II
AMEEIQUE SEPTENTRIONALE.
Lcltre du P. HENRI GARFAGNINI DE SCANNO, Observantin de la pro vince reformee de S. Bernardin dans les Abruzzes , Missionn. apost. a S. Jean de Terre-Neuve, toucliant les tristes evenements qui out eu lieu naguere dans ces contrees et qui out failli causer la mine de la colonie chretienne.
8, Jean de Terre-Neuve, ^jum 1861.
Mon tres-cher Pere MARCELLIN ,
J ai a vous mander cette fois des nouvelles bien tristes de notre belle mission de Terre-Neuve. II est impossible de n y pas voir la con juration de 1 enfer toujours en guerre contre la Sainte Eglisc de J.-C.
Bien qu au milieu d une population partagee, comme vous savez, en di verses confessions, nous jouissions, ainsi que notre cher troupeau, de la paix la plus profonde et la plus douce , lorsque tout d un coup nous la vimes ruinee par un epouvantable tumulte populaire dont je vais vous dire 1 occasion.
Je ne sais s il est a votre connaissance que le peuple vit ici sous un gouvernement constitutionnel. Ce gouvernement etait alors catholiquc , circonstance qui jointe aux travaux incessants de Mgr. Thomas Mullok, notre Eveque , Prelat d un zele vraiment apostolique, presageait a 1 Eglisc de Terre-Neuve 1 avenir le plus riant et le plus prospere. Nos freres separes les (Protestants) ne purent souffrir cet etat de choses. Us combinerent le moyen d arreter et meme d aneantir, s il etait possible, 1 oeuvre du Seigneur. Que firent-ils done? Us engagerent le Gouvcrncur, vieil ccossais , marie a une protcstante fanatique qui seconda singulierement leurs vues, a reclamer du ministre Kent, catholique , certaines expli cations que ce dernier n etait pas oblige , d apres la constitution , dc lui donner ; et sur son refus qui etait a prevoir , a le congcdier et a appcler an pouvoir la fraction opposcc dc la cliambre , hostile au catholicismc. Tout reussit scion leur attente. Mais les membrcs catholiques rcfusant un vote de confiance au nouveau ministere , il fallut dissoudre la Cham-
bre ct en appcler a de nouvelles elections. Tel fut le principe de ces desordrcs aft rcux quo vous n entendrez pas sans fremir.
En effet les Protestants , non contents de lancer dans 1 intervalle , par le moyen dc leur presse , toutes les injures imaginablcs contre les pauvres catholiques, de repandre 1 argent et d ourdir toute espece d intrigucs pour empecher 1 election des candidate catholiques , en vinrent a des violences et a des menaces ouvertes, et reussirent ainsi a elimincr les quatres niembres qui avaient le plus d influence. Ce succes leur assurait la majorite dans le parlemcnt. Yous dire combien le peuple catholique fut indigne de ces inenees, cela n cst pas possible. Le 2 Mai, jour de 1 ouverture de la session, il s attroupa en foule aux abords de la Chambre , et clcmanda a grands cris qu on rendit justice a ses deputes si odieuscment exclus du Paiiement. Mais le Ministre protestant, au lieu d accueillir leurs justes reclamations, donna ordre aux soldats appostes a 1 avance de disperser la multitude par la force. Elle se retira en effet; mais comine la vague mugissante qui, repoussee d un cote, bondit plus furicusc sur le cote oppose , menapant de tout rompre et de tout entrainer dans les gouffres profonds de 1 abime! tel le pcuplc catholique de tcrrc-Neuve , transporte de colerc , se rue sur les bou tiques de ceux qu il savait avoir le plus contribue a 1 exclusion de ses deputes et les saccage sans misericorde. Nous accourons aussitot dans 1 espoir d arreter la foule, mais en vain : c etait un vacarmc vraiment infernal; deux fois jc fus jete par terre et pcu s en fallut quo je ne fusse ecrasc ou suffoquc. Lc Gouvernement fit alors avancer