Kuanturn; mais je n ai rien rencontre qui me paraisse digne d^une mention speciale, si ce n^est des fleuves, des inontagnes , des collines , des plaines , des rizieres. Ainsi je parcourus une route d 7 environ 30 milles, toute pavee de pierres carrees de meme largeur, et couverte d une multitude de mules , de porteurs de litieres et de porte-faix, qui introduisent les marchandises d^Europe dans le nord de 1 empire , on transportent a Canton celles de la Chine. Je rencontrai encore cinq pretoires avant d arriver a Khum-chou-fu , on Canton, etant toujours accompagne d j un soldat, ce dont jc n^eus pas a me plaindre, et pourvu sumsamment des choses necessaires. Seulemcnt j etais impatient d^arriver a Hong-kong, afin de pouvoir y celebrer la sainte Messe le jour de Notre -Dame des Sept Douleurs, dans Teglise nouvellement construite pour nos religieux. Mais en approchant de Canton, j^appris de la bouche des pay ens qu il y avait la pareillement une eglise avec un Eveque; ainsi , comme la fete de saint Joseph , patron de la Chine , etait proche, j esperai pouvoir satisfaire mon desir ce jour la dans cette ville , ce qui cut lieu en effet. O inon Dieu , que vous etes clement et misericordieux , et avec quclle bonte VOLIS fortifiez vos serviteurs dans leurs angoisses et Icurs tribulations ! Or, voici de quelle maniere je fus traite. La veille

fie la fete de saint Joseph, 18 mars, j approchai de la porte de la ville, lorsque j apercus en mer les llottes anglaise et francaise. II y avait plus de 20 ans que je n avais vu de ces palais flottants ! Ayant decouvert sur nn bateau francais un soldat montant la garde, je le saluai en faisant le signe de la croix; il me repondit de la meme maniere. Je voulais ensuite m approcher davantage des bords de la mer afin de lui adresser la parole; mais le soldat qui m escortait me Finterdit, craignant qu/a Faide de quelque artifice magique je ne lui echappasse des mains. De la sorte j entrai enfin a. Canton; la je fus conduit au pretoire avec deux criminels charges dc chaines, lesquels furent jetes en prison. Quant a moi, ayant cxhibe ma lettre, je stationnai quelque temps dans le vestibule, en spectacle aux curieux, jusqu a ce que je fusse appele dans la chambre du secretaire, qui etait de la province de Chensi; nous nous entretinmes de beaucoup de choses, et enfin il me flit : "Encore un moment de patience, et je vais vous conduire incessamment au tribun militaire, // Ce moment dura deux heures , apres quoi je fus conduit dans une litiere dc distinction, precede d un cheval richement harnache. A mon arrivee au lieu designe, le tribun en fit avertir aussitot les soldats anglais et francais, et Pinterprete des premiers s etant presente, il me fit transporter sous leurs tentes. Mais ayant montre mon passe-port francais, je fus remis aux seconds. Le commissaire de la marine etant venu, je lui racontai les peripeties si variees et si douloureuses de ma captivite; il m ecouta avec un interet veritable, en m invitant a en remettre un rapport ecrit au plenipotentiaire de sa nation, afin qu il en rendit compte a rempereur a Paris. Je ne cms pas devoir acceder a cette proposition. M ayant ensuite fait servir a manger, il me demanda si je voulais demeurer chez lui ou si je preferais aller chez Monseigneur TEveque de Canton , et selon mon desir il me fit accompagner a 1 eveche par un chretien. II est impossible d exprimer en paroles Taccueil charitable et religieux que me fit cet excellent prelat , qui allait jusqu a m^appeler un saint confesseur du Christ et voulait a tout prix me baiser les pieds ; en verite j en etais tout rouge de confusion. De la enfin je me rendis a Hong-kong sur un navire anglais, appele Blanc -nuage. Ainsi, arrete le 9 juin I860 je me retrouvai libre le 18 mars 1861.

Je me suis peut-etre etendu plus que je ne Faurais cM en racontant mes aventures ; je ne Fai fait cependant que pour Fedification de ceux qui me liront. Je les prie de remarquer que les Cliinois allongerent a dessein la route immense que j avais aparcourir, afin de me tourmenter davantage. Mais Dieu a tire le bien du mal , en me donnant ainsi Foccasion de precher notre religion , ne fut-ce qu en passant , dans une plus grande partie de F empire. En effet, presque partout ou nous faisions halte je trouvais moyen de faire connaitre que je suis predicateur de la foi, et d en donner quelque idee, autant que je le pouvais, a ceux qui in appro chaient. En second lieu il est a remarquer que, si je n ai eu Foccasion de voir le magis tral de la ville qu en deux endroits seulement , le peuple partout accourait en hate pour me voir, ce qui n aura pas laisse que de produire une impression favorable au nom chretien.

Je termine ici , avec Fespoir d etre bientot de retour dans ma mission du Chensi, ou je m apprete a retourner. J ai inten tion d ecrire de la comment il aura plu au Seigneur de disposer de moi. Cependant dans le but de faire chose utile peut-etre aux etudes geographiques , j indiquerai en fmissant les noms des villes et des lieux par ou j ai passe en venant de Singan-fu a Hong-kong, ainsi que les distances qui les separent. Ce sont a FOrient, Lim-tum-hien , 50 ly ; Vei-nan-hien , 80;

Hen-chou, 50; Hoa-im, 75; Tum-kuan ; 40;

Ven-siam-liien (province de Ho-nam) , 60; Ling-paohien, 60; Xan-chou, 60; Hia-xe, 75; Ning-zuliien, 70; Tien-men-chen , 60; Sin-ngan-hien , 30; Ku-xuei-chen, 55 ; Ho-nam-fu , 20 ; Jen-ssu-hien , 70 ;

Kum-hien, 60; Ssu-xuei-hien , 50; Jum-jamliien, 32; Khem-chou, 70 ; Chum-mu-hien , 70; Pien-leang (metropole), 70. Ensuite, au midi, Chusien, 40; Veu-xe-hien, 50; Yei-chuen-liien , 60; Siu-chou, 70; Ly-im-hien, 60; Jen-chem-hien , 60;

Suei-pim-hien , 60; Chu-ma-tien , 45; Kim-ssaliien, 45 ; Si-lan-tien, 45 ; Ming-kiam-i, 45 ; Huiam-tien , 49 ; Sin-iam-cliou , 45 ; Jam-kia-ho , 65 ; Im-ssan-liien (province de Hu-pe) , 85 ; Chen-kia-han , 35;

Je-ngan-fu , 60 ; Jim-mong-hien , 60 ; Siao-ngan-

hien, 40; Jam-tien, 50 ; Hoam-pi-hien, 60 ; Hiakou, 40; Han-jam-fu : Nu-cham (metropole) , 83; Zu-fam , 60 ; Ssan-po , 60 ; Sien-lin-pien , 60 ; Timhia, 30; Pu-chi-hien , 100; Fong-sm-lin, 45;

Hu-ly-pai, 70 ; Chao-mi-pu , 55 , Jo-cliou-fu , 70 ;

Siam-im-hien , 190; Chan-ssa-fu (metropole), 120; Siam-tan-hien , 90 ; U-hia-han, 40 ; Uam-mao-ssu, 65;

Hem-ssan-liien , 80; Hem-chou-fu , 100; Lei-jamhien, 150 ; Tum-kim-hien, 120 ; Chem-chou, 100 ; I-cham-hien , 10; Pim-xe (province de Canton) par fleuve, 90; Lo-cham-pien , 100; Xao-chou-fu , 200;

Im-te-hien, 280; Zim-iuen-hien , 200; San-xueihien, 200; Pen-xan, 100; Kuam-chou-fu (metro pole), 80; Hong-kong, 200.

PR. Louis DE SAINT JUSTE,

Olservantin de la province des Marches , Mission. Apost. en CMne.

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