la troupe, non pour essayer de retablir 1 ordre par le deploiement de forces, mais plutot pour donncr, par quelques decharges, une bonne lepon aux catholiques. En effet, pcu de moments apres, on entcndit une explosion terrible ; plusicurs furcnt tues , d autres blesses , entrc autres 1 excellent P. Jeremie O Donnel, cure de la cathedrale ! O mon Perc ! a cctte vuc le peuple devint un vrai lion ; il court de toutes parts chercher des arincs et rcvint sur ses pas pour soutcnir la luttc et vcnger son sang ! . . . Que fairc ? Lc Ciel soit beni d avoir inspire en ce moment a notre tres-digne Eveque, Mgr Mullok, de faire sonner a plcinc volec toutes les cloches de la cathedrale ! Chose merveilleuse a dire et pourtant veritable ! en entendant cctte sonncrie , le peuple se calnie soudain ct court a la cathedrale. L Evequc rcvctu de ses ornements pontificaux se dirigc vers Tautcl, ct prcnant en mains le tres-saint Sacrcmnit, il pric, il conjure le pcuplc dc renoncer pour 1 amour de cc
Dieu a tout projet de vengeance, parceque c est a lui seul, comme Pere et Juge supreme des homines , qu appartient ee droit ; nous au contraire nous devons pardonner et n avoir pour nos ennemis que des sentiments de paix. Qui le croirait? Le peuple, attendri jusqu aux larmes, cede a la voix de son Pasteur, et Terre-Neuve, menacee de se voir inondee d un fleuve de sang, echappe a cette calamite.
Voila, mon Pere, le fait que j avais a vous raconter. Yous pourrez, si vous le jugez bon, Pinserer dans votre interessante Chronique des missions franciscaines. Je vous tiendrai au courant de ce qui arrivera ulterieurement. J espere pouvoir vous annoncer bientot le retablissement complet de 1 ordre et le retour de la paix dans ce pays. Cependant veuillez prier le Seigneur , ainsi que tous nos confreres de Rome , afin que la paix se fasse.
Mgr. PEveque adresse ses salutations tant a vous qu a notre tresdigne pere de Rignano. II vous remercie de Phommage que vous lui avez fait des quatres volumes de PHistoire generale de nos missions. II remercie egalement le bon M. Clement Puccinelli , libraire , dc 1 empressement qu il a mis a les lui faire parvenir.
Je me plais, en terminant, a me dire de rechef
Votre tres-affectionne confrere en J ,-C., . FR.-HENKI GARFAGNINI DE SCANNO,
Miss. ap. de Vordre de S. Francois.
" Ce fait, dit VAraldo Cattolico de Lucques (no 27 du 3 juillet 1861), dont les journaux de Terre-Neuve nous out donne connaissance , rappelle le devouement heroique du B. Alexandre Sauli en faveur de la ville d Aleria en Corse, de Mgr Affre qui se sacrifia lui-meme pour le salut de son peuple surles barricades de Paris, de Peveque Flavien qui alia implorerla clemence de Theodose en faveur d Antioche ; il nous rappelle enfin la charite de J.-C. notre chef, qui a immole sa vie divine pour nous et qui a etabli en principe et en fait qu il n y a point de charite plus grande que de se sacrifier soi-meme pour Pavantage ct le salut de ses freres. Voila Pesprit qui a constamment anime et qui animera toujours PEglise catholique et son episcopat. Nous remercions le Seigneur de ce qu il daigne soutenir notre faiblesse , en nous mettant sous les yeux des exemples si eloquents et si encouragcants , et nous defions le protestantisme de nous montrer, dans toute la Rcforme, cette pure inven tion humaine, des preuves d un pareil heroisme.
EGYPTE
Lettre de la Sr MARIE-LOUISE DE JESUS CRUCIFIE , Superieure des Religieuses franciscaines au Caire, a Mr JEAN GIGLIOLI, Cure de S. Pierino en Toscane, sur 1 etat de cette nouvelle fondation qui a pour objet 1 cducation gratuite des orphelines et des catechumenes indigenes.
Grand- Caire , 4 fevrier 1861.